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ALGERIE |
Mont du Djurdjura |
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Au carrefour de Oued Aïssi, à la sortie nord de Tizi ouzou, cap ouest. Ici s'ouvre sur la vallée du Sebaou, le lit de l'affluent qui descend de la montagne. Le regard s'élève. Dans les collines vertes, une trouée s'est découpée et offre, en arrière plan, une furtive perspective sur le massif du Djurdjura. Ce premier contact visuel avec le granit scintillant de la face nord est toujours surprenant. La ligne de crête parait lointaine... et pourtant si haute. A cet endroit où va débuter l'interminable Canyon de Takoukht, il n'y a pas plus de 300 mètres d'altitude. C'est à dire 2000 de moins que le sommet que vise notre expédition, Lalla Khedidja, le plus haut de l'Atlas tellien en Algérie. Les premières indications disent bien ce que le printemps annonçait depuis plus d'un mois. En amont du nouveau barrage qui s'apprête à inonder la route sur trois kilomètres, le débit de Oued Aïssi est bien mince pour une mi-avril. La source vertigineuse se tarit. La fonte des neiges a été rapide. Cette année encore. De loin, les dernières plaques blanches paraissent minuscules, accrochées péniblement sur les flancs les plus hauts de la chaîne montagneuse. La saison des grandes eaux vives sera courte. Pas assez de froid, pas assez de neige, redoux brutal. Si Saleh est retraité dans la région de Ouacifs, au pied de la main du juif, là où se situe notre «camp de base» pour la nuit; il se souvient : «Il y a vingt ans encore, à cette période de l'année, on entendait le bruit du torrent tout à fait en contrebas du village». Les plus vieux se souviennent des années d'avantguerre où leur village, Tiroual, perché à seulement 950 mètres d'altitude restait coupé de la vallée des Ouacifs jusqu'à une semaine entière, tous les hivers. «Cela n'arrive plus qu'une fois tous les cinq à six ans depuis une dizaine d'années. Et encore, au bout de trois jours la neige a fondu. Il n'y a rien à dire, il neige beaucoup moins qu'avant.» La conséquence ludique du jour en est que de simples randonneurs du week-end, comme nous, se préparent à marcher jusqu'à Lalla Khedidja sur un sentier qui, avant, ne se libérait de sa neige qu'au début du mois de mai.
LA TRANSHUMANCE A DEBUTE L'autre conséquence plus pratique, c'est au Col de Tizi N'koulal que nous la rencontrons, le matin de l'escalade. La saison de la transhumance a commencé. Les bergers des villages en contrebas du massif n'ont pas attendu plus longtemps pour faire monter ici leurs vaches. Le col, à 1500 mètres d'altitude, est bordé de verts pâturages. L'herbe sera moins nourrissante dans un mois. Il y a vingt ans le Col de Tizi N'koulal était encore fermé par la neige jusqu'à début avril . S'il est ouvert depuis plus d'un mois c'est parce qu'il n'y a plus de neige bien sûr, mais aussi parce que la route - piste améliorée qui redescend vers Mechedellah - à l'entrée de la vallée de la Soummam, est devenue carrossable en toutes saisons. Deux autres routes arrivent ici. Celle sur le versant de haute Kabylie et par laquelle nous sommes arrivés, est en travaux d'élargissement. Celle enfin qui mène vers Bouira par Tikjda est toujours coupée par une grande plaque de neige à quelques kilomètres du col. Pour les routiers commerçants de Beni Yenni, Tassaft, Ouacifs et tous les villages environnants, le passage par le col de Tizi N'koulal pour aller vers l'est du pays fait gagner au moins deux heures de route. Mais hormis Arezki, notre transporteur qui nous dépose au début du sentier, personne ne coupe par la montagne en cette matinée ensoleillée de printemps. La fonte précoce des neiges ne profite même pas au trafic routier. La vérité est que les routiers attendent que la saison avance un peu plus et que les nouvelles sur la sécurité soient rassurantes, avant de se remettre à franchir, durant l'été, le Col de Tizi N'Koulal, l'un des plus hauts du pays. En partant du col en saison sans neige, il faut en moyenne quatre heures de marche pour rejoindre Lalla Khedidja que l'on aperçoit là-bas, superbement détachée de la dorsale qui y conduit. Il n'était pas rare avant que des femmes d'un certain âge fassent le pèlerinage au sommet pour obtenir les faveurs de la sainte qui veille du haut de ses 2 308 m d'altitude sur tout le Djurdjura. Arezki est reparti, il reviendra nous récupérer à 17 heures 30 «si tout se passe bien». Le soleil a pris de l'avance dans son escalade. C'est l'heure du briefing d'entame. «Tranches de 20 minutes de marche, haltes de 3 minutes pour ne pas perdre l'allure, pas se refroidir. Boire avant d'avoir soif. Bien regarder où l'on pose les pieds. Rester en permanence sur le sentier, lorsqu'il est bien visible.» M'hamed le reporter-photo a besoin d'être allégé pour manipuler son boîtier. Ahmed, l'amoureux fou de la montagne, insiste pour conserver son épais blouson de daim. La surcharge ne lui fait pas peur. On en reparlera quelques heures plus tard. Pour Meure il faut marcher. L'herbe humide du matin scintille au soleil. Un festin pour les plus téméraires des vaches qui se sont hissées jusqu'aux plus hauts pâturages. La neige a fondu plus tôt; elles sont là plus tôt. Au-delà, le chemin devient rocailleux et la pente plus abrupte. Halte obligatoire. Le panorama s'enrichit de nouvelles crêtes vers le Nord. Un aigle tournoie au-dessus de nos têtes. Les traces des bergers passés par là se font rares. L'oxygène aussi. Première récompense de la journée au bout de la première heure de marche : le point de crête le plus bas du Mont de Lalla Khedidja; là s'ouvre une nouvelle perspective vers la vallée encaissée d'Aït Ouâbane au premier plan , et Oued Soummam beaucoup plus loin et bien plus bas, vers l'Est. Quelques nuages furtifs glissent leur ombre sur le paysage tout en contraste. Ils paraissent plus proches que le plancher des hommes. La pause est plus longue. |
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LA NEIGE SOUS L'OMBRE DES CÈDRES
A partir d'ici et pendant deux heures le chemin qui mène à Lalla Khedidja est un chemin de crêtes, avant de redevenir un mince sentier improbable dans la roche du pic final. C'est la partie la plus pittoresque de l'ascension. La plus piégeuse aussi. Il faut traverser un bois de cèdres accroché à flanc de montagne, jalonné de plaques de neige. Avant, dans les années les plus froides d'avant le dérèglement climatique, il arrivait que certains bouts, bien abrités, de plaques de neige soient rattrapées par les nouvelles précipitations de novembre. Cette année, elles tiendront au mieux jusqu'à la première semaine de mai. En attendant les plaques sont encore massives et coupent à plusieurs reprises le chemin sur plusieurs mètres. A cette heure de la matinée les cèdres empêchent encore le soleil de ramollir la neige. Il faut creuser des appuis dans la glace. Sinon, c'est la glissade. Terminus variable, de 10 à 50 mètres en contrebas. Pronostic encourageant, au retour l'après-midi, grâce à l'ensoleillement, la neige sera plus molle. Elle aura un peu donnée de son eau à la vallée. Elle sera moins hostile à notre passage. A la sortie du bois, deux heures plus tard, le bilan de campagne impose de reprendre des forces. En passant à table. Abandonné des randonneurs depuis six ou sept ans, le site boisé est resplendissant de vigueur. Presque arrogant.
Il faut attaquer le final. M'hamed considère qu'il en a assez mis dans le boitier de son Nikon et qu'il doit garder un peu d'influx pour la descente. Le sommet n'est pourtant plus qu'à 45 minutes d'effort. Rien à faire. Ses jambes refusent de continuer. Il est vrai qu'à 2 000 m d'altitude la vision aérienne de la vallée à elle seule est suffisamment intriguante. M'hamed attendra seul sous un ballet de corbeaux, et une brise soudain glaciale, notre aller-retour au sommet. Presque deux heures. Les plus denses. La partie finale est dénudée. Trop en altitude pour les arbres, trop pentue pour la végétation. Elle n'est presque plus enneigée. Abritée du soleil la matinée, cette face Nord/Nord-Ouest de Lalla Khedidja est largement exposée au rayonnement le reste de la journée. Comme maintenant. Il faut se hisser sur son dôme sacré pour tout comprendre de la magie de Lalla Khedidja, la sainte. Son flanc sud caché depuis le matin se découvre enfin, au prix d'un ultime essoufflement. Et donne toute sa plénitude à la sensation cosmique qui nous guettait. Comme une ivresse de l'altitude. Le flanc sud est un abysse étourdissant , une plongée sans paliers jusqu'à la plaine de Mechedellah . 1800 mètres de dénivelé d'une pièce. De là, seule la rotondité de la Terre fait obstacle à une visibilité interminable. Vers l'Est, au-delà des Bibans anecdotiques, le plateau de Bordj Bou Arréridj. Vers le Sud, brumeux, l'arrière pays de Sour El Ghozlane. Vers l'Ouest, barré par la chaîne du Djurdjura, un autre pic toise du regard Lalla Khedidja, Ras Timedouine, à peine trois mètres d'altitude de moins. Presque un sacrilège. Vers le Nord, la Kabylie, un enchevêtrement infini de lignes de crêtes alourdies de villages. Minuscules. Puis derrière la plus lointaine des crêtes , à plus de 50 Kms en ligne droite, un ruban d'un bleu différent de celui du ciel; la Méditerranée. Par Oued Soummam, l'eau de la neige de Lalla Khedidja finit làbas. Tous les printemps. De plus en plus vite, de plus en plus tôt. El Kadi INSANE. In. Tassili Magazine. n°26 juin 2001 |
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