<%@ Language=JavaScript %> Mahmoud Darwich: Identité
Mahmoud Darwich
Identité

Ce célèbre poème, écrit en 1964, est devenu comme un refrain magique enflammant les cœurs et déchaînant les sentiments de fierté et d'enthousiasme des Palestiniens. Mahmoud DARWICH est souvent interpellé, lors de ses récitals, par un public qui le lui réclame et voit en lui plus un prophète qu'un poète tout simplement... Mais à chaque fois, il refuse, préférant lire ses nouveaux poèmes.

 
   

Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d'enfants : huit
Et le neuvième... arrivera après l'été !
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j'ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d'écolier
Je les tire des rochers...
Oh ! je n'irai pas quémander l'aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille - je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
     Mes racines...
     Avant la naissance du temps elles prirent pied
     Avant l'effusion de la durée
     Avant le cyprès et l'olivier
     ...avant l'éclosion de l'herbe
Mon père... est d'une famille de laboureurs
     N'a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
     Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
     En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
     Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.

Inscris !
     Je suis Arabe
Mes cheveux... couleur du charbon
Mes yeux... couleur de café
Signes particuliers :
     Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
...elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c'est
     L'huile d'olive et le thym

Mon adresse :
     Je suis d'un village isolé...
     Où les rues n'ont plus de noms
     Et tous les hommes... à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
     Inscris !
     Je suis Arabe
     Et te voilà furieux !

 

Inscris
     Que je suis Arabe
Que tu as raflé les vignes de mes pères
     Et la terre que je cultivais
     Moi et mes enfants ensemble
     Tu nous as tout pris hormis
     Pour la survie de mes petits-fils
     Les rochers que voici

Mais votre gouvernement va les saisir aussi
     ...à ce que l'on dit !

DONC

Inscris !
     En tête du premier feuillet
     Que je n'ai pas de haine pour les hommes
     Que je n'assaille personne mais que
Si j'ai faim
     Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
     À ma fureur !

 

Mahmoud Darwich
traduction: Olivier Carré
Chronique de la tristesse ordinaire suivie de Poèmes palestiniens
Paris, Les Éditions du Cerf, 1989

 

« L’histoire de la Palestine a toujours été une histoire plurielle. Et le conflit qui nous oppose aux Israéliens, sur le plan conceptuel, tourne autour de cela. Eux voudraient que l’histoire de la Palestine commençât avec leur histoire, c’est-à-dire depuis les siècles où ils peuplèrent et régnèrent sur cette terre. Comme si l’histoire s’était cristallisée et qu’il n’y avait rien avant et rien après. L’État d’Israël d’aujourd’hui serait le prolongement naturel de cette période. Nous, nous pensons que l’histoire de la Palestine débute depuis qu’il y a des hommes, du moins les Cananéens. Et si elle se poursuit avec la période juive, et nous ne cherchons pas à le nier, l’histoire de la Palestine est plurielle. Elle englobe aussi bien les Mésopotamiens, les Syriens, les Perses, que les Égyptiens, les Romains, les Arabes, plus tard les Ottomans. Son histoire s’est peut-être faite dans la violence ; il n’empêche qu’elle est le fruit de la rencontre de tous ces peuples. Cette pluralité est une richesse. Et je me considère comme l’héritier de toutes ces cultures et ne me sens aucunement gêné de dire qu’il y a une part juive en moi. Je n’arrive pas à concevoir une possession exclusive de ce territoire. Je ne réponds pas aux Israéliens qui prétendent être dans le prolongement du royaume d’Israël que je suis le prolongement des Cananéens. Je ne cherche pas à dire que j’étais là avant eux, je dis seulement : je suis le produit de tout cela et je l’accepte et je l’assume. »

                                                                   Mahmoud Darwich, entretien à Libération, 10-11 mai 2003

 « Quand m’embrasseras-tu ?
Quand je croirai qu’il m’est donné de croire que ces deux lèvres sont ouvertes pour moi.
Pour qui, sinon ?
Pour une voix surgie d’une constellation lointaine. Sais-tu que tes yeux peuvent donner à la nuit les couleurs que tu veux ?
Embrasse-moi !
La pluie derrière la vitre, une braise de l’autre côté. Pourquoi faut-il qu’il pleuve autant ?
Pour que tu restes en moi...
Le plaisir naît du plaisir. La pluie qui ne cesse, un feu qui ne s’éteint, un corps qui ne finit. Un désir qui disperse les ombres et les membres. Nous ne dormons que pour être éveillés par le sel assoiffé de miel, par l’odeur du café à peine brûlé par les embrasements du marbre. Glaciale et torride est cette nuit, glaciale et torride est cette plainte. Me brûle une soie que rien ne peut froisser, qui se tend davantage chaque fois qu’elle rencontre ma peau et crisse. L’air est une pelote d’aiguilles, caresse humide et tiède entre mes orteils, sur mes épaules comme une vipère qui se dresse et siffle sur les braises. Une bouche qui dévore les présents du corps. Ne reste de la langue que le cri de la chambre close où s’ébattent des animaux familiers.
Mort que nous nous donnons l’un l’autre, de l’autre côté de la fenêtre. »

                                                                                      Mahmoud Darwich, Une mémoire pour l’oubli

« Un lieu, je veux un lieu ! Je veux un lieu à la place du lieu pour revenir à moi-même, pour poser mon papier sur un bois plus dur, pour écrire une plus longue lettre, pour accrocher au mur un tableau, pour ranger mes vêtements, pour te donner mon adresse, pour faire pousser de la menthe, pour attendre la pluie. Celui qui n’a pas de lieu n’a pas non plus de saisons. Pourras-tu me transmettre l’odeur de notre automne dans tes lettres ? Emmène-moi là-bas, s’il reste encore une place pour moi dans le mirage figé. Emmène moi vers les effluves de senteurs que je respire sur les écrans, sur le papier, au téléphone... »

Mahmoud Darwich, Les deux moitiés de l’orange, lettre écrite pendant son exil parisien à Samih al-Kassem, son ami resté en Palestine.

« Jamais partis, jamais arrivés. Leurs cœurs sont des amandes dans les rues. Les places étaient plus vastes qu’un ciel qui ne les recouvrait point. Et la mer les oubliait. Ils distinguaient leur nord de leur sud, lâchaient les colombes de la mémoire vers leurs premières tourelles et capturaient chez leurs martyrs un astre qui les guidait à l’ogre de l’enfance. Chaque fois qu’ils disaient Nous y sommes..., le premier d’entre eux dégringolait l’arc des commencements. Toi le héros, laisse-nous que nous puissions te porter vers une autre fin. Périsse le commencement ! Toi le héros ensanglanté des longs commencements, dis-nous, longtemps encore notre voyage ne sera que commencement ? Toi le héros qui gis sur les pains d’avoine et le duvet des amandes, nous embaumerons de rosée la plaie qui tarit ton âme, nous l’embaumerons du lait d’une nuit éveillée, de la fleur de l’oranger, de la pierre qui saigne, du chant, notre chant, et d’une plume prise au phénix.
Et la terre se transmet comme la langue. »

Mahmoud Darwich, Au dernier soir sur cette terre, placé par Elias Sanbar en ouverture de son livre Les Palestiniens dans le siècle

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Al-Karmel, revue intellectuelle et littéraire fondée et dirigée par le Poète Palestinien Mahmoud Darwich

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Edward said, intellectuel palestinien

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