LES PROGRESSIONS THÉMATIQUES

 
 

Thème (ou topic) est utilisé dans deux domaines distincts : pour référer à un segment privilégié de la phrase quand celle-ci est appréhendée à l’intérieur de la dynamique textuelle, ou pour caractériser l’unité sémantique d’un texte.

-      La phrase n’est pas seulement une structure syntaxique, elle participe à la progression d’un texte. Elle répartit informations connues et informations nouvelles en appuyant les secondes sur les premières. Une information nouvelle, une fois posée, devient connue et peut ainsi servir de nouveau point d’appui. Dans une phrase on distingue ainsi le thème, ce dont on parle, l’élément connu, et le rhème ou le propos (l’information nouvelle), qui constitue l’apport d’information. Pour « Mon patron m’a donné une augmentation ; mais elle n’est pas énorme » on peut  considérer que dans la première proposition « mon patron » est le thème et le reste le rhème. Mais « une augmentation » passe du statut de constituant du rhème à celui de thème dans la phrase qui suit. On appelle progression thématique ce phénomène qui a été théorisé sous le nom de « perspective fonctionnelle » par l’École de Prague, en particulier par Mathesius dans les années1920 et Danes (1974).

-       Le thème d’un texte correspond à ce qu’intuitivement on peut exprimer comme « De quoi ça parle ? ». Quelle que soit sa longueur, un texte présumé cohérent doit construire une représentation et pouvoir être résumé. Certains parlent de macrostructure sémantique pour désigner le thème d’un texte appréhendé dans son ensemble. Comme chaque groupe de phrases qui forme une unité sémantique est associable à un thème, un texte comporte des thèmes à de multiples niveaux, le dernier étant censé intégrer tous les autres. Cela fait partie de la compétence des sujets parlants que de pouvoir ainsi synthétiser un grand nombre d’informations dans une structure sémantique unique.

Déterminer quel est le thème d’un texte permet au coénonciateur de l’interpréter, en surmontant ses éventuelles lacunes et en ne retenant, s’il y a plusieurs sens possibles, que celui qui est compatible avec ce thème. Néanmoins, certains textes (littéraires en particulier), dits poly-isotopiques peuvent systématiquement développer plusieurs thèmes à la fois.

 
 Combettes (Bernard) distingue trois grandes possibilités de progressions:
  1-La progression à thème linéaire:"Dans la progression linéaire, le thème d'une phrase est "issu" du rhème (information nouvelle) de la phrase précédente.  
 
La queue magnétique de la terre
La terre se trouve dans une vaste cavité magnétique, la magnétosphère. Cette cavité existe parce que le vent solaire rencontre sur son passage le champ magnétique terrestre. La résistance opposée par ce champ magnétique déforme le vent solaire et étire les lignes de force du champ, qui occupent alors une région à peu près cylindrique de l'espace interplanétaire, une sorte de gigantesque manche à aire longue de plusieurs millions de kilomètres: la queue magnétique terrestre.
Ce que nous savons de la queue magnétique terrestre résulte de longue recherches sur les aurores polaires qui illuminent sporadiquement le ciel des régions des latitudes élevées. L'origine de ces aurores avaient notamment intéressé des savants aussi illustres que Galilée, Halley, Celsius et Franklin, mais il n'y a que 30 ans à peine qu'on a réellement progressé, avec l'avènement de l'ère spatiale, dans la compréhension de ce domaine...
                                                Extrait de la Revue Pour la Science, mai 1986
 

 

2-La progression à thème constant:"Plus fréquente que la précédente... La progression à thème constant, qui conserve le même point de dans toutes les phrases d'un passage peut évidemment s'étendre sur des extraits assez longs.(...)

Ce type de progression est relativement fréquent dans la narration; les phrases s'articulent, pourrait-on dire, autour d'un personnage et chaque rhème introduit des actions nouvelles"

 
 
Al-Ghazali, l'inspirateur.
Toute la vie d'Al-Ghazali paraît sous-tendu par la volonté de rendre la foi des musulmans sa pureté et sa vigueur originelles. Et il s'efforce de le faire en relevant un à un les défis auxquels l'Islam est alors confronté, en puisant même dans ces défis les forces nécessaires à cette grande entreprises qu'il nommera "Restauration des sciences de la religion".
Il tire admirablement profit, à cet effet, de toutes les ressources intellectuelles que lui offre le savoir accumulé en son temps. Il commence par étudier exhaustivement -il y mettra dix ans - toutes les traditions intellectuelles établies au cours de la période précédente, en les soumettant à une critique systématique, mais en reconnaissant à chacune d'entre elles sa part de sagesse et de validité...

Amadou-Mahtar M'Bow. In le Courrier de l'UNESCO. Novembre 1986

 

 

3-La progression à thème dérivé ou éclaté:Progression plus complexe que les précédentes. Les thèmes sont issus, dérivés d'un "hyperthème" ou d'un "hyperrhème" qui peut se trouver au début du passage ou dans un passage précédent. Ce type de progression à thème éclaté (ou dérivé) est fréquent dans les descriptions, les diverses parties de la réalités sont prises comme point de départ de chaque phrase; les oeuvres de fiction peuvent fournir de nombreux exemples. Mais il est aussi bien représenté dans les textes explicatifs ou argumentatifs dans lesquels, justement, il s'agit souvent de développer différents points.

 
 
Galilée et l'expérimentation.
Quelle idée Galilée se faisait-il de la "méthode scientifique"? Comment a-t-il construit ses propres théories? Et, plus spécialement, dans quelle mesure a-t-il recouru à l'expérimentation ?
Ces questions, chez les historiens des sciences, font l'objet de multiples et âpres débats. Selon les uns, Galilée était un expérimentateur habile; mieux encore, il mérite d'être considéré comme le véritable fondateur de "la méthode expérimentale" chère aux physiciens modernes. Selon les autres, il s'agit là d'un mythe. Galilée, déclarent-ils, travaillait à une époque où l'on ne disposait pas d'une instrumentation scientifique suffisamment précise.
Aujourd'hui encore, ces deux camps s'affrontent. En ce qui concerne les travaux de Galilée sur la chute des corps, par exemple, les discussions vont bon train. Les partisans d'un Galilée-expérimentateur affirment qu'il a trouvé ses idées en manipulant des boules et des plans inclinés, animé par le constant souci de "dialoguer avec les faits"...

                                               Pierre Thuillier. La recherche.1988

 

  Remarques:

1- Il est rare qu'un texte ne présente qu'un seul type de progression. Souvent dans un même texte, l'auteur combine les trois types.

2- Les ruptures.

Il ne faut pas négliger les cas de rupture thématique, nombreux dans les textes. Toute progression thématique est marquée par des phénomènes de rupture. "Ceux-ci vont se produire lorsque le thème d'une phrase ne peut être rattaché au contexte précédent, lorsqu'on ne peut déceler un enchaînement linéaire ou à thème constant" écrit Combettes. Il poursuit: "Un élément "nouveau" auquel on donne une valeur thématique, peut fort bien être introduit sans présentatif, sans lien avec le contexte".

Etudier la progression d'un texte c'est aussi (et surtout) tenir compte des cas de rupture.

 

 

Bibliographie:

Dominique Maingueneau. Les termes clés de l'analyse du discours. Ed. du Seuil. Coll. Mémo.1996
Bernard Combettes in Pour une grammaire textuelle. La progression thématique. paris,Duculot/Bruxelles, A. de Boeck, 1983.
 

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