Mahmoud DERWICH. Biographie du Poète:

 

 

 

 

 

 

 

Mahmoud Derwich est né en 1942, en Palestine. Dans le village galiléen de Birwa. En 1948, il se réfugie avec sa famille au Liban. Son village tombé aux mains des forces sionistes est rayé de la carte.  En 1950, il retourne en Palestine, en «infiltré». Il y poursuit ses études primaires et secondaires.  Sa carrière commence au quotidien al-Ittihad où il est employé comme rédacteur.  Il devient ensuite rédacteur en chef de la revue littéraire al-Jadid.  Ses écrits lui valent de nombreux séjours en prison. A partir de 1961, il est interdit de déplacement hors de la ville de Haïfa où il réside.  En 1967, il fait l'objet d'une assignation à résidence.  En 1970, il est obligé de quitter sa patrie.  Ses villes d'exil seront d'abord Moscou puis le Caire, Beyrouth, Tunis et Paris.  Établi à Beyrouth à partir de 1972, il devient rédacteur en chef de la revue Shou'oun filastiniya et directeur général du centre palestinien de recherches, puis fonde la revue littéraire al-Karmel (qu'il continue de diriger) http://www.alkarmel.org/. Il doit cependant quitter Beyrouth à l'automne 82, à la suite de l'occupation israélienne...
Son oeuvre:
Feuilles d'olivier (1964) Un amoureux de Palestine (1966) Fin de la nuit (1967) Les oiseaux meurent en Galilée (1970) Ma bien-aimée se réveille (1970) T'aimer ou ne pas t'aimer (1972) Essai n° 7 (1973) Voici son image, voilà le suicide de l'amant (1975) Noces (1977) Éloge de l'ombre haute (1983) Le siège des éloges de la mer (1983) Quelque chose sur la patrie Chronique d'une tristesse ordinaire 1973 Adieu guerre, adieu paix Le tirage des oeuvres de Mahmoud Darwich a dépassé en 1978 un million d'exemplaires. De surcroît, il a été traduit dans plus de quarante langues. En français, les éditions de Minuit ont publié en 1983 une anthologie de ses poèmes, dans une traduction de Abdellatif Laâbi, sous le titre «Rien qu'une autre année...
 
Les Prix:
Mahmoud Darwich a obtenu le Lotus de la littérature d'Afrique et d'Asie en 1969. Prix de la Méditerranée 1980. Bouclier de la Révolution palestinienne (art et littérature)  Prix européen de la poésie. Prix Avicenne 1982. Prix Lénine 1983...

 

 

 

depuis vingt ans il pose des questions
depuis vingt ans il voyage
pendant vingt ans Sa mère l'a mis
au monde
en quelques secondes
sous le bananier
avant de se retirer...
Il réclame une identité...
il est frappé par un volcan
les nuages ont voyagé et m'ont égaré
les montagnes ont étendu leurs bras et m'ont caché
je suis Ahmad l'Arabe, a-t-il dit
je suis la balle l'orange la mémoire
j'ai trouvé mon âme près de mon âme
je me suis éloigné de la rosée et de la vue sur la mer
et moi le pays réincarné
je suis le départ continu vers le Pays
j'ai trouvé mon âme remplie de mon âme..
Ahmad a pris possession de ses côtes et de ses mains
Lui le pas... et l'étoile
et du golfe à l'océan
de l'océan au Golfe
ils aiguisaient leurs lames
Ahmad l'Arabe
est monté pour voir Haïfa
et sauter.
A deux mains de pierre et de thym
je dédie ce chant... à Ahmad l'oublié entre deux papillons
les nuages ont passé et m'ont égaré
et les montagnes ont étendu leurs bras et m'ont caché
Descendant de la blessure ancienne
-et l'année marquait la séparation de la mer
d'avec les villes de cendres -
j'étais seul
ô seul
Et Ahmad était l'exil de la mer
entre deux coups de feu
le camp grandissait donnant naissance à du thym
et à des combattants
le bras s'est raffermi dans l'oubli
la mémoire s'est exercée dans les trains qui s'en vont
sur les quais où il n'y a ni personne ni jasmin
la découverte de soi se faisait dans les voitures
ou sur la scène de la mer
dans la solidarité des nuits de prison
dans les courtes liaisons
et dans la recherche de la vérité
                   

Dans toute chose Ahmad trouvait son contraire...
Ahmad est maintenant l'otage
la ville s'est dépêchée au devant de ses rues
pour venir le tuer
et de l'Océan au Golfe
et du Golfe à l'Océan
ils préparaient ses funérailles
et décidaient de la guillotine.
                   

 

Moi Ahmad l'Arabe - que soit le Siège ! ­
mon corps sert de remparts - que soit le Siège! -
je suis la frontière du feu - que soit le Siège! -
et moi je vous assiège à mon tour, je vous assiège
et ma poitrine servira de porte à tous - que soit le Siège! -
Ce chant ne vient pas peindre Ahmad - le bleu foncé
dans la tranchée
je suis au delà des souvenirs
Aujourd'hui est le jour du soleil
et des lys
ô enfant éparpillé entre deux fenêtres qui brouillent
mes messages,
résiste!
toute ressemblance est de sable
mais toi tu es bleu.
je compte mes côtes:
le Barada s'échappe de mes mains
les berges du Nil m'abandonnent au loin
je cherche les limites de mes doigts
et toutes les capitales sont faites d'écume.
Ahmad frotte les heures dans la tranchée
Ce chant ne vient pas peindre Ahmad - le - brûlé en bleu
C'est Ahmad - le - cosmique dans ce réduit étroit
le déchiré le rêveur
il est la balle orange la violette de plomb
il est l'embrasement décisif d'un début d'après-midi
le jour de liberté.
ô enfant dédié à la rosée
résiste!
ô pays gravé sur mon sang
résiste!
maintenant je complète en toi mon chant
je rejoins ton siège
maintenant je complète en toi ma question
je nais de ta poussière
vas dans mon coeur
tu y trouveras mon peuple
devenu peuples multiples dans ton explosion.
                   

 

.. Egaré dans les détails
je me suis fié à l'eau et me suis cassé
Faut-il que chaque fois qu'un coing soupire
j'oublie les limites de mon cœur
et me réfugie dans le siège pour affirmer mon identité
ô Ahmad l'Arabe!
L'amour ne m'a jamais menti
pourtant chaque fois que le soir est venu
je me suis retrouvé englouti dans une cloche lointaine