Apollon était fils de Zeus et de Léto, le dieu solaire de la lumière et de la vérité. (Sculptue grecque du Ve siècle av. J.-C.).

Esp@ce Opinion:
"Je n'approuve pas un seul mot de ce que vous dites,
mais je défendrai jusqu'à
la mort votre droit de le dire."

VOLTAIRE

 

"Le fou doit se moquer du roi, si le roi ne rit pas c'est qu'il est faible"...  Mais en attendant nos souverains  n'écoutent personne...

Pour une école de la citoyenneté.

Malgré les bouleversements que vit notre société depuis ces dernières années, notre école, comme si de rien n’était, continue toujours inébranlable, à fonctionner selon un modèle archaïque : elle s’acharne à tenir nos enfants à l’écart du monde. Elle croit détenir toujours le monopole du savoir et de l’apprentissage. Tout ce qui se passe ailleurs, tout ce qu’on acquiert ailleurs, depuis les expériences vécues dans la rue jusqu’aux connaissances diffusées par les médias modernes: Télévisions, vidéo et maintenant Internet est jugé indigne de contribuer à l’enseignement, hormis peut être l’espace concédé à l’apprentissage des langues étrangères, notamment le Français, lequel a essayé et essaye d’inscrire l’acte pédagogique, par ses contenus, ses approches et ses référents toujours renouvelés à un environnement authentique, pluriel et dynamique. Cette tentative est restée, hélas, sans grand impact dans la mesure où cet apport  « moderne et moderniste » a été perçu comme suspect et du coup, on a tout fait pour le neutraliser voir le marginaliser. Pendant que la  langue officielle du pays (l’Arabe classique) s’enseigne par des méthodes complètement inadéquates et des contenus inactuels. Pire, nos Langues Nationales (l’Arabe dialectale et le Tamazight) qui constituent le substrat culturel de notre Algériannité  sont reniées avec mépris…

En effet, notre  système éducatif affiche la plus étrange et la plus paradoxale des prétentions: Préparer au monde en coupant du monde. Il pratique une détention anachronique avec toutes les connotations que contient ce terme : tristesse, ennui, inadaptation, médiocrité, agressivité, échec scolaire... inévitables dès que l’école sépare l’apprentissage de la réalité, dès que le système fonctionne en vase clos, pour lui-même et de surcroît avec des moyens et des méthodes désuètes.

Notre école se complaît dans son rhétorisme stérile et sa vacuité déconcertante.

Aussi est-il urgent d’en modifier fondamentalement le fonctionnement. Il faut obligatoirement commencer par redéfinir ses finalités et revoir ses stratégies ainsi que ses modalités, si on ne veut pas continuer à faire du gardiennage ou dans les meilleures conditions «  former » d’inutiles rhéteurs névrosés et des bricoleurs du vendredi incultes.

Il est possible de faire autrement, mais à condition d’avoir le courage d’admettre sérieusement que l’Institution Educative est aussi stratégique, sinon davantage que l’Institution Militaire.

Il serait alors temps de lui donner tous les moyens nécessaires et adéquats pour relever les défis des siècles à venir et ce particulièrement en matière de communication et de la recherche scientifique et technique.

Certes, notre école a réussi, dans une grande mesure, «  le démocratisation », plutôt la massification de l’enseignement ; mais, aujourd’hui, elle est contrainte de remporter  la bataille de la personnalisation : c’est-à-dire renoncer à travailler  à la périphérie des apprentissages, mais d’aller au cœur des problèmes que pose l’action pédagogique moderne.

Une Pédagogie Personnalisée consiste à percevoir, dorénavant, l’apprenant comme un Individu au centre du système avec qui nous devrons construire des itinéraires de réussite et non plus d’échec. Nos élèves sont, aujourd’hui, très loin du niveau des examens qu’ils devront passer à la fin de leurs cursus et encore plus loin de pouvoir s’intégrer harmonieusement dans une société de plus en plus complexe.

 

Mais on ne peut réussir ce projet et donner, par conséquent, un sens à notre école :

-sans transformer l’école en un espace d’expression libre où apprenants, enseignants, gestionnaires et parents d’élèves se sentent impliqués, sans exclusion aucune, au projet d’une école franchement algérienne et républicaine éduquant à la citoyenneté, à la liberté, au civisme et  à la tolérance …

-sans valoriser le statut des enseignants en augmentant  surtout leur salaire, leur redonnant une dignité,

-sans doter l’école d’outils didactiques modernes,

-sans promouvoir une véritable politique de la formation continue au profit des enseignants et  des administrateurs aux nouvelles  approches d’enseignements et de gestion,                                                                                                                           

-sans augmenter  les divisions pédagogiques en construisant d’autres établissements et allégeant ainsi les effectifs de nos classes….

 

Sinon, tout débat sur la performance et le devenir de notre système éducatif demeurera purement démagogique … du bavardage de salon, car la situation est alarmante pour ne pas dire gravissime  voire tragique. Toute la société est interpellée  pour contribuer à prendre des décisions politiques  courageuses afin d’assainir et restaurer notre école « sinistrée ».

Elle est devenue fascisante et on n’a rien vu  venir …

                                                                                                    M. DJOUDI. P.E.S.  F.L.E. au Lycée R . Rédha LACHOURI.BISKRA

Article paru dans le quotidien La Nouvelle République du 15 mars 1998.

Informatiser l'école, oui mais comment?
Le Ministère de l’Education Nationale semble enfin résolument décidé à ouvrir l'école aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC).
A l’instar des institutions économiques, sociales et culturelles, l’école ne pouvait, évidemment, se permettre de rester en marge des mutations extraordinaires qu'imposent désormais l’informatique et l’Internet à l'ensemble des activités humaines. On assiste depuis quelques années à une réorganisation radicale des métiers. La nature et le sens même du travail sont l'objet d'une refonte sans précédent. Le métier d’enseigner n’est pas en reste de cette mutation. L'enseignant est aujourd'hui interpellé quant à la nécessité d'acquérir un savoir-faire professionnel nouveau. Il aura à affiner ses compétences, à être capable de comprendre et de transmettre un savoir dorénavant numérique, virtuel, immatériel. Ainsi, sa mission se transformerait en médiateur, en accompagnateur à l'acquisition de ces nouvelles connaissances. Elle consisterait à aider ses élèves à entrer sans trop de dégât dans le millénaire Bill GATES.  
Notre école avait du mal à rivaliser déjà avec les médias classiques (journaux, revues, télévision), sources de l’information et de la culture ; elle a commencé ainsi à perdre l’exclusivité de la transmission des savoirs, néanmoins elle a pu, tant bien que mal, à préserver son rôle institutionnel de validation des connaissances.
Aujourd’hui, les défis que doit relever l'école sont davantage plus dangereux. Les TIC notamment l’Internet menacerait son caractère d'Appareil Idéologique d'Etat, monopole du contrôle de la transmission des connaissances.  A cet égard, si l'école ne fournit pas l’effort de redéfinir ses finalités et réorganiser ses espaces d’enseignement et d’apprentissage, à terme elle risque même de se voir définitivement banalisée dans l’essence de ses missions fondamentales : l’instruction, la formation et l’adaptation à la contemporanéité car aujourd'hui, nos enfants apprennent plus de choses ailleurs (avec un CD Rom ou devant un ordinateur dans un cybercafé) qu'à l'école…
Personne aujourd’hui, ne conteste l’extraordinaire potentiel qu’offrent les TIC dans la formation intellectuelle des citoyens. Incontestablement les nouvelles technologies contribuent à développer chez les apprenants des habiletés intellectuelles, des facultés à communiquer et à former leur esprit critique. Mais détrompons-nous cela ne sera pas la panacée qui remédierait à la mauvaise gestion éducative et à la déperdition scolaire…
Dans notre contexte national, les TIC offrent précisément à la communauté scolaire l'opportunité de disposer de puissantes ressources de documentation, d’enseignement, d’apprentissage et de formation continue qui pourraient pallier aux défaillances en moyens didactiques performants.
Ainsi, les enseignants trouveront là, en plus d'une précieuse banque de données didactiques nécessaires à leurs besoins en formation, un outil d’aide aux difficultés et aux préoccupations de pratiques de classe qu’ils rencontrent.
Il importe au plus haut point que les éducateurs (enseignants, chefs d'établissement, agents d'administration, inspecteurs…) et les apprenants soient motivés à la maîtrise de ces outils d'enseignement, de facilitation des apprentissages et de gestion de l'action éducative.
L’école doit donc s’ouvrir résolument aux TIC et intégrer ce qu’elles offrent de meilleur afin d’améliorer ses démarches éducatives.
Cependant, des questions et des considérations d’ordre pratique voire politique se posent quant à l’intégration de ces outils.
Si l’on veut que ces auxiliaires modernes apportent l’effet qualitatif escompté, il nous faut se garder de toute improvisation. L'informatisation de l'école doit impérativement s’inscrire dans une stratégie rigoureusement définie. Car il ne s’agit pas là d’opter pour un gadget ou de céder à un effet de mode, mais de faire de cet objet, en l'occurrence l'ordinateur, un outil pédagogique qui de surcroît est un instrument de culture, de formation et d’ouverture du citoyen moderne sur les civilisations. Cela ne va pas sans répercussions profondes sur les mœurs d'acteurs qui ont toujours fonctionné selon un modèle scolaire fermé, déconnecté.
Par conséquent, pour réussir cette transmutation et assurer un véritable saut qualitatif dans la voie de la rénovation didactique, il me semble indispensable de s'interdire toute promptitude dans ce domaine. Il nous faut d'abord s'interroger avec lucidité sur le comment finaliser ce projet.
Avons-nous réfléchit aux modalités préalables à l’application de ce projet ?
Avons-nous déjà penser à :                                                                                        
-définir les objectifs et construire les contenus de formation d'accompagnement des enseignants ?
-définir le rôle et la place didactiques de "l'interactivité" dans les programmes scolaires ?
-définir les critères d’évaluation de l’utilisation de ces outils dans l’acte pédagogique ?
-réorganiser les conditions spatio-temporelles de l’enseignement et de l’apprentissage des établissements scolaires ?
-définir les caractéristiques des équipements didactiques informatisés appropriés ?
-revoir les enveloppes budgétaires des établissements pour que ces derniers puissent subvenir aux frais que supposent l’achat, la maintenance et la rénovation des équipements et de la connexion aux réseaux de l’information ? Etc.
Une réflexion sérieuse et responsable sur ce projet ne peut être occultée, ni différée. Si dans le projet de réforme de l'éducation nationale, l'informatisation de l'école est devenue une priorité, le cheval de bataille des  décideurs, il sera inévitable aux partenaires de l’école de répondre à ces questions. Ils doivent trouver une articulation harmonieuse entre les technologies modernes et l’éducation.
Face à un tel défi aussi déroutant, les personnels administratifs et enseignants, dans notre système éducatif se trouvent brusquement et forcément en situation bien normale de non-compétence, d’où la nécessité voire l’urgence d’engager, par le ministère de tutelle, une réflexion sur une politique nationale clairement définie sur l’introduction des TIC dans notre paysage éducatif, c'est-à-dire mettre en place un programme d'accompagnement avant d'engager des dépenses.
Il est à remarquer par ailleurs qu’on ne peut construire une réflexion pertinente sur cette question que si l’on regarde ce qui s’est passé dans ce domaine dans d’autres pays. Aucun rapprochement ne serait à exclure a priori s’il nous permet de mieux comprendre les modalités d’intégration du multimédia en éducation.
On n’aura aucun complexe à s’inspirer des expériences des autres. Comprendre ces expériences ne sera pas un but en soi. Dans notre analyse, cela nous permettra de prendre une décision éclairée, adaptée à notre réalité et à nos possibilités. Cette étude nous aidera éventuellement à rationaliser nos choix afin d’optimiser au maximum l’introduction de ces outils excessivement coûteux.
Le succès de l’introduction des TIC à l’école dépendra donc de la manière avec laquelle se feront l'acquisition et l'opérationnalisation des équipements informatiques. Il faut rappeler ici, qu’il ne s’agit pas seulement de doter les établissements scolaires d’un certain nombre d’ordinateurs, mais d’un matériel didactique informatisé au service d'un enseignement/apprentissage performant. Ces didacticiels doivent répondre aux exigences du curriculum de notre système éducatif. La définition des caractéristiques de ce matériel didactique informatisé sera nécessairement du ressort de l’institution. Le ministère doit superviser l’acquisition et l’installation de ce matériel en pratiquant une politique d’appels d’offre pour un matériel de qualité et ce pour défendre l’intérêt de l’institution et mettre fin à certaines pratiques ripoues et autres escroqueries dont ont été victimes l’école et les enseignants jusqu’à présent en matière d'achat de matériel informatique (ordinateurs, imprimantes, scanners...)
Indéniablement, l’« informatisation de notre école » s’inscrira dans le rythme inéluctable de la nouvelle évolution du monde.  Ce phénomène est en expansion exponentielle. Sa nature et son importance dans l'évolution de l'école et par conséquent de la nation nous oblige à rationaliser notre démarche.
 Il est essentiel que l'intégration des TIC soit dévolue à des services hautement qualifiés. La création d'un office national ou d'une direction pour la recherche et le développement des TIC en éducation (informatisation et connexion planifiées des établissements scolaires à un réseau national et aux autoroutes de l'information) s'impose et ce pour éviter le bricolage et la dilapidation des deniers de l'état.
C'est à ce service spécialisé que serait assigné la mission de démocratisation de l'usage de l'informatique et de l'accès à Internet. Cette mission passera par le câblage de l'ensemble des établissements scolaires au réseau national (Intranet) et à celui de l'Internet.
Réussir ce projet c'est engager la nation vers une dynamique de développement, de liberté et de démocratie.
En effet, la maîtrise des "Technologies de l'Information et de la communication (TIC), selon le Rapport mondial sur le développement humain 2002 publié par le PNUD, sont devenues un instrument indispensable dans la lutte contre la pauvreté dans le monde. Les TIC fournissent aux pays en développement une occasion sans précédent d’atteindre beaucoup plus efficacement qu’avant des objectifs de développement vitaux, par exemple en matière de réduction de la pauvreté, de soins de santé de base ou d’éducation. Les pays qui réussissent à tirer le meilleur parti des TIC peuvent espérer enregistrer une croissance économique fortement accrue, une protection sociale considérablement améliorée et des formes de gouvernement plus démocratiques." (…) Cependant, sans politiques novatrices dans ce domaine, de nombreux habitants des pays en développement ne pourront en bénéficier."
Pire, ce rapport nous  avertit que si rien n'est entrepris pour sortir nos populations de la pauvreté, l'ignorance et l'injustice nous nous acheminons à coup sûr vers un véritable désastre qui hypothèquerai l'avenir des générations futures.                                                                                    
                                                                              M. DJOUDI.

Article paru dans Le Quotidien d'Oran (en deux parties) les 13 et 14 août 2002

Ministère en échec scolaire !
L’école algérienne, et ce n’est un secret pour personne, est depuis longtemps en échec scolaire. Des tentatives de réforme ont été diligentées de par le passé, en vain. Aucune n’a abouti car elles n’ont été que du rafistolage : allègement de programmes ; réécriture de programmes, réaménagement de programmes,  enseignement de l’anglais dans le deuxième palier du fondamental, introduction du français, seconde langue étrangère, etc.). En fait, des changements mineurs, insignifiants, des « améliorations » conjoncturelles, homéostatiques en somme, alors que  l’ampleur du massacre est devenue tragique depuis bien longtemps. Le danger guète ; l’école devenue dinosaure menaçant la pérennité de la république et personne n’a voulu admettre la menace. On se demande alors et on doute de la même occasion sur la pertinence  des décisions prises par  nos décideurs. Car, à mon humble avis,   la décision de réforme qui aurait dû être prise devait prendre non pas la forme d’un ajustement microstructurel, mais d’une redéfinition d’une école sur la base d’une évaluation  macrostructurelle, c’est-à-dire sur la base d’une étude systémique. Ceci aurait dû l’être d’autant plus  que  l’inefficacité voire la déliquescence  de notre système éducatif faisait déjà l’unanimité. Bref, ce que nous avons fait est à pleurer, nos tentatives de réforme étaient de courte vue. Nous avons manqué de courage et nous nous sommes arrêtés au constat d’un système éducatif « sinistré ».
Une véritable réforme sérieuse, courageuse et responsable se fait toujours attendre.
Ce qui a prévalu jusque là c’est la précipitation et  la politique de la fuite en avant, si de telles démarches  sont une fois de plus poursuivie, elles  nous mèneront encore devant l’impasse qui cette fois-ci hypothèquerait dangereusement l’avenir de la nation.
Le courage, on en a eu. Déjà, dans les années 70, Monsieur Mostéfa LACHERAF, Ministre de l’Éducation de l’époque avait tiré la sonnette d’alarme, il avait annoncé le massacre avenir…  personne ne l’a écouté. On a déchaîné contre lui une meute… elle tombait sur lui à coup de manchettes assassines…  Depuis, le pays s’est « bien » arabisé mais aussi il s’est crétinisé, il s’est islamisé, il s’est clochardisé et il s’est fascisé…
Aujourd’hui, ce qui est en cause, dans notre système éducatif, ce n’est que secondairement les contenus et la pédagogie, c’est d’abord et surtout une méthode de management. Un changement au niveau de la gestion des ressources humaines et matérielles. En d’autres termes, il nous faudrait promouvoir dans l’organisation et la gestion de notre institution outre la lucidité d’esprit et des idées, un nouvel état d’esprit moderne.
En effet, on déplore dans le système l’absence  de stratégie et de modèles pour des prises de décisions éducatives rationnelles et clairvoyantes. On n’a jamais travaillé selon une taxonomie de prise de décisions éducatives. Alors, on fait dans l’ignorance, l’improvisation, le bricolage, la complaisance et le népotisme: des établissements sont construits n’importe comment et n’importe où, souvent pour le plaisir d’un notable ou d’une tribu  ; l’arabe, langue Nationale et Officielle enseignée selon une approche didactique carrément archaïque, personne ne s’en soucie, si en revanche, quelqu’un  osait en faire une remarque,  il déclencherait un tollé et on crierait aussitôt à l’hérésie,   l’orientation de nos élèves soumis aux impératifs des cartes scolaires, selon un vulgaire système des quotas , et on se gargarise de taux de passage satisfaisants, programmations fantaisistes des rythmes scolaires, des enseignants recrutés sans un minimum de qualification et sans accompagnement professionnel, on verse dans le social démagogique et populiste au détriment de l’avenir de nos enfants ; des directeurs de l’éducation nommés sans mérite professionnel (des Agents des Services Économiques et des individus qui n’avaient rien a voir avec l’éducation, que l’on ne recruterait même pas comme suppléants, nous ont été imposés en tant que Directeurs de l’Éducation. Mais ceux-là sont nés sous de bonnes étoiles protectrices ! Personne n’a à en redire. Obligation de réserve oblige ! ).
Cependant, des cadres, qui ont consacré leur vie à  l’éducation, dans l’indifférence totale, partent en retraite,  affligés, déçus, désillusionnés, avec beaucoup d’amertume…
D’autres cadres plus jeunes, formés par l’École Algérienne : inspecteurs, proviseurs, directeurs d’établissements et enseignants compétents, militants d’une école républicaine dégoûtés quant à eux de certaines pratiques se retrouvent blasés, découragés, sans ambition, poussés ainsi à l’indifférence.  
 
Sans invective aucune, notre système éducatif est devenu le règne de l’ingratitude, de l’iniquité, de la débrouille, du piston et de la médiocrité.  Et on s’étonne par la suite de l’absence de moral et de civisme dans la société !
 
Bref, on a été loin des normes et des principes universels d’organisation et de  gestion des systèmes éducatifs de par le monde.
 
Certes la nation dans un élan de générosité naturel a consenti un effort considérable pour tenter de sortir la société de l’analphabétisme, elle a massifié l’école, oui, mais elle ne l’a point démocratisée. Les enfants de l’Algérie « d’en bas » continuent à recevoir une formation au rabais. Alors que ceux « d’en haut », les futurs héritiers du système, s’ils ne se retrouvent pas dans les « classes spéciales » de nos établissements publics celles réservées aux nantis, papa et maman investiront en les plaçant dans des écoles privées ou carrément à l’étranger… Légitime me diriez-vous ?!!! Oui, pendant ce temps, étant donné les conditions d’apprentissage actuelles, nos bambins, les enfants du peuple, personne ne se soucie de la qualité de leur formation, ils ne seront jamais capables de construire le moindre raisonnement cohérent et bien structuré (souvenez-vous de ce terroriste Ingénieur en informatique qui  avait pour chef de cellule  un émir marchand de légumes…).
Et si nos élèves arrivent à prendre conscience et sortent dans les rues revendiquer l’amélioration des conditions d’enseignement de leurs professeurs et les conditions de leurs apprentissages ? …
L’école actuelle est impuissante de former des citoyens, encore moins de les préparer à comprendre et à s’adapter au monde contemporain. Franchement, quel gâchis !
Mais, l’acte pédagogique n’est-il pas un acte au futur ?  Les défis avenirs, ne prépare-t-on pas à les relever dans l’école d’aujourd’hui ?
Ces challenges  de performance, nous sommes capables de les remporter pourvu que nous disposions de moyens humains et matériels efficients, adaptés, constamment  renouvelés et intelligemment gérés.
 
Aussi est-il impérieux d’investir énormément de moyens afin  de doter enfin l’école d’outils performants à même de former à l’humanisme, à  la citoyenneté et à la modernité. Cependant cette exaltante entreprise ne pourra réussir que si l’on moralise l’école  en mettant en place des dispositifs qui stimulent l’effort, favorisent la créativité et l’innovation, encouragent et récompensent l’initiative et la compétence ; ceci ne peut non plus aboutir, si l’on ne valorise pas le statut  des enseignants en leur rendant leur dignité, longtemps bafouée. Le pouvoir d’achat d’un Inspecteur de l’Éducation et de la Formation est aujourd’hui bien inférieur à celui d’un instituteur d’un pays voisin…Et tout un bouquant pour un pécule indécent de 5000 dinars, l’argent de poche hebdomadaire d’un zazou désoeuvré des hauteurs d’Alger. « Les enseignants ont bénéficié d’une augmentation conséquente », un assourdissant tintamarre qui plus est une insulte plutôt, tout comme celle ressentie lorsqu’ils étaient augmentés de 1200 dinars pendant que des « cadres » eux l’étaient à raison de 20.000 dinars…
Bref, il est à noter que dans le domaine de l’éducation comme dans tout autre domaine, la manière de piloter ou de diffuser un changement est aussi décisive que le contenu même de ce changement.
L’efficacité de la réforme dépendrait des hommes et des femmes qu’elle emploiera mais aussi de l’état d’esprit avec lequel elle sera menée. Il nous faudrait se débarrasser de certains responsables véreux qui se sont appropriés le système, de mettre fin à l’impunité, à l’injustice et au laxisme. Il faut redonner  confiance aux enseignants qui malgré la précarité sociale et intellectuelle, malgré le mépris, malgré le manque de moyens didactiques continuent pour la plupart à assumer leur devoir avec rigueur et probité. Redonner confiance me semble être le seul moyen pour former des individus dignes, libres, engagés et responsables. Redonner confiance aux enseignants par la valorisation de leur statut est aujourd’hui le moyen qui permettrait de motiver et d’impliquer une corporation qui s’est trouvée tout le temps marginalisée, exclue des réflexions et des prises de décision dont ils devraient êtres, en principe, les acteurs principaux.
Ces enseignants sont des partenaires sans lesquels aucune réforme ne peut être possible. On ne peut plus continuer à ignorer leurs droits, on ne peut plus continuer à les vilipender…
 
                                                                                                           Mohamed DJOUDI.

Article paru dans Le Quotidien d'Oran (en deux parties) les 18 et19 novembre 2003

Lecture critique des nouveaux programmes scolaires algériens 

                                                                                        par Idir Oufella ,IEEF de Français

 

Programme ou curriculum ? Entre les deux, la pédagogie balance…

 

    L’école algérienne se cherche encore et ne semble pas atteindre sa vitesse de croisière en dépit de la bonne volonté des uns et des autres ! Ma contribution portera essentiellement sur les contenus des nouveaux programmes élaborés récemment à la lumière des nouvelles donnes didactiques, à savoir la pédagogie de projet très en vogue ces derniers temps !

Pour être précis, je me baserai uniquement sur « les programmes » de la langue française (que je connais le mieux) au primaire, même s’il existe beaucoup de similitude avec les autres matières (arabe, anglais, tamazight…). Il s’agit de faire une lecture critique sur le degré de conformité des « ces programmes » avec les théories sous-jacentes, à savoir la pédagogie de projet, une option méthodologique officiellement retenue par le Ministère de l’Education nationale.

Mais qu’en est-il de sa traduction effective dans les programmes dits de deuxième génération et surtout comment est-elle traduite dans les manuels scolaires et pratiquée dans les classes ? Quelles attitudes adoptent les enseignants chargés de la mettre en place ?

 

Des programmes clés en mains ?

 

    La première remarque qui me vient à l’esprit, de but en blanc, quand « un programme » scolaire s’inscrit dans un courant méthodologique déterminé, est l’emploi précis de terminologie et de concepts. Or, quand nous lisons « programme officiel », cela renvoie inévitablement et directement à la pédagogie traditionnelle et à l’apprentissage structural. Le titre doit refléter le contenu en principe. Pour étayer mes propos, le dictionnaire des concepts clés[1], nous donne la définition suivante : « Un programme s’oppose à un curriculum. Un programme est une liste de contenus à enseigner qui s’accompagne généralement d’instructions méthodologiques qui les justifient éventuellement et donnent des indications sur la méthode ou l’approche que ses auteurs jugent la meilleure ou la plus pertinente pour enseigner ces contenus. » C’est exactement le cas de nos « programmes » : un livret dit programme et un autre dit document d’accompagnement contenant les instructions méthodologues et les indications sur la méthode à suivre sont distribués aux enseignants et aux inspecteurs. Ce programme se présente, schématiquement ainsi : des contenus (programme préconçu et défini à l’avance), un opérateur (enseignant à qui on a donné des instructions méthodologiques à appliquer) et  un produit fini (ici réalisation d’un projet). C’est la définition type de l’apprentissage structural, théorie cognitiviste de l’enseignement, développée par l’Américain SCANDUR. Cette remarque est valable pour tous les programmes du primaire au lycée à des variantes prés, faisant fi ainsi de la place et du rôle de l’apprenant censé pourtant être acteur de son propre apprentissage ! Les témoignages rapportés plus loin corroboreront mes propos.

   A mon sens il serait plus judicieux de parler plutôt du curriculum, plus adéquat à l’approche préconisée officiellement par ces programmes scolaires !

Selon le même dictionnaire, un curriculum est « un énoncé d’intention de formation comprenant, un public cible, des finalités, des objectifs, des contenus, des modalités d’évaluation et la planification d’activités. » C’est le concept approprié puisque nous trouvons également une partie de cette définition dans les livrets de l’enseignant.

   Ce qui est curieux et frappant de prime abord, dans ces nouveaux « programmes », ce n’est pas la méthodologie en elle-même, puisqu’elle a fait ses preuves ailleurs (pour les autres), mais c’est le fait de rester dans notre pays, une quarantaine d’années après l’Indépendance, au stade de l’imitation pédagogique (pour rester uniquement dans le domaine éducatif). En l’absence fort préjudiciable de la recherche et de l’innovation pédagogiques, nous sommes éternellement condamnés à imiter les autres, à appliquer les programmes scolaires des autres, faits par et pour les autres ! Depuis l’Indépendance, notre école devient un champ d’expérimentations malheureuses de deux mauvais systèmes éducatifs étrangers : Le système oriental, avec l’arrivée massive des coopérants orientaux, notamment égyptiens (et les conséquences néfastes que nous connaissons tous), et le système éducatif occidental, notamment français, (qui n’est pas mieux que le premier), mais jamais une initiative typiquement algérienne ! Ce qui marche ailleurs ne marchera pas forcément en dehors de son contexte de naissance et d’application ! Les exemples sont légion ! L’échec de l’école fondamentale n’est-il pas un cas parfaitement illustratif d’une faillite annoncée ? N’est-il pas suffisamment éloquent ? Décidément, nous avons la mémoire courte !

   Ensuite, il serait absurde d’attendre d’un enseignant (qu’il soit inspecteur, instituteur ou directeur) un changement d’option en optant pour l’approche par les compétences préconisée par ces « programmes », sans une formation adéquate et appropriée ! Alors qu’il aura travaillé pendant de longues années avec les méthodes du fondamental - approches par les contenus et transmission directe des savoirs, pour la plupart du temps, morts, donc inutiles- Ce serait remettre en cause tout son parcours pédagogique. Ce qui développera fortement ses résistances au changement. Tout le problème réside justement ici. Comment le convaincre à changer d’attitude et à s’adapter à la nouvelle donne sans trop de casse ! Il me semble que dans ce domaine, nous avons mis la charrue avant les bœufs ! Quels que soient « les programmes » préconisés, quelle que soit la méthode choisie, aussi efficace soit-elle ( ailleurs), les résultats seront aussi vains qu’inefficaces chez nous et dans notre contexte, en l’absence d’un personnel compétent et d’une adaptation rigoureuse et réfléchie ! Nous sommes constamment sur le terrain, nous connaissons les difficultés que rencontre l’enseignant tant sur le plan matériel que pédagogique lié justement à l’absence criarde de cette formation (voir témoignage d’un enseignant plus loin). Plus de 60% du personnel enseignant est sous qualifié pour diverses raisons : soit l’enseignant n’a pas de formation initiale- c’est le cas du corps des PCEF (professeurs certifiés de l’école fondamentale (encore elle)- soit, il manque de recyclage (le cas des anciens enseignants est significatif à cet égard). Interrogé, dans le cadre d’une évaluation, un enseignant, pourtant chevronné a eu cette réflexion très lourde de sens et traduit, on ne peut plus, la détresse et le malaise de la majorité de ses collègues, tous corps confondus: « Je suis passionné de pouvoir travailler avec la nouvelle méthode mais une multitude de questions me laissent perplexe et dubitatif.

J'ai encore grand besoin d'avoir pour chaque classe le cheminement didactique d'une séquence. Mes questions, au fait, je les formulerais graduellement à la mesure des difficultés rencontrées sur le terrain […] 

   Revenons aux choix méthodologiques préconisés par les manuels et « les programmes ». L’approche par compétence semble être un choix irréversible : « L’approche par les compétences traduit le souci de privilégier une logique d’apprentissage centrée sur l’élève, sur ses actions et réactions face à des situations problèmes, par rapport à une logique d’enseignement basée sur les savoirs et sur les connaissances à faire acquérir»[2].

Logique d’enseignement et logique d’apprentissage ! Voila les mots clés très chargés de sens pour les « spécialistes » mais pas pour les praticiens. En théorie, cela semble parfait ! Il est demandé à l’enseignant de privilégier la logique de l’apprentissage au détriment de la logique de l’enseignement- c'est-à-dire installation de compétences de nature diverse- linguistique, sociale, culturelle, comportementale etc., de façon prioritaire et secondairement des savoirs purement linguistiques, souvent décontextualisés (comme nous, ancienne génération, avons appris : des règles à réciter, des citations à déclamer, du vocabulaire repris tel qu’il figure dans le dictionnaire etc. !) Cela nous donne l’impression de maîtriser tout le savoir, d’autant plus que cela rapporte beaucoup en termes de notes scolaires. Mais ces savoirs ne préparent pas l’apprenant à faire face à la réalité, à la vie de tous les jours, à être autonome… D’où le choix de cette nouvelle approche : « Si on parle de « compétences » dans le milieu de l’éducation, c’est pour mettre l’accent sur le développement personnel et social de l’élève »[3]. Il s’agit d’un choix parmi tant d’autres, qui met l’accent sur le développement personnel et social de l’apprenant. Ce modèle d’enseignement tel que défini par le dictionnaire des concepts clés,[4] « est un ensemble de techniques d’enseignement organisées à partir d’une vision particulière de l’homme et de ses rapports avec la société, dans le but de développer chez les élèves certaines dimensions de la personnalité humaine ». Il existe bien sûr d’autres modèles ; ceux de l’éducation nationale algérienne, sont basés sur le développement personnel et social de l’individu. Leur cadre de référence relève plutôt de la psychologie humaniste, de la psychologie clinique et des idées développées par ROGERS[5] et NEILL[6], entre autres auteurs.

 

Des enseignants en détresse…

 

   L’intention est certes bonne mais qu’en est-il dans les faits ? Comment mettre l’accent sur ce développement personnel et social de l’élève concrètement ? Ce ne sont certainement pas les manuels proposés qui s’en chargeront ni l’enseignant insuffisamment formé qui le fera ! Un personnel rôdé à utiliser exclusivement la pédagogie passive (donc des recettes… qui font encore recette malheureusement aujourd’hui !) et à qui on interdit formellement d’innover est forcément aliéné quelque part et il lui sera difficile, voire impossible de changer d’optique. Il ne se risquera jamais à prendre un virage à 180° sans un dispositif bien réfléchi et bien adapté. Le témoignage de cet autre enseignant, pourtant conscient de la tâche qui est attendue de lui, traduit justement la détresse des praticiens, livrés à eux-mêmes sur le terrain : « […] pour les programmes et le passage pédagogique qui illustrent de fort belle manière que les méthodes anciennes ont montré leurs limites et sont désormais tombées en désuétude donc à mettre au musée. Là dessus je n'ai d'ailleurs nul doute !

En revanche,  je ne sais pas si c'est moi qui suis nul et incapable de faire travailler mes élèves ou encore de leur donner ce goût de travailler et d'être les artisans du savoir-faire qu'ils sont en principe censé apprendre, alors que je devrais leur servir de guide, de coach. C'est raté ou du moins pour le moment. Illustration : lors de ma première leçon dite d'amorce à la lecture, j'avoue avoir essuyé un échec lamentable: un élève sur les 24 inscrits a pu lire l'annonce, "ce texte court qui sert à donner une information ". Pour donner du sens, toutes mes explications assises sur des pubs et annonces suggérées par un journal n'ont fait que révéler l'ignorance totale du thème choisi par la totalité des élèves. Exemple: pas un élève ne possédait jusqu'alors la notion de publicité, d'annonce, de mannequins, de costumes traditionnels. Pas un seul ne sait qu'une publicité est destinée à informer le public, à vendre en général. C'est comme si on venait à leur parler d'une autre galaxie dont ils n'ont jamais entendu parler. Si on a supposé les guider dans une aventure quelconque de sensationnel et de les conditionner à travers ce thème pour inculquer le goût de lire c'est du délire sans plus. Preuve, je me suis retrouvé malgré une panoplie de traductions en arabe et en kabyle face à un auditoire entièrement dépassé et étranger à ce dont il était question ![…]. Et quand on me dit que les thèmes de travail scolaire sont tirés de situations familières aux élèves[..]

Même lors de mes premiers balbutiements dans l'éducation nationale durant les années 70, je ne me souviens pas avoir été aussi vulnérable au point d'être incapable de mener une classe. Maintenant, est ce  que les élèves vont sortir de cette léthargie et prendre le rôle d'acteurs qui leur est assigné par la méthode. Ce n'est pas à moi d'y répondre. Mon souci est aussi que s'ils ont éprouvé un véritable handicap à assimiler la première leçon qu'en sera-t-il pour les leçons à venir ?  »

Un témoignage poignant de cet enseignant qui ne sait plus à quel «  inspecteur » se vouer. Cela fait appel inévitablement à quelques remarques !

Cet enseignant est ancien et très motivé. En dépit de son ancienneté, il veut toujours apprendre et innover, ce n’est pas la volonté qui lui fait défaut !  Le problème majeur, et il a eu le courage et l’honnêteté de le souligner, est la formation adéquate, le recyclage.  C’est tout le problème de l’éducation nationale et à tous les niveaux.

 

Rien n’est encore perdu si….

 

    Avec une meilleure politique de formation est une stratégie bien pensée, rien n’est encore perdu si la volonté politique existe. Il est tout à fait possible de recycler tout le personnel enseignant et administratif par la mise en place d’un dispositif qui prendrait en compte cette nouvelle donne non pas par un apport théorique exclusif mais par la pratique réelle et effective de la pédagogie de projet, par la réalisation de projets authentiques pour mieux comprendre le cheminement, le processus et les difficultés de réalisation et d’acquisition des savoirs, savoir-faire, savoir-être et surtout savoir-devenir. Sans cela, et faute d’une autre alternative, l’enseignant et/ou le formateur se rabattra inévitablement, inéluctablement sur ce qu’il sait déjà faire : la transmission des savoirs. C’est le constat relevé de visu sur le terrain. L’inévitable, l’indispensable recette pédagogique concoctée savamment par certains inspecteurs refait surface partout et circule parmi les enseignants ! Forcément !

Or, il existe d’autres façons de faire sans passer nécessairement par ces recettes miracles… Il est tout à fait possible d’orienter les apprentissages vers « le développement social et personnel de l’élève » à travers le libre choix des projets des apprenants, pas en lui imposant des projets et des taches à accomplir sans aucune conviction ni choix ! Une telle attitude traduit, on ne peut plus, un déficit de confiance envers les enseignants et les apprenants, pensant à tort qu’un « subalterne » est moins responsable qu’un « supérieur » et l’enfant moins responsable qu’un adulte ! Une attitude à réviser car démentie à maintes reprises par la réalité du terrain (des expériences ont été faites de janvier 2007 à ce jour). Les appréhensions des uns et des autres sont totalement infondées. Pour les uns, laisser le libre choix à l’apprenant serait synonyme de perte d’autorité et de pouvoir ! Mais quel pouvoir, quelle autorité quand l’enseignant n’a que le bâton et la note pour asseoir son « pouvoir », somme toute dérisoire, illusoire, à des élèves qui vivent dans une époque qui n’est pas celle de leurs enseignants ?

   Travailler avec la vraie pédagogie de projet adaptée à la réalité de chaque public, est beaucoup plus efficace et que l’enseignant arrive facilement à motiver ses apprenants autrement que par la note, qui ne reflète pas objectivement le niveau réel de l’élève ! Il suffit justement de se débarrasser définitivement et sans regrets de certains réflexes d’antan !

Tous les enseignants dénoncent, pourtant, le caractère arbitraire de cette fameuse note qui ne sert finalement qu’au passage, qu’à la sélection, donc à la compétition et à l’élimination d’un grand nombre d’élèves qui quittent prématurément les bancs de l’école pour grossir les cohortes de la délinquance ! N’est ce pas là une pédagogie de l’échec ?

   Paradoxalement, dans un système qui choisit comme option la pédagogie de projet, le système de compétition est banni ! En apparence ce n’est pas le cas dans ces nouveaux programmes, dits allégés. Sauf que l’allégement est porté sur… les manuels en réduisant le nombre de projets ! Voila des contradictions qui ne sont pas des moindres ! Le gros risque est (comme dans les fameuses méthodes d’I.P.N.) de pousser les enseignants et par ricochet les élèves, à faire juste ce qu’il faut pour ne pas attirer les foudres vindicatives des responsables hiérarchiques ! Malheureusement, cela se passe ainsi ! A la longue, les enseignants travaillent pour les inspecteurs, et les élèves pour leurs enseignants ! Et la boucle est bouclée ! « J'ai fait ma première classe mercredi avec la 4eme année. C'est un gâchis et j'ai échoué lamentablement. L'oral m'a pris 1h30 sans pour autant que je parvienne à concrétiser mes objectifs. C'est un échec lamentable. Première constatation en oral: la longueur de la leçon, la nouveauté et la complexité des notions à inculquer (un petit bois de pin) entre autres. L'arsenal de questions de compréhension avant l'entame de la notion de quantité dont il est question. Vient ensuite une légion de questions d'un autre genre portant sur la discrimination du son in contenu dans les homonymes du texte. Cela aussi relève d'une autre gymnastique de l'esprit qui succède à l'utilisation des partitifs trop méconnus et très mal assimilés car à mon humble avis les élèves ignorent déjà les articles ordinaires (définis, indéfinis et contractés). J’ai du reprendre la leçon d'oral le lendemain et ne parvenir à des résultats acceptables qu'au terme d'une leçon ardue qui m'a pris une autre heure et demie. La leçon de lecture n'a pu alors qu'être entamée. Celle-là a cumulé pour les petits apprenants une légion de difficultés. Même le recours à l'arabe ou au kabyle n'a rien changé ».

    Et on ose parler de développement personnel et social, mais de quel développement s’agit-il ? C’est plus le développement de l’obéissance collective et sociale oui !

 

De l’activité de l’oral : expression ou répétition ?

 

     « L’oral étant une forme de communication au même titre que l’écrit, une part importante lui a été accordée dans le programme comme forme première dans l’échange langagier. Cela induit l’apprentissage de l’écoute et celui de la prise de parole pour (re)produire »[7].

    Cette importante activité, pivot de tout vrai apprentissage d’une langue est malheureusement réduite à sa plus simple expression puisqu’elle est traitée par « ce programme » comme une simple activité mécanique, vidée de sa substance : écouter et reproduire  avec distribution de parole bien réglée et réglementée. Résultat constaté de visu : les enfants, totalement démotivés, perdus, subissent en silence le flot de parole de l’enseignant(e) et se contentent de répéter sagement et aussi fidèlement que possible la « parole sacrée » ! Ils n’ont pas choisi le thème à débattre ;  ils n’ont pas envie de répéter inlassablement par « des phrases dites correctes et complètes »- c'est-à-dire des échanges factices et décontextualisés. C’est donc une approche mécaniste qui fait l’impasse sur la motivation, le désir de parler, de dire ce qu’un apprenant ressent. En dehors de ces paramètres, un apprenant – quel que soit son niveau et son âge - sera incapable de parler combien même il maîtrise la langue (y compris la langue maternelle) ! Le résultat est connu d’avance : il se rabattra (faute de mieux) sur la répétition quasi mécanique des propos de l’enseignant ! De la sorte, tout le monde  trouve son compte : l’enseignant a l’impression d’avoir accompli son travail puisque tout le monde « a parlé »; les apprenants ont tous répété ! Mais le véritable apprentissage ? Il attendra patiemment, sagement, l’arrivée de quelque miracle!

    Apprendre une langue ne consiste pas à répéter des brides de phrases, de jouer du théâtre c'est-à-dire faire semblant en privilégiant des échanges factices. Pourtant, j’ai vu et connu des enfants qui s’expriment correctement en langues étrangères (français et anglais) avant même l’âge de la scolarisation rien qu’en regardant les dessins animés ! C’est à méditer ! Ce à quoi les concepteurs des programmes n’ont jamais pensé : la support filmé, l’image! Ce qui est dommage du moment que l’enfant passe plusieurs heures face à la télévision et que l’image est un excellent support pédagogique pour mettre l’apprenant directement dans le bain linguistique et dans des situations qui font appel à des échanges authentiques. Pour ce faire, c’est la démarche tout à fait inverse à celle proposée par ces programmes et à tous les niveaux qu’il convient de mettre en place! Au lieu et places des brides de savoirs que l’enfant peine à rassembler pour s’approprier une langue, mieux vaut commencer autrement. En mettant l’apprenant directement en contact avec la langue cible (comme un jeune enfant qui découvre sa langue maternel), par tâtonnements expérimentaux, il finira par s’approprier efficacement la langue en situation. Les éléments linguistiques (les savoirs linguistiques) auxquels une place prépondérante, voire exagérée leur est réservée, deviennent secondaires et émaneront de l’apprenant lui-même car ils deviennent des besoins réels et pas des savoirs isolés. Exemple : L’enfant qui aura appris la langue en regardant la télévision ne connaît pas la conjugaison ni les structures grammaticales auxquelles les programmes ont donné une importance démesurée. Pour celui-la il lui sera facile de découvrir vite de telles structures et les assimilera rapidement car elles sont apprises en situation ! Par contre, un autre qui ne connaît pas un traître mot du langage, sera soumis durant toute l’année au métalangage ! J’illustre ce phénomène par le cas de la langue maternelle ! Si nos parents s’acharnent à nous apprendre d’abord le métalangage (grammaire, conjugaison, orthographe… à supposer qu’ils sont lettrés), aurons-nous appris la langue ? J’en doute fort ! Et puis la langue dépasse largement le cadre purement linguistique. Structuralisme quand tu nous tiens !

Là, j’en viens à la phonétique (voir p.6). Si on s’inscrit dans la logique précédente, plus besoin de programmer « une saison spéciale » pour corriger exclusivement la prononciation  défaillante des enfants ! S’agit-il de maîtriser la phonétique pour apprendre la langue ou c’est l’inverse : c’est à dire, maîtriser la langue pour corriger les prononciation, la phonétique ? L’expérience a démontré le contraire préconisé par « le programme » : « (…) des impératifs de contenus : les notions sont données dans le document programme p.8 ». Les  programmes s’inscrivent résolument dans l’approche par les contenus  qui exclut de faite celle centrée sur les compétences ! Les deux sont incompatibles à ma connaissance.

 

Qu’en est-il de la lecture ?

 

   « (…) en lecture, l’apprentissage se fera au double plan de l’appropriation du signe et du sens ».  (…) la démarche s’appuie sur des stratégies convergentes d’appréhension simultanée du code et du sens. » [8]

La même remarque pour toutes les activités s’impose ici. En lisant « les programmes », nous  ne pourrons pas nous empêcher de constater avec regret que toutes les activités sont prises isolément, sorties de leurs contextes, c'est-à-dire de tout l’environnement socioculturel de la langue et de l’apprenant : la langue est prise comme une structure figée à décortiquer élément par élément pour les remonter pièce par pièce au bout d’un certain temps d’apprentissage.

    Mais le sens dont parlent « ces programmes », ne viendra pas par magie ! C’est en lisant qu’on deviendra lecteur. Mais pour lire, il faut aimer la lecture ! La lecture est une pratique sociale qui naît de la motivation de l’usager. Apprendre à lire c’est d’abord et avant tout aimer la lecture, avoir un rapport affectif et privilégié avec le livre ! Le reste viendra tout seul, coulera de source. Sans cet amour (dont les programmes n’ont pas tenu compte), l’acquisition du code sera aussi vaine qu’inefficace ! En plus de cette démarche, il existe un autre problème d’autre quantitatif. L’efficacité d’une action pédagogique ne se mesure pas à la quantité d’informations et de savoirs dispensés. La surcharge du volume horaire et la multiplication de matières sont des facteurs aggravants. Une fois de plus, c’est le travail du terrain, donc le contact direct avec la réalité qui nous interpelle. Le SOS lancé par cet enseignant est significatif à cet égard : « Dans ma classe de 5eme année de 31 élèves, seuls 4 ont pu lire un texte entièrement, 3 se sont essayé à une lecture par paragraphe. Quelle peut-être dans ce cas précis la remédiation ? Je me retrouve avec des élèves harassés d'avoir à étudier de 8 heures jusqu'à 16h15 dans le cadre de "la réforme d'allégement" préconisée par le M.E.N ! La suppression de la journée de jeudi s'est au final soldée par la surcharge des autres journées de la semaine. On est, contre toute attente, face à des élèves surmenés et malmenés par le rythme scolaire infernal auquel ils sont assujettis.      Et quand j'ai 4 classes par jour en moyenne, cela prend les allures d'une course contre la montre délirante qui m'épuise au point où, en fin d'après midi, il ne me reste pas assez de force pour marcher jusque chez moi […] Je ressemble à ce médecin urgentiste qui aurait à prendre en charge tous les malades de tous les services d'un centre hospitalo-universitaire. Au fait soigner qui ? Opérer qui? Et avec quels moyens ? Autant de questions qui taraudent les enseignants qui continuent presque à l'unanimité à reconnaître ne rien savoir sur les ces "nouveautés "[…] C'est sur de telles questions, que vous inspecteurs devriez essayer d'asseoir les débats bien sûr si vous avez les moyens et l’occasion de le faire. Car en ce moment, le bricolage qui suit son cours dans nos écoles me donne le tournis… » Sans commentaires !

    Faute d’une réponse convaincante, l’enseignant sera toujours dans l’obligation de reproduire inlassablement, machinalement les mêmes réflexes à longueur de carrière !

La même remarque est valable pour l’activité d’écriture qui est traitée par ces programmes comme un simple acte mécanique, un exercice de copie. Or, la production écrite est aussi, à l’instar de la lecture, une activité sociale ! Ce n’est pas un acte mécaniste qui consiste à réinvestir correctement les acquis grammaticaux. Si on n’a rien à dire, même en  maîtrisant parfaitement les règles de l’écriture, il nous sera difficile voire impossible de pondre une simple phrase anodine.

                                                                                                   

De la réalisation du projet

 

     «  Le projet est le cadre intégrateur dans lequel les apprentissages prennent tout leur sens »[9]. Le projet n’est jamais une fin en soi mais un moyen parmi tant d’autres, d’apprendre.  Les projets tels qu’ils sont présentés et préconisés dans ces programmes, s’apparentent plus aux projets des concepteurs  des programmes qu’à ceux des enseignants ou des élèves. Réaliser un projet d’un autre, n’est ni motivant, ni indiqué ! Sa démarche est beaucoup plus proche de l’unité didactique d’antan que de celle d’un vrai projet : « (…) mettre ensemble des éléments acquis séparément et cela dans une dynamique d’interdépendance [10] ». Ce qui était précisément le cas de l’U.D et qui n’a pas donné grand-chose

    Une fois de plus, il ne suffit pas de dire, il faut impérativement faire ! Pour faire réaliser un projet à des apprenants, il faut en  avoir soi-même  réalisé un car la démarche du projet requiert non pas de la théorie mais surtout du vécu ! Le secret de la réussite de la pédagogie du projet réside justement dans cette dimension. Sans cela, elle restera de la simple littérature ! Il est très facile à vérifier ; une simple visite de classe confirmera nos propos ! Certains enseignants se plaignent du fait que certains élèves (notamment ceux qualifiés de bons) refusent d’intégrer un groupe ! Tout simplement cela nous confirme notre thèse ! Le projet est imposé, la démarche est faussée car basée sur le système de compétition qui n’a plus sa raison d’être dans ce genre de pédagogie et l’enfant a l’impression d’être lésé, utilisée, exploité donc il risque d’être rattrapé par les autres ! La compétition éduque les apprenants à être égoïstes, individualistes, compétitifs ! Or le projet est tout le contraire ! Grâce au libre choix des apprenants, le projet renforce leur solidarité, l’entraide, la complémentarité et leur donne le sentiment d’être utiles à eux et aux autres ! C’est en construisant qu’ils se construisent, pour paraphraser un enseignant et pas en  restituant, même dans la situation dite d’intégration, telle qu’elle a été définie dans les programmes scolaires tunisiens : « Mettre l’élève en situation d’intégration c’est l’amener à utiliser ses connaissances de manière concrète en réinvestissant (non en restituant) »[11]. Il ne réinvestira jamais, il restitue le plus fidèlement possible et c’est plus facile à vérifier en situation !

Idir Oufella

I.E.E.F. de Français

_________________________

[1]- Pédagogie : dictionnaire des concepts clés, apprentissage, formation, psychologie cognitive, Raynal, Françoise et Rieunier, Alain, ESF  Editeur, Paris, 1997

[2] - Référentiel Général des Programmes, cité dans le programme  de français, 4°AP, p.02

[3] - Ibidem, p.02 

[4]- Pédagogie : dictionnaire des concepts clés, Ibidem.

[5]- ROGERS, Carl Ransom, 1902-1987, psychopédagogue américain. Il a défini une  méthode psychothérapique non directive.

[6] -NEILL, Alexander Sutherland, 1883- 1973, pédagogue britannique qui fonda une école où les enfants pouvaient s’éduquer avec le minimum d’intervention des adultes.

[7]- Ibidem, p.06

[8]-Ibidem, p.07

[9]-Ibidem,

[10]-Ibidem, p.13

[11]-Ibidem, p.1

 

Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires par Tariq Ramadan

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