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Résumé Cet article tente de mettre un bémol aux discours optimistes portant sur l'Afrique et les TIC. Certes, des progrès considérables sont effectués, mais les investissements en la matière ne seraient-ils pas mieux employés dans d'autres secteurs, tels que les infrastructures de base ou les produits médicaux ? Certes, les initiatives, nationales ou internationales, se multiplient, mais, outre les questions d'adaptation des TIC aux besoins des Africains, se pose alors le problème de la cohésion d'ensemble de ces nombreux projets. |
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"Jusqu'à une période récente, les télécommunications étaient considérées comme un luxe à ne satisfaire qu'après avoir réalisé les investissements nécessaires à l'eau, l'électricité et les routes. Dorénavant, elles devraient, au contraire, être comprises comme une composante vitale du processus de développement, un complément aux autres facteurs. Elles devraient être perçues comme pouvant contribuer à améliorer la productivité de l'agriculture, de l'industrie et des services sociaux et comme moyen d'accroître la qualité de vie dans les régions en développement (1)". Ce constat optimiste du professeur Heather E. Hudson résume bien l'état d'esprit qui domine dans les organismes internationaux chargés du développement. La Banque Mondiale, en particulier, mise beaucoup sur le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) et s'est même autoproclamée "banque du savoir (2)". La mythologie du "village planétaire" soutient ce tableau où chacun, pauvre ou riche, peut trouver sa place. A l'appui de cet engouement, nouvelle panacée du développement, on cite l'augmentation constante des taux de connexion à Internet en Afrique : il a été multiplié par 6 en trois ans. La vitesse de développement d'Internet est quatre fois plus élevée dans les pays en voie de développement que dans les pays industrialisés. Tous les pays du continent noir, sauf quatre, peuvent aujourd'hui se connecter à Internet (3). Les Africains apprécient, en particulier, l'usage du courrier électronique dans un continent où les communications téléphoniques sont très défectueuses. On pousse alors loin l'optimisme. Selon la fameuse théorie du "saut de grenouille", les pays du Sud devraient, grâce aux NTIC, "sauter" une étape dans le développement économique pour rejoindre, d'un seul coup, les pays industrialisés. Mais de quelle étape parle-t-on ? Celle de l'électricité ? Le prix du kilowattheure est exorbitant sur le continent, faute d'infrastructures adéquates. Une personne sur trois n'a pas accès à l'électricité (4). Le téléphone est hors de portée de la majorité des habitants et le président sud-africain, M Thabo Mbeki, constate, désabusé : "La moitié de l'humanité n'a jamais passé un coup de fil". Selon l'agence internationale de la francophonie, "33% des lignes téléphoniques se trouve en Europe de l'Ouest, 27% en Amérique du Nord, 21% en Asie-Pacifique, 6%en Amérique latine, et 2% en Afrique (5)". En outre, seule une infime minorité d'Africains peut s'offrir un ordinateur, un modem et l'abonnement à une ligne téléphonique. La modestie des infrastructures rend souvent les connexions aléatoires (Mozambique, Nigeria…). Les services sont concentrés dans les grandes villes alors que 60% de la population vit dans les zones rurales. Dans certaines régions, l'accès à la Toile est compliqué par les guerres (Angola, Zaïre…). Sans compter que certains pays, comme le Cameroun, interdisent l'accès au réseau. En réalité, l'augmentation constatée du nombre de connexions est surtout le reflet du progrès des télécommunications en Afrique du Sud (90% de l'essor d'Internet sur le continent). Pour faciliter l'accès à Internet, on cherche à développer les "télécentres", équivalents en quelques sorte des téléphones publics. Les télécentres et les cybercafés se multiplient. Il est encore trop tôt pour mesurer l'impact de ces initiatives. On constate cependant qu'ils ne s'implantent pas dans les zones où ils ne peuvent pas au moins couvrir leurs propres coûts. Ce qui signifie qu'ils se développent dans les régions urbaines et déjà plus favorisées. L'essor de technologies de communication qui ne nécessitent pas le câblage pourrait aussi palier, dans une certaine mesure, les inégalités sociales ou régionales. En 1997, à Arua (nord-ouest de l'Ouganda), un projet pilote permettant l'accès à Internet par le biais d'ondes radiophoniques reliées à un satellite a été lancé. Cette expérience qui profite en particulier aux hôpitaux de la région et aux organisations non gouvernementales n'a, pour l'instant, pas été multipliée. Depuis dix ans, les gouvernements africains investissent de plus en plus dans les infrastructures de télécommunications. En Afrique centrale, le taux de croissance des investissements dans ce secteur est supérieur à 10% par an depuis 1984. En Afrique de l'Ouest, le Sénégal, la Mali et le Burkina Faso ont poursuivi des efforts similaires. Dans ce dernier pays, le taux de croissance annuel des investissements en matériel informatique a été de 16% entre 1991 et 1995, soit 7 milliards de francs CFA (environ 1,67% des investissements globaux du pays). Cette orientation ne va-t-elle pas s'effectuer au détriment des autres besoins : que représente Internet comparé au manque d'eau potable ? Quand certains médecins se réjouissent que la Toile leur fournisse, à moindres frais, les informations dont ils besoin en matière de santé, d'autres estiment qu'Internet ne paiera jamais ni l'aspirine ni les seringues. En Afrique du Sud même, des dépenses de base comme la paie des enseignants pourraient pâtir de l'orientation des fonds vers l'accès aux autoroutes de l'information. La faiblesse et la dégradation des systèmes éducatifs représentent un obstacle important au progrès des nouvelles technologies de l'information et de la télécommunication. Un problème crucial, car comment concevoir l'extension d'Internet sur un continent où 77% de la population est analphabète ? De multiples initiatives éclosent : le Canada a créé le Centre international pour le développement de la recherche télématique, le Danemark l'Institut pour les communications internationales et le développement, les organisations non gouvernementales comme Greennet travaillent à l'essor d'Internet, l'Initiative Leland et l'Initiative africaine pour la société de l'information visent à améliorer la "connectivité"… Ce qui pose la question de leur coordination. D'autant plus qu'un tiers seulement de ces programmes sont consacrés à la constitution d'un réseau et concernent surtout le soutien à des projets pilotes. En outre, l'histoire du développement est jonchée de transferts de technologie ratés, parce que mal pensés. Le syndrome du "tracteur rouillé" rappelle l'importance d'une meilleure prise en compte des mentalités. Le développement d'Internet est lié à celui du commerce. "Internet se développe quand il fait de l'argent", souligne l'institut Panos. Or cela n'est possible que là où existent des marchés solvables et de bons réseaux téléphoniques. Les télécommunications comme facteur de développement présentent aussi l'inconvénient d'être très dépendantes des aléas de l'extérieur : le trafic international (moins de 40% du total) génère de 60% à 70% des recettes téléphoniques. Les Africains tentent d' "apprivoiser" l'outil Internet, et de multiples initiatives de presse on-line ont vu le jour. L'engagement dans cette voie est un enjeu culturel autant qu'économique, souligne l'Association tunisienne de la communication (6). Sinon, le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication pourrait n'être qu'un nouvel instrument de domination du Nord. |
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Notes :
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| source : http://www.aftidev.net/fr/ressourcesdocuments.html | |||
| L'Afrique au secours de l'Occident. Anne Cécile Robert | |||
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