Page dédiée par ma fille Wijden à tonton Djamel Drici et à sa sublimissime épouse Salima!
 

Jean Ferrat. Complainte de Pablo Neruda

 

de son vrai nom Neftalí Ricardo Reyes Basoalto,

il est né le 12 juillet 1904 à Parral, province de Linares au Chili.

Il est décédé à Santiago du Chili le 23 septembre 1973. 

«L'enfant qui ne joue pas n'est pas un enfant, mais l'homme qui ne joue pas a perdu à jamais l'enfant qui vivait en lui et qui lui manquera beaucoup.»
 Pablo Neruda In. J'Avoue que j'ai vécu

 Pablo Neruda «Prix Nobel de Littérature 1971»

IL MEURT LENTEMENT CELUI QUI...

Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque-toi aujourd'hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d'être heureux!

Pablo Neruda. Liens:

http://www.pierdelune.com/neruda.htm#Français

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pablo_Neruda

http://lapoesiequejaime.net/neruda.htm

http://membres.lycos.fr/neruda/

Littérature sud américaine:

http://www.americas-fr.com/litterature/neruda.html

Biographies:

http://www.evene.fr/celebre/biographie/pablo-neruda-983.php

http://www.mikis-theodorakis.net/nerudbio.htm 

Neruda et Mikis Théodorakis:

http://fr.mikis-theodorakis.net/index.php/article/articleview/453/1/93/ 

théâtre Alefph Hommage à Neruda et à Mikis Théodorakis:

http://www.oscarcastro-theatrealeph.com/prog/catalogue/neruda.html

Quelques mots sur Neruda

http://www.franceweb.fr/poesie/neruda3.htm

La poésie que j’aime :

http://lapoesiequejaime.net/poetes.htm

Voir aussi le site de la Fondation Neruda au Chili (en Espagnol)

http://www.uchile.cl/actividades_culturales/premios_nobel/neruda/pablo_neruda.html

http://projet.frezier.free.fr/frezier/journal/archive/enc07-07.htm

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Pablo_Neruda

Le poète et les pouvoirs de la métaphore

http://www.regards.fr/article/?id=203&q=néruda

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mikis_Theodorakis

Exposition photos : Pablo Neruda en noir et blanc à l’UPV-M

http://www.univ-metz.fr/presentation/presse/communiques/2005/1212.html
Un siècle d' écrivains. Synopsis du  film de Amalia Escriva sur P. Neruda

http://www.lesfilmsdici.fr/moteur/presult.php?titre=PABLO+NERUDA

Le chili :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chili

A propos du « Canto General » par Guy Wagner

http://www.mikis-theodorakis.net/canto-f2.htm

Extrait de "El Canto General:

http://www.franceweb.fr/poesie/neruda2.htm

Poème murale de Pablo Neruda dans Lisbon:

http://www.erasmuspc.com/index.php?option=com_content&task=view&id=264&Itemid=81

 

 

VINGT POEMES D'AMOUR & une chanson désespérée  

 

Traduit et adapté de l'espagnol par André BONHOMME & Jean MARCENAC

Éditions Temps Actuels, Paris 1981. ISBN 2-201-01404-3

 

I

 

Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,

l'attitude du don te rend pareil au monde.

Mon corps de laboureur sauvage, de son soc

a fait jaillir le fils du profond de la terre.

 

je fus comme un tunnel. Déserté des oiseaux,

la nuit m'envahissait de toute sa puissance.

pour survivre j'ai dû te forger comme une arme

et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.

 

Mais passe l'heure de la vengeance, et je t'aime.

Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.

Ah! le vase des seins! Ah! les yeux de l'absence!

ah! roses du pubis! ah! ta voix lente et triste!

 

Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.

O soif, désir illimité, chemin sans but!

Courants obscurs où coule une soif éternelle

et la fatigue y coule, et l'infinie douleur.

 

II

 

La lumière t'enrobe en sa flamme mortelle. 

Et pensive, pâle et dolente, tu t'appuies

contre le crépuscule et ses vieilles hélices

tournant autour de toi. 

 

Muette, mon amie,

à cette heure des morts seule en la solitude,

emplie du feu vivant, 

du jour détruit pure héritière. 

 

Sur le noir de ta robe une grappe du jour,

et de la nuit les immenses racines

ont poussé d'un seul coup à partir de ton âme,

ce qui se cache en toi s'en retourne au dehors.

Un peuple pâle et bleu ainsi s'en alimente

et c'est de toi qu'il vient de naître.

 

O grandiose et féconde et magnétique esclave

de ce cercle alternant le noir et le doré

dressée, tente et parfais ta vive création

jusqu'à la mort des fleurs. Qu'en elle tout soit triste.

 

III

 

Immensité des pins, rumeur brisée des vagues,

contre le crépuscule et ses vieilles hélices

crépuscule tombant sur tes yeux de poupée,

coquillage terrestre, en toi la terre chante!

 

En toi chantent les fleuves et sur eux fuit mon âme

comme tu le désires et vers où tu le veux.

Trace-moi le chemin sur ton arc d'espérance

que je lâche en délire une volée de flèches.

 

Je vois autour de moi ta ceinture de brume,

mes heures poursuivies traquées par ton silence,

c'est en toi, en tes bras de pierre transparente

que mes baisers se sont ancrés, au nid de mon désir humide.

 

Ah! ta voix de mystère que teinte et plie l'amour

au soir retentissant et qui tombe en mourant!

Ainsi à l'heure sombre ai-je vu dans les champs

se plier les épis sous la bouche du vent.

 

IV

 

C'est le matin plein de tempête

au coeur de l'été.

 

Mouchoirs blancs de l'adieu, les nuages voltigent,

et le vent les secoue de ses mains voyageuses.

 

Innombrable, le coeur du vent

bat sur notre amoureux silence.

 

Orchestral et divin, bourdonnant dans les arbres,

comme une langue emplie de guerres et de chants.

 

Vent, rapide voleur qui enlève les feuilles,

et déviant la flèche battante des oiseaux,

 

les renverse dans une vague s'ans écume,

substance devenue sans poids, feux qui s'inclinent.

 

Volume de baisers englouti et brisé

que le vent de l'été vient combattre à la porte.

 

V

 

Pour que tu m'entendes

mes mots

parfois s'amenuisent

comme la trace des mouettes sur la plage.

 

Collier, grelot ivre

pour le raisin de tes mains douces.

 

Mes mots je les regarde et je les vois lointains.

Ils sont à toi bien plus qu'à moi.

Sur ma vieille douleur ils grimpent comme un lierre.

 

Ils grimpent sur les murs humides.

Et de ce jeu sanglant tu es seule coupable.

 

Ils sont en train de fuir de mon repaire obscur.

Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.

 

C'est eux qui ont peuplé le vide où tu t'installes,

ma tristesse est à eux plus qu'à toi familière.

 

Ils diront donc ici ce que je veux te dire,

et entends-les comme je veux que tu m'entendes.

 

Habituel, un vent angoissé les traîne encore

et parfois l'ouragan des songes les renverse.

Tu entends d'autres voix dans ma voix de douleur.

Pleurs de lèvres anciennes, sang de vieilles suppliques.

Ma compagne, aime-moi. Demeure là. Suis-moi.

Ma compagne, suis-moi, sur la vague d'angoisse.

 

Pourtant mes mots prennent couleur de ton amour.

Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.

 

Je fais de tous ces mots un collier infini

pour ta main blanche et douce ainsi que les raisins

 

VI

 

Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne :

un simple béret gris avec le coeur en paix.

Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.

Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.

 

Enroulée à mes bras comme un volubilis,

les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.

Un bûcher de stupeur où ma soif se consume.

Douce jacinthe bleue qui se tord sur mon âme.

 

je sens tes yeux qui vont et l'automne est distant :

béret gris, cris d'oiseau, coeur où l'on est chez soi

et vers eux émigraient mes désirs si profonds

et mes baisers tombaient joyeux comme des braises.

 

Le ciel vu d'un bateau. Les champs vus des collines :

lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.

Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.

Sur ton âme tournaient les feuilles de l'automne.

 

VII

 

Incliné sur les soirs je jette un filet triste

sur tes yeux d'océan.

 

Là, brûle écartelée sur le plus haut bûcher,

ma solitude aux bras battants comme un noyé.

 

Tes yeux absents, j'y fais des marques rouges

et ils ondoient comme la mer au pied d'un phare.

 

Ma femelle distante, agrippée aux ténèbres,

de ton regard surgit la côte de l'effroi.

 

Incliné sur les soirs je jette un filet triste

sur la mer qui secoue tes grands yeux d'océan.

 

Les oiseaux de la nuit picorent les étoiles

qui scintillent comme mon âme quand je t'aime.

 

Et la nuit galopant sur sa sombre jument

éparpille au hasard l'épi bleu sur les champs.

 

VIII

 

Abeille blanche, ivre de miel, toi qui bourdonnes dans mon âme,

tu te tords en lentes spirales de fumée.

 

je suis le désespéré, la parole sans écho,

celui qui a tout eu, et qui a tout perdu.

 

Dernière amarre, en toi craque mon anxiété dernière.

En mon désert tu es la rose ultime.

 

Ah ! silencieuse !

 

Ferme tes yeux profonds. La nuit y prend son vol.

Ah! dénude ton corps de craintive statue.

 

Tu as des yeux profonds où la nuit bat des ailes.

Et de frais bras de fleur et un giron de rose.

 

Et tes seins sont pareils à des escargots blancs.

Un papillon de nuit dort posé sur ton ventre.

 

Ah! silencieuse !

 

Voici la solitude et tu en es absente.

Il pleut. Le vent de mer chasse d'errantes mouettes.

 

L'eau marche les pieds nus par les routes mouillées.

Et la feuille de l'arbre geint, comme un malade.

 

Abeille blanche, absente, en moi ton bourdon dure.

Tu revis dans le temps, mince et silencieuse.

 

Ah ! silencieuse !

 

IX

 

Ivre de longs baisers, ivre des térébinthes,

je dirige, estival, le voilier des roses,

me penchant vers la mort de ce jour si ténu,

cimenté dans la frénésie ferme de la mer.

 

Blafard et amarré à mon eau dévorante

croisant dans l'aigre odeur du climat découvert,

encore revêtu de gris, de sons amers,

et d'un triste cimier d'écume abandonnée.

 

Je vais, dur, passionné, sur mon unique vague,

lunaire, brusque, ardent et froid, solaire,

et je m'endors d'un bloc sur la gorge des blanches

îles fortunées, douces comme des hanches fraîches.

 

Mon habit de baisers tremble en la nuit humide

follement agité d'électriques décharges,

d'hébraïque façon divisé par des songes

l'ivresse de la rose en moi s'est déployée.

 

En remontant les eaux, dans les vagues externes,

ton corps jumeau et qui se soumet dans mes bras

comme un poisson sans fin s'est collé à mon âme

rapide et lent dans cette énergie sous les cieux.

 

X

 

Nous avons encore perdu ce crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde. 

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les coteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ? 

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir 

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

 XI

 

Presque en dehors du ciel, ancre entre deux montagnes,

le croissant de la lune.

Tournante, errante nuit, terrassière des yeux,

pour compter les étoiles dans la mare, en morceaux.

 

Elle est la croix de deuil entre mes sourcils, elle fuit.

Forge de métaux bleus, nuits de lutte cachée,

tourne mon coeur, et c'est un volant fou.

 

Fille venue de loin, apportée de si loin,

son regard est parfois un éclair sous le ciel.

Incessante complainte et tempête tourbillonnant dans sa furie,

au-dessus de mon coeur passe sans t'arrêter.

Détruis, disperse, emporte, ô vent des sépultures, ta racine assoupie.

De l'autre côté d'elle arrache les grands arbres.

Mais toi, épi, question de fumée, fille claire.

La fille née du vent et des feuilles illuminées.

Par-delà les montagnes nocturnes, lis blanc de l'incendie

ah! je ne peux rien dire ! De toute chose elle était faite.

 

Couteau de l'anxiété qui partagea mon cœur

c'est l'heure de cheminer, sur un chemin sans son sourire.

Tempête, fossoyeur des cloches, trouble et nouvel essor de la tourmente,

Pourquoi la toucher, pourquoi l'attrister maintenant.

 

Ah! suivre le chemin qui s'éloigne de tout,

que ne fermeront pas la mort, l'hiver, l'angoisse

avec leurs yeux ouverts au coeur de la rosée

 

XII

 

A mon coeur suffit ta poitrine,

mes ailes pour ta liberté.

De ma bouche atteindra au ciel

tout ce qui dormait sur ton âme.

 

En toi l'illusion quotidienne.

Tu viens, rosée sur les corolles.

Absente et creusant l'horizon

Tu t'enfuis, éternelle vague.

 

je l'ai dit : tu chantais au vent

comme les pins et les mâts des navires.

Tu es haute comme eux et comme eux taciturne.

Tu t'attristes soudain, comme fait un voyage.

 

Accueillante, pareille à un ancien chemin.

Des échos et des voix nostalgiques te peuplent.

A mon réveil parfois émigrent et s'en vont

des oiseaux qui s'étaient endormis dans ton âme.

 

XIII

 

J'ai marqué peu à peu l'atlas blanc de ton corps

avec des croix de flamme.

Ma bouche, une araignée qui traversait, furtive.

En toi, derrière toi, craintive et assoiffée.

 

Histoires à te raconter sur la berge du crépuscule

douce et triste poupée, pour chasser ta tristesse.

Quelque chose, arbre ou cygne, qui est lointain, joyeux.

Et le temps des raisins, mûr et porteur de fruits.

 

J'ai vécu dans un port et de là je t'aimais.

Solitude où passaient le songe et le silence.

Enfermé, enfermé entre mer et tristesse.

Silencieux, délirant, entre deux statues de gondoliers.

 

Entre les lèvres et la voix, quelque chose s'en va mourant.

Ailé comme l'oiseau, c'est angoisse et oubli.

Tout comme les filets ne retiennent pas l'eau.

Il ne reste, poupée, que des gouttes qui tremblent.

Pourtant un chant demeure au coeur des mots fugaces.

Un chant, un chant qui monte à mes lèvres avides.

Pouvoir te célébrer partout les mots de joie.

Chanter, brûler, s'enfuir, comme un clocher aux mains d'un fou.

Que deviens-tu soudain, ô ma triste tendresse ?

J'atteins le plus hardi des sommets, le plus froid,

et mon coeur se referme ainsi la fleur nocturne.

 

XIV

 

Ton jouet quotidien c'est la clarté du monde.

Visiteuse subtile, venue sur l'eau et sur la fleur.

Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre

entre mes mains, comme une grappe, chaque jour.

 

Et depuis mon amour tu es sans ressemblance.

Laisse-moi t'allonger sur des guirlandes jaunes.

Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au coeur des étoiles du sud ?

Ah! laisse-moi te rappeler celle que tu étais alors,

quand tu n'existais pas encore.

 

Mais un vent soudain hurle et frappe à ma fenêtre.

Le ciel est un filet rempli d'obscurs poissons.

Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous.

La pluie se déshabille.

 

Les oiseaux passent en fuyant.

Le vent. Le vent.

Je ne peux que lutter contre la force humaine.

Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres

et détaché toutes les barques qu'hier soir amarra dans le ciel.

 

Mais toi tu es ici. Mais toi tu ne fuis pas.

Toi tu me répondras jusqu'à l'ultime cri.

Blottis-toi près de moi comme si tu craignais.

Mais parfois dans tes yeux passait une ombre étrange.

 

Maintenant, maintenant aussi, mon petit, tu m'apportes des chèvrefeuilles, ils parfument jusqu'à tes seins.

Quand le vent triste court en tuant des papillons

moi je t'aime et ma joie mord ta bouche de prune.

 

Qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,

à mon âme seule et sauvage, à mon nom qui les fait tous fuir.

Tant de fois, nous baisant les yeux, nous avons vu brûler l'étoile

et se détordre sur nos têtes les éventails tournants des

crépuscules.

 

Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses.

Depuis longtemps j'aimai ton corps de nacre et de soleil.

L'univers est à toi, voilà ce que je crois.

Je t'apporterai des montagnes la joie en fleur des copihues,

avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.

 

Je veux faire de toi

ce que fait le printemps avec les cerisiers.

 

XV

 

Ton silence m'enchante et ce semblant d'absence

quand tu m'entends de loin, sans que ma voix t'atteigne.

On dirait que tes yeux viennent de s'envoler,

on dirait qu'un baiser t'a refermé la bouche. 

 

Comme tout ce qui est est empli de mon âme

tu émerges de tout, pleine de l'âme mienne.

Papillon inventé, tu ressembles à mon âme,

tu ressembles aussi au mot mélancolie.

 

Ton silence m'enchante et cet air d'être loin.

Tu te plains, dirait-on, roucoulant papillon.

Et tu m'entends de loin, sans que ma voix t'atteigne

laisse-moi faire silence dans ton silence.

 

Laisse-moi te parler aussi par ton silence

simple comme un anneau et clair comme une lampe.

Tu es comme la nuit, constellée, silencieuse.

Ton silence est d'étoile, aussi lointain et simple.

 

J'aime quand tu te tais car tu es comme absente.

Comme si tu mourrais, distante et douloureuse.

Il ne faut qu'un sourire, et un seul mot suffit

à me rendre joyeux : rien de cela n'était.

 

XVI

 

Paraphrase de Rabindranath Tagore.

 

Tu es au crépuscule un nuage dans mon ciel,

ta forme, ta couleur sont comme je les veux.

Tu es mienne, tu es mienne, ma femme à la lèvre douce

et mon songe infini s'établit dans ta vie.

 

La lampe de mon coeur met du rose à tes pieds

et mon vin d'amertume est plus doux sur tes lèvres,

moissonneuse de ma chanson crépusculaire,

tellement mienne dans mes songes solitaires

 

Tu es mienne, tu es mienne, et je le crie dans la brise

du soir, et le deuil de ma voix s'en va avec le vent.

Au profond de mes yeux tu chasses, ton butin

stagne comme les eaux de ton regard de nuit.

 

Tu es prise au filet de ma musique, amour,

aux mailles de mon chant larges comme le ciel.

Sur les bords de tes yeux de deuil mon âme est née.

Et le pays du songe avec ces yeux commence.

 

XVII

 

En pensant, en prenant des ombres au filet dans la solitude 

profonde.

Toi aussi tu es loin, bien plus loin que personne.

Penseur, lâcheur d'oiseaux, images dissipées

et lampes enterrées.

Clocher de brumes, comme tu es loin, tout là-haut !

Etouffant le gémir,

taciturne meunier de la farine obscure de l'espoir,

la nuit s'en vient à toi, rampant, loin de la ville.

 

Ta présence a changé et m'est chose étrangère.

Je pense, longuement je parcours cette vie avant toi.

Ma vie avant personne, ma vie, mon âpre vie.

Le cri face à la mer, le cri au coeur des pierres,

en courant libre et fou, dans la buée de la mer.

Cri et triste furie, solitude marine.

Emballé, violent, élancé vers le ciel.

 

Toi, femme, qu'étais-tu alors ? Quelle lame, quelle branche

de cet immense éventail ? Aussi lointaine qu'à présent.

Incendie dans le bois ! Croix bleues de l'incendie.

Brûle, brûle et flamboie, pétille en arbres de lumière.

Il s'écroule et crépite. Incendie, incendie.

 

Blessée par des copeaux de feu mon âme danse.

Qui appelle? Quel silence peuplé d'échos ?

Heure de nostalgie, heure de l'allégresse, heure de solitude,

heure mienne entre toutes !

Trompe qui passe en chantant dans le vent.

Tant de passion des pleurs qui se noue à mon corps.

 

Toutes racines secouées,

toutes les vagues à l'assaut !

Et mon âme roulait, gaie, triste, interminable.

 

Pensées et lampes enterrées dans la profonde solitude.

Qui es-tu toi, qui es-tu ?

 

XVIII

 

Ici je t'aime.

Dans les pins obscurs le vent se démêle.

La lune resplendit sur les eaux vagabondes.

Des jours égaux marchent et se poursuivent.

 

Le brouillard en dansant qui dénoue sa ceinture.

Une mouette d'argent du couchant se décroche.

Une voile parfois. Haut, très haut, les étoiles.

 

O la croix noire d'un bateau.

Seul.

Le jour parfois se lève en moi, et même mon âme est humide.

La mer au loin sonne et résonne.

Voici un port.

Ici je t'aime.

 

Ici je t'aime. En vain te cache l'horizon.

Tu restes mon amour parmi ces froides choses.

Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux

qui courent sur la mer au but jamais atteint.

Suis-je oublié déjà comme ces vieilles ancres.

Abordé par le soir le quai devient plus triste.

 

Et ma vie est lassée de sa faim inutile.

J'aime tout ce que je n'ai pas. Et toi comme tu es loin.

 

Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.

Il vient pourtant la nuit qui chantera pour moi.

La lune fait tourner ses rouages de songe.

 

Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.

Pliés à mon amour, les pins dans le vent veulent

chanter ton nom avec leurs aiguilles de fer.

 

XIX

 

Fille brune, fille agile, le soleil qui fait les fruits,

qui alourdit les blés et tourmente les algues,

a fait ton corps joyeux et tes yeux lumineux

et ta bouche qui a le sourire de l'eau.

 

Noir, anxieux, un soleil s'est enroulé aux fils

de ta crinière noire, et toi tu étires les bras.

Et tu joues avec lui comme avec un ruisseau,

qui laisse dans tes yeux deux sombres eaux dormantes.

 

Fille brune, fille agile, rien ne me rapproche de toi.

Tout m'éloigne de toi, comme du plein midi.

Tu es la délirante enfance de l'abeille,

la force de l'épi, l'ivresse de la vague.

 

Mon coeur sombre pourtant te cherche,

J'aime ton corps joyeux et ta voix libre et mince.

O mon papillon brun, doux et définitif,

tu es blés et soleil eau et coquelicot.

 

XX

 

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

 

Ecrire, par exemple : " La nuit est étoilée

et les astres d'azur tremblent dans le lointain. "

 

Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante. 

 

Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Je l'aimais, et parfois elle aussi elle m'aima.

 

Les nuits comme cette nuit, je l'avais entre mes bras.

Je l'embrassai tant de fois sous le ciel, ciel infini.

 

Elle m'aima, et parfois moi aussi je l'ai aimée.

Comment n'aimerait-on pas ses grands yeux, ses grands yeux fixes.

 

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Penser que je ne l'ai pas. Regretter l'avoir perdue.

 

Entendre la nuit immense, et plus immense sans elle.

Et le vers tombe dans l'âme comme la rosée dans l'herbe.

 

Qu'importe que mon amour n'ait pas pu la retenir.

La nuit est pleine d'étoiles, elle n'est pas avec moi.

 

Voilà tout. Au loin on chante. C'est au loin.

Et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.

 

Comme pour la rapprocher, c'est mon regard qui la cherche.

Et mon coeur aussi la cherche, elle n'est pas avec moi.

 

Et c'est bien la même nuit qui blanchit les mêmes arbres.

Mais nous autres, ceux d'alors, nous ne sommes plus les mêmes.

 

Je ne l'aime plus, c'est vrai. Pourtant, combien je l'aimais.

Ma voix appelait le vent pour aller à son oreille.

 

A un autre. A un autre elle sera. Ainsi qu'avant mes baisers.

Avec sa voix, son corps clair. Avec ses yeux infinis.

 

Je ne l'aime plus, c'est vrai, pourtant, peut-être je l'aime.

Il est si bref l'amour et l'oubli est si long.

 

C'était en des nuits pareilles, je l'avais entre mes bras

et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.

 

Même si cette douleur est la dernière par elle

et même si ce poème est les derniers vers pour elle.

 

UNE CHANSON DESESPEREE

 

Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.

La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.

 

Abandonné comme les quais dans le matin.

C'est l'heure de partir, ô toi l'abandonné !

 

Des corolles tombant, pluie froide sur mon coeur.

O sentine de décombres, grotte féroce au naufragé !

 

En toi se sont accumulés avec les guerres les envols.

Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.

 

Tu as tout englouti, comme fait le lointain.

Comme la mer, comme le temps. Et tout en toi fut un naufrage !

 

De l'assaut, du baiser c'était l'heure joyeuse.

lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare.

 

Anxiété de pilote et furie de plongeur aveugle,

trouble ivresse d'amour, tout en toi fut naufrage !

 

Mon âme ailée, blessée, dans l'enfance de brume.

Explorateur perdu, tout en toi fut naufrage !

 

Tu enlaças la douleur, tu t'accrochas au désir.

La tristesse te renversa et tout en toi fut un naufrage !

 

Mais j'ai fait reculer la muraille de l'ombre,

j'ai marché au-delà du désir et de l'acte.

 

O ma chair, chair de la femme aimée, de la femme perdue,

je t'évoque et je fais de toi un chant à l'heure humide.

 

Tu reçus l'infinie tendresse comme un vase,

et l'oubli infini te brisa comme un vase.

 

Dans la noire, la noire solitude des îles,

c'est là, femme d'amour, que tes bras m'accueillirent.

 

C'était la soif, la faim, et toi tu fus le fruit.

C'était le deuil, les ruines et tu fus le miracle.

 

Femme, femme, comment as-tu pu m'enfermer

dans la croix de tes bras, la terre de ton âme.

 

Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court,

le plus désordonné, ivre, tendu, avide.

 

Cimetière de baisers, dans tes tombes survit le feu,

et becquetée d'oiseaux la grappe brûle encore.

 

O la bouche mordue, ô les membres baisés,

O les dents affamées, ô les corps enlacés.

 

Furieux accouplement de l'espoir et l'effort

qui nous noua tous deux et nous désespéra.

 

La tendresse, son eau, sa farine légère.

Et le mot commencé à peine sur les lèvres.

 

Ce fut là le destin où allait mon désir,

où mon désir tomba, tout en toi fut naufrage!

 

O sentine de décombres, tout est retombé sur toi,

toute la douleur tu l'as dite et toute la douleur t'étouffe.

 

De tombe en tombe encore tu brûlas et chantas.

Debout comme un marin à la proue d'un navire.

 

Et tu as fleuri dans des chants, tu t'es brisé dans des courants.

O sentine de décombres, puits ouvert de l'amertume.

 

Plongeur aveugle et pâle, infortuné frondeur,

explorateur perdu, tout en toi fut naufrage !

 

C'est l'heure de partir, c'est l'heure dure et froide

que la nuit toujours fixe à la suite des heures.

 

La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.

Froide l'étoile monte et noir l'oiseau émigre.

 

Abandonné comme les quais dans le matin.

Et seule dans mes mains se tord l'ombre tremblante.

 

Oui, bien plus loin que tout. Combien plus loin que tout.

 

C'est l'heure de partir. O toi l'abandonné.

 

 

 

 

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