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LA SCIENCE, ÉCOLE D'OBJECTIVITÉ
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Préparer les enfants à la vie
démocratique,
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c'est leur donner le sens d'une
participation au débat,
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leur apprendre à former leur opinion
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dans la confrontation avec le point de
vue des autres.
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Les enfants peuvent apprendre à
distinguer
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ce qui relève des contraintes du réel et
ce qui relève de choix éthiques
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ou de préférences personnelles.
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Le suffrage universel, la liberté de vote
et la discipline civique ne suffisent pas au fonctionnement heureux d'une
démocratie: il lui faut encore des hommes et des femmes capables de
participer au débat sur le devenir de la société. Il ne s'agit pas de distinguer un « bien » absolu ni de se hisser vertueusement au niveau de
l'« intérêt général », mais simplement de communiquer, d'échanger, de
s'affronter s'il le faut, et de trouver parfois des consensus ou d'aboutir
à des compromis. C'est seulement lorsque chacun a eu le sentiment d'avoir
été écouté, entendu et pris en compte, à défaut d'avoir eu gain de cause,
que l'on évite le recours à la violence. Ce mode d'existence en société
peut s'apprendre dans l'enfance, et ce autrement que dans la soumission à
l'autorité.
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Une école de débat
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La citoyenneté requiert un ensemble de
compétences, un outillage intellectuel et langagier, faute desquels
certains sont moins bien représentés et donc «moins égaux» que d'autres.
Chacun a besoin de pénétrer le sens des débats, d'en approcher les enjeux,
de distinguer les données de fait des alternatives possibles pour opérer
des choix et en faire publiquement valoir le bien-fondé afin de gagner les
autres à sa cause. Il est également nécessaire d'entendre les autres, de
comprendre les raisons qu'ils avancent, de pouvoir reformuler son propre
choix pour y intégrer le point de vue de l'autre... Juger, raisonner,
argumenter, écouter, discuter, avoir les moyens de convaincre, mais aussi
savoir se remettre en cause et réviser ses opinions, ne pas tricher avec
le réel, en accepter les contraintes, passer des compromis avec les hommes
qu'on ne passerait pas avec le réel..., cet esprit d'objectivité et
d'ouverture n'est pas si simple à acquérir et ne peut résulter que d'une
éducation soutenue.
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La démocratie se met en danger quand le
débat est absent ou stérile, quand il fait fi des contraintes du réel ou
quand il exclut une partie de la société, laquelle trouve alors dans la
violence son seul moyen d'expression. De nos jours, trop de jeunes se
placent eux-mêmes en marge du débat public, parce qu'ils se sentent mal
armés pour discuter, et se referment sur un « chacun pense ce qu'il veut!
» Pour s'ouvrir aux raisons d'autrui et accepter la réalité et ses
impératifs, il faut au contraire se sentir fort du pouvoir de discuter,
de comprendre et de convaincre. Cette force-là peut aussi s'acquérir à
l'école.
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Une école d'objectivité
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La « méthode » de la discussion ne
s'apprend pas, mais on peut découvrir comment mieux discuter en
s'entraînant sur des enjeux réels, comme ceux offerts aux enfants par les
sciences de la nature et de la matière : les objets sont là, au milieu du
groupe, ils appellent notre coopération, nos interprétations, nos
tentatives diverses mais coordonnées.
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Les chercheurs scientifiques ne sont pas
doués d'un sens inné de l'objectivité. Quand il s'agit de défendre leurs
opinions, ils sont aussi subjectifs que tout autre individu! Mais ils
acceptent la discipline du débat scientifique, et l'ouverture au débat
critique des hypothèses garantit finalement l'objectivité du monde
scientifique : l'argument d'autorité et la voix de la majorité s'effacent
devant la preuve expérimentale. On peut certes imaginer en toute liberté,
mais il faut réfuter avec rigueur.
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En classe, on peut aménager un temps,
quotidien ou hebdomadaire, pour régler les problèmes, les conflits entre
les enfants ou entre les adultes et les enfants. On peut délibérer sur
des décisions à prendre : le choix d'une sortie ou d'un abonnement, un
projet commun... Les enfants apprennent ainsi à confronter leurs points de
vue et à trouver des accords.
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On peut aussi apprendre l'art de discuter
sans se disputer en pratiquant les sciences, en apportant des arguments
pour soutenir une hypothèse ou en réfuter une autre, en se mettant
d'accord sur une expérimentation, en coordonnant différentes manières de
bricoler des appareils. La discussion bénéficie de l'absence d'émotions
fortes, puisqu'ici, on n'a pas le coeur soulevé par les injustices. Les
enfants apprennent à communiquer avec précision, à expliquer leur pensée
aux autres, à parler en fonction de l'écoute de l'autre, à tenir compte de
ses critiques pour atteindre une position plus exacte. La parole trouve un
complément idéal dans le dessin qui permet de communiquer avec ceux qui
n'ont pas vu l'expérience. Les enfants comparent leurs dessins et
contrôlent leur justesse, se mettent d'accord sur une représentation...
Dans « la main à la pâte », le cahier d'expériences, que les enfants
remplissent chaque jour et qui les accompagne durant tout le cycle
primaire, occupe donc une place importante.
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Une école de démocratie
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L’argumentation est peu travaillée à
l'école primaire. Le travail en français s'attache plus souvent au récit,
par lequel on raconte une histoire, on décrit une situation on exprime un
sentiment. Or l' enseignement des sciences donne à l'argumentation une
place importante.
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La capacité d'argumenter et d'écouter
patiemment les arguments d'autrui, pour travailler de concert à
l'élaboration d'une solution, se construit dans l'enseignement des
sciences et dans l'éducation à la citoyenneté : mais elle est réglée d'une
façon différente, qu'il importe de souligner. L'une est fondée en vérité,
l'autre est fondée en justice.
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La polyvalence du maître à l'école
primaire est une chance lorsqu'on sait en tirer parti. Le maître peut
construire des ponts entre l'enseignement des sciences et l'éducation
civique, en montrant aux enfants ce que l'un et l'autre ont en commun : la
résistance que la réalité oppose à nos désirs, la recherche commune qui
s'en accommode, un certain pragmatisme et une exigence rationnelle. Dans
les deux cas, la réflexion sur l'expérience, les échanges constructifs et
le raisonnement conduisent à un accord.
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Le maître peut aussi délimiter ce qui les
sépare : une majorité d'opinions, voire une unanimité, n'ont jamais fait
une vérité. La vérité scientifique reste la vérité, même si elle déçoit
tout le monde; elle n'est pas de l'ordre du compromis. En revanche, la
justice ne s'inscrit pas dans l'objectivité. Elle se fait avec notre
concours et n'a jamais la netteté tranchée des vérités de fait. Les arbitrages politiques ne relèvent pas de l'autorité des rapports
d'expertise. Bien sûr, le débat démocratique a besoin d'être éclairé par
le savoir positif des sciences et les citoyens qui ont quelques
connaissances des sciences sont généralement des citoyens plus avisés.
Mais le débat démocratique ne repose pas sur la possession de la vérité,
plutôt sur la décision : bien des errances de notre vie politique
proviennent de la confusion entre ces deux registres. L'école est aussi un
lieu où les enfants peuvent comprendre cette différence.
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Les grands savants qui, pendant la
Révolution française, ont imaginé un système d'enseignement démocratique,
ont fait une place de choix aux sciences. Pouvons-nous retrouver un peu de
leur inspiration en donnant à l'enseignement des sciences un rôle décisif
dans la formation du citoyen?
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In.La main à la pâte. Les sciences à l’école
primaire. Présenté par Georges Charpak, (Prix Nobel de physique 1992). Ed.
Flammarion1996
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