Anne-Cécile Robert
 
 

Anne-Cécile Robert est journaliste au Monde diplomatique et professeur associé à l'Institut d'études européennes de l'université Paris 8.

Et si c'était l'Occident, et non l'Afrique, qui avait besoin d'aide ? Et si c'était au continent africain de venir au secours de l'Occident ? Ce livre, volontairement provocateur, propose de renverser radicalement le regard porté sur notre « monde mondialisé ». Alors que, dans sa version capitaliste globalisée, le modèle occidental est en train de mettre à sac la planète, l'Afrique pourrait, en puisant dans son patrimoine culturel, apporter une vision plus harmonieuse et plus équilibrée du rapport entre les humains et la nature. Sans idéaliser une Afrique mythique ni nier la dramatique situation dans laquelle se trouve souvent le continent noir, le livre suggère que le prétendu « retard » de l'Afrique ne serait que l'expression d'une formidable résistance culturelle à un modèle économique dévastateur. Il propose, en délocalisant le regard en Afrique, une critique radicale de nos modes de vie et des valeurs de la mondialisation libérale.

Il existe - et a existé - plusieurs sortes d'Occidentaux « africanophiles », d'individus qui, au cours de l'histoire, se sont pris de passion pour ce continent vaste et extrêmement divers. Mais, rares sont ceux qui, malgré cette passion, ont véritablement considéré l'Afrique comme un continent majeur, avec lequel peuvent se tisser des relations d'égalité.

 

Il y eut d'abord les explorateurs fascinés par une Afrique aux paysages extraordinaires et aux populations si « étrangères ». L'image de l'explorateur écossais Mongo Park se noyant dans le Niger ou celle du voyageur René Caillié, revenant rongé par de multiples maladies de sa recherche obsessionnelle de Tombouctou, illustrent cette quête insatiable, ambiguë, et parfois mortelle.

 
 

Il y eut les anthropologues qui, notamment au XIXe siècle, allèrent étudier les populations d'Afrique, comme ils avaient observé et classé les habitants de leur propre pays. Sur le continent noir comme chez eux, ils cataloguèrent les personnes avec un mélange d'excitation scientifique et d'étonnement parfois malsain. Les anthropologues inventèrent l'admiration criminelle et firent en Afrique des dégâts considérables, puisque leurs travaux imprégnèrent parfois si profondément les esprits, qu'ils servirent de justification à des génocides perpétrés au XXe siècle (1). La classification des populations et les hiérarchies qu'ils établirent entre elles furent ainsi utilisées par ceux qui organisèrent le massacre d'environ un million de personnes (2) - en majorité des Tutsis - au Rwanda en 1994.

Il y eut ces grands administrateurs coloniaux que l'Afrique « attrapa » et qui s'y immergèrent, se mêlant aux populations, apprenant les langues autochtones, étudiant les cultures et qui, par la suite, accueillirent avec joie les indépendances aux tournants des années 1950 et 1960. Représentant d'un système de domination et d'exploitation (la colonisation), ils n'en eurent pas moins le plus grand respect pour les populations locales envers lesquelles les guidaient souvent un sentiment profond de fraternité. Comme Andrée Dore-Audibert (3), ils jugent encore aujourd'hui que le bilan de leur action dans l'administration coloniale est bon. Mais, conséquents avec eux-mêmes, ils furent, comme elle, des militants des indépendances et se mirent d'ailleurs parfois aux services des nouveaux Etats qui manquaient souvent cruellement de cadres.

Il y eut les tiers-mondistes dans les années 1960 et 1970. Militants associatifs ou politiques, ils soutinrent eux aussi les indépendances, luttèrent dans leur propre pays contre les guerres coloniales, se bâtirent pour le développement et pour un nouvel ordre économique international (NOEI). Leurs héritiers revendiquent aujourd'hui l'annulation de la dette des pays du Sud, ce crime contre la justice, cette imbécilité économique (4), qui étrangle ces pays en proie à la maladie et à la misère.

Il y eut - et il y a - ces innombrables chercheurs de toutes les disciplines, sociologues, géographes ou économistes, qui se fondirent, temporairement ou radicalement, dans les coutumes et les modes de vie de l'Afrique subsaharienne. De l'ethnologue Marcel Griaule au sociologue Georges Balandier, leur rigueur intellectuelle et leur passion illustrent ce que la rencontre entre les civilisations peut produire de plus beau dans l'histoire humaine (5).

Il y eut - et il y a - les organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent sur le terrain dans de multiples projets de développement, et d'assistance économique, sanitaire et sociale. Un bilan de leur action reste à faire, notamment du rôle qu'elles jouent dans le « monde mondialisé » où tout est instrumenté (6).

Il y eut - et il y a - les « africanophiles » « antidéveloppementistes » qui pensent qu'il faut précisément sortir d'une logique d'aide qui ne serait que la perpétuation de la domination historique. Le soutien provient en effet toujours des mêmes. « La main qui reçoit l'aide est toujours en dessous de celle qui la donne » aime ainsi à rappeler l'économiste français Serge Latouche. L'assistance ne serait alors que le nouvel habit de l'arrogance occidentale qui invente les maladies et leurs remèdes, fait les questions et les réponses. Chaque peuple doit trouver la voie qui est la sienne dans l'histoire ; les peuples d'Afrique comme les autres.

Le point commun des deux dernières catégories réside dans la reconnaissance des maux dont souffre le continent et de la responsabilité occidentale dans ces maux. Même dans les rapports frelatés de la Banque mondiale destinés à valider ses prescriptions économiques, l'Afrique est le seul continent dont les indicateurs de santé, d'éducation, de développement demeurent dramatiquement bas (7). La différence entre les deux catégories d' « africanophiles » porte sur les solutions. Les premiers - souvent obnubilés par les fautes de l'Occident dont ils font un vecteur trop unique d'analyse - en concluent qu'il faut aider l'Afrique à s'en sortir. Les seconds considèrent l'aide comme le paravent de l'occidentalisation du monde et estiment que c'est précisément de cet impérialisme historique qu'il faut sortir. Le continent pourrait alors inventer des solutions qui lui sont propres aux maux qui le rongent.

Dans la lignée de la dernière catégorie d'« africanophiles », le présent ouvrage est animé d'une conviction : non seulement l'Afrique a droit, comme tous les autres continents, à sa propre parole mais, par sa situation de « dominée exemplaire », elle traduit mieux que tout autre la réalité du monde mondialisé, sa nature profonde imbibée d'inégalités et de violence multiforme. Sa parole revêt donc non seulement une valeur pour elle-même mais une valeur pour tous. « Le vrai point de vue sur les choses est celui de l'opprimé », estimait Jean-Paul Sartre qui fut lui aussi, par ailleurs, un admirateur de l'Afrique (8).

En effet, depuis la chute des grands empires du Moyen Age africain (9), le continent noir subit largement l'histoire. « Subir » ne signifie pas que les Africains furent et demeurent des victimes passives et qu'ils ne portent aucune responsabilité dans la situation catastrophique qui est la leur aujourd'hui. Cette vision serait infantilisante. Il s'agit de constater que « à moitié victimes, à moitié complices », comme disait Sartre, ces populations n'ont pas contribué avec la même autonomie que d'autres à la marche du monde et à la construction de leur destin. Selon de nombreux chercheurs, hommes politiques et militants du continent, les Africains ont sans doute, dans une perspective de libération, à s'interroger encore et toujours sur ces dynamiques internes (10). En ce qui nous concerne, d'un point de vue occidental, nous examinerons ce qui nous met directement en jeu dans cette absence de l'Afrique à elle-même, en quoi cette absence rejaillit sur la marche du monde. Car, même si les populations africaines jouèrent parfois le jeu des impérialistes occidentaux - comme ces rois qui vendaient leurs sujets aux esclavagistes (11), même si les colonisateurs et les pilleurs ont trouvé des relais locaux, il n'empêche que l'histoire du continent s'inscrit depuis des siècles dans le cadre d'une domination. L'Afrique noire a subi l'esclavage des Arabes ; elle a subi la traite transatlantique et la colonisation ; elle subit aujourd'hui le capitalisme - invention occidentale - dans lequel elle s'est inscrite, de manière plus ou moins consentante. Le modèle économique et la division internationale du travail qui en découle - imposé par les colonisateurs et aujourd'hui généralisé - a été conçu ailleurs, en Occident et étendu à partir de lui.

Tout au long de cet ouvrage, nous utiliserons les termes « Occident » et « Afrique », malgré leur caractère globalisant, par commodité. Il est bien évident que chacune de ces entités est diverse et ne saurait se résumer en une appellation unique. Le continent noir, comme l'Europe, comprend une multitude de sociétés distinctes. On peut en revanche caractériser des situations culturelles et politiques qui se différencient et s'opposent historiquement. Pour notre propos, « Occident » désigne ainsi la manière dont cette famille culturelle se manifeste dans sa relation à autrui ; en Afrique, c'est la version capitaliste et coloniale de la culture européenne qui triompha au détriment d'autres voies, comme celles suggérées, par exemple, par la mouvement ouvrier ou le modèle républicain (12). Symétriquement, on peut - sans nuire à la vérité - dégager des traits communs aux sociétés africaines dans leurs rapports aux autres cultures. Afin d'approfondir la réflexion, nous préciserons, chaque fois que nous le pourrons, à qui et à quoi nous faisons exactement allusion : quels individus, quelles forces sociales, quelle période, quels rapports de forces. Notre ouvrage concernera plus particulièrement les sociétés de l'Afrique subsaharienne.

La spécificité de l'Afrique réside certainement dans le fait qu'elle n'a jamais vraiment eu droit à la parole et que l'Occident, plus qu'ailleurs, s'est acharné à faire taire ceux qui y pensaient différemment et voulaient suivre une voie différente. Des guerres coloniales aux assassinats politiques de l'époque moderne - par exemple celui du Congolais Patrice Lumumba tué avec l'aide du colonisateur belge en 1962 et du Burkinabé Thomas Sankara certainement éliminé avec le consentement de la France en 1987 - l'Occident s'est cru autorisé à faire usage de toutes les méthodes pour imposer sa vision du monde et pour piller l'Afrique de ses nombreuses richesses. Le rêve des indépendances, lorsqu'il n'a pas été comprimé par la force, a été étouffé par la dette, la chute des prix des matières premières, et l'implacable logique de rapports de forces qui fondent le capitalisme. Si le rôle des élites africaines est en cause - là aussi il appartient aux Africains de démêler, pour leur propre compte, l'écheveau des responsabilités -, il faut reconnaître que les dés de la mondialisation libérale - à l'œuvre depuis les années 1970 - sont pipés. Dans cette vaste partie de poker menteur, l'Afrique cumule les désavantages : séquelles de la colonisation, règles systématiquement fixées par d'autres et changées à leur gré, marginalisation politique... Car, in fine, l'Occident décide de tout : keynésien, monétariste, interventionniste, libéral, communiste... Il fait toujours les questions et les réponses...

Mais s'y retrouve-t-il lui-même dans ce jeu ? Le développement sans fin du capitalisme est en passe de soumettre la totalité des activités humaines à la loi de l'argent. La santé, la culture, la protection sociale, les ressources vitales - eau et air - et même le corps humain - vendu en pièces détachées à partir des zones de pauvreté et de guerre... tout est marchandisable et marchandisé. La planète et ses habitants sont littéralement mis à sac. L'Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) le G8, les réunions de Davos et l'Union européenne entre autre étendent ce système ravageur à la terre entière.

Imprévoyance, pillage, destruction, prédation, guerres, violences de toutes sortes caractérisent un modèle économique qui met en danger la survie de l'humanité elle-même. « On arrive à des aberrations humaines et sociales lorsque l'on ne retient que des critères matériels et financiers (13). », estime ainsi René Passet, économiste et ancien président du conseil scientifique d'Attac. La situation dans laquelle se trouve l'Afrique se présente comme le condensé des défauts du capitalisme mondialisé, que ce modèle ait été importé par la force ou accepté : ses ressources sont pillées ; elle est rançonnée (la dette contractée en situation de domination l'étrangle et l'empêche d'améliorer son sort) ; l'exploitation provoque la misère et les inégalités sociales se creusent (14) ; les indicateurs sanitaires persistent à demeurer aux plus bas niveaux... La véritable nature de l'ordre mondial se révèle dans ce désastre : les personnes ne sont plus qu'un facteur de production, les faibles n'ont pas leur mot à dire, l'argent et le marché sont la mesure de toute chose. Les pays qui disposent de ressources minérales ou pétrolières (du Gabon à l'Angola, en passant par le Libéria ou la République démocratique du Congo) sont aux mains de véritables castes corrompues alliées à des firmes étrangères qui se soucient peu du développement de leur peuple.

Pourtant, le continent noir avait historiquement produit de tout autre mode de vie et de relations. Dans leurs diversités, les sociétés africaines traditionnelles avaient développé des manières moins utilitaristes et moins destructrices de rapports humains, à la nature, aux richesses, au temps et à l'espace. Il ne s'agit pas d'idéaliser et de suggérer que l'Occident n'a fait que pervertir une sorte de succédané du paradis terrestre : les guerres qui ont traversé le continent avant l'époque moderne montrent, par exemple, la permanence d'une violence toute humaine dans les sociétés africaines. De même, certaines sociétés se sont construites sur un système de castes, par définition conservateur voire inégalitaire, comme au Sénégal (15) ou sur des discriminations raciales comme en Mauritanie. Enfin, toute valeur perçue comme positive a nécessairement son envers - nous y reviendrons - comme par exemple le légendaire esprit de solidarité des Africains qui peut avoir comme défaut une pression étouffante du groupe. Nous préciserons donc à chaque fois les contours des principes soulignés afin d'en mieux dégager les aspects qui pourraient contribuer à améliorer le sort de l'humanité. Sans globaliser, nous nous attacherons aux valeurs qui faisaient et font encore référence en Afrique, même si - pas plus qu'ailleurs - elles ne sont systématiquement mises en œuvre. Cela nous permettra de voir en quoi elles pourraient positivement contribuer à la marche du monde et, notamment, à l'humaniser - au bénéfice de tous.

Parmi les valeurs qu'on trouve traditionnellement en Afrique et qui se distinguent de celles promues par l'Occident capitaliste, on peut noter avec d'autres observateurs (16) : un refus de la tyrannie du temps, un pouvoir et une autorité indivisibles, l'effacement de l'individu face à la communauté, l'acceptation et la canalisation des passions (notamment par la ritualisation), une résistance à l'accumulation de richesses, une insertion pacifique dans l'environnement. Ces valeurs apparaissent comme le négatif - ou plutôt le positif - du modèle occidental mondialisé. Elles laissent entrevoir que l'évolution du monde pourrait s'effectuer d'une autre manière, plus équilibrée, plus modeste, moins prédatrice, plus prévoyante.

Au fond, dans son arrogance, dans son délire uniformisateur, l'Occident capitaliste se montre incapable de concevoir, au-delà des mots, une véritable diversité du monde et cette suffisance n'est que le paravent de son impérialisme. Depuis le XVIIIe siècle, au cœur des sociétés du Nord, des penseurs et de vastes mouvements sociaux ont tenté d'entraver une machine économique et culturelle dont les dégâts se faisaient sentir ici comme ailleurs et d'imposer un autre modèle de société et de relations internationales plus juste et plus égale. Ces tentatives ont, pour l'instant, échoué. Réprimées parfois dans le sang, mourant de leurs propres faiblesses conceptuelles, d'événements imprévus, ses perspectives de rechange n'ont en tout cas pas durablement pris corps et leur échec a donné à l'Occident son visage et abandonné la planète aux ravages du capitalisme mondialisé. La résistance qui s'organise autour du concept d'altermondialisation ouvre, peut être, de nouvelles perspectives (17).

L'Afrique exprime des valeurs et des mentalités « autres » qui pourraient rendre service à un monde au bord du gouffre. Car la bataille pour la diversité culturelle - dont le continent noir constitue un des symboles les plus forts - représente en réalité une bataille pour la survie de l'humanité tout entière. C'est tout une vision du monde qui est en jeu dans notre rapport à l'Afrique : seuls le respect et la promotion d'une véritable pluralité du monde peut prémunir l'homme contre lui-même et réaliser l'aspiration universelle à la justice et à la dignité. L'enjeu réside alors dans la nécessité de véritablement universaliser la planète. Car, comme le souligne le médecin Dominique Desplats qui participa à des missions humanitaires en Afrique, « il est vrai que nous sommes, gens du Nord, victime d'une sorte de dramaturgie permanente qui nous fait considérer les situations du Sud comme inacceptables, voulant ainsi de façon inconsciente mais très idéologique, faire de l'autre le même (18). »

La machine infernale, utilitariste et violente, de l'économisme qui réduit tout à l'état de marchandise - dont l'Occident néolibéral a fait son habit de lumières - heurte l'âme des sociétés de l'Afrique subsaharienne. Parce qu'elles travaillent à contre courant de l'ordre capitaliste et de ses principes directeurs, les valeurs qui traversent le continent noir pourraient être le levier d'une remise en cause de la mondialisation libérale. Cette remise en cause profiterait d'abord à l'Afrique elle-même - résoudre ses maux en plongeant dans son propre patrimoine culturel - tout en ouvrant aussi des perspectives pour un autre monde, plus juste et plus humain dont tous, au Nord comme au Sud, pourront bénéficier.

Si les sociétés africaines et leurs élites pouvaient prendre conscience de la fécondité de cette différence de valeurs, et acceptaient de s'en saisir au lieu de se couler dans le modèle dominant, elles rendraient service à la planète entière. Si l'Occident acceptait une Afrique majeure au lieu de toujours, d'une manière ou d'une autre, vouloir la maintenir sous sa coupe, alors le cours du monde pourrait en être changé. Le monde a besoin d'une Afrique sujet et non plus objet. C'est en ce sens qu'une véritable rencontre, féconde, pourrait avoir lieu au bénéfice de tous. Lorsque des associations humanitaires demandent à Serge Latouche « que pouvons-nous faire pour l'Afrique ? », il répond, volontairement provocateur : « Plier bagage ; la laisser tranquille ». Abandonner l'Afrique ? Le vrai problème n'est pas que nous l'abandonnions, c'est qu'elle s'abandonne elle-même et que, ce faisant, elle nous abandonne nous...

 
Notes
 
 
(1) Le parcours de l'anthropologue allemand Leo Frobenius illustre l'ambiguité des relations de certains européens avec le continent noir. Fasciné par les cultures africaines, il s'en fit d'abord le farouche défenseur (« L'idée du nègre barbare est une invention européenne ») au point d'inspirer la négritude de Senghor, avant de devenir, après 1918, profondément mystique et d'afficher un mépris certain pour les Africains limités à la sphère de l'émotivité (« Le manque de dignité est le grand défaut des Noirs »).
(2) Chiffres officiels invoqués par le gouvernement rwandais.
(3) Andrée Dore-Audibert, Une décolonisation pacifique, Karthala, Paris, 1999.
(4) Lire Eric Toussaint et Arnaud Zacharie, Dette et ajustement. Sortir de l'impasse, Syllepse/CADTM, Paris/Bruxelles, 2002.
(5) Lire le magnifique témoignage de Georges Balandier, L'Afrique ambiguë, Plon, coll. « terre humaine », Paris, 1957. Le Français Marcel Griaule fut représentant de l'Ethiopie à la Société des Nations, dirigea la mission scientifique Dakar-Djibouti (1931-1933) et mourut en pays Dogon après y avoir vécu de longues années.
(6) Lire Marc-Antoine Pérouse de Montclos, Aide humanitaire, aide à la guerre, Complexe, Bruxelles, 2001.
(7) Lire Christian de Brie, « L'Afrique à l'aune du développement virtuel », Manière de voir 51, « Afriques en renaissance », Paris, mai-juin 2000.
(8) Selon lui, le réveil culturel de l'Afrique animera des « torches noires » qui éclaireront le monde d'un jour nouveau. Lire « Orphée noir », Situations III, Gallimard, Paris, 1948.
(9) Lire, par exemple, Cheikh Anta Diop, Nations nègres et culture, Présence africaine, Paris, 1955.
(10) Cf. supra chapitre 2.
(11) Lire Elikia M'Bokolo, « L'héritage africain de l'esclavage », Manière de voir 51, Afriques en renaissance », Paris, mai-juin 2000.
(12) Nous faisons ici référence au modèle républicain de démocratie et au non à la manière dont la République française, en tant qu'institution réalisée, s'est comportée comme pouvoir politique contingent. En Afrique, les dirigeants de la IIIe République renièrent les principes républicains au profit d'une politique impériale.
(13) Lire René Passet, L'Illusion néolibérale, Fayard, Paris, 2000.
(14) Selon l'association Attac, les trois personnes les plus riches du monde ont une fortune supérieure au produit intérieur brut des 48 pays en voie de développement les plus pauvres et le patrimoine des 15 individus les plus fortunés dépasse le produit intérieur brut (PIB) total de l'Afrique subsaharienne. http://attac.org/france/passeport/02.htm
(15) Notons que le système des castes au Sénégal, s'il est effectivement conservateur, attribue à chacun un rôle dans la société. Il n'est donc pas, à la différence de ce qu'il se passe en Inde un système excluant. Lire Abdoulaye Bara-Diop, La société wolof, Karthala, Paris, 1981. « Le système des castes repose d'abord sur la division du travail et des fonctions ; il se caractérise par des rapports d'interdépendance. »
(16) Lire, pour des visions différentes de cette opposition des valeurs, Daniel Etounga-Manguelle, L'Afrique a-t-elle besoin d'un programme d'ajustement culturel ?, Editions nouvelles du Sud, Ivry-sur Seine, 1991 et le numéro de la revue Alternatives Sud, intitulé « Et si l'Afrique refusait le marché ? », Paris, 2001.
(17) Lire, par exemple, Défaire le développement, refaire le monde, actes du colloque organisé par La ligne d'horizon et Le Monde diplomatique, Parangon, Paris, 2003.
(18) Dominique Desplats, « Quelques figures de l'humanitaire », Nord-Sud, « Humanitaires, humanitaireries », n°17, Eres, Paris, 2001, page 55.
 

 

 
Anne-Cécile Robert (Journaliste au Monde diplomatique) :
 "Il appartient aux Africains de choisir leur voie"
Interview publié sur le Web le 11 Février 2004 Wal Fadjri (Dakar)
 
 

Sébastien Comparet

Anne-Cécile Robert est juriste et journaliste au Monde Diplomatique. Son ouvrage, L'Afrique au secours de l'Occident, volontiers provocateur, vient rompre avec l'idéologie libérale dominante. Car c'est à l'Afrique qu'appartient son destin économique, politique et social. Et cette Afrique a beaucoup à apporter à l'Occident, si celui-ci prend la peine de regarder.

Vous venez d'écrire un livre sur l'Afrique, avec un point de vue occidental, bien que celui-ci soit à contre-courant de l'idéologie dominante. A qui ce livre est-il prioritairement adressé ?

J'ai pensé à plusieurs publics. Mais d'abord à un public occidental qui cherche des voies pour un autre monde. Notamment le public altermondialiste qui va, par exemple, à Porto Alegre. Ceux qui cherchent une autre voie économique et sociale. Le second public que j'ai visé est un public africain, qui ne se rend peut-être pas compte que l'Afrique pourrait apporter des choses à l'Occident. Car la vision dominante est celle d'un Occident qui apporte de l'aide à l'Afrique. Mais elle a aussi des choses à apporter, même si on le voit moins du fait de ses difficultés. En termes d'idées, en termes de valeurs sociales surtout qui pourraient contribuer à renouveler la pensée, et peut-être sortir le monde de ses difficultés. Parce que le monde ne va pas bien. On dit que la mondialisation va apporter le progrès économique, mais ce n'est pas le cas. A part évidemment les plus riches qui tirent leur épingle du jeu. Le résultat de vingt ans de mondialisation libérale, c'est quand même un accroissement des inégalités, particulièrement en Afrique. C'est même surtout en Afrique que l'on se rend compte de la réalité de la mondialisation.

A ce niveau, vous effectuez un constat effroyable d'un libéralisme mondial, véritable bourreau de l'Afrique, si bien que celle-ci ne pourra jamais s'en sortir avec un tel système...

On répète à l'Afrique, depuis vingt ans, que pour arriver au développement économique, il faut qu'elle se fonde dans l'économie libérale. Il faut qu'elle suive les prescriptions de l'économie mondialisée. Mais c'est cela qui accroît les difficultés de l'Afrique. C'est quand elle cherchait d'autres voies, dans les années 1960, qu'elle avait les meilleures chances de s'en tirer. L'Afrique aujourd'hui ne peut s'en sortir qu'en s'opposant à cette mondialisation libérale, en résistant à ce modèle qui repose sur des supercheries intellectuelles. Dire que c'est en entrant dans la compétition internationale que l'Afrique va s'en sortir, c'est vraiment une aberration. Comment voulez-vous que des économies faibles entrent en concurrence avec des économies puissantes et structurées comme celles des Etats-Unis, du Japon ou de l'Allemagne ? C'est comme si, en judo, on faisait combattre des poids lourds contre des poids plumes. C'est une escroquerie intellectuelle. La solution est sans nul doute dans la prise en compte des disparités de développement, en admettant que les pays africains doivent pouvoir protéger leurs économies et se développer suivant leurs besoins propres. Or, ce qu'on leur dit depuis vingt ans, c'est : "Axportez, ouvrez-vous sur les marchés mondiaux."

Finalement, l'Occident interdit le protectionnisme à l'Afrique, alors qu'il l'utilise lui-même à sa guise...

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Europe était ravagée, et celle-ci s'en est sortie en mettant des barrières douanières, en protégeant notamment son agriculture. Si vous prenez les fameux "dragons", ces pays asiatiques qui ont atteint dans les années 1980 un niveau important de développement, ils ont utilisé le protectionnisme. En fermant leurs marchés, ils ont permis à leurs commerces, leurs industries, leurs artisanats de se développer en étant protégés. Et c'est exactement ce qu'on interdit à l'Afrique de faire. On lui refuse la possibilité de protéger ses marchés, pour permettre à ses entrepreneurs, à ses artisans, à ses paysans de se développer. Cela permet de continuer le pillage d'une Afrique qui, paradoxalement, est très riche de matières premières, de jeunesse, de créativité. Il est ainsi préférable pour l'Occident de maintenir ce genre de rapport, plutôt que de fonder un système juste.

Vous résumez cela ainsi : "Le libre-échange a toujours été une arme employée par les plus forts pour imposer aux plus faibles l'ouverture de leurs marchés." Est-ce finalement la poursuite de la colonisation par d'autres moyens ?

Tout à fait. On nous a créé une sorte de vision "Walt Disney", en nous disant qu'avec le libéralisme, chacun pouvait jouer tranquillement. Qu'il suffisait d'être malin. On dit que nous vivons dans un village planétaire, c'est plutôt gentil, ça ne fait pas peur. Simplement, dans ce village plantaire, certains vivent dans de grandes maisons, d'autres dans de petites maisons. On ne rapporte jamais cette vérité-là. On nous fait croire que tout le monde peut jouer à égalité, ce n'est pas vrai. Le libéralisme est fondé sur une logique de rapport de forces. Quand il parle de compétition, il parle en fait de guerre. Tout le monde n'a pas les mêmes moyens pour se défendre. Et le rapport de forces profite toujours aux mêmes.

Finalement, cette mondialisation, plus qu'une libéralisation des économies, c'est une uniformisation de la pensée qui laisse entendre qu'il n'existe pas d'autre voie possible...

On fait comme si seules la pensée et l'histoire de l'Occident étaient valables. Quand on parle, par exemple, du retard de l'Afrique, c'est bien que l'on pense que l'Afrique doit passer par les mêmes étapes de développement que l'Occident. Mais rien ne le prouve. L'histoire de l'Occident lui est propre, peut-être ne peut-elle pas se répéter ailleurs. Depuis des décennies qu'on essaye d'imposer à l'Afrique cette histoire-là, ça ne marche pas. Il faudrait que l'on commence à admettre l'idée qu'il peut exister d'autres modèles de développement, de construction économique, que celui que l'Occident a suivi. Et qui, par ailleurs, a ses difficultés. Il y a aussi du chômage, des guerres... Il peut exister des modèles fondés sur d'autres valeurs. Le modèle occidental est fondé sur deux choses : l'accumulation des richesses et l'individualisme. Or, en Afrique, il y a l'idée d'accumulation, mais surtout de répartition des richesses. Il y a une forme d'individualisme, mais aussi un sens du partage et de la solidarité. On peut réfléchir à un modèle économique qui permet à ses valeurs de répartition, de solidarité, de partage, de s'exprimer. Sans doute en trouvant un équilibre. Mais l'Afrique doit faire prévaloir ses valeurs de lien social que le monde occidental ignore totalement.

Ce qu'on demande à l'Afrique, serait-ce de tenter de rattraper un train qui est déjà bien loin, par exemple via le Nepad ?

On nous a présenté le Nepad comme une idée africaine. Mais c'est une supercherie ! Voilà simplement les idées de la Banque mondiale et du Fmi que l'on a "tropicalisées". C'est un maquillage, une reproduction de ce que disent les bailleurs de fonds. Par ailleurs, on s'aperçoit que les chefs d'Etat africains qui promeuvent le Nepad, comme Abdoulaye Wade ou Tabo Mbecki, sont fascinés par le modèle libéral. Ils y croient, sans malhonnêteté, mais peut-être se trompent-ils. Là où cela devient problématique, c'est quand on veut nous faire croire que cette idée est spécifiquement africaine, alors qu'elle reprend ce qu'on fait depuis vingt ans : ouverture des marchés, augmentation des investissements privés. On sait pourtant très bien que ça ne marche pas. Les investissements privés sont, en plus, en baisse constante depuis des années. Fonder une politique de développement dessus, c'est une aberration économique.

Il y a tout de même quelques personnalités, intellectuelles ou politiques du continent qui tentent de résister à cet état de fait...

En effet. La figure la plus emblématique est sans doute Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre de la Culture au Mali. Il y a aussi au Sénégal ceux qui travaillent pour l'annulation de la dette. Et, au-delà, partout dans les universités, les associations, un tas de gens réfléchissent à un autre modèle économique, mais ils n'ont pas la parole. Voilà le drame de notre époque. Toute une vitalité de pensée ne peut pas s'exprimer, parce que les grands médias, les grands journaux se coulent dans le modèle dominant et répètent simplement la pensée économique des bailleurs de fonds. Cette vitalité s'en trouve occultée. Avec ce livre, je voulais, par ailleurs, tenter d'ouvrir un espace à ces idées, actuellement étouffées, afin qu'elles puissent parvenir au grand jour.

Et après les critiques de l'impérialisme et du capitalisme, on voit arriver la critique du développement ?

Le développement fait finalement partie intégrante du capitalisme, dans l'idée d'accumulation des richesses. Quand on est en Afrique, on se dit qu'il faut créer des richesses, il y a de la demande partout. Cependant, si l'on se place à l'échelle du globe, l'on se rend compte d'une énorme production de richesses, effroyablement mal répartie. Le problème ne réside pas dans la production, mais dans la répartition. Finalement, l'accumulation a des effets pervers sur l'environnement ou le lien social. Il s'agit donc de repenser cela. On a intérêt à réfléchir sur un modèle économique équilibré et respectueux. L'Occident ne perçoit les choses qu'en terme de destruction. Et l'Afrique a ici un savoir-faire énorme à apporter.

Comment se fait-il que les médias occidentaux se gardent bien de contredire la vision libérale du monde ?

Il y a une espèce de machinerie médiatique conforme, voire uniforme, qui manque totalement d'ouverture d'esprit, qui se contente de répéter les discours dominants. C'est un facteur aggravant. Les médias contribuent à donner une image catastrophiste, en disant : "Il n'y a pas d'autre espoir que les bailleurs de fonds, ce n'est pas la peine de chercher ailleurs." Et pourtant si. Il y a tant d'idées, d'initiatives et d'énergies qui ne demandent qu'à s'exprimer.

Vous vous attaquez ainsi au système de formation des journalistes occidentaux ?

Les écoles de journalisme sont des usines à conformité. Elles apprennent aux jeunes journalistes à se conformer à des techniques qui cachent beaucoup d'idéologies. On leur apprend surtout à dépolitiser les débats, à rester dans les anecdotes, à ne pas faire d'analyse, à ne pas réfléchir. En fait, à leur insu, les journalistes constituent de puissants facteurs de contrôle social et politique. L'une des difficultés d'aujourd'hui est de défendre une véritable presse, indépendante et autonome. Une presse qui soit à la recherche de contre-discours, de contre-idées, qui ne soit pas une machine à conforter les puissants et les différents pouvoirs en place.

Au niveau des disparités en termes de Nouvelles technologies de l'information et de la communication (Ntic), quelle analyse faites-vous du Fonds de solidarité numérique ?

C'est à la base une bonne idée. La question est de savoir s'il va avoir une réalité quelconque. Car ça fait longtemps qu'on en parle, sans jamais en voir la couleur. Va-t-il avoir des moyens ? Le second problème est de savoir s'il va être un véritable facteur de diversité culturelle, ou simplement une façon de conforter l'idéologie dominante. Si c'est pour faire penser les gens du Sud comme les gens du Nord, on n'aura pas résolu le problème.

Vous critiquez aussi l'idéologie de l'aide, comme le travail des Ong...

Oui, en faisant attention. Je ne suis pas pour la suppression de l'aide. Il faut seulement qu'on arrive vraiment à ce que l'aide serve aux besoins des populations. Or, ce n'est pas le cas. L'aide, aujourd'hui, ne fait que conforter l'idéologie dominante. Il faudrait arriver à un dialogue Sud-Nord et non Nord-Sud. C'est-à-dire que les populations locales pourraient formuler leurs véritables besoins pour que l'aide se fasse à ce profit. Les choses ne marchent actuellement pas ainsi. On constate surtout des plans réalisés par le Nord qui viennent s'imposer dans les pays du Sud. L'aide vient même parfois étouffer des initiatives locales.

Le constat que vous faites des dirigeants africains s'avère également sans appel. Ils seraient donc plus des représentants des partenaires au développement que de leurs propres peuples ?

Il y a un vrai problème de représentations, mais qui existe aussi dans les pays du Nord. Dans les pays africains, le problème est, du fait des difficultés économiques, que les chefs d'Etat et leaders politiques se trouvent plus souvent dans les couloirs de la Banque mondiale que devant leurs propres peuples. Ils se préoccupent plus de ce que disent les bailleurs de fonds que de ce que souhaitent leurs peuples. On s'aperçoit ainsi que ces dirigeants font partie du système mondialisé. Ils sont un peu "hors sol". Et ils finissent par développer des discours qui vont de plus en plus dans le sens des intérêts du Fmi et de moins en moins en conformité avec les aspirations populaires. Le problème de la démocratie en Afrique est là, c'est d'avoir des élites véritablement issues et populations locales et représentatives de celles-ci.

Vous reprenez l'historien Elikia Mbokolo : "L'Afrique n'a pas de pensée propre et cohérente de la mondialisation." Comment faire émerger cette pensée ? Via l'identité, l'authenticité, la fierté ?

Il faut rompre avec l'idée que tout passe par la vision économique et politique de l'Occident. Il faut avoir d'autres visions. Il appartient ensuite aux Africains de choisir leur voie. Il y a, en ce moment, de nombreuses recherches sur l'africanité, comme il y a eu la négritude. Si je peux me permettre une mise en garde : il ne faut pas que cela soit une façon de s'enfermer. Cela ne doit pas être un repli, étroit, voire agressif. Il ne faut pas non plus que ce soit une façon de se définir encore par rapport aux autres. Si l'on reprend le débat entre Cheikh Anta Diop et Léopold Sédar Senghor, le premier disait à l'ancien président que la négritude était encore une façon pour les Noirs de se définir par rapport aux Blancs. Il faut parvenir à une affirmation sans ce besoin de se justifier. L'Afrique n'a pas à se justifier. Elle est là, et a son mot à dire sur la marche du monde. Et peut-être que l'apport d'intellectuels comme Cheikh Anta Diop est de dire qu'on peut à la fois être africain et universel. Il disait : "C'est en étant de plus en plus soi-même qu'on peut être fraternel." Il cherchait à être en phase avec sa culture tout en étant ouvert sur le monde. Et l'Afrique peut très bien y arriver.

Comment l'Afrique peut-elle donc venir au secours de l'Occident ?

En Occident, on se plaint de la disparition du lien social. Les gens se plaignent d'être seuls. En Afrique, les gens restent solidaires. Même si d'aucuns disent parfois que le groupe est un peu trop présent. Peut-être pourrait-on trouver un équilibre, entre l'ultra-individualisme occidental et le sens du collectif africain. L'Afrique pourrait réapprendre aux occidentaux à se comporter de manière solidaire. Par exemple, l'été dernier, nous avons vécu en France un drame avec la canicule (plusieurs milliers de morts, parmi les personnes ayant la santé fragile, Ndlr), on s'est aperçu que les personnes âgées étaient abandonnées, livrées à leur propre sort. Des Africains étaient horrifiés que l'on laisse nos vieux comme cela. La civilisation occidentale semble en bout de course. L'Afrique peut venir à son secours avec ses valeurs.

Il reste à ce que l'Occident accepte d'être secouru par l'Afrique...

Anne-Cécile Robert :Pour cela, il faut que l'Occident, qui souffre d'un complexe de supériorité, cesse d'être autant arrogant. Et peut-être que ses difficultés économiques actuelles pourraient ouvrir des espaces, pour tempérer cette arrogance. Beaucoup cherchent de nouvelles voies. Tout cela peut faire que l'Occident ouvre ses oreilles et accepte l'idée qu'il puisse être, lui aussi, aidé et soutenu par d'autres.

 

 
Source: http://fr.allafrica.com

 
Internet, la grenouille et le tracteur rouillé. Anne Cécile Robert
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