|
Des notes baladeuses
Noter un devoir est un art difficile
qui peut laisser une
place importante
à la subjectivité. Il y a presque vingt ans, deux chercheurs ont mené une
série d'expériences qui mettent en évidence un certain nombre d'effets
caractéristiques (1). Ces travaux, qui font toujours référence, doivent
néanmoins être aujourd'hui relativisés, précisément parce que l'attention
portée sur ce problème est plus importante qu'autrefois.
Il
y a, d'une part, un effet d'ordre.
Si l'on fait corriger des copies dans un certain ordre par
un enseignant et dans l'ordre inverse par un autre enseignant, on constate
que les évaluateurs ont tendance à surévaluer les copies corrigées en
premier et à sous-évaluer les copies corrigées en dernier.
Il y a également un effet d'assimilation,
qui consiste à rapprocher une note d'une note antérieure.
Ainsi, on demande à des enseignants d'évaluer six copies de version
anglaise, de niveau à peu près équivalent. Mais, sur chacune figure une
note,censée avoir été obtenue par le même élève quelque temps auparavant.
Si cette note antérieure est élevée, la note est en moyenne supérieure de
2 points à celle attribuée si la copie antérieure est faible (moyennes de
11,86 et 9,84).
De même, face à une série de copies identiques
(8 rédactions), les enseignants évaluent différemment
(moyennes de 11,16 et 9,65) selon que les devoirs sont censés provenir
d'une classe de 6e forte ou faible. Même effet encore selon le lycée de
provenance. Des copies identiques sont surévaluées si elles sont censées
provenir du lycée Janson-de-Sailly (16, arrondissement de
Paris) et sous-évaluées si elles sont censées provenir d'un lycée de
banlieue.
Enfin, l'effet de contraste
est un processus inverse. Une copie est généralement
surévaluée quand elle est corrigée après une copie faible et sous-évaluée
quand elle vient après une copie forte. Par exemple, une copie, corrigée
après une copie mauvaise, a reçu une note qui lui a valu d'être classée
3e. Le même devoir, corrigé après une bonne copie, s'est retrouvé en 14e
position.
JACQUESLECOMTE
___________________________________________________________
1. Georges Noizet et Jean-Paul
Caverni, Psychologie de l'évaluation scolaire, Puf, 1978.
|