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Littérature Algérienne
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APULEE de
Madaure
(125-170)
Savant, romancier et
philosophe, il naquit à M’daourouch (près de l’actuelle Souk Ahras), en
Numidie, à l’Est du pays. Il fréquenta d’abord l’école de sa ville natale où
il apprit entre autres, le latin qu’il parla longtemps avec un fort accent,
avant d’aller parfaire se études à Carthage puis à Athènes. Il s’intéressa à
la grammaire, à la rhétorique, , à la musique, à la physique, à la
dialectique et entreprit de longs voyages qui le mèneront jusqu’en Asie
mineure, en Syrie et en Egypte. Il finit par s’établir à Rome où il exerça
le métier d’avocat. A la mort de son père, un notable local, il revint au
pays et ne le quitta plus. Erudit, chercheur, conférencier, philosophe et
romancier, ses écrits sont innombrables mais ceux qui sont restés
comprennent des textes oratoires (L’Apologie et Les Florides), des traités
philosophiques et un grand roman, le premier roman algérien et probablement
du monde : « L’Ane d’or ou les Métamorphoses
».
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Lire l'étude faite
par
Hassan Banhakeia de Université d’Oujda:
Apulée, écrivain Amazigh. |
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SAINT AUGUSTIN
(354-430).
Philosophe et souverain
spirituel de toute la chrétienté. Né à Taghaste (Souk Ahras), en Numidie (à
l’Est de l’Algérie actuelle), il étudia à Madaure. Il devint évêque
d’Hippone dès 396, combattit le schisme donatiste et, jusqu’à sa mort
survenue le 28 août 430, il ne cessa de s’inquiéter du débarquement des
Vandales en Afrique du Nord et d’écrire des psaumes, un millier de poèmes
chantés encore de nos jours dans les Eglises. Outre l’incontestable autorité
théologique dont il jouit dans le monde chrétien, Saint Augustin est aussi
un brillant musicologue qui a non seulement montré son talent de théoricien
dans « De Musica », mais aussi en créant la première Scola-Ecclésia musicale
avec des programmes comportant l’utilisation des chants berbères. Son
influence a été telle qu’elle a marqué profondément la pensée chrétienne et
son œuvre a quelque chose d’universel. Toute sa pensée s’articule autour du
thème majeur de Dieu et de la destinée humaine. Ses ouvrages, ses sermons et
lettres sont parmi les plus traduits au monde. Ses textes restent l’objet de
recherche et d’enseignement dans les institutions scientifiques et
religieuses des cinq continents. Alger a accueilli au mois d’avril 2001, un
colloque international sur l’africanité du philosophe algérien, dans le
cadre de la célébration de l’Année du dialogue des civilisations décidée par
l’Organisation des Nations Unies. Treize siècles après le décès du
philosophe, l’Eglise catholique fera le geste de permettre à cet esprit
lucide d’effectuer un pèlerinage dans la ville dont il a été l’évêque :
Hippone (l’actuelle Annaba). L’urne qui contient les restes de l’auteur des
Confessions devrait quitter Pavie pour l’Algérie en février 2003. Ce voyage
symbolique du saint dans son pays natal peut-être interprété comme un signe
de la tolérance et de la compréhension entre les différentes cultures et les
différentes civilisations. |
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KATEB Yacine
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Né le 6 août 1929 à Constantine. Son père
est oukil judiciaire, homme de double culture. Sa mère l'initie à la
poésie et au théâtre. En 1936, il entre à l'école française après avoir
été à l'école coranique. Mutations du père, nombreux déplacements. En 3e
au lycée de Sétif, le 8 mai 1945, il participe aux manifestations.
Expérience déterminante à tous points de vue. Sa mère, le croyant
fusillé, devient folle et sera internée de longues années. Renvoyé du
collège. En 1946, il publie à Bône (Annaba) son premier recueil de
poèmes, Soliloques. Il rencontre alors à Constantine son père spirituel,
Si Mohamed Tahar Ben Lounissi, qui se charge de la diffusion du recueil
que les libraires n'ont pas voulu exposer. Au cours de l'année
1946-1947, Kateb milite dans les milieux du P.P.A. et donne à Bône des
sortes de cours du soir pour illettrés, prenant conscience que, s'il est
important de se faire lire, il faut aussi parler aux gens: conférences
politico-littéraires dont le texte conservé de la conférence sur
Abdelkader donne une idée. Le premier voyage à Paris date de 1947 Y.
Chataigneau, alors gouverneur général de l'Algérie (trop favorable aux «
indigènes ", il est mal vu des colons; il sera remplacé en 1947 par
Naegelen), a eu connaissance de Soliloques et assure au jeune poète ce
voyage. Kateb est à Paris en contact constant avec les émigrés et fait
connaissance avec les milieux littéraires de gauche : il publie ainsi
pour la première fois, en France, un poème dans le numéro du 16 mai 1947
des Lettres françaises, Ouverte la voix, puis au Mercure de France en
janvier 1948, Nedjma ou le Poème au couteau.
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De 1948 à 1950, il est journaliste à
Alger-Républicain (Henri Alleg, Mohammed Dib) : il publiera de nombreux
articles dont un reportage vers La Mecque, suivant le pèlerinage pour le
journal. Le 14 août, il part pour son premier voyage en U.R.S.S, où il
retournera souvent par la suite (Redha Houhou, Tahar Ghomri, Bachir
Merad). C'est en 1950 que son père meurt. Kateb emmène à Alger sa mère
et ses sœurs. Il décide de partir en France (nomadisme à la recherche de
petits boulots : voir les pages du Polygone étoilé du périple de Lakhdar).
Il revient ensuite à Alger où, après une période de chômage, il est
docker quelque temps. C'est à partir de 1952 et du nouveau départ pour
la France que la vie errante de l'écrivain commence. Nous ne pouvons pas
rendre compte de tous les déplacements reconstitués par J. Arnaud (voir
son étude). Ils le mèneront en Italie, en Belgique, en Suède, en
Yougoslavie. Notons les deux séjours qu'il fait à Tunis : premier séjour
lorsque J.-M. Serreau y monte Le Cadavre encerclé, dont la première
représentation a lieu le 4 août 1958, et le second séjour de novembre
1960 à septembre 1961 (publie de nombreux textes dans Afrique-Action).
Début 1962, il est en Allemagne; en février 1962, il participe, en
Égypte, au congrès des écrivains afro-asiatiques.
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Il rentre en Algérie, peu après les fêtes de
(indépendance, en juillet 1962. Il repart à Paris, en novembre, pour la
mise en scène de La Femme sauvage. En 1963, nouveau voyage en U.R.S.S.,
pour raisons de santé. Les voyages et déplacements vont se poursuivre
entre la France, l'Algérie et l'U.R.S.S. Kateb Yacine est à Alger de
mars à septembre 1965; puis, à nouveau de mars à octobre 1966. Il y
revient à la mi-novembre et fait une expérience à la R.T.A. d'émissions,
dont « Poussières de juillet a, dont il écrit le texte et qu'illustre
son ami Issiakhem. En juin 1967, après un voyage à Moscou, il pousse
jusqu'à Pékin et Hanoi. Le Viêt-Nam est une expérience déterminante et
lui permet de se remettre à l'écriture pendant deux années. Il ne fera
alors que de brèves apparitions à Paris, Lyon, Grenoble. En juillet
1968, il fait un séjour d'un mois en Algérie. En janvier 1971, il fait
partie d'une délégation invitée au Viêt-Nam.
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A partir d'avril 1971, Kateb est à Alger; il
ne revient en France qu'en mars 1972 pour accompagner la tournée de la
troupe qui joue sa nouvelle pièce sur l'émigration. Il passe ensuite
l'été à Tlemcen, puis il constitue sa troupe de théâtre qui sera prise
en charge par le ministère du Travail et des Affaires Sociales (A.C.T.:Action
culturelle des travailleurs). Séjour dans le Caucase pour repos de juin
à août 1977. En avril 1978, il est nommé directeur du Théâtre régional
de SidiBel-Abbès ; en mars-avril 1980, il revient s'installer à Alger
pour ne pas rester éloigné du centre de décision (sa mère meurt en
octobre 1980). En 1981, il donne un cycle de conférences aux étudiants.
En 1982, il revient à Bel-Abbès pour quelques mois ; il participe, à
Oran, au colloque organisé en hommage à M. Feraoun, en mars 1982. Kateb,
qui a peu quitté l'Algérie depuis neuf années, accepte de ressortir pour
différentes activités culturelles. En septembre 1983, il est revenu
résider à Alger et fait des va-et-vient avec Bel-Abbès. Le 22 mars 1985,
c'est l'avant-première du film de Dominique Colonna qui lui est consacré
et qui sort sur le petit écran, le 22 août. C'est véritablement un
redémarrage pour l'écrivain que vient assombrir la mort de deux amis
essentiels : M. Issiakhem et J. Arnaud (en 1986 et 1987). En avril 1987,
le département de français de l'université d'Alger organise un hommage
en l'honneur des trente ans de la publication de Nedjma, auquel
l'écrivain assiste : l'enthousiasme de la salle est à la mesure de sa
popularité. En janvier 1987, il a reçu le Grand Prix national des
lettres, décerné par la ministère français de la Culture. Il meurt en
octobre 1989.
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(Nous ne pouvons ici que reprendre les
publications d'ouvrages) : Nedjma (Paris, le Seuil, 1956) ; Le Cercle
des représailles (Paris, le Seuil, 1959) ; Le Polygone étoilé (Paris, le
Seuil,1966) ; L'Homme aux sandales de caoutchouc (Paris, le Seuil, 1970)
; L'Œuvre en fragments (Paris, Sindbad,1986).
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SOLILOQUES (Premier recueil de Kateb Yacine, publié en 1946 à
Annaba, est demeuré longtemps introuvable. Jacqueline Arnaud, en a
fait paraître en 1986 de larges extraits dans "Kateb Yacine,
l'oeuvre en fragments" paru aux éditions Sindbad, Paris, 1986
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Introduction
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«Ces poèmes ont été écrits lorsque j'avais
quinze ans, avant et après la manifestation du 8 mai 1945. J'étais
interne au collège de Sétif .Ce jour-là, c'était la fête, la
victoire contre le nazisme. On a entendu sonner les cloches, et les
internes ont été autorisés à sortir.
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Il était à peu près dix heures du matin.
Tout à coup j'ai vu arriver au centre de la ville un immense
cortège. C'était mardi, jour de marché, il y avait beaucoup de
monde, et même des paysans qui défilaient avec leurs vaches... A la
tête du cortège, il y avait des scouts et des camarades du collège
qui m'ont fait signe, et je les ai rejoints, sans savoir ce que je
faisais. Immédiatement, ce fut la fusillade, suivie d'une cohue
extraordinaire, la foule refluant et cherchant le salut dans la
fuite. Une petite fille fut écrasée dans la panique. Ne sachant où
aller, je suis entré chez un libraire. Je l'ai trouvé gisant dans
une mare de sang. Un ami de mon père qui passait par là me fit
entrer dans un hôtel plein d'officiers qui déversaient des flots de
propos racistes. Il y avait là mon professeur de dessin, une vieille
demoiselle assez gentille, mais comme je chahutais dans sa classe,
ayant parlé une fois de faire la révolution comme les Français en
1789, elle me cria : «Eh bien, Kateb, la voilà votre révolution,
alors, vous êtes content?»
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J'ai filé sans répondre. Il y avait
partout des soldats en position de tir. Plus question de retourner
au collège. Mon père étant gravement malade, j'ai décidé de le
rejoindre dans le village de Bougâa, à 45 Km de Sétif ...
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Les gens arrivaient de partout; les
rumeurs les plus folles couraient, certains disaient que les Turcs
avaient débarqué à Bougie, d'autres qu'on avait pris Alger. Jamais
je n'avais vu tant de monde... A l'arrivée du car se trouvaient mes
amis de l'école française, «ça y est, leur ai-je dit, le peuple
s'est soulevé! »
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Je ne savais même plus à qui je parlais.
Dans la nuit, on a entendu des coups de feu. La folle du village a
été tuée près de l'église, et dès le lendemain on a vu arriver les
tirailleurs sénégalais. Le 13 mai, au matin, j'ai été arrêté par des
inspecteurs qui mont conduit à la prison de la gendarmerie. Et là,
j'ai commencé à comprendre les gens qui étaient avec moi, les gens
du peuple. Autour de la prison, on entendait les coups de feu, les
exécutions sommaires avaient lieu en plein jour. Devant la mort, on
se comprend, on se parle plus et mieux.
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Quelques jours après, nous avons été
transférés à la prison de Sétif, puis au camp de concentration, un
immense terrain vague entouré de barbelés, où je suis resté
plusieurs mois.
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A ma libération, j'ai traversé une période
d'abattement. J' étais exclu du collège, mon père agonisait, et ma
mère perdait la raison. Je restais enfermé dans ma chambre, les
fenêtres closes, plongé dans Baudelaire. Puis mon père m'a persuadé,
pour changer d'air, d'aller à Annaba, où nous avions des parents.
Là, ce fut le deuxième choc, l'amour. J'ai rencontré Nedjma. J'ai
vécu près de huit mois avec elle. C'était le bonheur absolu. Mais,
en même temps, j'étais fasciné par les militants, les gens que
j'avais connus en prison, et que je retrouvais, immanquablement. Il
y a eu en moi un déchirement entre Nedjma et mes camarades. Et puis,
elle était déjà mariée, j'étais trop jeune pour elle, je savais bien
qu'il fallait rompre, mais c'était difficile.
-
En ce temps-là, j'ai commencé à boire. Un
matin, après une nuit blanche, j'ai fait l'ouverture d'un bar. Un
colosse blond,
coiffé
d'un chapeau, m'a rejoint au comptoir. Comme nous
étions les deux seuls clients, nous avons engagé la conversation. Il
m'a demandé ce que je faisais.
-
-
Je suis étudiant. Mais je n'ai pas
envie de continuer. Je voudrais écrire.
-
- Ah, ça tombe bien, moi je suis
imprimeur. Apporte-moi tes poèmes.
-
Cet homme extraordinaire, mon premier
éditeur s'appelait Carlavan. Il était en faillite, après avoir
dirigé l'imprimerie du «Réveil bônois», journal du soir à Annaba.
Comme il lui restait un stock de papier, il a décidé de finir en
beauté, en publiant un jeune poète inconnu. C'est ainsi qu'il a
imprimé «Soliloques» en mille exemplaires qu'il m'a remis, sans rien
me demander en échange.
-
Ces poèmes de jeunesse datent de presque
un demisiècle. On y retrouve deux thèmes majeurs : l'amour et la
révolution, dans une première ébauche de l'oeuvre qui allait suivre.
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En un mot, «Soliloques», ce n'est pas
encore «Nedjma», mais c'est son acte de naissance.»
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KatebYacine
mars 1988
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Vous, les pauvres,
Dites-moi
Si la vie
N'est pas une garce!
Ah! Dire que
Vous êtes les indispensables!...
Ouvriers, gens modestes
Pourquoi les gros
Vous étouffent-ils en leur graisse
Malsaine de profiteurs?
Ouvriers,
Les premiers à la tâche,
Les premiers au combat,
Les premiers au sacrifice,
Et les premiers dans la détresse...
Ouvriers,
Mes frères au front songeur,
Je voudrais tant
Mettre un juste laurier,
A vos gloires posthumes
De sacrifiés.
- La grosse machine humaine
A beuglé sur leurs têtes,
Et vente à leurs oreilles
Le soupir gémissant des perclus !...
Au foyer ingrat
D’une infernale société,
Vous rentrez exténués,
Sans un réconfort
Pour vos cœurs de « bétail pensif »…
Et vos bras,
Vos bras sains et lourds de sueur,
Vos bras portent le calvaire
De vos existences de renoncement !
Soliloques |

Ecouter
un extrait lu par K.Yacine |
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- Il est, un
plaisir plus doux qu'un poème,
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- Et ce serait de
vivre à tes genoux.
- Parmi les
éclats
- De tes jeunes
rires,
- L'on entend
siffler
- L'oiseau des
savanes,
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- Avec le murmure
ailé du zéphyr
- Et le chant
plaintif des peuples d'amour...
- Toi, mignonne
aux yeux
- Plus noirs que
mon âme,
- Fais ma place
dans ta couche douillette,
- Je te chanterai
des refrains de feu!...
- Au cœur de la
rose on meurt de parfums,
- Ma lèvre
frissonne au vent des baisers...
- Plus rouge que
sang
- Fais couler ta
lèvre!
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- Femme obscure
et dont l'œil égale la rancune,
- Prends-moi,
voici l'instant des mêlées furieuses.
- Que se parent
de sang nos chairs voluptueuses!
- Regarde! Me
voici plus pâle que la lune,
- Agenouillé
devant l'image de ton charme...
- J'attends. Et
mon cœur passe d'alarme en alarme.
- C'est l'instant
de mon malheur,
- L'heure
- Où Décembre, en
sa pâleur,
- Pleure.
- Mais, quoique
toute clameur
- Se meure,
- En moi ton rire
charmeur
- Demeure...
Soliloques |
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- LES
FOURMIS ROUGES
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- Fallait pas
partir. Si j'étais resté au collège, ils ne m'auraient pas arrêté. Je
serais encore étudiant, pas manoeuvre, et je ne serais pas enfermé une
seconde fois, pour un coup de tête. Fallait rester au collège, comme
disait le chef de district.
- Fallait
rester au collège, au poste.
- Fallait
écouter le chef de district.
- Mais les
Européens s'étaient groupés.
- Ils avaient
déplacé les lits.
- Ils se
montraient les armes de leurs papas.
- Y avait plus
ni principal ni pions.
- L'odeur des
cuisines n'arrivait plus.
- Le cuisinier
et l'économe s'étaient enfuis.
- Ils avaient
peur de nous, de nous, de nous !
- Les
manifestants s'étaient volatilisés.
- le suis passé
à l'étude. J'ai pris les tracts.
- J'ai caché la
Vie d'Abdelkader .
- J'ai ressenti
la force des idées.
- J'ai trouvé
l'Algérie irascible. Sa respiration...
- La
respiration de l'Algérie suffisait.
- Suffisait à
chasser les mouches.
- Puis
l'Algérie elle même est devenue...
- Devenue
traîtreusement une mouche.
- Mais les
fourmis, les fourmis rouges,
- Les fourmis
rouges venaient à la rescousse.
- Je suis parti
avec les tracts.
- Je les
enterrés dans la rivière.
- J'ai tracé
sur le sable un plan...
- Un plan de
manifestation future.
- Qu'on me
donne cette rivière, et je me battrai.
- je me battrai
avec du sable et de l'eau.
- De l'eau
fraîche, du sable chaud. Je me battrai.
- J'étais
décidé. Je voyais donc loin. Très loin.
- Je voyais un
paysan arc-bouté comme une catapulte.
- Je l'appelai,
mais il ne vint pas. Il me fit signe.
- Il me fit
signe qu'il était en guerre.
- En guerre
avec son estomac, Tout le monde sait...
- Tout le monde
sait qu'un paysan n'a pas d'esprit.
- Un paysan
n'est qu'un estomac. Une catapulte.
- Moi j'étais
étudiant. J'étais une puce.
- Un puce
sentimentale... Les fleurs des peupliers...
- Les fleurs
des peupliers éclataient en bourre soyeuse.
- Moi j'étais
en guerre. je divertissais le paysan.
- Je voulais
qu'il oublie sa faim. Je faisais le fou. Je faisais le fou devant
- mon père le
paysan. Je bombardais la lune dans la rivière.
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« Nedjma » (1956)
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Nacer-Eddine DINET
Exposition virtuelle de ses
oeuvres sur Oasisfle |
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(1861-1929) Artiste peintre. Alphonse-Etienne
Dinet est né à Paris dans un milieu bourgeois. Son passage à l'Ecole des
Beaux-Arts de Paris fut couronné de succès. Médaille du Salon des Arts
plastiques du Palais de l'Industrie (1884) qui lui accorde une bourse pour
l'Algérie, pays qu'il avait déjà visité en 1883, et ou il resta cette fois
cinq ans. A son retour à Paris en 1889, il présente à l'Exposition
Universelle une série de toiles réalisées à Bou-Saâda, ce qui lui vaut une
médaille d'argent. Subjugué par la magnificence du Sud algérien, il
entreprend, en 1905, un autre voyage, et s'installera à Bou-Saâda, pour
vivre définitivement auprès de ses hôtes et de ses frères. Avec l'aide de
son ami Slimane Ben Brahim Baâmar, il parcourt le désert et se familiarise
avec les tribus nomades et bédouines, découvrant la tradition arabo-berbère.
Ce qui le poussera à aimer puis à se convertir à l'Islam en 1913 en devenant
Nacer-Edine Dinet. Ce choix provoque dans les milieux artistiques
occidentaux désolation et rancune. Depuis, son nom sera inscrit sur la liste
noire des artistes dits "ratés". Pourtant sa peinture figurative, légèrement
impressionniste, mérite plus d’intérêt notamment pour son traitement de la
lumière. Après un pèlerinage à La Mecque qu'il accomplit le 2 avril 1929, il
meurt Le 24 décembre de la même année à Paris et sera inhumé le 12 janvier
1930 à Bou-Saâda.
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Bachir Hadj Ali.
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Né le 10 décembre 1920 à Alger (Casbah).
Interrompt ses études à 19 ans. Adhère au P.C.A. fin 1945. En 1948,
rédacteur en chef de Liberté. Condamné à deux ans de prison avant 1954.
Après l'indépendance, dirigeant du P.C.A. Arrêté en 1965; sera en
résidence surveillée jusqu'en 1971. Réside actuellement à Hussein-Dey
(Alger). Chants pour le 11 décembre (poèmes; Paris, la Nouvelle
Critique, 1961; rééd.1963) ; Notre peuple vaincra (essai; Genève, éd. du
Fennec, 1961) ; Culture nationale et révolution (conférence; tiré à part
de la Nouvelle Critique, 1963) ; L'Arbitraire (récit suivi de poèmes :
Chants pour les nuits de septembre; Paris,
éd. de Minuit, 1966) ; Que ma
joie demeure! (poèmes; Paris, Oswald, 1970; rééd. l'Harmattan, 1981) ;
Le Mal de vivre et la volonté d'être dans la jeune poésie algérienne
d'expression française (court essai; Alger, 1977) ; Mémoire-clairière
(poèmes; Paris, Éditeurs français réunis, 1978) ; Actuelles Partitions
pour demain (poèmes ; Paris, l'Orycte, 1980, avec des dessins de M.
Khadda) ; Soleils sonores (Alger, E.N.A.G., 1985, avec illustrations de
M. Khadda).
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Rêves en désordre
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Je rêve d'îlots rieurs et de criques ombragées
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Je rêve de cités verdoyantes silencieuses la nuit
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Je rêve de villages blancs bleus sans trachome
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Je rêve de fleuves profonds sagement paresseux
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Je rêve de protection pour les forêts convalescentes
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Je rêve de sources annonciatrices de cerisaies
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Je rêve de vagues blondes éclaboussant les pylônes
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Je rêve de derricks couleur de premier mai
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Je rêve de dentelles langoureuses sur les pistes brûlées
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Je rêve d'usines fuselées et de mains adroites
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Je rêve de bibliothèques cosmiques au clair de lune
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Je rêve de réfectoires fresques méditerranéennes
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Je rêve de tuiles rouge au sommet du Chélia
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Je rêve de rideaux froncés aux vitres de mes tribus
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Je rêve d'un commutateur ivoire par pièce
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Je rêve d'une pièce claire par enfant
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Je rêve d'une table transparente par famille
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Je rêve d'une nappe fleurie par table
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Je rêve de pouvoirs d'achat élégants
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Je rêve de fiancées délivrées des transactions secrètes
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Je rêve de couples harmonieusement accordés
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Je rêve d'hommes équilibrés en présence de la femme
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Je rêve de femmes à l'aise en présence de l'homme
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Je rêve de danses rythmiques sur les stades
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Et de paysannes chaussées de cuir spectatrices
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Je rêve de tournois géométriques inter-lycées
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Je rêve de joutes oratoires entre les crêtes et les vallées
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Je rêve de concerts l'été dans des jardins suspendus
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Je rêve de marchés persans modernisés
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Pour chacun selon ses besoins
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Je rêve de mon peuple valeureux cultivé bon
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Je rêve de mon pays sans tortures sans prisons
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Je scrute de mes yeux myopes mes rêves dans ma prison
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Bachir Hadj Ali. In Que la joie demeure.
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Que la joie demeure
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Mon Algérie de l'errance
Mon pays de parfums blancs
Les femmes se taisent
La terre fuit clandestine
Le ciel est désespérance
Sur l'exil des hommes
Grande grande ouverte est la mer
...
Dans ce pays intrépide d'hommes bons
Vivent des hommes féroces
De férocité ancienne
Dans ce pays de bonheur inconnu
La femme n'est femme que la nuit
Je jure
Par la nuit mourante
Et par le jour naissant
Que règnera le couple sûr
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Terre je t'écoute
- Je t'écoute
tisser des clairs-obscurs sur mes nuits.
- Je t'écoute
veiller le soleil agoniser à l'Est
- Je t'écoute
sécher le sel sur le front des mers
- Je t'écoute
réveiller des pommes innocentes
- Je t'écoute
greffer la jeunesse du citronnier
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- Je t'écoute
respirer entre les doigts et l'orange
- Je t'écoute
battements de cils rouge-gorge des bois
- Je t'écoute
verser la rosée sur la plante médicinale
- Je t'écoute
pluie sur la mer collier de la baie
- Je t'écoute
nuage rire ailes colorées
- Je t'écoute
marche secrète des hommes droits
- Je t'écoute
clairière de la recherche libre
- Je t'écoute
vivre au rythme de mes aspirations
- Je t'écoute
chanter le chant de l'an deux mille
Bachir HADJ ALI,
Ibid. p. 35
Serment :
Je jure sur la raison de ma fille attachée
Hurlant au passage des avions
Je jure sur la patience de ma mère
Dans l'attente de son enfant perdu dans l'exode
Je jure sur l'intelligence et la bonté d'Ali Boumendjel
Et le front large de Maurice Audin
Mes frères mes espoirs brisés en plein élan
Je jure sur les rêves généreux de Ben M'Hidi et d'Inal
Je jure sur le silence de mes villages surpris
Ensevelis à l'aube sans larmes sans prières
Je jure sur les horizons élargis de mes rivages
A mesure que la plaie s'approfondit hérissée de lames
Je jure sur la sagesse des Moudjahidine maîtres de la nuit
Je jure sur la certitude du jour happée par la nuit transfigurée
Je jure sur les vagues déchaînées de mes tourments
Je jure sur la colère qui embellit nos femmes
Je jure sur l'amitié vécue les amours différées
Je jure sur la haine et la foi qui entretiennent la flamme
Que nous n'avons pas de haine contre le peuple français.
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Rachid BOUDJEDRA
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Né le 5 septembre 1941 à Aïn Beïda. Envoyé par
son père en Tunisie pour ses études secondaires. Sept ans au collège
Sadiki, En 1959, à 17 ans, maquis. Après des blessures, voyages dans les
pays de l'Est. Représentant du F.L.N. en Espagne et retour en Algérie en
1962. Responsable étudiant. Termine licence de philosophie à la
Sorbonne en 1965. Professeur ensuite au lycée de jeunes filles de
Blida, De 1969 à 1972, est en France, puis de 1972 à 1975 au Maroc, à
Rabat. II revient ensuite en Algérie où il enseigne dans le supérieur.
En octobre 1977, est conseiller au ministère de l'Information et de la
Culture. Lecteur à la S.N.E.D., il tient des chroniques littéraires en
arabe et en français, dans différents organes de presse. Personnalité
de la vie culturelle algéroise.
-
1965 : Pour ne plus rêver (poèmes; Alger,
S.N.E.D. ; rééd. 1981
-
1969 : La Répudiation (Paris, Denoël ; rééd.).
-
1971: Naissance du cinéma algérien (essai;
Paris, Maspero) et La Vie quotidienne en Algérie (essai; Paris,
Hachette).
-
1972 : L'Insolation (roman; Paris, Denoël) et
Journal palestinien (Paris, Hachette; rééd. SNE.D., 1982).
-
1975 : Topographie idéale pour une agression
caractérisée (roman; Paris, Denoël ; rééd.). 1977 : L'Escargot entêté
(roman; Paris, Denoël ; rééd. avec illustration de Wolinski, 1982).
1979: Les 1001 Années de la nostalgie (roman; Paris, Denoël).
-
1981: Le Vainqueur de coupe (roman; Paris,
Denoël). A partir de ce roman, Boudjedra publie d'abord son roman en
arabe et en propose une traduction en français. Toutefois, pour Le
Démantèlement (Paris, Denoël, 1982), l'auteur a parlé de réécriture
(traduit de l'arabe Ettafakouk, par l'auteur). Ensuite donne des
traductions, seulement pour le français : 1985, 1987 ; le dernier étant
La Prise de Gibraltar (Maarakat ez zoukak).
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- VOCATION
- Poète disais-tu
- NON! mon frère
- Plutôt
- un marteau-pilon
- O cette vocation de bulldozer
- O cette vocation de brise mers
- Je voudrais mettre mon peuple
- Dans l'avenir
- Du temps.
-
Pour ne plus rêver. Ed.S.N.E.D., Alger 1980
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- LA MARIEE
- Un trait noir
- Un trait blanc
- U n trait rouge
- Des yeux
- Des dents
- Des lèvres.
- Des gouttes de
sueur
-
- Un visage
travesti
- Le carnaval
figé
- Dans une
"gandoura" dorée.
-
- Des mains
baguenaudées
- Des pieds au
"henné"
- Des gens qui
regardent
- Et des flûtes
chialantes
- Comme des
pleureuses
- De Constantine.
-
- Un trait noir
- Un trait blanc
- Un trait rouge
- Des fleurs
- Des visages
flous
- Et des "Yous-Yous".
-
- La peur
- Le marié
- Le bonheur
- Et le cœur qui
bat la chamade
- Gigantesque.
-
- Le marié
- Le bonheur
- La chemise en
sang
- La honte des
voisins.
- Les larmes
- La joie
- La peur
travestie
- Le carnaval
figé
- Un trait noir
- Les entrailles
qui se nouent
- Un trait blanc
- Les cuisses qui
se serrent
- Un trait rouge.
-
- La fête bat son
plein
- L e marié boit
du miel.
- Une nuit
- Un viol
- Légalisé
- Béni Encensé
- La chemise en
sang
- La honte des
voisins
- Les gouttes de
sueur
- Et le cœur qui
bat la chamade
- Gigantesque.
-
- Puis la cuisine
à faire
- Les langes à
laver
- Les coups à
esquiver
- Et les gosses à
refaire
- Jusqu'à n'en
plus pouvoir.
-
- Un trait rouge
- Un trait noir
- Un trait blanc
- Et la fête
continue
- Sans le moindre
sourire.
Ibid. |

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DROIT DE REPONSE
Vous pouvez toujours
Mes massacrer les yeux
Me torturer les ongles
Me crevasser le cœur
J'aurai quand même
Un sourire d'enfant
Capable de vous anéantir
Vous pouvez toujours
Briser ma voix
Casser mes muscles
Taper dans mes idées
Vous n'empêcherez jamais
Mon sang
De battre dans mes mains
Vos haines ?
J'en fais des lames de rasoir
Pour me raser tous les matins
Vos mots ?
Je les transforme en ballons de baudruche
Pour les offrir aux fillettes de mon
quartier
Vos regards ?
J'en fais des soleils tièdes
Pour les épingler sur les neiges sibériennes
Voilà tout !
Ibid. |
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Pseudonyme d'Anna Colette Grégoire, épouse Melki. Née le 14 mars 1931 à
Batna, dans les Aurès. Enfance à Menaâ, où son père était instituteur.
Études primaires à Collo, secondaires à Philippe-ville (Skikda),
supérieures à Paris. Interrompt sa licence pour s'engager dans la
résistance. Institutrice à Bône puis à Alger. Milite au P.C.A. Arrêtée
en 1957, Barberousse. En novembre 1958, est transférée au camp de Beni
Messous. Expulsée, fin 1958. Rejoint Tunis. Rentre en Algérie en 1962.
Achève sa licence de français en 1965 et est professeur de français au
lycée Abdelkader. Meurt brutalement le 6 janvier 1966 à Alger, laissant,
sur le plan littéraire, des textes inachevés, dont un roman.
-
Algérie, capitale Alger
(Paris, P.-J. Oswald - Tunis, S.N.E.D., 1963 avec une préface de M.
Lacheraf) ; Temps forts (Paris, Présence africaine, 1966).
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J'habite une ville si candide
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Qu'on l'appelle Alger la Blanche
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Ses maisons chaulées sont suspendues
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En cascade en pain de sucre
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En coquilles d'oeufs brisés
-
En lait de lumière solaire
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En éblouissante lessive passée au bleu
-
En plein milieu
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De tout le bleu
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D'une pomme bleue
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Je tourne sur moi-même
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Et je bats ce sucre bleu du ciel
-
Et je bats cette neige bleue du ciel
-
Bâtis sur des îles battues qui furent mille
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Ville audacieuse Ville démarrée
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Ville au large rapide à l'aventure
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On l'appelle El Djezaïr
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Comme un navire
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De la compagnie Charles le Borgne.
In. Algérie, Capitale Alger.
Editions S.N.E.D. Tunis1963
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Nourredine ABA
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Né en 1921 à Sétif, où il fait ses études
secondaires. Puis faculté de droit à Alger. Campagne d'Italie et de
France en 1943-1945. Comme journaliste, assiste au procès des nazis à
Nuremberg. Vit longtemps en France, milite pour la cause palestinienne.
Rentre en Algérie en 1977. A obtenu plusieurs distinctions pour ses
oeuvres.
-
Poèmes (sous son nom d'Abaoub) : L'Aube de
l'amour (1941) ; Au-delà des ombres (1942) ; Les Portes crépusculaires
et Huit Bracelets pour nostalgies (1943) - ces quatre plaquettes éditées
à Paris (Intellectuels réunis).
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Romans : La Toussaint des énigmes (1963) ;
Présence africaine (préface de J. Pelegri) ; Gazelle après minuit
(Paris, l'Harmattan, 1978;
rééd. éd. de Minuit, 1979) ; Le Chant perdu au pays
retrouvé (Paris, le Cerf, 1978) ; Mouette, ma mouette (Paris,
l'Harmattan, 1984).
-
Théâtre : Montjoie Palestine! ou l'An
dernier à Jérusalem (poème dramatique; Paris, P.-J. Oswald,1970);
L'Aube à Jérusalem (Alger, S.N.E.D., 1979) ; La Récréation des clowns
(Paris, Galilée, 1980) ; Tel Zaatar s'est tu à la tombée de la nuit
(Paris, l'Harmattan, 1981) ; Le Dernier Jour d'un nazi (Paris, Stock,
1982).
-
Contes pour enfants : Deux Étoiles dans le
ciel d'Alger (Paris, Nathan, 1979) ; La Gazelle égarée (Alger, S.N.E.D.,
1979) ; Les Quatre Ânes et l'Écureuil (Paris, Hachette, 1982).
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Témoignage
Homme, il faut que cela soit dit, il faut que
cela soit bien dit ! Il faut que cela soit bien dit partout !
Mais non seulement bien dit partout, mais crié !
Il faut que cela soit crié et récrié partout ! Mais non seulement crié et
récrié partout, mais dans toutes les cités et par tous !
Il faut que cela soit crié et recrié partout
dans toutes les cités et par tous sur toutes les places publiques!
Il faut que cela soit crié et récrié partout
dans toutes les cités et par tous, dans toutes les places publiques, chaque
jour, afin que nul ne puisse prétendre qu'il n'ait rien su des longues
minutes de Sabra et de Chatila harponnées par l'éclair, au bout du petit
chemin du supplice et lacérées, lacérées, sans rémission, sans rémission !
Homme dont le coeur ouvre toutes les routes du
monde ! Homme, le plus haut, le plus grand de mes combats et le plus beau de
mes chants ! Le vôtre aussi, pauvres , humiliés, torturés, assassinés dans
les ténèbres de tous les pays. Peuples étouffés, étranglés, persécutés qui
tremblez dans les nuits froides, peuples d'errants, battus, qui rêvez
d'arcs-en-ciel et de pain chaud, peuples désarmés, offensés, oubliés, qui
réclamez le droit de tous les hommes aux semailles, aux moissons, à la
dignité, au rêve, à l'espérance ! Peuples victimes de forces de dominations
brutales, sachez-le : il n'y a point de fatalité à l'esclavage de l'homme !
Celui qui veut s'affranchir de ses chaînes le peut, par sa seule volonté et
son courage !
C'est à toi, homme, mon exacte mesure, mon
empreinte digitale, toi, mon moi, mon nous, c'est à toi d'être leur juste,
leur intercesseur, à toi de témoigner des plaintes que ces peuples élèvent
dans l'ombre des prisons, des coups de fouet qui lacèrent leur chair, à toi
de témoigner devant les humbles, devant les puissants, de leur détresse et
du vol des oiseaux libres, dans le ciel, qui les hante ! A toi de proclamer
la vérité de leur souffrance et de leur espoir ! Mais proclame la vérité
avec équité, sans jeter l'opprobre sur toute une communauté, tout un peuple,
tout un pays ! Proclame-la avec la certitude de l'homme habité par l'homme
et avec l'intention d'unir l'homme à l'homme, comme dans une prière on unit
le cœur et l'âme dans une même ferveur! Témoigne de la longue minute
harponnée par l'éclair partout où l'homme est blessé et sois sa porte
ouverte à l'exil partout où il est chassé, et à chaque fois qu'il saigne,
partout de par le monde, dresse-toi, crie et que ton cri soulève la terre !
Nourredine ABA,
C'était hier
Sabra et Chatila,
Ed. l'Harmattan, Paris 1983.
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Malek HADDAD
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Né le 5 juillet 1927 à Constantine; mort le
2 juin 1978 à Alger. Études primaires et secondaires. Bref passage dans
l'enseignement. En 1954, fait des études de droit à Aix-en-Provence.
Voyage, puis collabore à des revues et hebdomadaires. Tentative de
travail en Camargue, puis Paris, radiodiffusion. Effectue des missions
pour le F.L.N. en U.R.S.S., en Égypte et en Inde. Après 1962, dirige, à
Constantine, la page culturelle d'An-Nasr (1965-1968). D'avril 1968 à
août 1972, directeur de la culture au ministère de l'Information et de
la Culture. S'occupe du premier colloque culturel national (31 mai-3
juin 1968) et du premier festival panafricain en 1969. En juillet 1972,
est conseiller technique chargé des études et recherches dans la
production culturelle en français. Après l'indépendance, a décidé
d'arrêter d'écrire puisque le français, qu'il utilisait, le séparait de
ses « vrais » lecteurs. Une entorse en 1967 un poème pour la Palestine.
Quelques articles. Le Malheur en danger (poèmes; Paris, la Nef, 1956) ;
La Dernière Impression (roman; Julliard, 1958) ; Je t'offrirai une
gazelle, (roman; Julliard, 1959) ; L'Élève et la leçon (roman; Julliard,
1960) ;Le Quai aux fleurs ne répond plus (roman; Julliard, 1961) ;
Écoute et je t'appelle (poèmes; Maspero, 1961, précédés de « Les zéros
tournent en rond », essai).
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ILS VONT DANS LA LÉGENDE
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Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras
Je leur avais parlé
J'avais senti leur main
Ils avaient des enfants et même des défauts
Comme ils savaient sourire alors qu'il faisait nuit
Je les retrouve en achetant
Un journal
Ils étaient mes amis ils n'étaient pas des mots
Des chiffres ou des noms
Ils étaient mille jours et dix ans de moi-même
Le repas qu'on partage
La cigarette de l'ennui
Ils savaient mes enfants
Je leur donnais tous mes poèmes
Ma mère aimait leur coeur
Ils étaient mes copains
Je leur avais parlé
Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras
Et ils sont devenus une âme et ma patrie
Je ne verrai jamais mon copain le mineur
Son sourire éclairait son regard d'amertume
Mon copain le boucher et l'autre instituteur
Et je m'excuse
D'être vivant
Je suis plus orphelin qu'une nuit sans la lune
Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras... |
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- Quand Reverrai-je Hélas
« J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens effréné qu’on appela Cirta
C’est à douter d’un souvenir et l’Algérie
Me dit dans un regard que mes yeux m’ont menti
Et rien d’autre mon cœur que cette rêverie
Au bastingage lourd d’un bateau qui partit
Suis-je né dans l’exil et dans mon habitude
A chercher au métro le couloir étranger
Suis-je le prisonnier de cette servitude
Qui nous fait dire blanc dés lors qu’il a neigé
Mon cœur est un touriste aux étapes d’ennui
Je ne visite rien qu’un souvenir qui râle
Hôtel tout n’est qu’hôtel pour allonger la nuit
Ah ! la fiche à remplir testament des escales
Je connais sous les ponts à l’écoute du fleuve
L’impassible dialogue et les mornes questions
Que se pose un maudit à qui manque la preuve
Qu’il est juste pour lui de dormir sous un pont
Verrai-je un nouvel an aux couleurs de cerise
La rue blonde au pavé d’un jour du mois de mai
Et vers le Djebel Ouach quand bavarde la brise
Tous ces rêves noyés d’un lac aux yeux fermés
J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens effréné qu’on appela Cirta ».
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Rachid MIMOUNI
(né à Boudouaou, près d'Alger en 1945, mort à Paris en 1995.) Écrivain
algérien d'expression française. *Dans ses romans (le Fleuve détourné,
1982 ; Une peine à vivre, 1991), ses pamphlets (De la barbarie en
général et de l'intégrisme en particulier, 1992) et ses Chroniques de
Tanger
(1995), il lie intimement son écriture à l'histoire de l'Algérie
contemporaine. |
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Qui viendra à notre secours, qui ?
- Toi qui es mon fils, tu me diras la vérité.
Car à ma question répétée, je n'ai pu obtenir nulle réponse. Que s'est-il
passé au pays ? Pourquoi les oiseaux ont-ils disparu ? Pourquoi construit-on
des ponts sur des rivières mortes ? Pourquoi les paysans se laissent-ils
lentement transformer en statues de pierre ? Pourquoi les morts refusent-ils
de témoigner ?
- Qui te dit que je suis ton fils ? - Tes yeux.
- Tu divagues, l'homme. Tous les désespérés ont
mes yeux. Je ne te reconnais pas. Tu n'es pas mon père. Je n'ai pas de père.
Mon père est mort il y a bien longtemps. Nous sommes ainsi des milliers à
traîner dans les rues, orphelins sans passé et sans mémoire, confrontés au
plus total désarroi.
- Toute l'injustice du monde! En un instant tout
est consommé. Les hommes abasourdis lèvent les yeux vers le ciel, resté
immuable. La foudre est venue d'ailleurs. Déflagration diurne. As-tu déjà vu
la terre s'entrouvrir ? Comme une grenade trop mûre ? Qui montre ses
entrailles. Toute puissance de la matière minérale dans sa fausse apparence
d'inertie. Quelles sombres forces ont provoqué ces soubresauts ? Les bêtes
rompent leur attache et s'enfuient. Les oiseaux s'envolent et disparaissent.
Ils ne reviendront plus. Les montagnes s'ébrouent. Des rocs immenses
dégringolent vers les ravins. Une fraction de seconde pour transformer un
relief familier : la croûte se boursoufle, d'anciennes sources tarissent,
jaillissent de nouvelles sources, en pleine montagne, qui projettent d'un
jet furieux leur eau fumante vers le ciel, le fleuve, détourné de son lit
initial, s'égare parmi de nouveaux vallonnements. Il a perdu la direction de
la mer. Où ira-t-il ?
« La terre devenue légère sous les pieds, comme
une feuille morte, toute pesanteur anéantie. Un immense nuage de poussière
recouvre la ville. Le ciel disparaît. Un géant invisible s'amuse à
désarticuler une maquette. La voie ferrée tordue. Le train, ventre en l'air,
bousculé d'une chiquenaude. Le béton se déchire comme du carton entre les
mains d'un enfant capricieux. Grilles fantastiques de la ferraille dénudée
dessinant le ciel. Décombres. Cris des moribonds ensevelis. Le soleil boit
le sang. Putréfaction de la chair. Qui viendra à notre secours, qui ?
Le Fleuve détourné, éd. Robert Laffont,
Paris, 1982.
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Assia DJEBAR
( de l'Académie Française 2004)
-
Pseudonyme de Fatma-Zohra Imalayen. Née le 4
août 1936 à Cherchell. Études secondaires au lycée de Blida (interne).
Baccalauréat en 1953. En 1955, réussit au concours d'entrée à l'École
normale supérieure de Sèvres. En 1956, ne passe pas ses examens (grève
des étudiants algériens). Écrit La Soif
en deux mois. En 1957-1958, passe deux ans à l'E.N.S., mais ne fait
pas la troisième année. Se marie en mars 1958. Fin licence d'histoire. A
Tunis : D.E.S. d'histoire. Collabore à El Moudjahid, organe de
presse du F.L.N. : enquêtes auprès des réfugiés algériens. De 1959 à
1962, est assistante à l'université de Rabat, puis en 1962 à Alger. De
1965 à 1974, séjour à Paris. Retour à Alger en 1974, à l'université.
Fait son premier film en 1977-1978. Vit actuellement entre Paris et
Alger.
-
La Soif (roman; Paris,
Julliard, 1957) ; Les Impatients (roman; Paris, Julliard, 1958) ;
Rouge, l'aube (théâtre) et Poèmes pour l'Algérie heureuse,
écrits à Rabat en 1960 et publiés à Alger après l'indépendance, en 1969
(au moment du Festival panafricain, la pièce est jouée, mais l'auteur
est en désaccord avec la mise en scène) ; Les Enfants du Nouveau
Monde (roman; Paris, Julliard,1962) ; Les Alouettes naïves
(Paris, Julliard, 1967) ; Femmes d'Alger dans leur appartement
(Paris, éd. des Femmes, 1981) ; Ferdaous (trad. ; Paris, éd. des
Femmes, 1982) ; L'Amour la fantasia (roman; Alger, E.N.A.L. -
Paris, Lattès, 1985) ; Ombre sultane (roman; Paris, Lattès,
1987).
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Poème pour l'Algérie heureuse
Neiges
dans le Djurdjura
Pièges d'alouette à Tikjda
Des olivettes aux Ouadhias
On me fouette à Azazga
Un chevreau court sur la Hodna
Des chevaux fuient de Mechria
Un chameau rêve à Ghardaia
Et mes
sanglots à Djémila
Le grillon chante à Mansourah
Un faucon vole sur Mascara
Tisons ardents à Bou-Hanifia
Pas de
pardon aux Kelaa
Des sycomores à Tipaza
Une hyène sort à Mazouna
Le bourreau dort à Miliana
Bientôt ma mort à Zémoura
Une brebis à Nédroma
Et un ami tout près d'Oudja
Des cris de nuit à Maghnia
Mon
agonie à Saida
La corde au cou à Frenda
Sur les genoux à Oued-Fodda
Dans les cailloux de Djelfa
La
proie des loups à M'sila
Beauté des jasmins à Koléa
Roses de jardins de Blida
Sur le chemin de Mouzaia
Je
meurs de faim à Médea
Un ruisseau sec à Chellala
Sombre fléau à Medjana
Une gorgée d'eau à Bou-Saada
Et mon
tombeau au Sahara
Puis c'est l'alarme à Tébessa
Les yeux sans larmes à Mila
Quel Vacarme à Ain-Sefra
On
prend les armes à Guelma
L'éclat du jour à Khenchla
Un attentat à Biskra
Des soldats aux Nementcha
Dernier combat à Batna
Neiges dans le Djurdjura
Piéges d'alouette à Tikjda
Des olivettes aux Ouadhias
Un air de fête au
coeur d'El Djazaïr
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Mostépha
GHAMRI, PES de français à Khenchela.
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VOIX
- Nous n'avons pas su
- Partager la peine
- Partager le pain
- A hauteur d'espérance
- Forger le grain
- Ecouter la mer
- Au bleu parfum
- Et lire dans les blés
- La chanson ailée
- Du blond froment
- Rien ne s'invente
- Qui ne ressemble
- A nos voix
- A nos émois
- Qui ne ressemble
- A nos jardins d'enfant
- Rien de l'enfer
- De la douleur
- Et des tourments
- Qui ne se brise
- A nos récifs vif argent.
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- ARC EN CIEL
- Je n'ai rien à t'offrir
- Que le frisson du partir
- Sur des routes vagabondes
- Loin de la poussière
- Des villes immondes
- Je n'ai rien à t'offrir
- Qu'un coin de montagne
- Qui sente la lavande
- Rien qu'un bout de rivière
- Et tout l'amour du monde
- Je n'ai rien à t'offrir
- Qu'un bout de chemin
- A faire ensemble
- Qu'une guirlandes de soupirs
- Et ma bouche gourmande
- Je n'ai rien à t'offrir
- Que mon coeur pour saison
- Et mes yeux pour navire
- Rien qu'un bleu horizon
- Que des étoiles inondent
- Je n'ai rien à t'offrir
- Que voir au coin du feu
- Nos années blanchir
- Egrener nos souvenirs
- En attendant la nuit profonde.
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MOTS
- Des mots bouquet de couleurs
- Bouquet de douleur
- Sur le front de ton martyr
- Mes mots soupirent
- Et tremblent
- A ton exil ressemblent
- Mes mots gémissent
- Comme un enfant blessé
- Mes mots frémissent
- Dans un champ d'étoiles
- Mes mots prière qui réveillent
- Ta chair exsangue
- Vestale qui veille
- Au coin de ma mémoire
- A quoi servent mes mots
- S'ils n'ont pas des humbles
- La sueur fraternelle
- Des papillons les ailes
- De la mer les couleurs étranges
- De tes yeux les songes
- Et de ton sang les noires vendanges.
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Lounis AIT
MENGUELLAT
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(né en 1950) Interprète,
poète et compositeur, Lounis Ait Menguellat naquit à Ighil Bouammas, en
Haute Kabylie, le 17 janvier 1950. Il passe son enfance dans son village
natal avant de déménager à Alger chez ses frères Smail et Ahmed. Il
fréquente l’école primaire puis le collège du 1er mai où il reçoit une
formation d’ébéniste. Il n’ aime pas les études puisque dit-il on
trouver tout dans les livres. Il commence à chanter en 1967 mais il se
décourage vite et si ce n’est des amitiés solides, il n’aurait jamais pu
continuer. Dans l’émission de la chaîne II, Les Chanteurs de Demain de
Chérif Kheddam, il chante sa première chanson : « Ma trud ula d nek Kter
» (Si tu pleures, moi je pleure encore plus). Kamel Hamadi, parent et
ami du chanteur se chargera du contact avec les éditeurs qui formulent
leurs propres exigences et lui conseillent de reprendre « Ih a Muhand a
Madam Servi Latay » de Awid Youcef. Mais le jeune poète est obsédé par
autre chose de plus profond. A partir des années 1970, il devient le
symbole de la revendication identitaire qui s’exprime de façon éclatante
une décennie plus tard. Ait Menguellat reste malgré les aléas de la
conjoncture et de l’ingratitude humaine, le plus populaire des chanteurs
kabyles. Et surtout le plus dense et le plus profond. Parce qu’il a su
garder sans doute un parfait équilibre entre l’inspiration et la
technique et qu’il constitue un moment fort de la chanson kabyle moderne
et de la chanson algérienne contemporaine.
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"J’ai rêvé que j’étais
dans mon pays... "
J’ai rêvé que j’étais dans mon pays
Au réveil, je me suis trouvé en exil
Nous, les enfants de l’Algérie
Aucun coup ne nous est épargné
Nos terres sont devenues prisons
On ferme sur nous les portes
Quand nous appelons
Ils disent, s’ils répondent:
Puisque nous sommes là, taisez-vous !
Dors, dors, on a le temps, tu n’as pas la parole!
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Ahmed AZEGGAH
né le 03 juillet 1942 à Béjaïa. Vit en France avec sa famille. Revient
en Algérie en 1962. Journaliste. Réinstallation en France.
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Son oeuvre:
Chacun son métier (poème; Alger, S.N.E.D. 1966, avec illustration
de D. Martinez); L'héritage (roman, Rodez, Subervie, 1966);
Les Récifs du silence (poèmes; Paris, les Quatre Vents, 1974);
République des ombres (théâtre; Paris, les Quatre Vents, 1976);
Duel à l'ombre du Grand A (poèmes; Paris, les Quatre Vents, 1979)...
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- Liberté
- Il a tout ce qu'il lui faut
- Dans sa cage.
- Il ne voit que les barreaux
- Qui font de lui un otage
- Il a tout ce qu'il lui faut
- De la nourriture, de l'eau
- Il n'en veut pas
- L'ingrat
- Il a tout ce qu'il lui faut
- Dans sa cage cet oiseau
- Tout...
A. Azeggah |
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-
Fenêtre sur ma vie
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Ces jours qui s'effritent
-
De ma vie calcaire
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Réveillent se fracassant
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Le silence de mes nuits
lointaines.
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Dure traversée!
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Amère joie
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D'un présent passé
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Au tâtonnement
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De ma pensée future.
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Pause éphémère!
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Je fouille de me yeux
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Le royaume ambigu
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De ma destinée
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Où des formes nouvelles
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M'attendent dans l'effroi.
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Éternel retour!
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Que la voix du hasard
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Dise à l'aède
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De taire ses mots et ses maux
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Que ces fleurs que le vent
dorlote,
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Plient pour pouvoir renaître.
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OUAHMED
Salah,
PES de français au lycée Ben Abderazak Aïn
Ousséra
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Tahar OUETTAR,
journaliste, et romancier, trouve naturellement sa
place parmi les fondateurs de l'avenir littéraire de l'Algérie en langue
arabe. Animateur infatigable, il apporte la même fougue aux soirées
littéraires que dans ses écrits. Observateur perspicace et impitoyable.
Il multiplie les contacts aussi bien autour d'une table de café qu'en
parcourant le pays de long en large. Et son art d'écrivain, à celui du
céramiste, transfigure le fruit de ses observations.
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Son enfance
s'est déroulée dans un canton de l'Est Algérien où il a vu le jour en
1936. Ecoutons- le parler lui-même de ses premières années dans le petit
village de SEDRATA près de M'DAOUROUCH entre ANNABA et TEBESSA «
Je suis né dans un douar de la compagne, d'une famille qui comptait
quatre garçons, mon père en a mis deux à l'école de langue française,
deux à l'école en langue arabe. J'ai vécu dans la pureté, de
l'existence, nourri du spectacle des collines sur lesquelles tombait le
crépuscule, jouant de la flûte derrière les brebis et les oies. J'ai été
témoin de l'herbisme . Ma mère accouchant toute seule, ma mère encore
montant la garde la nuit sur le toit. J’ai saisi le sérieux de la nature
et des hommes qui m’entouraient. Dans le coran que j’apprenais par cœur,
j’ai reconnu l’éloquence et la beauté. Ceci se passait avant la
Révolution ; depuis d’autres facteurs sont venus enrichir ma
personnalité ».
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Après l’école
de M’Daourouch, les études le conduisant successivement à l’Institut Ben
Badis « Constantine », puis à la Zitouna de Tunis (début 1954), grand
lecteur, il déclare « Je retenais par cœur des œuvres de Jibran Khélil
Jibran, de MiKhaïl Nu’yma, ainsi que les poèmes d’Iliya Abu Mabi, "
devenu à son tour écrivain, il affirme prendre en considération toutes
les écoles, sans s'inféoder à aucune d'elles. Vers 1955, à Tunis, il
commence à publier des nouvelles dans les journaux. Une de ses
nouvelles-NOUA- revêt une importance particulière d'une part, elle a
donné naissance à un film ; d’auteur date du jour où il l’a écrite son
adhésion à l’idéologie socialiste et depuis il n’a plus jamais séparé sa
tache d’homme et d’écrite et d'écrivain de son engagement politique.
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Comme
journaliste, Tahar OUETTAR a fondé successivement deux périodiques, en
1962-1963 : « Al-Jamahir », « Al Ahrar », En 1972-1974, anime le
supplément culturel « l’hebdomadaire du quotidien-Al-Chaab.
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Dans
l’ensemble de son œuvre, Tahar OUETTAR , tout en visant à la clarté dans
le contenu et dans la forme, s’efforce de saisir le réel dans toute sa
complexité, sous tous ses aspects économiques….Il passe avec aisance du
registre réaliste au registre symbolique, sa force vient sans doute
d’une sincérité profonde et de ses convictions.
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En 1972-1974,
il anime le supplément culturel hebdomadaire du quotidien « AL-CHAAB ».
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- Il préside
depuis 1989 L’ASSOCIATION CULTURELLE ALJAHIDHIYA
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SES ŒUVRES
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-FUMEE DE MON CŒUR-Nouvelles
(Tunis 1962)
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-LE FUGITIF-Pièce de théâtre
(SNED1969)
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-LES COUPS-Nouvelles
(SNED1971)
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-L'AS-Roman (SNED1974)
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-AL-ZILZEL (Le séisme) Roman (SNED 1974)
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-LES MARTYRS REVIENNENT CETTE
SEMAINE-Nouvelles (Bagdad 1974-Alger1980)
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-NOCES DE MULET- Roman,
(Beyrouth 1980)
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-LE PECHEUR ET LE
PALAIS-Nouvelles (ENAP 1981)
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-EXPERIENCE AMOUREUSE- Roman
Alger 1989.
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-AIMER ET MOURIR A L’ERE
HARRACHITE - Roman Alger 1978
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-LA BOUGIE ET LES CAVERNES -
Roman Alger 1995
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-LE SAINT TAHAR REGAGNE SON
SANCTUAIRE - Roman Alger 1999
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-PRINTEMPS BLEU-Traduction du
recueil de poème « APPRENTIS DU PRINTEMPS » du poète français
COMBES.
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La plupart de ces œuvres ont été rééditées,
soit en Algérie, soit au moyen Orient. Plusieurs fois ont été
traduites ; en diverses langues.
Par Marcel BOIS
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Curriculum vitæ de Tahar OUETTAR: http://wattar.cv.dz/TAH_OUETTAR.HTM
(Page bilingue: Arabe/français) |
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Site Web de
l'Association "Al jahidhiya":
http://www.aljahidhiya.ass.dz/ (Arabe) |
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Moufdi Zakaria |
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(1908-1977) Poète nationaliste, auteur de l’hymne
national « Kassamen » (1955). Originaire de Ben-Isguen, il étudia à Annaba
d’abord et à Tunis ensuite où il s’intéressa très tôt à la politique et
devint l’un des trois co-fondateur du parti nationaliste tunisien le «
Destour ». A son retour au pays, il se lance dans le mouvement associatif et
publie la revue « Al Hayet » (1933). Bien qu’éprouvant des sympathies, pour
le mouvement réformiste de Cheikh Ben Badis, c’est à l’ « Etoile Nord
Africaine » de Messali, l’aile radicale qui revendiquait déjà
l’indépendance, qu’il adhère, dès son implantation en Algérie. Il compose
ses premiers chants nationalistes et notamment « Fidaou Al Djazaïr » (Le
Sacrifice de l’Algérie), l’hymne du Parti du Peuple Algérien. Il participe
aux meetings, collabore à de nombreux journaux clandestins et fait de la
prison à plusieurs reprises. Il rejoint le Front de Libération Nationale en
1955, l’année où sur instruction de Abane Ramdane, il rédige « Kassamen »,
l’hymne de la Révolution algérienne et plus tard, de la République
algérienne Démocratique et Populaire. Après l’indépendance, il composa «
L’Illiade algérienne », un hymne à son pays. Une partie de son œuvre a été
regroupée de son vivant dans un ouvrage intitulé « Allahab al Moqaddass »
(La flamme sacrée). Une fondation portant son nom vient de voir le jour et
se donne pour mission de réunir ses textes dispersés et de les faire
publier.
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L'HYMNE NATIONAL ALGERIEN
(traduit de l'arabe)
Nous jurons!
Nous jurons! par les tempêtes dévastatrices abattues sur nous
Par notre sang noble et pur généreusement versé
Par les éclatants étendards flottant au vent
Sur les cimes altières de nos fières montagnes
Que nous nous sommes dressés pour la vie ou pour la mort!
Car, nous avons décidé que l'Algérie vivra.
Soyez - en témoins !
Nous sommes des combattants pour le triomphe du droit
Pour notre indépendance , nous sommes entrés en guerre.
Nul ne prêtant l'oreille à nos revendications
Nous les avons scandées au rythme du canon
Et martelées à la cadence des mitrailleuses
Car , nous avons décidé que l'Algérie vivra
Soyez - en témoins !
Ô France ! le temps des palabres est révolu
Nous l' avons clos comme on ferme un livre
Ô France ! voici venu le jour où il faut rendre des comptes!
Prépare toi ! Voici notre réponse!
Le verdict, notre Révolution le rendra
Car, nous avons décidé que l'Algérie vivra
Soyez - en témoins !
Nos braves formeront nos bataillons
Nos dépouilles seront la rançon de notre gloire
Et nos vies celle de notre immortalité
Nous lèverons notre drapeau bien haut au-dessus de nos têtes
Front de Libération, nous t'avons juré fidélité
Car , nous avons décidé que l'Algérie vivra
Soyez - en témoins !
Des champs de bataille monte l'appel de la Patrie
Écoutez-le et obtempérez!
Écrivez-le avec le sang des martyrs
Et enseignez-le aux générations à venir!
Ô gloire, vers toi nous tendons la main
Car, nous avons décidé que l'Algérie vivra
Soyez - en témoins !
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Ahlam MOSTAGHANEMI
(née
en 1953)
Naît à Tunis
au sein d’une famille originaire de Constantine qui a fuit le pays après le
génocide de mai 1945. Ses études secondaires entamées à Tunis, elle les
poursuit à Alger qu’elle retrouve dès l’indépendance. Lycéenne encore, elle
se fait remarquer en animant une émission radiophonique très appréciée : «
Hamassat » (Littérature et Mélodie). Licence de lettres arabes à la Faculté
d’Alger (1976) et doctorat en sciences sociales du Maghreb à la Sorbonne
(1982). Elle se marie avec un publiciste libanais, Georges Rassi, et ne
cesse de publier ses poèmes dans les revues algériennes et Moyen-Orientales.
A l’issue d’une recherche qu’elle mena sur le thème de « l’Algérie, femme et
écriture » elle conclut que c’est l’homme qui est « à libérer et à émanciper
» . Elle critique sévèrement l’Union nationale des Femmes Algériennes
qu’elle qualifie de « regroupement de femmes moches et frustrées ». En 1994,
elle s’installe à Beyrouth où elle s’impose très vite par la qualité de ses
écrits et sa forte personnalité. Son roman « Dhakirat al Djassad »
(Mémoire du corps) publié à Alger passe inaperçu mais amorce sa célébrité au
Machreq. Fonctionnant sur le registre du sentimental et du politique, «
Fawdha al hawwas » (Le désordre des sens) va devenir un véritable
best-seller (16 éditions en 2001) pour son originalité et son audace. Pour
Ahlem l’impatiente et la fougueuse, la poésie au centre de tout, est un
questionnement perpétuel.
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Site Web officiel de
Ahlam Mostaghanemi:
http://www.mosteghanemi.com/ (Bilingue Arabe/français) |
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Biographie d'Ahlam Mostaghanemi:
http://www.mosteghanemi.com/french/Biographie.htm |
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Littérature algérienne
d'expression française: Bibliographie pour aller plus loin...
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1.Christiane ACHOUR.
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-Anthologie de la littérature
algérienne de langue française.
ENAP/BORDAS 1999
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2. Albert Memmi.
-
- Anthologie du roman magrébin de langue
française. Ed. Nathan.1987
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3.Jean Déjeux
-
- Littérature maghrébine de langue
française. Ed.Naaman Canada1980
-
4.Jacqueline Arnaud.
-
- Littérature maghrébine de
langue française.
-
Tome I . Origine et perspectives.
-
Tome II. Le cas de Kateb Yacine. Ed. Publisud1986
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5.Charles Bonn
-
- La littérature algérienne de langue
française et ses lectures imaginaires et discours d'idées
Ed.naaman.1974
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- Le roman algérien contemporain de langue française:
vers un espace de communication littéraire décolonisé. Ed; l'Harmattan
et Montréal, presse de l'université de Montréal.1985
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Nouvelle par Tarik
YACINE professeur de français à Tigzirt-sur-Mer (Algérie) |
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Le retour des Maures
J'étais debout, impassible, j'assistais
en témoin invisible à un événement insolite et insensé. Je voyais
sortir, de sous les tombes de notre cimetière ancestral, une colonne
de morts. Drapés de linceuls blancs, de la blancheur des vagues
d'une mer en furie, ils émergeaient successivement du ventre de la
terre. Ils se ressemblaient. Ils avaient les mêmes visages, froids,
creusés, labourés de rides. L'araire du temps avait indistinctement
sillonné leur peau. Une peau de momifié, terne et asséchée,
traduisant la peine et la douleur qui les auraient poursuivis
jusqu'après leur grand départ.
Seul le regard mouillé des yeux semblait
redonner vie. Une étincelle dans les ténèbres, contrastant avec
l'expression figée que dégageaient ces corps, mus par je ne sais
quelle fantasmagorie.
Comme dans un cortège funèbre, ils
marchaient les uns derrière les autres. lis avançaient d'un pas
lent, mais décidé, dans la même direction. Ils foulaient le même
sentier. On aurait dit qu'ils s'étaient concertés, qu'ils
obéissaient à un même ordre. Une procession blanchâtre, ordonnée,
presque militaire.
En haie d'honneur, à moi tout seul, je
voyais défiler ces visages fantomatiques, me narrant chacun une
histoire. Tels d'anciens livres poussiéreux, ils s'ouvraient tout à
coup sur des existences antérieures, et à des passages précis, je
lisais les derniers moments du passage de leur vie à trépas.
Parmi eux, un guerrier numide, sa mort
en gladiateur dans une arène remontait à très loin. Cet autre fut
fusillé par un peloton d'exécution, en pleine conquête coloniale. Un
martyr de la dernière guerre. Je ne sais plus quelle dernière ? Des
soldats de Dieu et autres dieux. Acteurs principaux de ces tragédies
qu'aura connues cette terre. Terre des hommes libres qui les avait
vus naître, puis les aura ensevelis, jusqu'à ce qu'ils s'exhument
dans mon rêve. Encore un maquisard, celui-là victime de ses propres
frères. Les causes étaient sacrées, et l'ennemi omniprésent.
Arrivaient ensuite les seconds rôles,
les figurants de toute une vie. Les représentants de l'écrasante
majorité du territoire des ombres. Ceux qui, souvent malgré eux,
avaient constitué le décor de l'histoire. Ceux qui subissaient les
événements même quand ils agissaient. Il y avait une femme, morte,
elle, d'hystérie . on la disait possédée. Une autre morte, en
donnant la vie à un petit homme. Elles furent nombreuses celles qui
partirent en enfantant, en engendrant des héritiers, qui n'eurent
d'autre héritage que le combat pour la terre de leurs dieux.
Derrière, arrivait un jeune qui s'était donné la mort. Son coeur
aura cédé le pas à sa déraison. Ils continuaient de se suivre,
chacun avec ses douleurs. Des volcans longtemps éteints, à l'aube
d'une éruption. Il y avait là autant de récits que de ressuscités.
La file des revenants n'était plus
qu'une nervure sinueuse au milieu de la plaine. En messies d'une
nouvelle religion, ils entamèrent leur pèlerinage. Mon rêve était
devenu leur théâtre. Un théâtre aussi grand que cette terre
africaine. L'envers du purgatoire venait de commencer. Devant eux le
passé et derrière le devenir. Porteurs d'un message de l'assemblée
de l'au-delà, ils allaient à la rencontre des morts en sursis, les
vivants.
De village en village, de cité en cité,
la nouvelle, comme une traînée de poudre, avait fait le tour du
pays. On ne savait plus à quels saints se vouer. On cria au miracle.
On se prosterna. Un prosélytisme béat se fit jour et une soudaine
religiosité gagna ces mortels si amnésiques.
Ils étaient, par un soudain
enchantement, redevenus humains. Ils redécouvrirent le partage, la
solidarité, le respect d'autrui. ils décrétèrent une fratrie
nationale. On se remit à parler des valeurs du passé, de la dignité,
d'amour envers son prochain, de justice. Un véritable bain de
sainteté.
Des sentiments indescriptibles s'étaient
emparés d'eux. La peur, le doute, l'angoisse, les émotions étaient à
leur paroxysme. Le temps s'était arrêté. Plus rien n'était
important. Le surnaturel avait repris ses droits. On surveillait les
cimetières. On scrutait le ciel.
Les temps incertains étaient revenus.
Une agitation fiévreuse montait lentement des plus humbles vers les
notables. Sollicités de tous, les chefs des villages et autres
gouverneurs des villes se faisaient attendre. On épiait leurs
décisions. Astrologues, théologiens, Ulémas, pressés par leurs
fidèles, étaient, eux aussi, en conclave. L'évènement était sans
précédent. Ni les livres sacrés, ni toutes autres prédictions n'en
faisaient référence. Le jugement dernier n'était pas ainsi décrit.
Que se passait-il donc? On organisa des rencontres. On s'informa. On
palabra de longues heures durant. Le fait était nouveau et les
préséances trop archaïques. L'ordre des choses était remis en cause.
Un outrage à un si vieil entendement.
La réaction devait être à la mesure du
bouleversement. Il fallait répondre au miracle par un miracle. Le
pouvait-on, au demeurant ? La démocratie des vivants ne pouvait
s'accommoder de celle des morts. Qui étaient les plus représentatifs
des vivants ? Qui allait parler en leurs noms ? Qui allait-on
désigner ? Les chefs héréditaires ou les politiciens ? Les élus du
peuple ou les chefs religieux ? Les plus sages ou les plus
courageux? Les centenaires ou les condamnés à mort ? Comment les
recevoir? Qu'allait-on leur offrir?
L'instant était crucial. Le moment
fatidique de la rencontre approchait. Il exigeait des résolutions
sereines, humaines, courageuses. On choisit un endroit idyllique.
Les dispositions les plus favorables devaient être prises et
l'ambiance funeste qui régnait devait être tempérée. "Un trou de
verdure où chante une rivière", entouré d'oliviers et de figuiers.
Des plantes fleuries, de toutes sortes, jonchaient le sol. Une
lumière tiède et bienfaisante finissait d'éclairer cet éden.
Les représentants des vivants étaient
déjà sur les lieux. Ils étaient les hôtes d'une visite inattendue,
saugrenue. Que pouvait-on attendre d'un mort ? Ils étaient tous bien
habillés. Ils se vêtirent de leurs tenues de fête, chatoyante,
multicolore, comme pour un mariage. Il ne manquait que le couscous.
Leurs têtes recouvertes de chéchias, de chapeaux de paille. Ils
étaient bien vivants. On fit venir une chorale de jeunes filles
nubiles, accompagnée d'un orchestre traditionnel. Un hymne à la
gloire des morts devait être entonné, en signe de bienvenue. Une
stèle érigée sur le lieu même de la rencontre devait immortaliser
l'événement.
Un petit nuage blanc, égaré au milieu du
val, remontait maintenant le long du cours d'eau, jusqu'au plateau.
C'était eux. Les visiteurs. Ceux qu'on avait oublié, et qu'on
n'attendait plus. Cela était donc vrai ! Ils étaient bel et bien là.
Un silence de mort envahit le plateau. On n'entendait plus que le
bruit des insectes, de quelques passereaux, du ruissellement de
l'eau de la rivière
La quiétude faisait face à l'angoisse.
On dévisagea les nouveaux venus. On essayait mentalement de
reconstituer leurs physionomies, en quête d'une quelconque
ressemblance, d'une quelconque connaissance. Qui sait ? Un
grand-père ? Une vieille tante ? Un lointain parent ? Qui
étaient-ils ?
D'une voix douce et enfantine, la jeune
chorale rompit le silence de mort et entama un vieil air dans la
langue des ancêtres, rendant grâce à l'héroïsme des disparus,
faisant l'éloge de leur bravoure, exprimant la peine des survivants.
La poésie au secours du destin des hommes. De longs et stridents
youyous fusèrent de derrière, emboîtant le pas au chant mélodieux
des fillettes, ramenant les vivants à plus de courage. Il n'y eut
point d'embrassades, ni de mains tendues. Gêne et méfiance
subsistaient encore. En signe de salut, les revenants se courbèrent
légèrement, baissant la tête et les épaules. Une digne révérence.
Allaient-ils enfin parler ? On surveillait de près, ce que ces
bouches striées de rides allaient prononcer.
L'un deux s'avança, sans doute le porte
parole:
« Que le salut de l'au-delà soit sur
vous », dit-il d'une voix claire et limpide.
« Que la paix et la clémence de Dieu
soient sur vous aussi. Soyez les bienvenus »répondit le représentant
des vivants.
« Vivent les morts! » scanda un autre,
la gorge nouée et le front perlant de sueur.
Le porte parole reprit: « Notre venue
ici, n'est pas pour revivre parmi vous. Que la providence nous en
préserve. Nous ne venons pas, non plus, déroger à l'équilibre des
éléments, ni à la nature des choses ».
II y eut un bref silence, puis il
enchaîna:
« Nous venons d'abord vous rafraîchir la
mémoire. Vous réveiller, tant votre oubli a mortifié vos souvenirs
et vous a plongés dans un sommeil trop profond. Nous venons vous
rappeler de nombreuses choses, qu'aujourd'hui vous ignorez avec
dédain. Car nous savons ce que vous ne savez pas encore. Vous
construisez votre futur en mystifiant votre passé, c'est à dire
nous. Vos omissions sont insupportables et vos mensonges
inacceptables au plus résigné d'entre nous. Votre amnésie dépasse
tout entendement. Elle est traîtresse, et par delà la mort, elle est
assassine. Elle bafoue l'histoire et viole la mémoire »
« Vous nous avez oubliés. Nous sommes
sortis de vos discussions. Ne sommes-nous plus votre passé ? Vous
nous avez fait quitter les livres d'histoire de vos enfants. Ne
sont-ils plus notre descendance ? Vous avez oublié que nous vous
avons précédés sur ces collines, dans ce val, sur ce plateau.
N'avons-nous pas existé ? Seriez-vous seulement là, si nous ne
l'avions pas été ? »
« Vous avez délibérément oublié ce que
nous vous avons légué. Vous avez oublié que vous êtes sur le chemin
de nous rejoindre. Ou seriez-vous devenus immortels? ».
« Beaucoup de ceux qui sont parmi nous,
ne sont morts que pour votre salut. Leurs sacrifices auront permis
la vie à beaucoup d'entre vous. D'autres continuent de vivre à
travers votre vie à vous. Nous ne sommes plus là, mais vous ne devez
pas effacer les témoins de notre existence. Vous avez, depuis
longtemps, brisé le pacte scellé entre la vie et la mort.
Croyez-vous qu'elles soient dissociables? »
« Il est né, parmi vous, des gens qui
ont oublié leur langue, celle qu'il ont tétée au sein de leur mère.
Il y a ceux qui ont oublié jusqu'au nom de leurs dieux, les noms des
plantes qui poussent dans leurs prés, des choses qui n'ont plus de
sens sans leur nom »
Ainsi, dans le rêve, comme si je
flottais au dessus de leur tête, je voyais cette poignée d'hommes en
blanc, dont on ne distinguait que des taches sombres, en guise de
visages. En face d'eux, une assemblée subjuguée, quelque peu
tranquillisée par la tournure que prenait l'événement.
Les moments de silence qui
entrecoupaient le monologue du porte-parole des morts, gênaient les
vivants. Ils étaient plus forts que les propos. Ils étaient la
raison et les paroles étaient le coeur.
Le revenant reprit son souffle:
« Nous sommes aussi là, car l'espace qui
nous a été réservé n'a pas été prévu pour autant de morts à la fois.
Les cimetières ne sont plus des cimetières. Ils sont des champs de
bataille. Le départ, souvent violent, de ceux qui nous arrivent, ne
nous permet pas de prendre en charge leur passage serein vers la
nouvelle vie que nous menons. Ceux que nous accueillons aujourd'hui,
ne nous laissent plus en paix. Celle que nous avions espérée en
allant vers l'au-delà. Leur repos est perturbé par les images de
votre monde. Leur sommeil est agité et les délires hantent leur
double mort. Ils continuent de se plaindre, et nous ont fait perdre
notre sommeil à nous. Ils ne veulent plus se taire. Certains
cherchent à revenir parmi vous. Ils n'ont pu se débarrasser des
liens qui les rattachent à vous. Ils auraient tant voulu finir ce
qu'ils avaient entrepris, dans votre monde. Ils sont partis, le cœur
serré, l'âme meurtrie »
II y eut encore un silence. Plus lourd:
« Votre déraison dépasse toutes les
frontières, même celles qui nous séparent... »
Des salves de Kalachnikovs déchirèrent
l'aurore tigzirtoise. Je me réveillai affolé par le bruit et
perturbé par les visiteurs de ma nuit.
Ce matin là, au lycée, l'heure n'était
plus à l'étude du récit de fiction. On s'apprêtait déjà aux
enterrements.
Tarik YACINE
(Nouvelle
écrite par Tarik YACINE professeur de français à
Tigzirt-sur-Mer (Algérie) et membre du Conseil Municipal de la
commune partenaire de Châteaubriant). |
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