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1.
De la Méditerranée au Sahara
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« Sur la plus grande partie de son étendue, le pays
se présente comme un désert ourlé, sur sa frange nord et le
séparant de la Méditerranée, de zones étroites qu’affectent, sur
200 à 350 km de large, toutes les transitions entre milieu
saharien et milieu proprement méditerranéen, et dont la
disposition du relief commande la répartition.
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Un relief diversifié
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La disposition du relief, à peu près zonale, est
déterminée, surtout dans ce secteur central du Maghreb, par la
collision, récente et au jeu encore sensible, d’éléments d’une
marge active de la plaque européenne et de la marge stable de la
plaque africaine. Sur la table atlasique qui, exhaussée,
représente cette dernière sont venues buter, poussées par les
éléments de socle «européens», surtout représentés dans les
Kabylies avec leurs fragments de couverture calcaire mésozoïque,
les séries marines de la zone tellienne, chevauchées dès
l’Oligocène, puis glissées vers le sud en nappes superposées, au
Miocène, sur un rebord atlasique encore en partie déprimé
au-dessous du niveau marin.
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La persistance, jusqu’à présent, des actions
tectoniques a provoqué la subsidence du littoral, qui y crée,
surtout dans le contexte climatique actuel, des conditions de
drainage difficiles des plaines côtières et offre à l’érosion des
pentes sans équilibre avec le régime présent des eaux courantes.
L’instabilité du contact continue de se manifester par une
séismicité active qui entraîne le rejeu des failles qui le
jalonnent, principalement sur le Chélif, et au droit des littoraux
d’effondrement. Les séismes d’Oran (1792), d’Alger et de Blida
(1825), de Msila (1965) et surtout d’El Asnam (Chlef) en 1954 et
1980 soulignent la mobilité du cadre structural et les
conséquences qu’elle implique pour l’occupation humaine.
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Les structures telliennes, plus étendues qu’en
Tunisie et même qu’au Maroc, sont ici frangées au nord par les
massifs anciens du bourrelet liminaire, plus ou moins empâtés de
flysch oligocène, qui forment les lourds promontoires de l’Algérie
orientale, du Chenoua à l’Edough. Ces massifs sont flanqués vers
le sud d’une sierra calcaire, écailles décollées de leur
couverture. Parfois la sierra est chevauchée ou recouverte par les
massifs (chaîne Numidique) et parfois elle les domine (Djurdjura,
2
308 m, Chenoua). Mais elle subsiste seule (Babor,
2004 m) en avant du golfe effondré de Bejaïa, alors qu’elle est
elle-même ennoyée sous les plaines subsidentes de la Mitidja ou
d’Annaba (ex-Bône). Plus au sud, la structure est définie par
l’empilement des nappes plastiques de la zone tellienne proprement
dite, seule émergée en Algérie occidentale. Des sillons est-ouest
où le flysch crétacé s’est conservé l’interrompent, notamment, au
sud du Zaccar, le «sillon tellien» du Chélif, et ses prolongements
discontinus vers l’est, par le plateau de Médéa et au-delà. Au sud
de ces sillons, les nappes sud-telliennes entassent, sur un
crétacé marneux à ossature calcaire (Biban), des matériaux
tendres, marnes et marno-calcaires crétacés que dominent de rares
écailles liasiques culminantes (djebel Ouarsenis, 1986 m). Ces
nappes ont souvent coulé sur le trias gypseux jusqu’au «sillon
sud-tellien», mer peu profonde au début du Miocène que jalonnent
les bassins intérieurs oranais, le Sersou, le nord des Hautes
Plaines constantinoises. Dans les sillons tellien et sud-tellien,
la subsidence a continué à affecter des cuvettes zonales occupées
par la mer jusqu’à la fin du Miocène en Oranie, dans le Chélif et
le Sersou, et qu’a progressivement individualisées la tectonique
postorogénique.
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L’Algérie orientale est coupée de plaines de
subsidence littorales étendues, de la Mitidja à Annaba, et de
dépressions telliennes étroites et discontinues (Arib, oued Sahel,
bassins de Constantine et de Guelma). On passe de plain-pied à la
zone atlasique des Hautes Plaines constantinoises, à peine voilées
par le pliocène lacustre de Sétif. En Algérie occidentale, au
contraire, le sillon tellien est continu, jalonné par le Chélif et
les plaines d’Oran, avant de s’ouvrir à l’ouest sur la mer,
par-delà les golfes d’Oran et d’Arzew. Les cuvettes sud-telliennes
s’individualisent de plus en plus vers l’ouest en s’encaissant
dans la bordure atlasique, moins le Sersou que les plaines d’Eghris
et de la Mekerra et surtout que celle de la Tafna, encastrée entre
les Trara au nord et les monts de Tlemcen au sud. Au relief en
creux de l’étroite bande ravinée en roches tendres de la zone
tellienne orientale, insérée entre les lourds plateaux kabyles et
la haute chaîne calcaire au nord et la masse élevée des Hautes
Plaines constantinoises au sud, s’oppose, dans le Tell occidental,
de part et d’autre du Chélif, le double alignement des croupes du
Dahra, interrompues par la baie d’Arzew, et de l’Ouarsenis,
prolongé vers l’ouest par de basses montagnes modelées surtout
dans le Miocène et émergeant à peine des bassins sud-telliens.
C’est à l’ouest seulement qu’un fleuve, le Chélif, peut suivre
jusqu’à la mer une dépression longitudinale; ses affluents et les
fleuves côtiers d’Oranie, ne s’encaissent que pour franchir la
zone sud-tellienne.
A l’est, par contre, tous les cours d’eau
issus des Hautes Plaines constantinoises, antécédents par rapport
aux mouvements postorogéniques, creusent des gorges à la fois à
travers le Tell, la chaîne calcaire et les massifs kabyles.
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La complexité structurale oppose donc Tell oranais
et montagnes constantinoises et leur donne leur personnalité en
les morcelant préférentiellement selon des axes méridiens à l’est
et zonaux à l’ouest.
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La zone atlasique est plus simple. Les plis de
couverture sud-ouest - nord-est de sa bordure sud (saharienne),
séparés, à l’ouest, de la zone tellienne par plus de 250 km, se
rapprochent, vers l’est, du front est-ouest de cette zone qui, à
l’est des Biban, recouvre ses reliefs discontinus. La zone
atlasique algéro-oranaise est ainsi marquée par une zonation de
ses diverses unités plus marquée que son homologue constantinoise.
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A
l’ouest, les Hautes Plaines algéro-oranaises, vastes étendues
faiblement inclinées vers la gouttière axiale du chott-ech-Chergui,
s’abaissent, d’ouest en est, de 1000 à 800 m, bordées au nord de
bastions anticlinaux de calcaires rigides au relief karstique
(monts de Tlemcen, Dhaya, Saïda, Frenda), au sud par le chapelet
de plis de l’Atlas saharien, qui s’abaisse avec elles, en se
desserrant des monts des Qsour (2320 m) à ceux des Ouled Naïl (1
694 m), avant de s’effacer, avec elles, au
nord-est, le long de la dépression de subsidence transverse du
Hodna (400 m).
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Au-delà, vers le nord-est, le bastion
constantinois, après le bourrelet transverse des plis de Bellezma
et de l’Aurès (2328 m), offre un autre type de hautes plaines aux
horizons plus coupés, formé de larges fonds synclinaux aux reliefs
érodés, à l’ouest dans le remblaiement tertiaire (Sétif), à l’est
(Tébessa) plus souvent dans le plancher rocheux, et isolant des
reliefs anticlinaux de moins en moins discontinus vers le nord-est
où, s’accolant au Tell, ils amorcent la Dorsale tunisienne.
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A
l’est, l’accident sud-atlasique, très marqué, déprime de 2000 m au
pied de l’Aurès la cuvette remblayée du Sahara constantinois dont
le fond, occupé par des chotts, est bordé au sud par le Grand Erg
oriental. A l’ouest de l’échine crétacée du
Mzab, le Sahara oranais s’abaisse au contraire progressivement
vers le sud-ouest, sous l’Erg occidental, jusqu’à la vallée de la
Saoura, limite nord-est du bouclier ouest-saharien. Au sud de la
corniche crétacée du Tademaït, puis de celles des puissants
escarpements gréseux du Tassili, le Sahara central est dominé par
le puissant horst cristallin du Hoggar, où des sommets volcaniques
dépassent 3000 m.
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L’Algérie saharienne oppose ainsi trois vastes
ensembles, à l’intérieur de chacun desquels les différenciations
naissent des alternances morphoclimatiques quaternaires, aux deux
unités morcelées, orientale et occidentale, qui se partagent les
zones tellienne et atlasique.
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Les climats et le problème de l’eau
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Les grandes frontières morphostructurales sont
celles des aires climatiques.
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Le pied sud de l’Atlas saharien marque la limite du
climat aride. Juste au nord de cette limite, une crête chaude en
altitude tend à créer sur l’Algérie occidentale, à l’égard des
perturbations d’ouest, un abri qu’accentue la faiblesse des
reliefs telliens, s’ouvrant ici vers l’ouest. Le versant ouest
d’une vallée froide détermine au contraire, sur l’Algérie
orientale, une activation des mêmes perturbations, qu’accentue
l’ascendance sur les reliefs kabyles. D’où les nuances d’un climat
de type sud-méditerranéen. Ce sont la sécheresse estivale quasi
absolue, le maximum de précipitations hivernales et les
températures douces et peu contrastées (Alger: de 12 à 25°C). Et
le climat se dégrade, du littoral vers l’intérieur, avec la
diminution globale des précipitations, l’importance relative
accrue des pluies d’automne et de printemps, l’intervention des
orages d’été, l’accentuation des contrastes thermiques (El-Eulma:
de 5 à 24°C), les gels souvent tardifs, la nivation hivernale sur
les hauteurs, le sirocco.
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L’Est algérien comporte une zone vraiment
pluvieuse, au nord de la chaîne calcaire, avec jusqu’à 2 m de
pluie par an et des sommets enneigés d’octobre à juillet, chose
inconnue dans l’Ouest. Les précipitations moyennes, supérieures
pendant l’année agricole à 300 ou 350 mm, s’avancent à l’est, vers
le sud, jusqu’à l’Aurès, sans hiatus sauf une bande étroite au sud
des Hautes Plaines constantinoises. Mais elles dépassent à peine,
à l’ouest, les grands causses atlasiques, et s’écartent des
plaines telliennes entre Oran et le bas Chélif. L’Algérie
occidentale qui, seule, connaît au sud de ses Hautes Plaines et
dans le Hodna des régions franchement subarides, est ainsi, dans
son entier, beaucoup plus sensible à la sécheresse que l’Algérie
orientale.
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Si le rythme saisonnier du Sahara septentrional ne
diffère guère de celui des Hautes Plaines, la faiblesse du
gradient vertical, rendant peu actives les perturbations, explique
l’aridité. Le hiatus entre ce rythme et le rythme tropical rend
compte de l’aridité quasi absolue du sud du Sahara algérien. Les
neuf dixièmes de l’Algérie sont ainsi voués au désert, le tiers du
dixième restant à la steppe. Dans tout l’Ouest et dans l’intérieur
constantinois, l’irrégularité interannuelle crée pour les cultures
une menace constante qui donne toute son importance au problème de
l’eau.
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En Algérie orientale et dans le Tell oranais, les
oueds importants, sans être intermittents, connaissent un débit
très irrégulier qui peut varier, pour le Chélif par exemple, de 1
à 2000 m3/s.
Les crues ne sont étalées par la fonte des neiges que dans les
montagnes de la zone kabyle. Ailleurs, elles sont d’autant plus
dévastatrices que le réseau hydrographique, après avoir surmonté
les crises orogéniques et climatiques récentes, n’est pas en
équilibre. Ayant abandonné à l’endoréisme et à l’aréisme
saisonnier les Hautes Plaines oranaises et le sud-ouest des Hautes
Plaines constantinoises, les oueds méditerranéens connaissent
actuellement une phase de réajustement qui comporte le sapement
latéral des berges et un ruissellement actif sur les versants.
Leur crue, rapide, emporte une charge solide considérable; et
l’érosion est aisée dans les matériaux tendres des nappes
telliennes, qui précisément affleurent plus largement dans l’Ouest
algérien.
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Aussi les seuls sols véritables sont, outre les
sols forestiers acides du bourrelet liminaire constantinois, les
paléosols rouges méditerranéens qui s’avancent jusqu’au nord des
Hautes Plaines constantinoises («sraouat») avant de faire place
aux «sebakh» salins. Ils recouvrent de leur pellicule, dans les
bassins sud-telliens d’Oranie, la croûte calcaire qui occupe
largement les Hautes Plaines de l’Ouest. Le sol, absent du Sahara,
l’est aussi du «Djebel» – calcaire nu des chaînons atlasiques ou
versants schisto-marneux du Tell oranais, depuis longtemps privés
de protection forestière.
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La forêt n’a été conservée que sur les sols peu
aptes à la culture: chênes-lièges des massifs kabyles; pins d’Alep
des causses oranais, des chaînons et planchers rocheux des Hautes
Plaines constantinoises de l’est; pins, genévriers, thuyas de
l’Aurès, cèdres de la haute chaîne calcaire, genévriers clairsemés
de l’Atlas saharien. L’oléo-lentiscetum a été défriché ou laissé
au palmier nain (doum). La forêt, limitée en 1954 à 11 p. 100 de
l’Algérie non saharienne, a encore été réduite par le napalm.
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La steppe alfatière couvre les Hautes Plaines
algéro-oranaises, le sud des Hautes Plaines constantinoises, et le
piemont saharien occidental. Des buissons espacés occupent seuls,
en permanence, oueds et dépressions interdunaires du nord du
Sahara algérien.
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Ainsi les problèmes de l’eau, de l’érosion,
de la déforestation opposent à l’homme des contraintes
impératives. D’elles, et des possibilités qu’il a de s’en libérer
en les maîtrisant, dépend largement son avenir.
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Les ressources minérales et énergétiques
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Les matières premières végétales notables se
limitent au liège des forêts kabyles et à l’alfa des Hautes
Plaines.
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Le sous-sol offre, entre autres, de nombreux
gisements de métaux non ferreux, dont les plus riches sont ceux de
zinc de la zone d’El Abed et de mercure près d’Azzaba, à côté de
nombreux gisements peu exploitables actuellement, cuivre de Aïn
Barbar, blende et calamine aujourd’hui abandonnés près de Sétif et
dans l’Ouarsenis. Par contre, les prospections qui se poursuivent
ont révélé la réelle richesse en uranium de l’Ahaggar.
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Les minerais majeurs exploités aujourd’hui n’en
sont pas moins les phosphates encore presque intacts du Djebel Onk
et le fer. Les réserves les plus importantes de ce minerai
(1 milliard de tonnes) représentent, à Gara Djebilet, près de
Tindouf, huit fois celles qui subsistent à Beni-Saf, au Zaccar, à
Timezrit, Rouïna et surtout à l’Ouenza; mais elles sont à l’écart,
en plein Sahara, près du Maroc qui les revendique.
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La puissance coloniale avait invoqué la rareté des
sources d’énergie pour justifier l’absence d’industrialisation.
Outre le petit bassin houiller de Béchar-Kenadsa, aujourd’hui
presque inexploitable, et les possibilités offertes par les oueds
kabyles à l’équipement hydro-électrique, c’est essentiellement le
pétrole des régions de Hassi-Messaoud et d’Edjelé, le pétrole et
le gaz de Hassi-R’Mel, découverts depuis 1954 au Sahara oriental,
qui sont aptes à fournir, bien au-delà des besoins présents, une
énergie abondante et infiniment moins coûteuse.
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Les possibilités de développement industriel de
l’Algérie, dont elle a amorcé l’exploitation depuis les débuts de
la planification et la nationalisation des mines (1967), peuvent
compenser et permettre de vaincre les difficultés opposées par les
conditions naturelles à son développement agricole.
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2.De l’Algérie antique à l’Algérie
française
(Retour au
sommaire)
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Bien que le territoire algérien actuel soit
particulièrement riche en sites et vestiges préhistoriques (Ternifin,
Machta al ‘Arbi) et que la protohistoire y enregistre l’existence
d’une fruste civilisation berbère, en fait l’histoire du Maghreb
central commence à l’arrivée des Phéniciens dont la civilisation
s’inscrivit la première dans les villes et laissa des traces
écrites.
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L’Algérie
antique
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L’influence phénicienne et carthaginoise
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Les Phéniciens fondèrent très tôt – dès les
derniers siècles du IIe millénaire
avant J.-C. – des établissements commerciaux et des escales qui,
après la décadence des cités-mères orientales, furent repris par
les Carthaginois. Ceux-ci ne colonisèrent pas l’intérieur du
territoire algérien mais multiplièrent les comptoirs portuaires
qui conservèrent jusqu’à leur destruction leur nom sémitique:
ainsi Rusuccuru (Dellys), Rusicade (Philippeville-Skikda),
Rusguniae (Matifou). Les chefs berbères qui dominaient l’intérieur
du pays furent le plus souvent les alliés ou les clients des
Carthaginois. Ils leur fournissaient des contingents armés, en
particulier les fameux cavaliers numides, et des éléphants de
guerre. En raison de ces relations et grâce aussi aux marchands
des ports et aux soldats, la langue et la civilisation puniques
pénétrèrent assez profondément le pays: des cités indigènes
apparurent ainsi que des mausolées, qui étaient parfois édifiés
par les techniciens carthaginois.
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Les Berbères ou Numides furent donc d’abord les
disciples des Phéniciens qui leur enseignèrent des procédés
agricoles et industriels, pour la fabrication de l’huile et du vin
par exemple, l’exploitation et le travail du cuivre. Surtout, ils
leur firent adopter leur religion, et les dieux carthaginois
continuèrent à être célébrés par les Berbères, au-delà même de la
domination romaine. Certains historiens ont pu avancer l’hypothèse
que le christianisme, puis l’islam, ne furent si facilement
acceptés que parce que les populations y retrouvèrent, avec des
symboles communs, une semblable mentalité sémitique. En revanche,
il est très improbable que la langue punique ait subsisté au-delà
du IIIe siècle
après J.-C. et qu’elle ait pu servir de relais à la langue arabe.
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L’influence de la civilisation grecque fut au
contraire très limitée. Elle s’exerça essentiellement par
l’intermédiaire de Carthage, puis de Rome, et ne se manifesta de
manière sûre que dans le domaine de l’art, par exemple dans les
grands Medracen de l’Aurès et de Tipasa.
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Sur le plan politique, le Maghreb central connut, à
côté de tribus indépendantes et de républiques villageoises, de
vastes royaumes dotés d’un pouvoir fort qui se superposait aux
structures tribales. Les écrivains antiques en font mention à
partir du IIIe siècle
avant J.-C. Les noms de leurs souverains, Syphax, roi des
Masaeyles, Massinissa, roi des Massyles, Micipsa et Jugurtha,
suffisent à en rappeler l’éclat et la puissance. Massinissa, qui
avait élu pour capitale Cirta (Constantine), fut sans doute l’un
des plus grands souverains qu’ait connus la Berbérie. Son culte se
perpétua à travers les siècles. Son descendant Jugurtha est,
aujourd’hui encore, célébré comme «résistant à l’impérialisme
romain».
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La domination romaine
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Après avoir détruit Carthage, les Romains
laissèrent d’abord subsister les royaumes numides comme
états vassaux. Mais, après l’insurrection de Jugurtha qui
leur tint tête pendant sept ans (112-105 av. J.-C.), ils
renforcèrent leur contrôle. Avec Juba II et Ptolémée, souverains
de Maurétanie installés à Caesarea (Cherchell), ils purent compter
sur des princes étroitement soumis et épris de la civilisation
gréco-romaine. Toutefois les insurrections tribales continuaient,
et les Romains, renonçant à la fiction du protectorat, annexèrent
la Maurétanie en 40 après J.-C. Ils la divisèrent en deux
provinces impériales: la Maurétanie tingitane et la Maurétanie
césarienne, laquelle correspondait au Tell oranais et algérois et
à la partie occidentale du Constantinois actuel. L’Algérie
orientale dépendit jusqu’au IIIe siècle
après J.-C. de la province proconsulaire d’Afrique, puis forma la
province indépendante de Numidie. La domination romaine ne
s’étendait donc ni sur les Hautes Plaines de l’Ouest algérien, ni
sur le Sahara, bien qu’au IIIe siècle,
au temps des Sévères, la zone frontière (limes) ait été
repoussée vers le sud, sur la ligne des chotts.
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L’Afrique romaine reçut des contingents d’immigrés
italiens et méditerranéens qui s’installèrent soit dans des
colonies de vétérans militaires, soit dans des cités indigènes ou
phéniciennes, devenues municipes romains ou latins. Mais les
Romains ne tentèrent point d’administrer eux-mêmes les populations
indigènes. L’administration des municipes et communes pérégrines
relevait généralement d’une aristocratie locale, celle des tribus
soumises et des chefs indigènes reconnus par Rome.
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La domination romaine accrut considérablement le
nombre des sédentaires. La pratique de l’irrigation permit le
développement des plantations d’oliviers et de vignes,
l’accroissement des cultures céréalières et de l’élevage.
L’Afrique du Nord devint la plus riche contrée agricole de
l’Occident. Le nombre (plus de 500) et la splendeur monumentale
des cités africaines, que révèlent les imposantes ruines de
Timgad, Lambèse, Djamila-Cuicul, témoignent de la densité du
peuplement et de la prospérité atteinte par le pays. De grandes
voies le sillonnaient et servaient aux transactions commerciales
plus qu’aux mouvements militaires. L’ensemble de la population
soumise tirait-elle parti de cette richesse? Le régime de la
grande propriété et l’importance de l’esclavage antique ne
permettent pas de l’affirmer, mais une bourgeoisie municipale et
une classe de paysans libres et aisés se formèrent.
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La conversion au christianisme
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La conquête latine, maintenue par la force, paraît
cependant avoir été favorable au progrès des populations berbères.
L’assimilation de certaines couches sociales se réalisa par
l’adoption spontanée de la langue et des usages romains ainsi que
par le développement des écoles. Dès lors, Romains d’Afrique et
Berbères romanisés fusionnèrent progressivement; et il est
impossible de dire si les écrivains africains, comme Apulée de Madaure ou Fronton de Cirta, descendent de colons romains ou de
Berbères assimilés. Ce fut donc au terme d’une évolution
progressive et naturelle que Caracalla, lui-même fils d’un
empereur né en Afrique, put conférer, au début du IIIe siècle,
le droit de cité à tous les hommes libres vivant sur des
territoires organisés en communes. La plupart des Africains
adoptèrent aussi les croyances religieuses de leur vainqueur;
mais, dans un panthéon syncrétique, ils gardèrent aussi leur
fidélité à des dieux indigènes mal latinisés. Surtout se développa
le culte d’un dieu suprême, Baal Hammon-Saturne. Ce monothéisme de
fait prépara sans doute la voie à la prédication chrétienne.
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Les Africains se jetèrent avec fougue dans le
christianisme qu’ils latinisèrent les premiers. Ce furent eux qui
imposèrent le latin comme langue officielle aux chrétiens
d’Occident. Saint Augustin, né à Thagaste (Souk-Ahras), fit plus:
il constitua, de manière presque définitive, le dogme chrétien. Le
pays se couvrit de basiliques, et les Berbères prirent assez au
sérieux le christianisme pour se déchirer en schismes. Le
donatisme, surtout, coupa en deux la jeune église
africaine.
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La civilisation romaine toutefois n’avait pas
touché les tribus montagnardes du Maghreb; faméliques et
guerrières, celles-ci ne cessèrent pas leurs raids de pillage.
A partir de la seconde moitié du IIIe siècle,
la décadence de la puissance militaire romaine permit l’extension
de ces insurrections berbères qui s’accompagnèrent de révoltes
agraires (mouvement des circoncellions) et attisèrent les
querelles religieuses à contenu social. Aux IVe et
Ve siècles,
l’insécurité s’accentua, les cités s’appauvrirent; l’organisation
romaine se désagrégea. A la veille de
l’invasion vandale, seule l’église
demeurait organisée et forte.
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L’invasion vandale
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Les Vandales, ces envahisseurs germaniques
débarqués en 429, dominèrent bientôt l’ensemble de l’Afrique
septentrionale: en 455, Genséric gouvernait tout le Maghreb
romain. Les Vandales, qui étaient ariens, traitèrent en ennemies
l’aristocratie romanisée et l’église, et en
alliés la masse des Berbères qu’ils ne pouvaient contrôler. Les
tribus insoumises, les nomades chameliers en profitèrent pour
razzier les plaines. Les montagnards de l’Aurès détruisirent
toutes les cités du Sud constantinois.
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La fragile domination vandale, qui laissa se
reconstituer les principautés berbères indépendantes, fut ensuite
abattue par les troupes de l’empereur de Constantinople (533).
Mais les Byzantins ne reconquirent que la partie orientale de
l’Algérie actuelle, et le reste du pays fut abandonné. Dans la
partie byzantine, l’église recouvra ses
biens et son autorité, l’administration releva les ruines des
cités et les fortifia hâtivement, mais cette dépendance lointaine
du Basileus restait très vulnérable. Elle ne résista pas à
l’invasion arabe.
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De la longue domination romaine rien ne subsista.
La langue latine et le christianisme mirent certes plusieurs
siècles à s’éteindre, mais l’Algérie médiévale fut définitivement
islamisée et arabisée.
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L’Algérie médiévale
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La conquête arabe
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Tandis que, dans l’Algérie occidentale, se
reconstituaient de grandes confédérations berbères, les Arabes
venus d’Egypte pénétrèrent,
dès 647, dans le Maghreb. Mais ce fut seulement en 683 que la
grande armée de Sidi ‘Oqba en entreprit la conquête. Byzantins et
Berbères, souvent alliés, résistèrent de leur mieux. L’histoire a
conservé le nom de deux de leurs chefs: Kosayla qui reprit même
aux Arabes la citadelle de Kairouan et la Kahina qui défendit
l’Aurès. Vainqueurs, les Arabes réussirent à installer leur
autorité sur l’ensemble du pays et se constituèrent en caste
aristocratique dominante. En outre, ils surent détourner l’ardeur
belliqueuse des Berbères en les entraînant à la conquête de
l’Espagne.
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Une vigoureuse campagne de propagande religieuse
provoqua l’adhésion des populations à l’islam, mais les
conversions ne furent pas toujours très sincères: un texte célèbre
d’Ibn Khaldoun n’affirme-t-il pas que les Berbères apostasièrent
douze fois? Il est vrai que, même convertis, ils étaient traités
par leurs vainqueurs comme des infidèles: à partir du VIIIe siècle
ils furent assujettis aux mêmes impôts que ceux-ci. Les Berbères
s’opposèrent à cette domination étrangère, et recoururent
notamment à la protestation religieuse. Ils se jetèrent d’abord
dans le kharijisme, hérésie musulmane à tendance puritaine et
égalitariste qui prétendait faire désigner par le peuple le chef
de la Communauté islamique. Les kharijites expulsèrent les Arabes
du Maghreb central et constituèrent de véritables théocraties
indépendantes. Tel fut le petit royaume ibadite de Tahert
(Tagdempt près de Tiaret) fondé par Ibn Roustem à la fin du VIIIe siècle
et qui ne fut détruit qu’en 911 par l’armée fatimide, alors
maîtresse de Kairouan.
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Les Fatimides
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A
cette date, en effet, d’autres hérétiques musulmans, les Chi‘ites,
qui avaient réalisé de grands progrès chez les Qotama
de Petite Kabylie et chez certains Sanhaja sédentaires du Titteri,
avaient réussi à fonder en Ifriqiya une nouvelle dynastie, celle
des Fatimides. Celle-ci devait, par conquête, étendre sa
domination jusqu’à l’Egypte
mais sans réussir à convertir au chi‘isme
les masses berbères ni à empêcher leurs révoltes. De plus, l’ouest
du pays demeurait aux mains de Zenata nomades, fidèles à l’islam
orthodoxe, qui recevaient l’aide du calife omeyyade de Cordoue.
Néanmoins, des îlots kharijites subsistaient encore. Ce fut au nom
du kharijisme que, vers 943, Abou Yazid tenta, à partir de
l’Aurès, de secouer la domination fatimide, mais il échoua après
de spectaculaires succès. Les Fatimides redevinrent maîtres du
pays et même de la Berbérie entière. Mais, après leur installation
en Egypte (973), ils
confièrent le Maghreb aux çanhaja
d’Achir, les Zirides.
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Ceux-ci, abandonnant Achir, leur capitale du
Titteri, se rendirent indépendants du Caire vers 1050, et
demeurèrent maîtres de l’Ifriqiya. Mais ils se virent supplantés
en Algérie centrale et orientale par les Hammadides, autres çanhaja qui, au début du IIe siècle,
dominaient le pays depuis leur forteresse, la Qala’a des Beni
Hammad. Lorsque celle-ci reçut l’héritage de Kairouan, détruite
par la nouvelle invasion arabe, elle devint une riche capitale.
-
Au milieu du XIe siècle,
en effet, le calife fatimide d’Egypte, pour
punir les émirs çanhajiens revenus à l’orthodoxie, lança contre
eux des tribus arabes guerrières et pillardes (B. Hilal,
B. Solaym). Le Maghreb subit alors l’invasion dévastatrice de ces
populeuses tribus qui s’y installèrent définitivement.
L’introduction de ce nouvel élément ethnique, qui devait modifier
le caractère du peuplement, fut cependant moins importante que la
perturbation durable de l’équilibre économique du pays. Demeuré
jusque-là une région agricole et boisée assez prospère, le Maghreb
fut livré aux troupeaux des nomades. La régression des cultures et
la disparition des plantations déterminèrent l’exode des
sédentaires et le recul de toute vie citadine. Cette profonde
révolution, dont les effets n’apparurent que peu à peu, entraîna
la décadence politique du pays.
-
Les Almoravides et les Almohades
-
Les
états hammadides végétèrent désormais, repliés autour du
port de Bougie, demeuré seul actif dans la première moitié du XIIe siècle.
Cependant, à l’ouest, d’autres envahisseurs survenaient, les
Almoravides. Ces Berbères sahariens au visage voilé, fidèles au
malékisme intégral, étaient déjà devenus les maîtres du Maroc,
lorsqu’ils s’emparèrent de l’Algérie occidentale vers 1080. Ils
passèrent aussi en Espagne où ils bloquèrent la Reconquista
et recueillirent l’héritage politique et culturel du califat de
Cordoue. Grâce à eux, la culture andalouse put être transmise en
Berbérie.
-
Leurs successeurs, les Almohades, imposèrent la
doctrine de leur Mahdi Ibn Toumart grâce au génie militaire
d’Abd al-Moumin. Celui-ci, né dans le pays de Nédroma, conquit
l’Atlas, vainquit le souverain almoravide en 1145, ainsi qu’une
coalition du dernier prince hammadide et des tribus hilaliennes
en 1152. Maîtres de l’Espagne musulmane et de tout le Maghreb, les
Almohades firent de l’Algérie, à laquelle ils n’attachaient guère
d’importance, deux provinces, administrées depuis Tlemcen et
Bougie, qu’ils placèrent sous l’autorité de tribus nomades
pourvues de fiefs. Cette rude autorité n’empêcha pas les
soulèvements provoqués par des descendants d’Almoravides, les B. Ghaniya,
ou par les bandes arabes qui dévastaient le pays.
-
Lors du partage de l’empire almohade dans la
première moitié du XIIIe siècle,
le Maghreb central échut, en partie, aux Beni Abd al Wad
qui fondèrent le royaume de Tlemcen et tentèrent vainement de
s’étendre vers Bougie. Leur royaume, qui subsista plus de trois
siècles (1235-1554), fut plusieurs fois conquis par les sultans
mérinides du Maroc et finit par n’être plus au XVe siècle
qu’un état vassal de Fès, puis de Tunis. La
responsabilité de cet échec revient, semble-t-il, aux nomades
arabes qui profitèrent seuls de l’anarchie guerrière et de la
désagrégation politique du Maghreb central entre le XIIIe et
le XVe siècle.
-
L’Algérie
turque
-
Au début du XVIe siècle,
tandis que la Reconquista chrétienne amenait sur la côte
algérienne des flots de réfugiés moriques et que des armadas
s’emparaient de Mers el-Kébir, d’Oran et de Bougie, les gens
d’Alger appelèrent à leur secours des corsaires turcs. Devenus
maîtres d’Alger et de Tlemcen, ceux-ci se déclarèrent vassaux du
sultan ottoman et reçurent de lui des renforts. Les Turcs
réussirent ainsi à étendre leur domination à la majeure partie du
territoire algérien. Cet état d’Alger était
soumis à une milice turque, l’odjaq, que commandait, au nom
du sultan, un beylerbey d’Afrique; celui-ci avait également
autorité sur les pachalik de Tunisie et de Tripolitaine.
Après 1587, l’Algérie fut réduite au rang de régence, administrée
par un simple pacha nommé pour trois ans. A
partir de 1671, les maîtres d’Alger furent élus par l’odjaq.
D’abord choisis parmi les patrons de la corporation des corsaires,
ils le furent de plus en plus parmi les militaires. Le sultan se
contenta désormais d’investir les dey, ainsi désignés,
comme chefs de la Régence d’Alger. Mais, sur les vingt-huit qui se
succédèrent de 1671 à 1830, quatorze furent imposés par l’émeute,
après l’assassinat de leurs prédécesseurs.
-
Malgré le relâchement des liens avec
Constantinople, les Turcs d’Alger reconnurent toujours la
souveraineté des sultans. La Régence d’Alger comprenait une
administration centrale formée du diwan
(conseil d’officiers et de hauts fonctionnaires), des
principaux auxiliaires du dey et de leurs secrétaires, et une
administration provinciale qui avait pour fonction essentielle de
faire rentrer l’argent nécessaire à la paie des janissaires. La
province d’Alger, qui relevait directement du dey, était
administrée par un agha et quatre qaïd turcs. Le
reste du pays était confié à trois bey, responsables des
beylik du Couchant (capitales: Mazouna, puis Mascara et Oran),
du Titteri (capitale: Médéa) et de Constantine. Les bey
désignaient les qaïd, lesquels investissaient les cheikh
des tribus soumises.
-
De nombreuses régions montagneuses restaient
cependant insoumises et les Turcs, très peu nombreux (15000 hommes
environ au début du XIXe siècle),
n’administrèrent jamais l’Algérie tout entière. Ils la
contrôlaient toutefois grâce au soutien de tribus privilégiées (deira
ou makhzen) et à l’alliance de grandes familles, mais
surtout aux rivalités qu’ils suscitaient entre les clans (çoff)
et les forces religieuses locales.
-
Pendant les trois siècles de la domination turque,
le pays fut islamisé en profondeur par des sociétés mystiques que
les Occidentaux ont appelées confréries (en arabe tariqa:
voie) et par des personnages religieux, marabouts et chorfa.
Ces santons isolés, ces cheikh de confréries ou de confédérations
religieuses furent longtemps, avec les grands seigneurs ralliés,
les instruments les plus efficaces de la caste militaire turque.
La domination ottomane dut cependant faire face à de nombreuses
révoltes.
-
Grâce aux profits considérables de la course et de
la vente des captifs, l’état d’Alger était
prospère au XVIIe siècle.
Les patrons corsaires, les raïs, dominaient de leur
richesse la ville d’Alger, qui abrita jusqu’à 35000 captifs. Ces
ressources diminuèrent ensuite constamment, mais la piraterie
algéroise subsistait au début du XIXe siècle.
Rien n’avait pu l’arrêter, ni les représentations diplomatiques,
ni les bombardements anglais ou français, ni les tentatives de
débarquement de l’Espagne. Sept états
européens versaient encore, après 1815, des tributs annuels au dey
pour se mettre à l’abri des corsaires algériens.
-
Dès la fin du XVIIIe siècle,
le commerce extérieur de la Régence passa entièrement entre les
mains de juifs livournais, dont certains furent de véritables
«rois d’Alger». Leur suprématie et les difficultés économiques et
financières des dey accrurent encore l’impopularité du régime
turc. De graves insurrections tribales et confrériques secouèrent
le pays de 1804 à 1827. Les Turcs n’avaient pas encore rétabli
leur autorité, lorsque éclata le conflit avec la France.
-
La
période française
-
La conquête (Retour au
sommaire)
-
L’intervention française fut la suite inattendue
d’une affaire commerciale et financière à laquelle se trouvait
mêlé le dey Hussein. Celui-ci, mécontent du retard apporté par la
France au remboursement de créances auxquelles il était intéressé,
s’en prit au consul français qu’il frappa. Le gouvernement de
Charles X, n’ayant pas obtenu d’excuses, riposta par le blocus
d’Alger qui devait durer trois ans. A
la suite de la canonnade d’un vaisseau parlementaire, une
expédition militaire contre Alger fut décidée.
-
L’occupation restreinte
-
La prise d’Alger (5 juill. 1830) détermina la chute
de la domination turque et une longue période d’anarchie. En
Oranie, les tribus se ruèrent contre les garnisons de janissaires
ou les groupes makhzen. Dans le Titteri, les çoff entrèrent en
lutte, tandis qu’à Constantine le bey Ahmed réussissait à se
maintenir grâce à ses alliances avec les grands seigneurs locaux,
les djouad. Les Français, incertains de ce qu’ils devaient
faire d’Alger, ne se décidèrent qu’en 1834 à garder les
possessions déjà acquises, par égard au souhait des militaires et
à l’«honneur national». Toutefois la monarchie de Juillet n’avait
pas de vues conquérantes; elle ne songeait qu’à une «occupation
restreinte» du littoral, l’intérieur du pays devant être abandonné
à des chefs indigènes qu’on espérait opposer entre eux. Cette
politique pacifique s’accordait mal avec les réalités locales.
-
En Oranie, un jeune marabout de naissance
chérifienne, Abd el-Kader,
s’était fait reconnaître à vingt-quatre ans comme sultan des
Arabes par quelques tribus de la région de Mascara et s’installa
dans l’ancien palais des bey. Le général français Desmichels, qui
espérait s’en faire un allié, signa avec lui un traité par lequel
il le reconnaissait comme souverain «émir des croyants» et lui
assurait une aide militaire. Grâce à celle-ci, Abd el-Kader
remporta sur les tribus du makhzen turc une victoire au Meharaz:
elle marque pour les musulmans le début d’une nouvelle ère, celle
des Chorfa arabes. Les Français ne prirent conscience de la
montée de l’émir qu’un an plus tard, lorsque celui-ci eut installé
des bey, occupé le Titteri, et surtout infligé au général Trézel
le sérieux échec de la Macta.
-
Malgré un renversement provisoire de politique et
l’adoption du «système guerroyant» du général Clauzel, les
résultats militaires et politiques furent décourageants. Les
interventions françaises, suivies de l’évacuation immédiate des
villes et tribus traversées n’étaient pas décisives. Clauzel, pour
faire triompher sa politique de conquête, voulut s’emparer de la
capitale du beylik de l’Est, mais son expédition échoua
complètement (nov. 1836).
-
Cet échec de Constantine décida le gouvernement à
revenir à la politique d’occupation restreinte et d’entente avec
les chefs musulmans. Le général Bugeaud, qui avait vaincu les
troupes de l’émir à la Sikkak en 1836, crut pouvoir signer avec
lui, le 30 mai 1837, le traité de la Tafna: la France abandonnait
à Abd el-Kader les deux tiers de l’Algérie et ne conservait que
deux enclaves autour d’Oran et d’Alger. Du moins, ce traité
«inexplicable» permit-il aux Français de porter leur effort contre
le Constantinois. Après de vaines négociations avec le bey qui
refusait de reconnaître la souveraineté française, Constantine
était occupée le 13 octobre 1837 et le dernier représentant du
régime antérieur vaincu.
-
A la
domination turque, la France substituait la sienne sur tout le
Constantinois, par l’intermédiaire de chefs ralliés.
-
Les Français face à la guerre sainte
-
Pendant ce temps, Abd el-Kader édifiait, avec
l’aide des tribus arabes et de troupes régulières, un
état organisé, fondé sur la stricte application des
principes coraniques, et dirigé par des nobles d’origine
religieuse. L’entente franco-arabe ne résista pas au progrès des
deux dominations. Abd el-Kader crut que le temps jouait en faveur
des Français et se décida le premier à rouvrir les hostilités.
Tandis qu’il appelait tous les musulmans à la guerre sainte contre
les envahisseurs chrétiens, le gouvernement français se prononçait
pour la conquête totale. Une guerre décisive les opposa de 1840 à
1847.
-
La supériorité militaire des Français fut longtemps
tenue en échec par la mobilité des forces arabes. De plus, une
telle guerre avait le caractère inexpiable d’une lutte religieuse.
Bien qu’il pratiquât une guerre de mouvement et de razzias jugées
efficaces, le général Bugeaud eut à faire face à des difficultés
et à des rebondissements imprévus. La dévastation systématique des
territoires de l’adversaire multiplia le nombre et l’acharnement
de ses ennemis et interdit la réussite de ses pourparlers avec les
lieutenants de l’émir. Le souverain du Maroc, cédant aux appels
des confréries, s’engagea aux côtés d’Abd el-Kader; il fallut les
bombardements de Tanger et Mogador et la victoire de Bugeaud à
l’oued Isly (14 août 1843) pour le contraindre à cesser son aide.
En 1845, la guerre reprit dans les régions pacifiées à l’appel de
divers mahdi, restaurateurs prédestinés de l’islam, dont le
plus célèbre, Bou-Ma‘za souleva le Dahra, le Chélif et
l’Ouarsenis. Abd el-Kader en profita pour reparaître en Oranie et
soulever de nouvelles tribus; mais il dut bientôt s’avouer vaincu
et accepta de se rendre en décembre 1847. Avec lui disparaissait
le rêve d’un état arabe qui se
serait étendu à toute l’Algérie. Bien qu’il n’ait réussi à
entraîner ni le Constantinois ni la Kabylie, et qu’il ait à peine
eu le temps d’organiser son état, Abd
el-Kader devait laisser le souvenir du premier souverain
véritablement algérien.
-
Lorsque l’ancien bey de Constantine, qui tenait
toujours l’Aurès, se fut rendu en 1848, seuls restaient encore
insoumis les massifs montagneux kabyles. Des expéditions, menées
longtemps sans plan d’ensemble, aboutirent enfin, en 1857, à une
victoire décisive. Entre-temps, le Sud oranais et le Sud
constantinois de nouveau révoltés furent déclarés pacifiés après
les sièges de Zaatcha (1848), Laghouat (1852), et Touggourt
(1854). L’Algérie était désormais conquise sinon soumise, comme
devaient le montrer les révoltes postérieures.
-
Les insurrections sporadiques de 1858 à 1916
-
Si les insurrections sporadiques des Kabylies
orientales de 1858 à 1860, de l’Aurès en 1859, du Hodna en 1860,
furent relativement limitées et faciles à réprimer, l’insurrection
de 1864 et 1865 fut la plus grave que l’on eût connue depuis 1845.
Lancée par la grande confédération tribale à caractère confrérique
des Oulad sidi Cheikh, elle s’étendit du Sud oranais au Titteri,
puis gagna la majeure partie du Tell. La répression fut
particulièrement difficile dans la province d’Oran, et les
troubles persistèrent dans le Sud où il fallut envoyer une
nouvelle expédition en 1870. En 1871, une nouvelle révolte, animée
par la confrérie des Rahmaniya, parut plus sérieuse encore. Le
tiers de la population s’insurgea, mais les colonnes françaises
n’eurent à combattre que 80000
moujahidin, dont beaucoup étaient démunis d’armes. Ce fut
surtout une révolte de la plèbe kabyle encadrée par l’aristocratie
féodale du Constantinois; mais d’autres tribus s’insurgèrent sous
d’autres chefs. Malgré son ampleur et son retentissement, elle fut
peu dangereuse pour la domination française et vite écrasée.
-
L’Algérie ne devait plus connaître avant 1954 de
grandes révoltes armées: le soulèvement d’El Amri (1876) ne toucha
qu’une tribu, l’agitation de l’Aurès (1879) deux. L’affaire de
Margueritte (1901) se borna à un village. L’insurrection du Sud
oranais (1881-1883), conduite par un marabout des Oulad sidi
Cheikh, Bou ‘Amama, fut à la fois un grand ghazzou saharien
et une révolte des populations; elle se termina par une paix
transactionnelle avec les Oulad sidi Cheikh dissidents qui
revinrent du Maroc. Pendant la Première Guerre mondiale, la région
des Aurès s’insurgea, à la fin de 1916, pour protester contre la
conscription, imposée maladroitement à ces populations mal
soumises; mais les troubles restèrent limités.
-
La colonisation
-
La conquête de l’Algérie eut pour corollaire la
colonisation du pays. L’idée s’imposa, grâce à la propagande des «colonistes»,
de faire de l’Algérie une colonie de peuplement. Il apparut que
c’était le moyen le plus efficace de consolider la conquête. Cette
conviction devait prévaloir dans l’opinion française jusqu’à la
Seconde Guerre mondiale, encore qu’elle eût été fort discutée
jusqu’en 1870. Elle explique que, en dépit de quelques tentatives
d’hommes favorables à un régime de protectorat, tels Napoléon III
et Jules Ferry, le souci de favoriser les colons l’ait presque
toujours emporté sur la politique indigène.
-
La prise de possession des terres
-
La colonisation française reposa essentiellement,
en Algérie, sur le principe de la «colonisation officielle».
L’administration des Domaines se procurait des terres par divers
procédés d’expropriation, dont le «cantonnement», qui s’apparenta
au refoulement des tribus, et l’affirmation des droits prétendus
de l’état français sur les habous
publics, les terres incultes ou sans maître, les forêts, etc. L’Administration
créait ensuite et aménageait des centres villageois. Elle
concédait gratuitement des lots individuels aux immigrants de
nationalité française, sous condition suspensive de résidence
obligatoire. La colonisation officielle s’adressa de préférence
aux paysans du sud-est de la France et aux Européens d’Algérie.
Quelque 700 villages français furent ainsi fondés qui modifièrent
complètement la physionomie des campagnes algériennes où les
agglomérations rurales, sauf en Kabylie, étaient fort rares.
-
La colonisation «libre», entreprise sans
intervention ni assistance de l’état, fut
longtemps la moins importante. Elle prit ensuite, après 1900, la
première place. Elle se procura ses terres auprès des colons
officiels et surtout par des achats aux musulmans. Une série de
lois, qui soumettaient les propriétés indigènes au droit français,
facilitèrent l’émiettement des propriétés indivises et leur
acquisition par les Européens. En 1914, les colons disposaient au
total de 2123288 ha; en 1934, de 2462537 ha, dont 1500000 environ
avaient été fournis par la colonisation officielle. Le quart du
sol cultivé appartenait, dès lors, aux colons ruraux qui
représentaient environ 2 p. 100 de la population agricole.
-
L’immigration européenne
-
La colonisation urbaine fut toujours supérieure en
nombre à la colonisation rurale. Les villes européennes, centres
administratifs puis économiques, attirèrent, outre les
fonctionnaires et commerçants français, des étrangers de toute
nationalité: en 1872, 60 p. 100 des Européens étaient des citadins
et cette proportion devait constamment augmenter. Or les villes
furent le véritable
melting pot algérien.
-
Un peuple nouveau, composé en majorité de Français
mais aussi de Juifs indigènes, déclarés français en 1870, et
d’Européens naturalisés, surtout après la loi de naturalisation
automatique de 1889, se constitua peu à peu en Algérie,
essentiellement à partir de 1896, date à laquelle le nombre des
Européens nés dans la colonie l’emporta sur celui des immigrés.
-
Les Européens étaient au nombre de 109
000 en 1847, 272000 en 1872, 578
000 en 1896, 829000 en 1921. Le rythme
d’accroissement fléchit à partir de 1914. L’immigration française
cessa presque complètement et les étrangers vinrent moins
nombreux: en 1954, on recensait 984000 Européens. Les étrangers,
en majorité espagnols, mais aussi italiens, maltais, formèrent
longtemps un pourcentage important de cette population: 42 p. 100
en 1872, 49 p. 100 en 1886. Avec la naturalisation automatique, la
prédominance de la nationalité française s’affirma: en 1901, 364000 Français dont 72000 naturalisés récents
et 189000 étrangers; en 1921, 629000 Français et 196000 étrangers,
soit 23,7 p. 100 seulement. Le «péril étranger», dénoncé par les
politiciens locaux, fut un phénomène historique moins important
que la fusion progressive des étrangers et des Français,
l’«algérianisation». Les Européens d’Algérie se désignaient plus
volontiers, en effet, sous le nom d’Algériens. Leur francisation
ne cessa pourtant de se renforcer, et les revendications
autonomistes, qui avaient tourné à l’émeute en 1898, cessèrent à
peu près complètement avec l’apparition du nationalisme musulman.
-
L’œuvre colonisatrice
-
La grande œuvre des Européens fut la régénération
de l’agriculture. Les cultures traditionnelles de céréales
connurent un fort accroissement, surtout celle du blé qui,
jusqu’en 1880, fut la véritable plante de la colonisation. Puis
vinrent les cultures nouvelles et, parmi elles, la vigne qui
transforma l’économie agricole. La France espérait que la vigne
peuplerait le pays de petits viticulteurs français: par
d’importants crédits, elle en favorisa l’extension. Le Tell se
couvrit de vignes et le vin devint le premier revenu de l’Algérie.
Mais la grande propriété viticole absorba les concessions des
petits colons et rejeta les hommes. Il en fut de même pour
d’autres cultures de spéculation. En 1930, la colonisation
agricole n’était plus qu’une entreprise commerciale ou financière,
dirigée par des cadres européens avec l’aide d’une main-d’œuvre
indigène. L’agriculture, vouée aux productions rémunératrices et
orientée vers l’exportation, enrichissait une minorité de la
population européenne; mais elle avait perdu toute justification
coloniale: elle tarissait le peuplement français et concurrençait,
sur le marché métropolitain, les producteurs nationaux. De leur
côté, les Algériens musulmans lui reprochaient de sacrifier les
cultures vivrières et de vouer le pays aux aléas de la
monoculture.
-
La transformation économique de l’Algérie fut
l’œuvre essentielle de la France. Le pays fut, peu à peu, équipé
de voies de communication modernes: routes, voies ferrées, ports.
L’infrastructure de base fut mise en place sous le second Empire
et développée surtout entre 1900 et 1930, puis après 1946,
essentiellement grâce à des emprunts publics lancés sur le marché
financier français par l’Algérie, lorsqu’elle eut été dotée de
l’autonomie financière.
-
Bien équipée pour un pays colonial, l’Algérie ne
fut en revanche que peu industrialisée avant 1945. Le manque de
combustible, les hésitations des entrepreneurs français ou leur
hostilité de principe empêchèrent le développement d’une industrie
moderne de transformation. L’industrie extractive était la seule à
présenter quelque importance. L’administration locale, mal
informée des réalités économiques, ne sut pas trouver et imposer
de solutions à ce retard économique.
-
L’évolution des musulmans et la politique
indigène
-
Les musulmans algériens, vaincus mal résignés,
furent l’objet de politiques bien différentes. L’une voulait
entreprendre, après la conquête militaire, la «conquête morale»,
le rapprochement ou la transformation de ces Orientaux qui
gardaient les yeux obstinément tournés vers l’Orient arabe; et
certains parlaient de les assimiler, de les franciser. L’autre
politique entendait surtout faire plier leurs intérêts devant les
convenances de la colonisation et s’appelait elle-même politique
d’assimilation. De là un véritable quiproquo qui devait durer à
travers toute l’histoire de l’Algérie française.
-
La politique des Bureaux arabes
-
Jusqu’en 1870, les musulmans furent soumis à
l’administration paternaliste des officiers des «Bureaux arabes».
Ceux-ci se préoccupèrent de les faire évoluer, de les
sédentariser, de moderniser leurs institutions traditionnelles, de
les instruire et de les rapprocher des Français. Ce fut à leur
instigation que le sénatus-consulte de 1865 déclara français tous
les indigènes algériens et qu’il accorda la citoyenneté entière à
tous ceux qui le demanderaient en renonçant à leur statut civil
musulman. Ils eurent, dès lors, accès à la fonction publique
française et se virent reconnaître des droits de représentation
politique dans les institutions locales. En 1870, les musulmans
disposaient de conseillers municipaux et de conseillers généraux
élus par eux; des juges musulmans siégeaient dans des chambres
spéciales mixtes et dans le Conseil supérieur de droit musulman.
Des écoles primaires arabes-françaises, des collèges
franco-arabes, une école indigène des arts et métiers
fonctionnaient à côté des écoles coraniques et de trois madrasa
modernisées.
-
Cette politique soucieuse de préparer un avenir aux
musulmans fut combattue par les colons, qui se proclamèrent
républicains par haine de la politique arabophile de Napoléon III.
Ils se prononcèrent contre le projet de constitution de l’Algérie
de 1870, qui prévoyait la participation des électeurs musulmans à
la désignation de trois députés, et le firent échouer. La
politique des militaires était condamnée.
-
La «départementalisation»
-
L’instauration du régime civil et l’effondrement de
l’Empire permirent le triomphe des conceptions chères aux colons.
L’Algérie étant assimilée à la France, les musulmans non citoyens
furent privés de leurs droits et de leurs institutions: il n’y eut
plus de conseillers généraux élus, plus de tribunaux
franco-musulmans, plus de collèges franco-arabes. En revanche, les
musulmans citoyens étaient soumis à un régime spécial, à un code
de l’indigénat, instauré en 1881, puis à des tribunaux spéciaux,
les tribunaux répressifs et les cours criminelles (1902). Par le
«système des rattachements» (1881) l’Algérie «départementalisée»
était entièrement intégrée à la France: toutes les affaires
devaient être réglées dans les ministères parisiens sur les
indications des représentants de l’Algérie au Parlement. L’Algérie
était entièrement entre les mains de la colonisation.
-
Même lorsque le régime des rattachements eut été
supprimé, le gouvernement français et le gouverneur général durent
compter avec les assemblées locales: le Conseil supérieur de
l’Algérie et surtout les Délégations financières, dans lesquelles
les électeurs français comptaient 48 délégués et les musulmans,
divisés en deux groupes, Arabes et Kabyles, 21 seulement. Or, ces
assemblées étaient maîtresses du budget de l’Algérie. La France
put seulement tenter d’imposer ses désirs dans quelques domaines.
Ainsi, la grande idée de Jules Ferry de conquérir les musulmans
par l’école laïque inspira une politique scolaire assez continue.
Pendant longtemps les résultats parurent fort décevants car une
petite minorité seule pouvait en tirer parti: en 1890, 1,9 p. 100
des musulmans d’âge scolaire étaient scolarisés dans des écoles
françaises, 4,3 p. 100 en 1908, 6 p. 100 en 1929, 8,8 p. 100 en
1944.
-
L’effondrement de la société musulmane
-
Dans ces conditions, la société indigène d’Algérie
ne put résister au choc colonial.
éloignés de leurs fonctions et peu à peu
ruinés, ses anciens chefs disparurent, à l’exception de quelques
familles maraboutiques. L’infime bourgeoisie citadine, composée de
lettrés, de cadi, de commerçants, se dispersa et ne se
reconstitua que tardivement au XXe siècle.
Privée de ses cadres, la communauté musulmane s’effondra.
-
Victime d’une dépossession foncière continue et de
la fermeture des pâturages forestiers, la paysannerie voyait ses
troupeaux et ses récoltes diminuer inexorablement. La moyenne
annuelle de sa production céréalière, qui était de 19,6 millions
de quintaux entre 1901 et 1910, descendait à 16 millions entre
1921 et 1930, et à 14 millions entre 1941 et 1948. Le cheptel
ovin, qui avait atteint 8 millions de têtes avant 1865, tombait à
6,3 en 1900, 5,3 entre 1921 et 1930, 4,8 entre 1941 et 1948.
Durement atteinte, jusqu’en 1919, par une fiscalité spéciale (les
«impôts arabes»), cette paysannerie se paupérisa de manière
continue. La ruine de l’artisanat indigène et l’absence d’embauche
industrielle aggravaient encore cette situation. Jusqu’en 1920, le
salariat agricole était le seul débouché; après cette date
commença l’émigration vers la France.
-
La pression démographique, surtout après 1930, joua
ensuite son rôle classique dans l’écrasement des niveaux de vie.
Avant 1914, le taux d’accroissement n’était que de 1,4 p. 100. Les
musulmans, qui étaient 2
733000 en 1861 et 3577
000 en 1891, atteignaient 4923000 en 1921.
Vers 1930, on pouvait estimer que la population avait doublé en
soixante-dix ans. La baisse du taux de mortalité entraîna ensuite
une explosion démographique: le taux d’accroissement doubla et, de
1931 à 1954, la population musulmane s’augmenta de 3 millions.
Elle compta, dès lors, de plus en plus de chômeurs totaux ou
partiels, qui affluaient dans les zones de colonisation et dans
les villes. La Mitidja, par exemple, vit sa population musulmane
passer de 80
000 à 250000 entre 1925 et 1948. La
population citadine représentait 7,6 p. 100 de la population
musulmane totale en 1906, 11,6 p. 100 en 1936, 18,9 p. 100 en
1956. Cette urbanisation accélérée n’était pas un symptôme de
progrès social ni d’intégration dans la société européenne. La
cohabitation engendra seulement de nouveaux heurts et accrut les
rancœurs des musulmans.
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La naissance d’une nation (Retour au
sommaire)
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Sur le plan politique, le fait essentiel de
l’évolution des musulmans fut la naissance d’un sentiment national
algérien. Alors qu’avant 1900 la communauté musulmane espérait
uniquement en un Mahdi providentiel et que, de 1900 à 1930
environ, la petite élite algérienne, formée dans les écoles
primaires françaises, n’apercevait d’autre issue à ses
revendications d’égalité que la citoyenneté française, une autre
voie lui fut indiquée par les ‘ulama
et les champions de l’arabisme: la
«Nation algérienne». Par l’enseignement, le scoutisme et la
propagande écrite et orale, les ‘ulama
insufflèrent à la jeunesse un idéal patriotique, à la fois
arabo-musulman et algérien.
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Les partisans de l’assimilation, d’abord appelés
«Jeunes Algériens», et regroupés au sein de la Fédération des élus
indigènes, perdirent peu à peu audience auprès de leurs mandants,
parce qu’ils ne purent pratiquement rien obtenir du Parlement
français, hormis les timides réformes de 1919. De 1919 à 1944,
aucun gouvernement français n’osa renouveler le geste de
Clemenceau, bravant l’obstruction des Européens d’Algérie pour
remercier les musulmans de leurs 25
000 morts pour la France. Le projet de loi
Viollette déposé en 1930, et repris par le gouvernement Blum de
1936, qui aurait conféré à 21000 musulmans de l’élite francisée le
droit de voter avec les 203
000 électeurs français, souleva un tel tollé
chez les Européens qu’il ne fut pas même discuté devant les
Chambres. Son abandon condamnait définitivement, pour les
musulmans, la politique d’assimilation.
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La Seconde Guerre mondiale accéléra l’évolution des
tendances politiques antérieures. Certes, il était déjà question
de nationalisme avant 1939 puisque les disciples des ‘ulama
répétaient: «L’Algérie est ma patrie, l’arabe ma langue, l’islam
ma religion.» Mais les mots d’ordre de «parlement algérien» et de
«souveraineté algérienne» ne touchaient alors qu’une infime
minorité: les militants de l’ةtoile
nord-africaine, devenue en 1937 le Parti du peuple algérien. Au
contraire, après la défaite de la France en 1940 et surtout après
le débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord,
qui fut interprété comme une deuxième défaite française, le
nationalisme algérien se développa très rapidement.
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Dès le 20 décembre 1942, Ferhat ‘Abbas,
un «jeune Algérien» déçu converti au nationalisme, adressait «aux
autorités responsables» un message demandant la réunion d’une
conférence chargée d’élaborer un nouveau statut politique. Puis il
lança, le 12 février 1943, le Manifeste du peuple algérien, qui
revendiquait la constitution d’un état
algérien. Cette proclamation révolutionnaire fut signée par de
nombreuses personnalités algériennes considérées comme très
modérées. Enfin, le 22 mai 1943, des représentants élus, les
délégués financiers arabes et kabyles, acceptaient de cautionner
le projet de réformes dit Additif au Manifeste, préparé par ‘Abbas
et ses amis. Ce texte réclamait sur l’heure un gouvernement
franco-algérien, l’égalité totale entre musulmans et Français, en
attendant l’indépendance complète d’un état algérien, lequel serait
doté d’une constitution élaborée par une constituante. L’Additif
envisageait une Union nord-africaine, mais ignorait toute
possibilité d’un lien fédéral avec la France.
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Le Comité français de libération nationale (C.F.L.N.),
constitué à Alger le 3 juin 1943 pour défendre la souveraineté
française sur les territoires de l’empire, jugea ces
revendications inacceptables. Il le signifia rudement aux
nationalistes, mais décida simultanément un ensemble de réformes
politiques concernant le statut des Algériens. De Gaulle annonça
le 12 décembre 1943 à Constantine «l’octroi des droits de
citoyenneté à plusieurs dizaines de milliers de musulmans».
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Après consultation d’une commission de réformes
franco-musulmane, le C.F.L.N. promulgua, le 7 mars 1944, une
ordonnance qui accordait la citoyenneté française avec maintien du
statut personnel musulman à toute l’élite algérienne, environ 65000 personnes qui voteraient dans le même
collège électoral que les Français. Tous les autres musulmans
étaient appelés à recevoir la citoyenneté française, lorsque
l’Assemblée constituante de la France libérée en aurait délibéré.
Pour l’heure, 1500000 Algériens devenaient électeurs chargés
d’élire les assemblées locales. La représentation musulmane dans
les conseils municipaux, les conseils généraux et les Délégations
financières était portée aux deux cinquièmes du total. L’indigénat
était définitivement aboli, l’égalité civile établie.
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Ce texte révolutionnaire, qui allait beaucoup plus
loin que le projet Viollette de 1936, réalisait enfin la politique
d’assimilation constamment promise par la IIIe République.
Comme tel, il fut soutenu par les représentants des mouvements de
Résistance, les délégués des partis communiste et socialiste
présents à Alger et combattu par la quasi-totalité des Français
d’Algérie. Leur presse assura «qu’on avait donné aux musulmans
plus qu’ils n’auraient revendiqué après la guerre». En fait, les
réactions des musulmans montrèrent, comme le disait le Manifeste,
que, pour eux, l’heure de l’assimilation était passée: «Désormais,
un musulman algérien ne demandera pas autre chose que d’être un
Algérien musulman.»
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