Littérature Algérienne

          

 

 

APULEE de Madaure (125-170)


Savant, romancier et philosophe, il naquit à M’daourouch (près de l’actuelle Souk Ahras), en Numidie, à l’Est du pays. Il fréquenta d’abord l’école de sa ville natale où il apprit entre autres, le latin qu’il parla longtemps avec un fort accent, avant d’aller parfaire se études à Carthage puis à Athènes. Il s’intéressa à la grammaire, à la rhétorique, , à la musique, à la physique, à la dialectique et entreprit de longs voyages qui le mèneront jusqu’en Asie mineure, en Syrie et en Egypte. Il finit par s’établir à Rome où il exerça le métier d’avocat. A la mort de son père, un notable local, il revint au pays et ne le quitta plus. Erudit, chercheur, conférencier, philosophe et romancier, ses écrits sont innombrables mais ceux qui sont restés comprennent des textes oratoires (L’Apologie et Les Florides), des traités philosophiques et un grand roman, le premier roman algérien et probablement du monde : « L’Ane d’or ou les Métamorphoses ».

 

 

 Lire l'étude faite par Hassan Banhakeia de Université d’Oujda: Apulée, écrivain Amazigh.

 

 

SAINT AUGUSTIN (354-430).

 

Philosophe et souverain spirituel de toute la chrétienté. Né à Taghaste (Souk Ahras), en Numidie (à l’Est de l’Algérie actuelle), il étudia à Madaure. Il devint évêque d’Hippone dès 396, combattit le schisme donatiste et, jusqu’à sa mort survenue le 28 août 430, il ne cessa de s’inquiéter du débarquement des Vandales en Afrique du Nord et d’écrire des psaumes, un millier de poèmes chantés encore de nos jours dans les Eglises. Outre l’incontestable autorité théologique dont il jouit dans le monde chrétien, Saint Augustin est aussi un brillant musicologue qui a non seulement montré son talent de théoricien dans « De Musica », mais aussi en créant la première Scola-Ecclésia musicale avec des programmes comportant l’utilisation des chants berbères. Son influence a été telle qu’elle a marqué profondément la pensée chrétienne et son œuvre a quelque chose d’universel. Toute sa pensée s’articule autour du thème majeur de Dieu et de la destinée humaine. Ses ouvrages, ses sermons et lettres sont parmi les plus traduits au monde. Ses textes restent l’objet de recherche et d’enseignement dans les institutions scientifiques et religieuses des cinq continents. Alger a accueilli au mois d’avril 2001, un colloque international sur l’africanité du philosophe algérien, dans le cadre de la célébration de l’Année du dialogue des civilisations décidée par l’Organisation des Nations Unies. Treize siècles après le décès du philosophe, l’Eglise catholique fera le geste de permettre à cet esprit lucide d’effectuer un pèlerinage dans la ville dont il a été l’évêque : Hippone (l’actuelle Annaba). L’urne qui contient les restes de l’auteur des Confessions devrait quitter Pavie pour l’Algérie en février 2003. Ce voyage symbolique du saint dans son pays natal peut-être interprété comme un signe de la tolérance et de la compréhension entre les différentes cultures et les différentes civilisations.

 

 

 
KATEB Yacine
Né le 6 août 1929 à Constantine. Son père est oukil judiciaire, homme de double culture. Sa mère l'initie à la poésie et au théâtre. En 1936, il entre à l'école française après avoir été à l'école coranique. Mutations du père, nombreux déplacements. En 3e au lycée de Sétif, le 8 mai 1945, il participe aux manifestations. Expérience déterminante à tous points de vue. Sa mère, le croyant fusillé, devient folle et sera internée de longues années. Renvoyé du collège. En 1946, il publie à Bône (Annaba) son premier recueil de poèmes, Soliloques. Il rencontre alors à Constantine son père spirituel, Si Mohamed Tahar Ben Lounissi, qui se charge de la diffusion du recueil que les libraires n'ont pas voulu exposer. Au cours de l'année 1946-1947, Kateb milite dans les milieux du P.P.A. et donne à Bône des sortes de cours du soir pour illettrés, prenant conscience que, s'il est important de se faire lire, il faut aussi parler aux gens: conférences politico-littéraires dont le texte conservé de la conférence sur Abdelkader donne une idée. Le premier voyage à Paris date de 1947 Y. Chataigneau, alors gouverneur général de l'Algérie (trop favorable aux « indigènes ", il est mal vu des colons; il sera remplacé en 1947 par Naegelen), a eu connaissance de Soliloques et assure au jeune poète ce voyage. Kateb est à Paris en contact constant avec les émigrés et fait connaissance avec les milieux littéraires de gau­che : il publie ainsi pour la première fois, en France, un poème dans le numéro du 16 mai 1947 des Lettres françaises, Ouverte la voix, puis au Mercure de France en janvier 1948, Nedjma ou le Poème au couteau.
De 1948 à 1950, il est journaliste à Alger-Républicain (Henri Alleg, Mohammed Dib) : il publiera de nombreux articles dont un reportage vers La Mecque, suivant le pèlerinage pour le journal. Le 14 août, il part pour son premier voyage en U.R.S.S, où il retournera souvent par la suite (Redha Houhou, Tahar Ghomri, Bachir Merad). C'est en 1950 que son père meurt. Kateb emmène à Alger sa mère et ses sœurs. Il décide de partir en France (nomadisme à la recherche de petits boulots : voir les pages du Polygone étoilé du périple de Lakhdar). Il revient ensuite à Alger où, après une période de chômage, il est docker quelque temps. C'est à partir de 1952 et du nouveau départ pour la France que la vie errante de l'écrivain commence. Nous ne pouvons pas rendre compte de tous les déplacements reconstitués par J. Arnaud (voir son étude). Ils le mèneront en Italie, en Belgique, en Suède, en Yougoslavie. Notons les deux séjours qu'il fait à Tunis : premier séjour lorsque J.-M. Serreau y monte Le Cadavre encerclé, dont la première représentation a lieu le 4 août 1958, et le second séjour de novembre 1960 à septembre 1961 (publie de nombreux textes dans Afrique-Action). Début 1962, il est en Allemagne; en février 1962, il participe, en Égypte, au congrès des écrivains afro-asiatiques.
Il rentre en Algérie, peu après les fêtes de (indépendance, en juillet 1962. Il repart à Paris, en novembre, pour la mise en scène de La Femme sauvage. En 1963, nouveau voyage en U.R.S.S., pour raisons de santé. Les voyages et déplacements vont se poursuivre entre la France, l'Algérie et l'U.R.S.S. Kateb Yacine est à Alger de mars à septembre 1965; puis, à nouveau de mars à octobre 1966. Il y revient à la mi-novembre et fait une expérience à la R.T.A. d'émissions, dont « Poussières de juillet a, dont il écrit le texte et qu'illustre son ami Issiakhem. En juin 1967, après un voyage à Moscou, il pousse jusqu'à Pékin et Hanoi. Le Viêt-Nam est une expérience déterminante et lui permet de se remettre à l'écriture pendant deux années. Il ne fera alors que de brèves apparitions à Paris, Lyon, Grenoble. En juillet 1968, il fait un séjour d'un mois en Algérie. En janvier 1971, il fait partie d'une délégation invitée au Viêt-Nam.
A partir d'avril 1971, Kateb est à Alger; il ne revient en France qu'en mars 1972 pour accompagner la tournée de la troupe qui joue sa nouvelle pièce sur l'émigration. Il passe ensuite l'été à Tlemcen, puis il constitue sa troupe de théâtre qui sera prise en charge par le ministère du Travail et des Affaires Sociales (A.C.T.:Action culturelle des travailleurs). Séjour dans le Caucase pour repos de juin à août 1977. En avril 1978, il est nommé directeur du Théâtre régional de Sidi­Bel-Abbès ; en mars-avril 1980, il revient s'installer à Alger pour ne pas rester éloigné du centre de décision (sa mère meurt en octobre 1980). En 1981, il donne un cycle de conférences aux étudiants. En 1982, il revient à Bel-Abbès pour quelques mois ; il participe, à Oran, au colloque organisé en hommage à M. Feraoun, en mars 1982. Kateb, qui a peu quitté l'Algérie depuis neuf années, accepte de ressortir pour différentes activités culturelles. En septembre 1983, il est revenu résider à Alger et fait des va-et-vient avec Bel-Abbès. Le 22 mars 1985, c'est l'avant-première du film de Dominique Colonna qui lui est consacré et qui sort sur le petit écran, le 22 août. C'est véritablement un redémarrage pour l'écrivain que vient assombrir la mort de deux amis essentiels : M. Issiakhem et J. Arnaud (en 1986 et 1987). En avril 1987, le département de français de l'université d'Alger organise un hommage en l'honneur des trente ans de la publication de Nedjma, auquel l'écrivain assiste : l'enthousiasme de la salle est à la mesure de sa popularité. En janvier 1987, il a reçu le Grand Prix national des lettres, décerné par la ministère français de la Culture. Il meurt en octobre 1989.
(Nous ne pouvons ici que reprendre les publications d'ouvrages) : Nedjma (Paris, le Seuil, 1956) ; Le Cercle des représailles (Paris, le Seuil, 1959) ; Le Polygone étoilé (Paris, le Seuil,1966) ; L'Homme aux sandales de caoutchouc (Paris, le Seuil, 1970) ; L'Œuvre en fragments (Paris, Sindbad,1986).
 
SOLILOQUES (Premier recueil de Kateb Yacine, publié en 1946 à Annaba, est demeuré longtemps introuvable. Jacqueline Arnaud, en a fait paraître en 1986 de larges extraits dans "Kateb Yacine, l'oeuvre en fragments" paru aux éditions Sindbad, Paris, 1986
 
Introduction
«Ces poèmes ont été écrits lorsque j'avais quinze ans, avant et après la manifestation du 8 mai 1945. J'étais interne au collège de Sétif .Ce jour-là, c'était la fête, la victoire contre le nazisme. On a entendu sonner les cloches, et les internes ont été autorisés à sortir.
Il était à peu près dix heures du matin. Tout à coup j'ai vu arriver au centre de la ville un immense cortège. C'était mardi, jour de marché, il y avait beaucoup de monde, et même des paysans qui défilaient avec leurs vaches... A la tête du cortège, il y avait des scouts et des camarades du collège qui m'ont fait signe, et je les ai rejoints, sans savoir ce que je faisais. Immédiatement, ce fut la fusillade, suivie d'une cohue extraordinaire, la foule refluant et cherchant le salut dans la fuite. Une petite fille fut écrasée dans la panique. Ne sachant où aller, je suis entré chez un libraire. Je l'ai trouvé gisant dans une mare de sang. Un ami de mon père qui passait par là me fit entrer dans un hôtel plein d'officiers qui déversaient des flots de propos racistes. Il y avait là mon professeur de dessin, une vieille demoiselle assez gentille, mais comme je chahutais dans sa classe, ayant parlé une fois de faire la révolution comme les Français en 1789, elle me cria : «Eh bien, Kateb, la voilà votre révolution, alors, vous êtes content?»
 
J'ai filé sans répondre. Il y avait partout des soldats en position de tir. Plus question de retourner au collège. Mon père étant gravement malade, j'ai décidé de le rejoindre dans le village de Bougâa, à 45 Km de Sétif ...
Les gens arrivaient de partout; les rumeurs les plus folles couraient, certains disaient que les Turcs avaient débarqué à Bougie, d'autres qu'on avait pris Alger. Jamais je n'avais vu tant de monde... A l'arrivée du car se trouvaient mes amis de l'école française, «ça y est, leur ai-je dit, le peuple s'est soulevé! »
Je ne savais même plus à qui je parlais. Dans la nuit, on a entendu des coups de feu. La folle du village a été tuée près de l'église, et dès le lendemain on a vu arriver les tirailleurs sénégalais. Le 13 mai, au matin, j'ai été arrêté par des inspecteurs qui mont conduit à la prison de la gendarmerie. Et là, j'ai commencé à com­prendre les gens qui étaient avec moi, les gens du peuple. Autour de la prison, on entendait les coups de feu, les exécutions sommaires avaient lieu en plein jour. Devant la mort, on se comprend, on se parle plus et mieux.
 
Quelques jours après, nous avons été transférés à la prison de Sétif, puis au camp de concentration, un immense terrain vague entouré de barbelés, où je suis resté plusieurs mois.
A ma libération, j'ai traversé une période d'abattement. J' étais exclu du collège, mon père agonisait, et ma mère perdait la raison. Je restais enfermé dans ma chambre, les fenêtres closes, plongé dans Baudelaire. Puis mon père m'a persuadé, pour changer d'air, d'aller à Annaba, où nous avions des parents. Là, ce fut le deuxième choc, l'amour. J'ai rencontré Nedjma. J'ai vécu près de huit mois avec elle. C'était le bonheur absolu. Mais, en même temps, j'étais fasciné par les militants, les gens que j'avais connus en prison, et que je retrouvais, immanquablement. Il y a eu en moi un déchirement entre Nedjma et mes camarades. Et puis, elle était déjà mariée, j'étais trop jeune pour elle, je savais bien qu'il fallait rompre, mais c'était difficile.
En ce temps-là, j'ai commencé à boire. Un matin, après une nuit blanche, j'ai fait l'ouverture d'un bar. Un colosse blond, coiffé d'un chapeau, m'a rejoint au comptoir. Comme nous étions les deux seuls clients, nous avons engagé la conversation. Il m'a demandé ce que je faisais.
 
Je suis étudiant. Mais je n'ai pas envie de continuer. Je voudrais écrire.
- Ah, ça tombe bien, moi je suis imprimeur. Apporte-moi tes poèmes.
Cet homme extraordinaire, mon premier éditeur s'appelait Carlavan. Il était en faillite, après avoir dirigé l'imprimerie du «Réveil bônois», journal du soir à Annaba. Comme il lui restait un stock de papier, il a décidé de finir en beauté, en publiant un jeune poète inconnu. C'est ainsi qu'il a imprimé «Soliloques» en mille exemplaires qu'il m'a remis, sans rien me demander en échange.
Ces poèmes de jeunesse datent de presque un demi­siècle. On y retrouve deux thèmes majeurs : l'amour et la révolution, dans une première ébauche de l'oeuvre qui allait suivre.
En un mot, «Soliloques», ce n'est pas encore «Nedjma», mais c'est son acte de naissance.»
                                                                                       KatebYacine  mars 1988
 

Vous, les pauvres,

Dites-moi

Si la vie

N'est pas une garce!

 

Ah! Dire que

Vous êtes les indispensables!...

 

Ouvriers, gens modestes

Pourquoi les gros

Vous étouffent-ils en leur graisse

Malsaine de profiteurs?

 

Ouvriers,

Les premiers à la tâche,

Les premiers au combat,

Les premiers au sacrifice,

Et les premiers dans la détresse...

 

Ouvriers,

Mes frères au front songeur,

Je voudrais tant

Mettre un juste laurier,

 

A vos gloires posthumes

De sacrifiés.

- La grosse machine humaine

A beuglé sur leurs têtes,

Et vente à leurs oreilles

Le soupir gémissant des perclus !...

 

Au foyer ingrat

D’une infernale société,

Vous rentrez exténués,

Sans un réconfort

 

Pour vos cœurs de « bétail pensif »…

Et vos bras,

Vos bras sains et lourds de sueur,

Vos bras portent le calvaire

De vos existences de renoncement !

                                                                         Soliloques

Ecouter  un extrait lu par K.Yacine

 
Il est, un plaisir plus doux qu'un poème,
 
Et ce serait de vivre à tes genoux.
Parmi les éclats
De tes jeunes rires,
L'on entend siffler
L'oiseau des savanes,
 
Avec le murmure ailé du zéphyr
Et le chant plaintif des peuples d'amour...
Toi, mignonne aux yeux
Plus noirs que mon âme,         
Fais ma place dans ta couche douillette,
Je te chanterai des refrains de feu!...
Au cœur de la rose on meurt de parfums,
Ma lèvre frissonne au vent des baisers...
Plus rouge que sang
Fais couler ta lèvre!
 
Femme obscure et dont l'œil égale la rancune,
Prends-moi, voici l'instant des mêlées furieuses.
Que se parent de sang nos chairs voluptueuses!
Regarde! Me voici plus pâle que la lune,
Agenouillé devant l'image de ton charme...
J'attends. Et mon cœur passe d'alarme en alarme.
C'est l'instant de mon malheur,
L'heure
Où Décembre, en sa pâleur,
Pleure.
Mais, quoique toute clameur
Se meure,
En moi ton rire charmeur
Demeure...

                                        Soliloques

 
LES FOURMIS ROUGES

 

Fallait pas partir. Si j'étais resté au collège, ils ne m'auraient pas arrêté. Je serais encore étudiant, pas manoeuvre, et je ne serais pas enfermé une seconde fois, pour un coup de tête. Fallait rester au collège, comme disait le chef de district.
Fallait rester au collège, au poste.
Fallait écouter le chef de district.
Mais les Européens s'étaient groupés.
 Ils avaient déplacé les lits.
Ils se montraient les armes de leurs papas.
Y avait plus ni principal ni pions.  
L'odeur des cuisines n'arrivait plus.
Le cuisinier et l'économe s'étaient enfuis.
Ils avaient peur de nous, de nous, de nous !
Les manifestants s'étaient volatilisés.
le suis passé à l'étude. J'ai pris les tracts.
J'ai caché la Vie d'Abdelkader .
J'ai ressenti la force des idées.
J'ai trouvé l'Algérie irascible. Sa respiration...
La respiration de l'Algérie suffisait.
Suffisait à chasser les mouches.
Puis l'Algérie elle même est devenue...
Devenue traîtreusement une mouche.
Mais les fourmis, les fourmis rouges,
Les fourmis rouges venaient à la rescousse.
Je suis parti avec les tracts.
Je les enterrés dans la rivière.
J'ai tracé sur le sable un plan...
Un plan de manifestation future.
Qu'on me donne cette rivière, et je me battrai.
je me battrai avec du sable et de l'eau.
De l'eau fraîche, du sable chaud. Je me battrai.
J'étais décidé. Je voyais donc loin. Très loin.
Je voyais un paysan arc-bouté comme une catapulte.
Je l'appelai, mais il ne vint pas. Il me fit signe.
Il me fit signe qu'il était en guerre.
En guerre avec son estomac, Tout le monde sait...
Tout le monde sait qu'un paysan n'a pas d'esprit.
Un paysan n'est qu'un estomac. Une catapulte.
Moi j'étais étudiant. J'étais une puce.
Un puce sentimentale... Les fleurs des peupliers...
Les fleurs des peupliers éclataient en bourre soyeuse.
Moi j'étais en guerre. je divertissais le paysan.
Je voulais qu'il oublie sa faim. Je faisais le fou. Je faisais le fou devant
mon père le paysan. Je bombardais la lune dans la rivière.
 
                                                                     « Nedjma » (1956)

Nacer-Eddine DINET                                           Exposition virtuelle de ses oeuvres sur Oasisfle

 

(1861-1929) Artiste peintre. Alphonse-Etienne Dinet est né à Paris dans un milieu bourgeois. Son passage à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris fut couronné de succès. Médaille du Salon des Arts plastiques du Palais de l'Industrie (1884) qui lui accorde une bourse pour l'Algérie, pays qu'il avait déjà visité en 1883, et ou il resta cette fois cinq ans. A son retour à Paris en 1889, il présente à l'Exposition Universelle une série de toiles réalisées à Bou-Saâda, ce qui lui vaut une médaille d'argent. Subjugué par la magnificence du Sud algérien, il entreprend, en 1905, un autre voyage, et s'installera à Bou-Saâda, pour vivre définitivement auprès de ses hôtes et de ses frères. Avec l'aide de son ami Slimane Ben Brahim Baâmar, il parcourt le désert et se familiarise avec les tribus nomades et bédouines, découvrant la tradition arabo-berbère. Ce qui le poussera à aimer puis à se convertir à l'Islam en 1913 en devenant Nacer-Edine Dinet. Ce choix provoque dans les milieux artistiques occidentaux désolation et rancune. Depuis, son nom sera inscrit sur la liste noire des artistes dits "ratés". Pourtant sa peinture figurative, légèrement impressionniste, mérite plus d’intérêt notamment pour son traitement de la lumière. Après un pèlerinage à La Mecque qu'il accomplit le 2 avril 1929, il meurt Le 24 décembre de la même année à Paris et sera inhumé le 12 janvier 1930 à Bou-Saâda.
 

 

 

Bachir Hadj Ali.

Né le 10 décembre 1920 à Alger (Casbah). Interrompt ses études à 19 ans. Adhère au P.C.A. fin 1945. En 1948, rédacteur en chef de Liberté. Condamné à deux ans de prison avant 1954. Après l'indépendance, dirigeant du P.C.A. Arrêté en 1965; sera en résidence surveillée jusqu'en 1971. Réside actuellement à Hussein-Dey (Alger). Chants pour le 11 décembre (poèmes; Paris, la Nouvelle Critique, 1961; rééd.1963) ; Notre peuple vaincra (essai; Genève, éd. du Fennec, 1961) ; Culture nationale et révolution (conférence; tiré à part de la Nouvelle Critique, 1963) ; L'Arbitraire (récit suivi de poèmes : Chants pour les nuits de septembre; Paris, éd. de Minuit, 1966) ; Que ma joie demeure! (poèmes; Paris, Oswald, 1970; rééd. l'Harmattan, 1981) ; Le Mal de vivre et la volonté d'être dans la jeune poésie algérienne d'expression française (court essai; Alger, 1977) ; Mémoire-clairière (poèmes; Paris, Éditeurs fran­çais réunis, 1978) ; Actuelles Partitions pour demain (poèmes ; Paris, l'Orycte, 1980, avec des dessins de M. Khadda) ; Soleils sonores (Alger, E.N.A.G., 1985, avec illustrations de M. Khadda).
 
Rêves en désordre
 
Je rêve d'îlots rieurs et de criques ombragées
Je rêve de cités verdoyantes silencieuses la nuit
Je rêve de villages blancs bleus sans trachome
Je rêve de fleuves profonds sagement paresseux
Je rêve de protection pour les forêts convalescentes
Je rêve de sources annonciatrices de cerisaies
Je rêve de vagues blondes éclaboussant les pylônes
Je rêve de derricks couleur de premier mai
Je rêve de dentelles langoureuses sur les pistes brûlées
Je rêve d'usines fuselées et de mains adroites
Je rêve de bibliothèques cosmiques au clair de lune
Je rêve de réfectoires fresques méditerranéennes
Je rêve de tuiles rouge au sommet du Chélia
Je rêve de rideaux froncés aux vitres de mes tribus
Je rêve d'un commutateur ivoire par pièce
Je rêve d'une pièce claire par enfant
Je rêve d'une table transparente par famille
Je rêve d'une nappe fleurie par table
Je rêve de pouvoirs d'achat élégants
Je rêve de fiancées délivrées des transactions secrètes
Je rêve de couples harmonieusement accordés
Je rêve d'hommes équilibrés en présence de la femme
Je rêve de femmes à l'aise en présence de l'homme
Je rêve de danses rythmiques sur les stades
Et de paysannes chaussées de cuir spectatrices
Je rêve de tournois géométriques inter-lycées
Je rêve de joutes oratoires entre les crêtes et les vallées
Je rêve de concerts l'été dans des jardins suspendus
Je rêve de marchés persans modernisés
Pour chacun selon ses besoins
Je rêve de mon peuple valeureux cultivé bon
Je rêve de mon pays sans tortures sans prisons
Je scrute de mes yeux myopes mes rêves dans ma prison
 
                           Bachir Hadj Ali. In Que la joie demeure.
          Que la joie demeure


Mon Algérie de l'errance
Mon pays de parfums blancs
Les femmes se taisent
La terre fuit clandestine
Le ciel est désespérance
Sur l'exil des hommes
Grande grande ouverte est la mer
...

Dans ce pays intrépide d'hommes bons
Vivent des hommes féroces
De férocité ancienne
Dans ce pays de bonheur inconnu
La femme n'est femme que la nuit
Je jure
Par la nuit mourante
Et par le jour naissant
Que règnera le couple sûr

 

Terre je t'écoute

Je t'écoute tisser des clairs-obscurs sur mes nuits.
Je t'écoute veiller le soleil agoniser à l'Est
Je t'écoute sécher le sel sur le front des mers
Je t'écoute réveiller des pommes innocentes
Je t'écoute greffer la jeunesse du citronnier

 

Je t'écoute respirer entre les doigts et l'orange
Je t'écoute battements de cils rouge-gorge des bois
Je t'écoute verser la rosée sur la plante médicinale
Je t'écoute pluie sur la mer collier de la baie
Je t'écoute nuage rire ailes colorées
Je t'écoute marche secrète des hommes droits
Je t'écoute clairière de la recherche libre
Je t'écoute vivre au rythme de mes aspirations
Je t'écoute chanter le chant de l'an deux mille

Bachir HADJ ALI, Ibid. p. 35

Serment :

Je jure sur la raison de ma fille attachée
Hurlant au passage des avions
Je jure sur la patience de ma mère
Dans l'attente de son enfant perdu dans l'exode
Je jure sur l'intelligence et la bonté d'Ali Boumendjel
Et le front large de Maurice Audin
Mes frères mes espoirs brisés en plein élan

Je jure sur les rêves généreux de Ben M'Hidi et d'Inal
Je jure sur le silence de mes villages surpris
Ensevelis à l'aube sans larmes sans prières
Je jure sur les horizons élargis de mes rivages
A mesure que la plaie s'approfondit hérissée de lames
Je jure sur la sagesse des Moudjahidine maîtres de la nuit
Je jure sur la certitude du jour happée par la nuit transfigurée
Je jure sur les vagues déchaînées de mes tourments
Je jure sur la colère qui embellit nos femmes
Je jure sur l'amitié vécue les amours différées
Je jure sur la haine et la foi qui entretiennent la flamme
Que nous n'avons pas de haine contre le peuple français.

 
Rachid BOUDJEDRA
Né le 5 septembre 1941 à Aïn Beïda. Envoyé par son père en Tunisie pour ses études secondaires. Sept ans au collège Sadiki, En 1959, à 17 ans, maquis. Après des blessures, voyages dans les pays de l'Est. Représentant du F.L.N. en Espagne et retour en Algérie en 1962. Responsable étu­diant. Termine licence de philosophie à la Sor­bonne en 1965. Professeur ensuite au lycée de jeunes filles de Blida, De 1969 à 1972, est en France, puis de 1972 à 1975 au Maroc, à Rabat. II revient ensuite en Algérie où il enseigne dans le supérieur. En octobre 1977, est conseiller au ministère de l'Information et de la Culture. Lec­teur à la S.N.E.D., il tient des chroniques littérai­res en arabe et en français, dans différents orga­nes de presse. Personnalité de la vie culturelle algéroise.
1965 : Pour ne plus rêver (poèmes; Alger, S.N.E.D. ; rééd. 1981
1969 : La Répudiation (Paris, Denoël ; rééd.).
1971: Naissance du cinéma algérien (essai; Paris, Maspero) et La Vie quotidienne en Algérie (essai; Paris, Hachette).
1972 : L'Insolation (roman; Paris, Denoël) et Journal palestinien (Paris, Hachette; rééd. SNE.D., 1982).
1975 : Topographie idéale pour une agression caractérisée (roman; Paris, Denoël ; rééd.). 1977 : L'Escargot entêté (roman; Paris, Denoël ; rééd. avec illustration de Wolinski, 1982). 1979: Les 1001 Années de la nostalgie (roman; Paris, Denoël).
1981: Le Vainqueur de coupe (roman; Paris, Denoël). A partir de ce roman, Boudjedra publie d'abord son roman en arabe et en propose une traduction en français. Toutefois, pour Le Déman­tèlement (Paris, Denoël, 1982), l'auteur a parlé de réécriture (traduit de l'arabe Ettafakouk, par l'auteur). Ensuite donne des traductions, seule­ment pour le français : 1985, 1987 ; le dernier étant La Prise de Gibraltar (Maarakat ez zoukak).
 
VOCATION
Poète disais-tu
NON! mon frère
Plutôt
un marteau-pilon
O cette vocation de bulldozer
O cette vocation de brise mers
Je voudrais mettre mon peuple
Dans l'avenir
Du temps.
                                                                             Pour ne plus rêver. Ed.S.N.E.D., Alger 1980
 
LA MARIEE
Un trait noir
Un trait blanc
U n trait rouge
Des yeux
Des dents
Des lèvres.
Des gouttes de sueur
 
Un visage travesti
Le carnaval figé
Dans une "gandoura" dorée.
 
Des mains baguenaudées
Des pieds au "henné"
Des gens qui regardent
 Et des flûtes chialantes
Comme des pleureuses
De Constantine.
 
Un trait noir
Un trait blanc
Un trait rouge
Des fleurs
Des visages flous
Et des "Yous-Yous".
 
La peur
Le marié
Le bonheur
Et le cœur qui bat la chamade
Gigantesque.
 
Le marié
Le bonheur
La chemise en sang
La honte des voisins.
Les larmes
La joie
La peur travestie
Le carnaval figé
Un trait noir
Les entrailles qui se nouent
Un trait blanc
Les cuisses qui se serrent
Un trait rouge.

 

La fête bat son plein
L e marié boit du miel.
Une nuit
Un viol
Légalisé
Béni Encensé
La chemise en sang
La honte des voisins
Les gouttes de sueur
Et le cœur qui bat la chamade
Gigantesque.
 
Puis la cuisine à faire
Les langes à laver
Les coups à esquiver
Et les gosses à refaire
Jusqu'à n'en plus pouvoir.
 
Un trait rouge
Un trait noir
Un trait blanc
Et la fête continue
Sans le moindre sourire.

  Ibid.

 

 

 

 

 

 

 

 

                           

 

DROIT DE REPONSE

Vous pouvez toujours

Mes massacrer les yeux

Me torturer les ongles

Me crevasser le cœur

J'aurai quand même

Un sourire d'enfant

Capable de vous anéantir

Vous pouvez toujours

Briser ma voix

Casser mes muscles

Taper dans mes idées

Vous n'empêcherez jamais

Mon sang

De battre dans mes mains

Vos haines ?

J'en fais des lames de rasoir

 Pour me raser tous les matins

Vos mots ?

Je les transforme en ballons de baudruche

 Pour les offrir aux fillettes de mon quartier

Vos regards ?

J'en fais des soleils tièdes

Pour les épingler sur les neiges sibériennes

Voilà tout !

                                                                                     Ibid.

Anna GREKI
Pseudonyme d'Anna Colette Grégoire, épouse Melki. Née le 14 mars 1931 à Batna, dans les Aurès. Enfance à Menaâ, où son père était instituteur. Études primaires à Collo, secondaires à Philippe-ville (Skikda), supérieures à Paris. Interrompt sa licence pour s'engager dans la résistance. Institutrice à Bône puis à Alger. Milite au P.C.A. Arrêtée en 1957, Barberousse. En novembre 1958, est transférée au camp de Beni Messous. Expulsée, fin 1958. Rejoint Tunis. Rentre en Algérie en 1962. Achève sa licence de français en 1965 et est professeur de français au lycée Abdelkader. Meurt brutalement le 6 janvier 1966 à Alger, laissant, sur le plan littéraire, des textes inachevés, dont un roman.
Algérie, capitale Alger (Paris, P.-J. Oswald - Tunis, S.N.E.D., 1963 avec une préface de M. Lacheraf) ; Temps forts (Paris, Présence africaine, 1966).
 
 
J'habite une ville si candide
Qu'on l'appelle Alger la Blanche
Ses maisons chaulées sont suspendues
En cascade en pain de sucre
En coquilles d'oeufs brisés
En lait de lumière solaire
En éblouissante lessive passée au bleu
En plein milieu
De tout le bleu
D'une pomme bleue
Je tourne sur moi-même
Et je bats ce sucre bleu du ciel
Et je bats cette neige bleue du ciel
Bâtis sur des îles battues qui furent mille
Ville audacieuse Ville démarrée
Ville au large rapide à l'aventure
On l'appelle El Djezaïr
Comme un navire
De la compagnie Charles le Borgne.

In. Algérie, Capitale Alger. Editions S.N.E.D. Tunis1963
 

 

Nourredine ABA

Né en 1921 à Sétif, où il fait ses études secondaires. Puis faculté de droit à Alger. Campagne d'Italie et de France en 1943-1945. Comme journaliste, assiste au procès des nazis à Nuremberg. Vit longtemps en France, milite pour la cause palestinienne. Rentre en Algérie en 1977. A obtenu plusieurs distinctions pour ses oeuvres.
Poèmes (sous son nom d'Abaoub) : L'Aube de l'amour (1941) ; Au-delà des ombres (1942) ; Les Portes crépusculaires et Huit Bracelets pour nostalgies (1943) - ces quatre plaquettes éditées à Paris (Intellectuels réunis).
Romans : La Toussaint des énigmes (1963) ; Présence africaine (préface de J. Pelegri) ; Gazelle après minuit (Paris, l'Harmattan, 1978; rééd. éd. de Minuit, 1979) ; Le Chant perdu au pays retrouvé (Paris, le Cerf, 1978) ; Mouette, ma mouette (Paris, l'Harmattan, 1984).
Théâtre : Montjoie Palestine! ou l'An dernier à Jérusalem (poème dramatique; Paris, P.-J. Os­wald,1970); L'Aube à Jérusalem (Alger, S.N.E.D., 1979) ; La Récréation des clowns (Paris, Galilée, 1980) ; Tel Zaatar s'est tu à la tombée de la nuit (Paris, l'Harmattan, 1981) ; Le Dernier Jour d'un nazi (Paris, Stock, 1982).
Contes pour enfants : Deux Étoiles dans le ciel d'Alger (Paris, Nathan, 1979) ; La Gazelle égarée (Alger, S.N.E.D., 1979) ; Les Quatre Ânes et l'Écureuil (Paris, Hachette, 1982).
 

Témoignage

Homme, il faut que cela soit dit, il faut que cela soit bien dit ! Il faut que cela soit bien dit partout !

Mais non seulement bien dit partout, mais crié ! Il faut que cela soit crié et récrié partout ! Mais non seulement crié et récrié partout, mais dans toutes les cités et par tous !

Il faut que cela soit crié et recrié partout dans toutes les cités et par tous sur toutes les places publiques!

 

Il faut que cela soit crié et récrié partout dans toutes les cités et par tous, dans toutes les places publiques, chaque jour, afin que nul ne puisse prétendre qu'il n'ait rien su des longues minutes de Sabra et de Chatila harponnées par l'éclair, au bout du petit chemin du supplice et lacérées, lacérées, sans rémission, sans rémission !

Homme dont le coeur ouvre toutes les routes du monde ! Homme, le plus haut, le plus grand de mes combats et le plus beau de mes chants ! Le vôtre aussi, pauvres , humiliés, torturés, assassinés dans les ténèbres de tous les pays. Peuples étouffés, étranglés, persécutés qui tremblez dans les nuits froides, peuples d'errants, battus, qui rêvez d'arcs-en-ciel et de pain chaud, peuples désarmés, offensés, oubliés, qui réclamez le droit de tous les hommes aux semailles, aux moissons, à la dignité, au rêve, à l'espérance ! Peuples victimes de forces de dominations brutales, sachez-le : il n'y a point de fatalité à l'esclavage de l'homme ! Celui qui veut s'affranchir de ses chaînes le peut, par sa seule volonté et son courage !

C'est à toi, homme, mon exacte mesure, mon empreinte digitale, toi, mon moi, mon nous, c'est à toi d'être leur juste, leur intercesseur, à toi de témoigner des plaintes que ces peuples élèvent dans l'ombre des prisons, des coups de fouet qui lacèrent leur chair, à toi de témoigner devant les humbles, devant les puissants, de leur détresse et du vol des oiseaux libres, dans le ciel, qui les hante ! A toi de proclamer la vérité de leur souffrance et de leur espoir ! Mais proclame la vérité avec équité, sans jeter l'opprobre sur toute une communauté, tout un peuple, tout un pays ! Proclame-la avec la certitude de l'homme habité par l'homme et avec l'intention d'unir l'homme à l'homme, comme dans une prière on unit le cœur et l'âme dans une même ferveur! Témoigne de la longue minute harponnée par l'éclair partout où l'homme est blessé et sois sa porte ouverte à l'exil partout où il est chassé, et à chaque fois qu'il saigne, partout de par le monde, dresse-toi, crie et que ton cri soulève la terre !

 Nourredine ABA, C'était hier Sabra et Chatila,  Ed. l'Harmattan, Paris 1983.

 

Malek HADDAD

Né le 5 juillet 1927 à Constantine; mort le 2 juin 1978 à Alger. Études primaires et secondaires. Bref passage dans l'enseignement. En 1954, fait des études de droit à Aix-en-Provence. Voyage, puis collabore à des revues et hebdomadaires. Tentative de travail en Camargue, puis Paris, radiodiffusion. Effectue des missions pour le F.L.N. en U.R.S.S., en Égypte et en Inde. Après 1962, dirige, à Constantine, la page culturelle d'An-Nasr (1965-1968). D'avril 1968 à août 1972, directeur de la culture au ministère de l'Information et de la Culture. S'occupe du premier colloque culturel national (31 mai-3 juin 1968) et du pre­mier festival panafricain en 1969. En juillet 1972, est conseiller technique chargé des études et recherches dans la production culturelle en fran­çais. Après l'indépendance, a décidé d'arrêter d'écrire puisque le français, qu'il utilisait, le sépa­rait de ses « vrais » lecteurs. Une entorse en 1967 un poème pour la Palestine. Quelques articles. Le Malheur en danger (poèmes; Paris, la Nef, 1956) ; La Dernière Impression (roman; Julliard, 1958) ; Je t'offrirai une gazelle, (roman; Julliard, 1959) ; L'Élève et la leçon (roman; Julliard, 1960) ;Le Quai aux fleurs ne répond plus (roman; Julliard, 1961) ; Écoute et je t'appelle (poèmes; Maspero, 1961, précédés de « Les zéros tournent en rond », essai).
 

ILS VONT DANS LA LÉGENDE

Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras

Je leur avais parlé
J'avais senti leur main
Ils avaient des enfants et même des défauts
Comme ils savaient sourire alors qu'il faisait nuit

Je les retrouve en achetant
Un journal
Ils étaient mes amis ils n'étaient pas des mots
Des chiffres ou des noms
Ils étaient mille jours et dix ans de moi-même
Le repas qu'on partage
La cigarette de l'ennui
Ils savaient mes enfants
Je leur donnais tous mes poèmes
Ma mère aimait leur coeur
Ils étaient mes copains
Je leur avais parlé

Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras
Et ils sont devenus une âme et ma patrie
Je ne verrai jamais mon copain le mineur
Son sourire éclairait son regard d'amertume
Mon copain le boucher et l'autre instituteur

Et je m'excuse
D'être vivant
Je suis plus orphelin qu'une nuit sans la lune

Ils vont dans la légende

Et la légende ouvre ses bras...

 
Quand Reverrai-je Hélas

« J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens effréné qu’on appela Cirta
C’est à douter d’un souvenir et l’Algérie
Me dit dans un regard que mes yeux m’ont menti
Et rien d’autre mon cœur que cette rêverie
Au bastingage lourd d’un bateau qui partit

Suis-je né dans l’exil et dans mon habitude
A chercher au métro le couloir étranger
Suis-je le prisonnier de cette servitude
Qui nous fait dire blanc dés lors qu’il a neigé

Mon cœur est un touriste aux étapes d’ennui
Je ne visite rien qu’un souvenir qui râle
Hôtel tout n’est qu’hôtel pour allonger la nuit
Ah ! la fiche à remplir testament des escales

Je connais sous les ponts à l’écoute du fleuve
L’impassible dialogue et les mornes questions
Que se pose un maudit à qui manque la preuve
Qu’il est juste pour lui de dormir sous un pont

Verrai-je un nouvel an aux couleurs de cerise
La rue blonde au pavé d’un jour du mois de mai
Et vers le Djebel Ouach quand bavarde la brise
Tous ces rêves noyés d’un lac aux yeux fermés

J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens effréné qu’on appela Cirta ».

 

Rachid MIMOUNI
(né à Boudouaou, près d'Alger en 1945, mort à Paris en 1995.) Écrivain algérien d'expression française. *Dans ses romans (le Fleuve détourné, 1982 ; Une peine à vivre, 1991), ses pamphlets (De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier, 1992) et ses Chroniques de Tanger (1995), il lie intimement son écriture à l'histoire de l'Algérie contemporaine.  

 

Qui viendra à notre secours, qui ? 

- Toi qui es mon fils, tu me diras la vérité. Car à ma question répétée, je n'ai pu obtenir nulle réponse. Que s'est-il passé au pays ? Pourquoi les oiseaux ont-ils disparu ? Pourquoi construit-on des ponts sur des rivières mortes ? Pourquoi les paysans se laissent-ils lentement transformer en statues de pierre ? Pourquoi les morts refusent-ils de témoigner ?

- Qui te dit que je suis ton fils ? - Tes yeux.

- Tu divagues, l'homme. Tous les désespérés ont mes yeux. Je ne te reconnais pas. Tu n'es pas mon père. Je n'ai pas de père. Mon père est mort il y a bien longtemps. Nous sommes ainsi des milliers à traîner dans les rues, orphelins sans passé et sans mémoire, confrontés au plus total désarroi.

- Toute l'injustice du monde! En un instant tout est consommé. Les hommes abasourdis lèvent les yeux vers le ciel, resté immuable. La foudre est venue d'ailleurs. Déflagration diurne. As-tu déjà vu la terre s'entrouvrir ? Comme une grenade trop mûre ? Qui montre ses entrailles. Toute puissance de la matière minérale dans sa fausse apparence d'inertie. Quelles sombres forces ont provoqué ces soubresauts ? Les bêtes rompent leur attache et s'enfuient. Les oiseaux s'envolent et disparaissent. Ils ne reviendront plus. Les montagnes s'ébrouent. Des rocs immenses dégringolent vers les ravins. Une fraction de seconde pour transformer un relief familier : la croûte se boursoufle, d'anciennes sources tarissent, jaillissent de nouvelles sources, en pleine montagne, qui projettent d'un jet furieux leur eau fumante vers le ciel, le fleuve, détourné de son lit initial, s'égare parmi de nouveaux vallonnements. Il a perdu la direction de la mer. Où ira-t-il ?

« La terre devenue légère sous les pieds, comme une feuille morte, toute pesanteur anéantie. Un immense nuage de poussière recouvre la ville. Le ciel disparaît. Un géant invisible s'amuse à désarticuler une maquette. La voie ferrée tordue. Le train, ventre en l'air, bousculé d'une chiquenaude. Le béton se déchire comme du carton entre les mains d'un enfant capricieux. Grilles fantastiques de la ferraille dénudée dessinant le ciel. Décombres. Cris des moribonds ensevelis. Le soleil boit le sang. Putréfaction de la chair. Qui viendra à notre secours, qui ?

Le Fleuve détourné, éd. Robert Laffont, Paris, 1982.

 
Assia DJEBAR ( de l'Académie Française 2004)
Pseudonyme de Fatma-Zohra Imalayen. Née le 4 août 1936 à Cherchell. Études secondaires au lycée de Blida (interne). Baccalauréat en 1953. En 1955, réussit au concours d'entrée à l'École nor­male supérieure de Sèvres. En 1956, ne passe pas ses examens (grève des étudiants algériens). Écrit La Soif en deux mois. En 1957-1958, passe deux ans à l'E.N.S., mais ne fait pas la troisième année. Se marie en mars 1958. Fin licence d'histoire. A Tunis : D.E.S. d'histoire. Collabore à El Moudjahid, organe de presse du F.L.N. : enquêtes auprès des réfugiés algériens. De 1959 à 1962, est assis­tante à l'université de Rabat, puis en 1962 à Alger. De 1965 à 1974, séjour à Paris. Retour à Alger en 1974, à l'université. Fait son premier film en 1977-1978. Vit actuellement entre Paris et Alger.
La Soif (roman; Paris, Julliard, 1957) ; Les Impatients (roman; Paris, Julliard, 1958) ; Rouge, l'aube (théâtre) et Poèmes pour l'Algérie heureuse, écrits à Rabat en 1960 et publiés à Alger après l'indépendance, en 1969 (au moment du Festival panafricain, la pièce est jouée, mais l'auteur est en désaccord avec la mise en scène) ; Les Enfants du Nouveau Monde (roman; Paris, Jul­liard,1962) ; Les Alouettes naïves (Paris, Julliard, 1967) ; Femmes d'Alger dans leur appartement (Paris, éd. des Femmes, 1981) ; Ferdaous (trad. ; Paris, éd. des Femmes, 1982) ; L'Amour la fantasia (roman; Alger, E.N.A.L. - Paris, Lattès, 1985) ; Ombre sultane (roman; Paris, Lattès, 1987).
 
 

Poème pour l'Algérie heureuse

Neiges dans le Djurdjura
Pièges d'alouette à Tikjda
Des olivettes aux Ouadhias

On me fouette à Azazga
Un chevreau court sur la Hodna
Des chevaux fuient de Mechria
Un chameau rêve à Ghardaia

Et mes sanglots à Djémila
Le grillon chante à Mansourah
Un faucon vole sur Mascara
Tisons ardents à Bou-Hanifia

Pas de pardon aux Kelaa
Des sycomores à Tipaza
Une hyène sort à Mazouna
Le bourreau dort à Miliana

Bientôt ma mort à Zémoura
Une brebis à Nédroma
Et un ami tout près d'Oudja
Des cris de nuit à Maghnia

Mon agonie à Saida
La corde au cou à Frenda
Sur les genoux à Oued-Fodda
Dans les cailloux de Djelfa

La proie des loups à M'sila
Beauté des jasmins à Koléa
Roses de jardins de Blida
Sur le chemin de Mouzaia

Je meurs de faim à Médea
Un ruisseau sec à Chellala
Sombre fléau à Medjana
Une gorgée d'eau à Bou-Saada

Et mon tombeau au Sahara
Puis c'est l'alarme à Tébessa
Les yeux sans larmes à Mila
Quel Vacarme à Ain-Sefra

On prend les armes à Guelma
L'éclat du jour à Khenchla
Un attentat à Biskra
Des soldats aux Nementcha

Dernier combat à Batna
Neiges dans le Djurdjura
Piéges d'alouette à Tikjda
Des olivettes aux Ouadhias

Un air de fête au coeur d'El Djazaïr

 

    Mostépha GHAMRI, PES de français à Khenchela.

VOIX
Nous n'avons pas su
Partager la peine
Partager le pain
A hauteur d'espérance
Forger le grain
Ecouter la mer
Au bleu parfum
Et lire dans les blés
La chanson ailée
Du blond froment
Rien ne s'invente
Qui ne ressemble
A nos voix
A nos émois
Qui ne ressemble
A nos jardins d'enfant
Rien de l'enfer
 De la douleur
Et des tourments
Qui ne se brise
A nos récifs vif argent.
 
ARC EN CIEL
Je n'ai rien à t'offrir
Que le frisson du partir
Sur des routes vagabondes
Loin de la poussière
Des villes immondes
Je n'ai rien à t'offrir
Qu'un coin de montagne
Qui sente la lavande
Rien qu'un bout de rivière
Et tout l'amour du monde
Je n'ai rien à t'offrir
Qu'un bout de chemin
A faire ensemble
Qu'une guirlandes de soupirs
Et ma bouche gourmande
Je n'ai rien à t'offrir
Que mon coeur pour saison
Et mes yeux pour navire
Rien qu'un bleu horizon
Que des étoiles inondent
Je n'ai rien à t'offrir
Que voir au coin du feu
Nos années blanchir
Egrener nos souvenirs
En attendant la nuit profonde.
MOTS
Des mots bouquet de couleurs
Bouquet de douleur
Sur le front de ton martyr
Mes mots soupirent
Et tremblent
A ton exil ressemblent
Mes mots gémissent
Comme un enfant blessé
Mes mots frémissent
Dans un champ d'étoiles
Mes mots prière qui réveillent
Ta chair exsangue
Vestale qui veille
Au coin de ma mémoire
A quoi servent mes mots
S'ils n'ont pas des humbles
La sueur fraternelle
Des papillons les ailes
De la mer les couleurs étranges
De tes yeux les songes
Et de ton sang les noires vendanges.
 
 

 

Lounis AIT MENGUELLAT

(né en 1950) Interprète, poète et compositeur, Lounis Ait Menguellat naquit à Ighil Bouammas, en Haute Kabylie, le 17 janvier 1950. Il passe son enfance dans son village natal avant de déménager à Alger chez ses frères Smail et Ahmed. Il fréquente l’école primaire puis le collège du 1er mai où il reçoit une formation d’ébéniste. Il n’ aime pas les études puisque dit-il on trouver tout dans les livres. Il commence à chanter en 1967 mais il se décourage vite et si ce n’est des amitiés solides, il n’aurait jamais pu continuer. Dans l’émission de la chaîne II, Les Chanteurs de Demain de Chérif Kheddam, il chante sa première chanson : « Ma trud ula d nek Kter » (Si tu pleures, moi je pleure encore plus). Kamel Hamadi, parent et ami du chanteur se chargera du contact avec les éditeurs qui formulent leurs propres exigences et lui conseillent de reprendre « Ih a Muhand a Madam Servi Latay » de Awid Youcef. Mais le jeune poète est obsédé par autre chose de plus profond. A partir des années 1970, il devient le symbole de la revendication identitaire qui s’exprime de façon éclatante une décennie plus tard. Ait Menguellat reste malgré les aléas de la conjoncture et de l’ingratitude humaine, le plus populaire des chanteurs kabyles. Et surtout le plus dense et le plus profond. Parce qu’il a su garder sans doute un parfait équilibre entre l’inspiration et la technique et qu’il constitue un moment fort de la chanson kabyle moderne et de la chanson algérienne contemporaine.
 

"J’ai rêvé que j’étais dans mon pays... "

J’ai rêvé que j’étais dans mon pays
Au réveil, je me suis trouvé en exil

Nous, les enfants de l’Algérie
Aucun coup ne nous est épargné
Nos terres sont devenues prisons

On ferme sur nous les portes
Quand nous appelons
Ils disent, s’ils répondent:
Puisque nous sommes là, taisez-vous !

Dors, dors, on a le temps, tu n’as pas la parole!

 
Ahmed AZEGGAH né le 03 juillet 1942 à Béjaïa. Vit en France avec sa famille. Revient en Algérie en 1962. Journaliste. Réinstallation en France.
Son oeuvre: Chacun son métier (poème; Alger, S.N.E.D. 1966, avec illustration de D. Martinez); L'héritage (roman, Rodez, Subervie, 1966); Les Récifs du silence (poèmes; Paris, les Quatre Vents, 1974); République des ombres (théâtre; Paris, les Quatre Vents, 1976); Duel à l'ombre du Grand A (poèmes; Paris, les Quatre Vents, 1979)...
 
Liberté
Il a tout ce qu'il lui faut
Dans sa cage.
Il ne voit que les barreaux
Qui font de lui un otage
Il a tout ce qu'il lui faut
 De la nourriture, de l'eau
Il n'en veut pas
L'ingrat
Il a tout ce qu'il lui faut
Dans sa cage cet oiseau
Tout...

                                                 A. Azeggah

 
Fenêtre sur ma vie
Ces jours qui s'effritent
De ma vie calcaire
Réveillent se fracassant
Le silence de mes nuits lointaines.
Dure traversée!

 

Amère joie
D'un présent passé
Au tâtonnement
De ma pensée future.
Pause éphémère!

 

Je fouille de me yeux
Le royaume ambigu
De ma destinée
Où des formes nouvelles
M'attendent dans l'effroi.
Éternel retour!

 

Que la voix du hasard
Dise à l'aède
De taire ses mots et ses maux
Que ces fleurs que le vent dorlote,
Plient pour pouvoir renaître.

OUAHMED Salah, PES de français au lycée Ben Abderazak Aïn Ousséra
 

 

Tahar OUETTAR, journaliste, et romancier, trouve naturellement sa place parmi les fondateurs de l'avenir littéraire de l'Algérie en langue arabe. Animateur infatigable, il apporte la même fougue aux soirées littéraires que dans ses écrits. Observateur perspicace et impitoyable. Il multiplie les contacts aussi bien autour d'une table de café qu'en parcourant le pays de long en large. Et son art d'écrivain, à celui du céramiste, transfigure le fruit de ses observations.
Son enfance s'est déroulée dans un canton de l'Est Algérien où il a vu le jour en 1936. Ecoutons- le parler lui-même de ses premières années dans le petit village de SEDRATA près de M'DAOUROUCH entre ANNABA et TEBESSA «  Je suis né dans un douar de la compagne, d'une famille qui comptait quatre garçons, mon père en a mis deux à l'école de langue française, deux à l'école en langue arabe. J'ai vécu dans la pureté, de l'existence, nourri du spectacle des collines sur lesquelles tombait le crépuscule, jouant de la flûte derrière les brebis et les oies. J'ai été témoin de l'herbisme . Ma mère accouchant toute seule, ma mère encore montant la garde la nuit sur le toit. J’ai saisi le sérieux de la nature et des hommes qui m’entouraient. Dans le coran que j’apprenais par cœur, j’ai reconnu l’éloquence et la beauté. Ceci se passait avant la Révolution ; depuis d’autres facteurs sont venus enrichir ma personnalité ».
Après l’école de M’Daourouch, les études le conduisant successivement à l’Institut Ben Badis « Constantine », puis à la Zitouna de Tunis (début 1954), grand lecteur, il déclare « Je retenais par cœur des œuvres de Jibran Khélil Jibran, de MiKhaïl Nu’yma, ainsi que les poèmes d’Iliya Abu Mabi, " devenu à son tour écrivain, il affirme prendre en considération toutes les écoles, sans s'inféoder à aucune d'elles. Vers 1955, à Tunis, il commence à publier des nouvelles dans les journaux. Une de ses nouvelles-NOUA- revêt une importance particulière d'une part, elle a donné naissance à un film ; d’auteur date du jour où il l’a écrite son adhésion à l’idéologie socialiste et depuis il n’a plus jamais séparé sa tache d’homme et d’écrite et d'écrivain de son engagement politique.
Comme journaliste, Tahar OUETTAR a fondé successivement deux périodiques, en 1962-1963 : « Al-Jamahir », « Al Ahrar », En 1972-1974, anime le supplément culturel « l’hebdomadaire du quotidien-Al-Chaab.
Dans l’ensemble de son œuvre, Tahar OUETTAR , tout en visant à la clarté dans le contenu et dans la forme, s’efforce de saisir le réel dans toute sa complexité, sous tous ses aspects économiques….Il passe avec aisance du registre réaliste au registre symbolique, sa force vient sans doute d’une sincérité profonde et de ses convictions.
En 1972-1974, il anime le supplément culturel hebdomadaire du quotidien « AL-CHAAB ».
- Il préside depuis 1989 L’ASSOCIATION CULTURELLE ALJAHIDHIYA
SES ŒUVRES
-FUMEE DE MON CŒUR-Nouvelles (Tunis 1962)
-LE FUGITIF-Pièce de théâtre (SNED1969)
-LES COUPS-Nouvelles (SNED1971)
-L'AS-Roman (SNED1974)
-AL-ZILZEL (Le séisme) Roman (SNED 1974)
-LES MARTYRS REVIENNENT CETTE SEMAINE-Nouvelles (Bagdad 1974-Alger1980)
-NOCES DE MULET- Roman, (Beyrouth 1980)
-LE PECHEUR ET LE PALAIS-Nouvelles (ENAP 1981)
-EXPERIENCE AMOUREUSE- Roman Alger 1989.
-AIMER ET MOURIR A L’ERE HARRACHITE - Roman Alger 1978
-LA BOUGIE ET LES CAVERNES - Roman Alger 1995
-LE SAINT TAHAR REGAGNE SON SANCTUAIRE  - Roman Alger 1999
-PRINTEMPS BLEU-Traduction du recueil de poème «  APPRENTIS DU PRINTEMPS » du poète français COMBES.
La plupart de ces œuvres ont été rééditées, soit en Algérie, soit au moyen Orient. Plusieurs fois ont été traduites ; en diverses langues.      Par Marcel BOIS

Curriculum vitæ de Tahar OUETTAR:  http://wattar.cv.dz/TAH_OUETTAR.HTM (Page bilingue: Arabe/français)

Site Web de l'Association "Al jahidhiya":  http://www.aljahidhiya.ass.dz/  (Arabe)

 

Moufdi Zakaria

 

(1908-1977) Poète nationaliste, auteur de l’hymne national « Kassamen » (1955). Originaire de Ben-Isguen, il étudia à Annaba d’abord et à Tunis ensuite où il s’intéressa très tôt à la politique et devint l’un des trois co-fondateur du parti nationaliste tunisien le « Destour ». A son retour au pays, il se lance dans le mouvement associatif et publie la revue « Al Hayet » (1933). Bien qu’éprouvant des sympathies, pour le mouvement réformiste de Cheikh Ben Badis, c’est à l’ « Etoile Nord Africaine » de Messali, l’aile radicale qui revendiquait déjà l’indépendance, qu’il adhère, dès son implantation en Algérie. Il compose ses premiers chants nationalistes et notamment « Fidaou Al Djazaïr » (Le Sacrifice de l’Algérie), l’hymne du Parti du Peuple Algérien. Il participe aux meetings, collabore à de nombreux journaux clandestins et fait de la prison à plusieurs reprises. Il rejoint le Front de Libération Nationale en 1955, l’année où sur instruction de Abane Ramdane, il rédige « Kassamen », l’hymne de la Révolution algérienne et plus tard, de la République algérienne Démocratique et Populaire. Après l’indépendance, il composa « L’Illiade algérienne », un hymne à son pays. Une partie de son œuvre a été regroupée de son vivant dans un ouvrage intitulé « Allahab al Moqaddass » (La flamme sacrée). Une fondation portant son nom vient de voir le jour et se donne pour mission de réunir ses textes dispersés et de les faire publier.
 

 

L'HYMNE NATIONAL ALGERIEN    (traduit de l'arabe)

Nous jurons!
Nous jurons! par les tempêtes dévastatrices abattues sur nous
Par notre sang noble et pur généreusement versé
Par les éclatants étendards flottant au vent
Sur les cimes altières de nos fières montagnes
Que nous nous sommes dressés pour la vie ou pour la mort!
Car, nous avons décidé que l'Algérie vivra.

Soyez - en témoins !

Nous sommes des combattants pour le triomphe du droit
Pour notre indépendance , nous sommes entrés en guerre.
Nul ne prêtant l'oreille à nos revendications
Nous les avons scandées au rythme du canon
Et martelées à la cadence des mitrailleuses
Car , nous avons décidé que l'Algérie vivra

Soyez - en témoins !

Ô France ! le temps des palabres est révolu
Nous l' avons clos comme on ferme un livre
Ô France ! voici venu le jour où il faut rendre des comptes!
Prépare toi ! Voici notre réponse!
Le verdict, notre Révolution le rendra
Car, nous avons décidé que l'Algérie vivra

Soyez - en témoins !

Nos braves formeront nos bataillons
Nos dépouilles seront la rançon de notre gloire
Et nos vies celle de notre immortalité
Nous lèverons notre drapeau bien haut au-dessus de nos têtes
Front de Libération, nous t'avons juré fidélité
Car , nous avons décidé que l'Algérie vivra

Soyez - en témoins !

Des champs de bataille monte l'appel de la Patrie
Écoutez-le et obtempérez!
Écrivez-le avec le sang des martyrs
Et enseignez-le aux générations à venir!
Ô gloire, vers toi nous tendons la main
Car, nous avons décidé que l'Algérie vivra

Soyez - en témoins !

 

Ahlam MOSTAGHANEMI  (née en 1953)

 

Naît à Tunis au sein d’une famille originaire de Constantine qui a fuit le pays après le génocide de mai 1945. Ses études secondaires entamées à Tunis, elle les poursuit à Alger qu’elle retrouve dès l’indépendance. Lycéenne encore, elle se fait remarquer en animant une émission radiophonique très appréciée : « Hamassat » (Littérature et Mélodie). Licence de lettres arabes à la Faculté d’Alger (1976) et doctorat en sciences sociales du Maghreb à la Sorbonne (1982). Elle se marie avec un publiciste libanais, Georges Rassi, et ne cesse de publier ses poèmes dans les revues algériennes et Moyen-Orientales. A l’issue d’une recherche qu’elle mena sur le thème de « l’Algérie, femme et écriture » elle conclut que c’est l’homme qui est « à libérer et à émanciper » . Elle critique sévèrement l’Union nationale des Femmes Algériennes qu’elle qualifie de « regroupement de femmes moches et frustrées ». En 1994, elle s’installe à Beyrouth où elle s’impose très vite par la qualité de ses écrits et sa forte personnalité. Son roman « Dhakirat al Djassad » (Mémoire du corps) publié à Alger passe inaperçu mais amorce sa célébrité au Machreq. Fonctionnant sur le registre du sentimental et du politique, « Fawdha al hawwas » (Le désordre des sens) va devenir un véritable best-seller (16 éditions en 2001) pour son originalité et son audace. Pour Ahlem l’impatiente et la fougueuse, la poésie au centre de tout, est un questionnement perpétuel.

 

Site Web officiel de Ahlam Mostaghanemi: http://www.mosteghanemi.com/  (Bilingue Arabe/français)

 

Biographie d'Ahlam Mostaghanemi:  http://www.mosteghanemi.com/french/Biographie.htm

 

 
Littérature algérienne d'expression française: Bibliographie pour aller plus loin...
1.Christiane ACHOUR.
-Anthologie de la littérature algérienne de langue française.  ENAP/BORDAS 1999
2. Albert Memmi.
- Anthologie du roman magrébin de langue française. Ed. Nathan.1987
3.Jean Déjeux
- Littérature maghrébine de langue française. Ed.Naaman Canada1980
4.Jacqueline Arnaud.
- Littérature maghrébine de langue française.
             Tome I . Origine et perspectives.
             Tome II. Le cas de Kateb Yacine. Ed. Publisud1986
5.Charles Bonn
- La littérature algérienne de langue française et ses lectures imaginaires et discours d'idées Ed.naaman.1974
- Le roman algérien contemporain de langue française: vers un espace de communication littéraire décolonisé. Ed; l'Harmattan et Montréal, presse de l'université de Montréal.1985

Nouvelle par Tarik YACINE  professeur de français à Tigzirt-sur-Mer (Algérie)

Le retour des Maures

J'étais debout, impassible, j'assistais en témoin invisible à un événement insolite et insensé. Je voyais sortir, de sous les tombes de notre cimetière ancestral, une colonne de morts. Drapés de linceuls blancs, de la blancheur des vagues d'une mer en furie, ils émergeaient successivement du ventre de la terre. Ils se ressemblaient. Ils avaient les mêmes visages, froids, creusés, labourés de rides. L'araire du temps avait indistinctement sillonné leur peau. Une peau de momifié, terne et asséchée, traduisant la peine et la douleur qui les auraient poursuivis jusqu'après leur grand départ.

Seul le regard mouillé des yeux semblait redonner vie. Une étincelle dans les ténèbres, contrastant avec l'expression figée que dégageaient ces corps, mus par je ne sais quelle fantasmagorie.

Comme dans un cortège funèbre, ils marchaient les uns derrière les autres. lis avançaient d'un pas lent, mais décidé, dans la même direction. Ils foulaient le même sentier. On aurait dit qu'ils s'étaient concertés, qu'ils obéissaient à un même ordre. Une procession blanchâtre, ordonnée, presque militaire.

En haie d'honneur, à moi tout seul, je voyais défiler ces visages fantomatiques, me narrant chacun une histoire. Tels d'anciens livres poussiéreux, ils s'ouvraient tout à coup sur des existences antérieures, et à des passages précis, je lisais les derniers moments du passage de leur vie à trépas.

Parmi eux, un guerrier numide, sa mort en gladiateur dans une arène remontait à très loin. Cet autre fut fusillé par un peloton d'exécution, en pleine conquête coloniale. Un martyr de la dernière guerre. Je ne sais plus quelle dernière ? Des soldats de Dieu et autres dieux. Acteurs principaux de ces tragédies qu'aura connues cette terre. Terre des hommes libres qui les avait vus naître, puis les aura ensevelis, jusqu'à ce qu'ils s'exhument dans mon rêve. Encore un maquisard, celui-là victime de ses propres frères. Les causes étaient sacrées, et l'ennemi omniprésent.

Arrivaient ensuite les seconds rôles, les figurants de toute une vie. Les représentants de l'écrasante majorité du territoire des ombres. Ceux qui, souvent malgré eux, avaient constitué le décor de l'histoire. Ceux qui subissaient les événements même quand ils agissaient. Il y avait une femme, morte, elle, d'hystérie . on la disait possédée. Une autre morte, en donnant la vie à un petit homme. Elles furent nombreuses celles qui partirent en enfantant, en engendrant des héritiers, qui n'eurent d'autre héritage que le combat pour la terre de leurs dieux. Derrière, arrivait un jeune qui s'était donné la mort. Son coeur aura cédé le pas à sa déraison. Ils continuaient de se suivre, chacun avec ses douleurs. Des volcans longtemps éteints, à l'aube d'une éruption. Il y avait là autant de récits que de ressuscités.

La file des revenants n'était plus qu'une nervure sinueuse au milieu de la plaine. En messies d'une nouvelle religion, ils entamèrent leur pèlerinage. Mon rêve était devenu leur théâtre. Un théâtre aussi grand que cette terre africaine. L'envers du purgatoire venait de commencer. Devant eux le passé et derrière le devenir. Porteurs d'un message de l'assemblée de l'au-delà, ils allaient à la rencontre des morts en sursis, les vivants.

De village en village, de cité en cité, la nouvelle, comme une traînée de poudre, avait fait le tour du pays. On ne savait plus à quels saints se vouer. On cria au miracle. On se prosterna. Un prosélytisme béat se fit jour et une soudaine religiosité gagna ces mortels si amnésiques.

Ils étaient, par un soudain enchantement, redevenus humains. Ils redécouvrirent le partage, la solidarité, le respect d'autrui. ils décrétèrent une fratrie nationale. On se remit à parler des valeurs du passé, de la dignité, d'amour envers son prochain, de justice. Un véritable bain de sainteté.

Des sentiments indescriptibles s'étaient emparés d'eux. La peur, le doute, l'angoisse, les émotions étaient à leur paroxysme. Le temps s'était arrêté. Plus rien n'était important. Le surnaturel avait repris ses droits. On surveillait les cimetières. On scrutait le ciel.

Les temps incertains étaient revenus. Une agitation fiévreuse montait lentement des plus humbles vers les notables. Sollicités de tous, les chefs des villages et autres gouverneurs des villes se faisaient attendre. On épiait leurs décisions. Astrologues, théologiens, Ulémas, pressés par leurs fidèles, étaient, eux aussi, en conclave. L'évènement était sans précédent. Ni les livres sacrés, ni toutes autres prédictions n'en faisaient référence. Le jugement dernier n'était pas ainsi décrit. Que se passait-il donc? On organisa des rencontres. On s'informa. On palabra de longues heures durant. Le fait était nouveau et les préséances trop archaïques. L'ordre des choses était remis en cause. Un outrage à un si vieil entendement.

La réaction devait être à la mesure du bouleversement. Il fallait répondre au miracle par un miracle. Le pouvait-on, au demeurant ? La démocratie des vivants ne pouvait s'accommoder de celle des morts. Qui étaient les plus représentatifs des vivants ? Qui allait parler en leurs noms ? Qui allait-on désigner ? Les chefs héréditaires ou les politiciens ? Les élus du peuple ou les chefs religieux ? Les plus sages ou les plus courageux? Les centenaires ou les condamnés à mort ? Comment les recevoir? Qu'allait-on leur offrir?

L'instant était crucial. Le moment fatidique de la rencontre approchait. Il exigeait des résolutions sereines, humaines, courageuses. On choisit un endroit idyllique. Les dispositions les plus favorables devaient être prises et l'ambiance funeste qui régnait devait être tempérée. "Un trou de verdure où chante une rivière", entouré d'oliviers et de figuiers. Des plantes fleuries, de toutes sortes, jonchaient le sol. Une lumière tiède et bienfaisante finissait d'éclairer cet éden.

Les représentants des vivants étaient déjà sur les lieux. Ils étaient les hôtes d'une visite inattendue, saugrenue. Que pouvait-on attendre d'un mort ? Ils étaient tous bien habillés. Ils se vêtirent de leurs tenues de fête, chatoyante, multicolore, comme pour un mariage. Il ne manquait que le couscous. Leurs têtes recouvertes de chéchias, de chapeaux de paille. Ils étaient bien vivants. On fit venir une chorale de jeunes filles nubiles, accompagnée d'un orchestre traditionnel. Un hymne à la gloire des morts devait être entonné, en signe de bienvenue. Une stèle érigée sur le lieu même de la rencontre devait immortaliser l'événement.

Un petit nuage blanc, égaré au milieu du val, remontait maintenant le long du cours d'eau, jusqu'au plateau. C'était eux. Les visiteurs. Ceux qu'on avait oublié, et qu'on n'attendait plus. Cela était donc vrai ! Ils étaient bel et bien là. Un silence de mort envahit le plateau. On n'entendait plus que le bruit des insectes, de quelques passereaux, du ruissellement de l'eau de la rivière

La quiétude faisait face à l'angoisse. On dévisagea les nouveaux venus. On essayait mentalement de reconstituer leurs physionomies, en quête d'une quelconque ressemblance, d'une quelconque connaissance. Qui sait ? Un grand-père ? Une vieille tante ? Un lointain parent ? Qui étaient-ils ?

D'une voix douce et enfantine, la jeune chorale rompit le silence de mort et entama un vieil air dans la langue des ancêtres, rendant grâce à l'héroïsme des disparus, faisant l'éloge de leur bravoure, exprimant la peine des survivants. La poésie au secours du destin des hommes. De longs et stridents youyous fusèrent de derrière, emboîtant le pas au chant mélodieux des fillettes, ramenant les vivants à plus de courage. Il n'y eut point d'embrassades, ni de mains tendues. Gêne et méfiance subsistaient encore. En signe de salut, les revenants se courbèrent légèrement, baissant la tête et les épaules. Une digne révérence. Allaient-ils enfin parler ? On surveillait de près, ce que ces bouches striées de rides allaient prononcer.

L'un deux s'avança, sans doute le porte parole:

« Que le salut de l'au-delà soit sur vous », dit-il d'une voix claire et limpide.

« Que la paix et la clémence de Dieu soient sur vous aussi. Soyez les bienvenus »répondit le représentant des vivants.

« Vivent les morts! » scanda un autre, la gorge nouée et le front perlant de sueur.

Le porte parole reprit: « Notre venue ici, n'est pas pour revivre parmi vous. Que la providence nous en préserve. Nous ne venons pas, non plus, déroger à l'équilibre des éléments, ni à la nature des choses ».

II y eut un bref silence, puis il enchaîna:

« Nous venons d'abord vous rafraîchir la mémoire. Vous réveiller, tant votre oubli a mortifié vos souvenirs et vous a plongés dans un sommeil trop profond. Nous venons vous rappeler de nombreuses choses, qu'aujourd'hui vous ignorez avec dédain. Car nous savons ce que vous ne savez pas encore. Vous construisez votre futur en mystifiant votre passé, c'est à dire nous. Vos omissions sont insupportables et vos mensonges inacceptables au plus résigné d'entre nous. Votre amnésie dépasse tout entendement. Elle est traîtresse, et par delà la mort, elle est assassine. Elle bafoue l'histoire et viole la mémoire »

« Vous nous avez oubliés. Nous sommes sortis de vos discussions. Ne sommes-nous plus votre passé ? Vous nous avez fait quitter les livres d'histoire de vos enfants. Ne sont-ils plus notre descendance ? Vous avez oublié que nous vous avons précédés sur ces collines, dans ce val, sur ce plateau. N'avons-nous pas existé ? Seriez-vous seulement là, si nous ne l'avions pas été ? »

« Vous avez délibérément oublié ce que nous vous avons légué. Vous avez oublié que vous êtes sur le chemin de nous rejoindre. Ou seriez-vous devenus immortels? ».

« Beaucoup de ceux qui sont parmi nous, ne sont morts que pour votre salut. Leurs sacrifices auront permis la vie à beaucoup d'entre vous. D'autres continuent de vivre à travers votre vie à vous. Nous ne sommes plus là, mais vous ne devez pas effacer les témoins de notre existence. Vous avez, depuis longtemps, brisé le pacte scellé entre la vie et la mort. Croyez-vous qu'elles soient dissociables? »

« Il est né, parmi vous, des gens qui ont oublié leur langue, celle qu'il ont tétée au sein de leur mère. Il y a ceux qui ont oublié jusqu'au nom de leurs dieux, les noms des plantes qui poussent dans leurs prés, des choses qui n'ont plus de sens sans leur nom »

Ainsi, dans le rêve, comme si je flottais au dessus de leur tête, je voyais cette poignée d'hommes en blanc, dont on ne distinguait que des taches sombres, en guise de visages. En face d'eux, une assemblée subjuguée, quelque peu tranquillisée par la tournure que prenait l'événement.

Les moments de silence qui entrecoupaient le monologue du porte-parole des morts, gênaient les vivants. Ils étaient plus forts que les propos. Ils étaient la raison et les paroles étaient le coeur.

Le revenant reprit son souffle:

« Nous sommes aussi là, car l'espace qui nous a été réservé n'a pas été prévu pour autant de morts à la fois. Les cimetières ne sont plus des cimetières. Ils sont des champs de bataille. Le départ, souvent violent, de ceux qui nous arrivent, ne nous permet pas de prendre en charge leur passage serein vers la nouvelle vie que nous menons. Ceux que nous accueillons aujourd'hui, ne nous laissent plus en paix. Celle que nous avions espérée en allant vers l'au-delà. Leur repos est perturbé par les images de votre monde. Leur sommeil est agité et les délires hantent leur double mort. Ils continuent de se plaindre, et nous ont fait perdre notre sommeil à nous. Ils ne veulent plus se taire. Certains cherchent à revenir parmi vous. Ils n'ont pu se débarrasser des liens qui les rattachent à vous. Ils auraient tant voulu finir ce qu'ils avaient entrepris, dans votre monde. Ils sont partis, le cœur serré, l'âme meurtrie »

II y eut encore un silence. Plus lourd:

« Votre déraison dépasse toutes les frontières, même celles qui nous séparent... »

Des salves de Kalachnikovs déchirèrent l'aurore tigzirtoise. Je me réveillai affolé par le bruit et perturbé par les visiteurs de ma nuit.

Ce matin là, au lycée, l'heure n'était plus à l'étude du récit de fiction. On s'apprêtait déjà aux enterrements.                                                                           Tarik YACINE

(Nouvelle écrite par Tarik YACINE  professeur de français à Tigzirt-sur-Mer (Algérie) et membre du Conseil Municipal de la commune partenaire de Châteaubriant).

 

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