1. Supports pour la classe

  2. Images

  3. Documents à caractère Pédagogique

  4. Autres (Nouvelle, documents audio...)

SUPPORTS POUR LA CLASSE...

Les vacances au bled. par Fatiha Kaoues
Ah les grandes vacances ! L’été approchant, ce sont tous les souvenirs des vacances familiales qui nous assaillent et avec eux les fous rires ou les moues d’agacements qui accompagnent leur évocation.
Pour ma part, mes dernières vacances en Algérie remontent à l’année 1998.
Il faut bien le dire, les souvenirs les plus cocasses et les anecdotes les plus croustillantes se rattachent non pas aux vacances elles-mêmes, mais peut-être davantage… au trajet nous menant jusqu’en Algérie !

Bref, à quelques jours du grand départ, l’excitation était à son comble. Les cadeaux accumulés durant l’année et destinés aux cousins, cousines, tantes, oncles sans oublier la grand-mère, le dernier petit cousin, etc., n’attendaient que d’être embarqués. Assurément, tous ces présents promettaient de prendre beaucoup de place dans la voiture. Pourtant, comme à l’accoutumée mon père avait été ferme et catégorique lorsque s’adressant à ma mère qu’il soupçonnait du pire, il lui dit : « on n’emmène rien ! ». Et comme d’habitude c’est chargés à bloc que nous avons pris la route des vacances.
Il faut dire qu’entre-temps et au terme d’âpres discussions, ma mère, négociatrice hors pair (comme toutes les mamans arabes !) avait convaincu mon père d’emporter quelques cadeaux (pas beaucoup, promis !) : le Jean de marque destiné à son frère, le foulard brodé rapporté de la Mecque pour la Grand-Mère, sans oublier une robe  achetée « à un prix défiant toute concurrence » pour la grande sœur. Au final, et pour n’avoir surtout pas à léser qui que soit, elle se sentira bien malgré elle (ben voyons !) obligée d’emporter la totalité des affaires mis de côté à cet effet.
Une fois les bagages disposés bon gré mal gré à bord du véhicule, je n’avais qu’une crainte : allait-on pouvoir entrer dans la voiture ? C’est au prix de contorsions multiples et de fous rires étouffés que mes parents, mes deux sœurs et moi-même avons pris place dans la Renault 25 familiale. Le plus drôle est que, jusqu’à la dernière minute, ma mère parviendra à glisser un « dernier » paquet subrepticement, dès qu’elle voyait que mon père lui tournait le dos.
En chemin, nous croisions d’autres véhicules de familles immigrées marocaines, tunisiennes, algériennes ou turques. Certains véhicules étaient plus chargés encore que le nôtre. (Si si, c’est possible... avec beaucoup d’imagination !) à tel point que nous n’apercevions que difficilement les visages des personnes installées à l’arrière, les genoux chargés de bagages !

Nous avions songé à tout. Le contrôle technique était « OK », les bagages bien ficelés sur la galerie, les victuailles nombreuses dans le coffre. Et pourtant quelle ne fut pas notre surprise de perdre en pleine autoroute…le pot d’échappement !
Cet incident pour le moins fâcheux avait fait suggérer à ma soeur de faire appel à Mac Gyver ! Personne ne sera surpris si j’ajoute que mon père n’a guère goûté à la plaisanterie !

Après une halte dans un garage qui nous factura au prix fort sa prestation au grand dam de mon cher père, nous sommes repartis sous un soleil de plomb, nous arrêtant de temps en temps pour nous restaurer. Comme il était à craindre, nous n’avons pas échappé aux embouteillages et à sa cohorte de cris et de noms d’oiseaux (que la décence m’interdit de reproduire ici !) d’automobilistes impatientés. La chaleur, qui transformait la voiture en fournaise nous faisait regretter de ne pas avoir économisé toute l’année pour faire l’achat d’une climatisation !

Arrivés à Marseille, le plus dur est sans doute l’attente. Nous restions à attendre, sous un soleil accablant, et sans connaître l’heure exacte de l’embarquement. Notre bateau s’appelait le « Corse », bien qu’il n’empreintait jamais cette destination.
J’ai toujours été fascinée par le spectacle des voyageurs courant à perdre haleine vers les portes d’embarquement lorsque était annoncé le départ, comme s’ils craignaient que le bateau parte sans eux !
D’ailleurs, ce spectacle nous mettait en joie mes sœurs et moi, et notre mère mettait un terme à nos fous rires en nous disant : « Mais qu’est-ce que vous avez à rire ? Courrez ! ».

Une fois embarqués, il faut encore supporter les humeurs changeantes des douaniers, dont beaucoup manquent singulièrement d’humour et plus encore de patience.
C’est comme on dit « au p’tit bonheur la chance ». Certains douaniers faisant excès de zèle, s’évertuaient à nous faire déballer la totalité des bagages, nous réclamant tour à tour des tas de documents sans motiver leurs demandes. Tandis que d’autres, plutôt conciliants se contentaient de jeter un vague coup d’œil sur nos effets personnels.
Arrivés en Algérie, les douaniers algériens ne sont pas davantage accommodants vis à vis de leurs compatriotes. Comme l’aurait dit Fernand Reynaud, l’ « intelligence » du douanier ne connaît pas de frontières !
Il faut bien reconnaître que la patience n’est pas la principale vertu des Algériens. Spectacle cocasse que ces voyageurs rendus fous de colère par l’attente (qui, il est vrai se prolongeait au-delà du raisonnable, surtout pour des parents accompagnés d’enfants en bas âge), les uns s’injuriant, d’autres se laissant même aller à quelques empoignades.

Lorsque vient l’heure de la libération et que s’ouvrent les portes du bateau, on est ébloui par le soleil d’Alger La Blanche. Aussitôt, on est accueilli par un concert de klaxons ininterrompus, trait caractéristique s’il en est de la circulation algéroise. Pas de doute, nous étions bien au bled !
                                                                                                        Fatiha Kaoues
                                                                                                        Paru sur le site eloueb.com

          Chagrin d'école Daniel Pennac

 

          L'avenir, cette étrange menace...

 

Soirée d'hiver. Nathalie dégringole en sanglotant les escaliers du collège. Un chagrin qui tient à se faire entendre. Qui utilise le béton comme caisse de résonance. C'est encore une enfant, son corps pèse son poids d'ancien bébé sur les marches sonnantes de l'escalier. Il est dix-sept heures trente, presque tous les élèves sont partis. Je suis un des derniers professeurs à passer par là. Le tam-tam des pas sur les marches, l'explosion des sanglots : hou-là, cha­grin d'école, pense le professeur, disproportion, dis­proportion, chagrin probablement disproportionné 1 Et Nathalie apparaît au bas de l'escalier. Eh bien, Nathalie, eh bien, eh bien, qu'est-ce que c'est que ce chagrin ? Je connais cette élève, je l'ai eue l'année précédente, en sixième. Une enfant incertaine, à ras­surer souvent. Qu'est-ce qui se passe, Nathalie ? Résistance de principe : Rien, m'sieur, rien. Alors, c'est beaucoup de bruit pour rien, ma grande Redoublement des sanglots, et Nathalie, finalement, d'exposer son malheur entre les hoquets :

 

- Meu... Meu... Monsieur... je n'a... je n'arrive p... Je n'arrive pas à c... à comp... Je n'arrive pas à com­prendre...

- À comprendre quoi ? Qu'est-ce que tu n'arrives pas à comprendre ?

- L'ap... l'ap...

          Et brusquement le bouchon saute, ça sort d'un coup

          - La... proposition-subordonnée-conjonctive-de­-concession-et-d'opposition !

          Silence.

          Ne pas rigoler.

          Surtout ne pas rire.

- La proposition subordonnée conjonctive de concession et d'opposition ? C'est elle qui te met dans un état pareil ?

 

Soulagement. Le prof se met à penser très vite et très sérieusement à la proposition en question ; com­ment expliquer à cette élève qu'il n'y a pas de quoi s'en faire une montagne, qu'elle l'utilise sans le savoir, cette fichue proposition (une de mes préfé­rées d'ailleurs, si tant est qu'on puisse préférer une conjonctive à une autre...), la proposition qui rend possibles tous les débats, condition première à la subtilité, dans la sincérité comme dans la mauvaise foi, il faut bien le reconnaître, mais tout de même, pas de tolérance sans concession, ma petite, tout est là, il n'y a qu'à énumérer les conjonctions qui l'intro­duisent, cette subordonnée : bien que, quoique, encore que, quelque que, tu sens bien qu'on s'ache­mine vers la subtilité après des mots pareils, qu'on va faire la part de la chèvre et du chou, que cette proposi­tion fera de toi une fille mesurée et réfléchie, prête à écouter et à ne pas répondre n'importe quoi, une femme d'arguments, une philosophe peut-être, voilà ce qu'elle va faire de toi, la conjonctive de concession et d'opposition !

Ça y est, le professeur est enclenché : comment consoler une gamine avec une leçon de grammaire ? Voyons voir... Tu as bien cinq minutes, Nathalie, viens ici que je t'explique. Classe vide, assieds-toi, écoute-moi bien, c'est tout simple... Elle s'assied, elle m'écoute, c'est tout simple. Ça y est ? Tu as compris ? Donne-moi un exemple, pour voir. Exemple juste, Elle a compris. Bon. Ça va mieux ? Eh bien! pas du tout, ça ne va pas mieux du tout, nouvelle crise de larmes, des sanglots gros comme ça, et tout à coup cette phrase, que je n'ai jamais oubliée:

          -  Vous ne vous rendez pas compte, monsieur, j'ai douze ans et demi, et je n'ai rien fait.

          - 

Rentré chez moi je ressasse la phrase. Qu'est-ce que cette gamine a bien pu vouloir dire ? « Rien fait... » Rien fait de mal en tout cas, innocente Nathalie.

Il me faudra attendre le lendemain soir, renseigne­ments pris, pour apprendre que le père de Nathalie vient de se faire licencier après dix ans de bons et loyaux services en qualité de cadre dans une boîte de je ne sais plus quoi. C'est un des tout premiers cadres licenciés. Nous sommes au milieu des années quatre-­vingt; jusqu'à présent le chômage était de culture ouvrière, si l'on peut dire. Et cet homme, jeune, qui n'a jamais douté de son rôle dans la société, cadre modèle et père attentif (je l'ai vu plusieurs fois l'année précédente, soucieux de sa fille si timide, si peu confiante en elle-même), s'est effondré. Il a dressé un bilan définitif. À la table familiale, il ne cesse de répéter : « J'ai trente-cinq ans et je n'ai rien fait. »

                                                                                                                                            Pages 63-66

 

Chagrin d'école Daniel Pennac
Gallimard, 2007. ISBN 978-2-07-076917-9,  320 pages.

Moi, la parabole de Jésus que je préfère, c'est la fin du monde, parce que je n'aurai pas peur parce que je serai mort depuis longtemps.
          Dieu séparera les brebis galeuses des honnêtes gens. Un à droite et l'autre à gauche. Au milieu on mettra ceux qui vont au Purgatoire.
          On sera plus de mille milliards, encore plus que les Chinois. Il y aura les brebis galeuses, les bons et puis les vaches. Et Dieu aura trois portes. Une très-très grande grande (c'est l'Enfer), une moyenne (c'est le purgatoire) et une toute petite-petite (c'est le Paradis). Et alors Dieu dira: "Vos gueules là-dedans!" et alors il partagera les gens. Un par ici, l'autre par là. Il y en aura qui veulent faire les malins et qui se mettront dans la bonne file. Mais Dieu les a vus. Les brebis galeuses diront qu'elles n'ont rien fait, mais ce sont des menteuses.
Le monde éclatera, Arzano1 volera en mille morceaux. Et alors le maire et son adjoint iront avec les brebis galeuses. Il y aura une pagaille terrible. Mars éclatera, les âmes voleront dans tous les sens pour récupérer leur corps. Le maire et l'adjoint d'Arzano iront avec les brebis galeuse. Les bons riront et les méchants pleureront. Ceux du Purgatoire riront et pleureront à moitié. Les enfants du limbe deviendront des papillons.
          Moi, pourvu que je m'en tire très bien.2
1. Localité de la banlieue déshéritée de Naples.
2. D'après lo speriamo che me la cavo, soixante rédactions d'enfants napolitains rassemblées par
                                                                          Marcello D'Orta. Ed. Mondadori. Milan  1990

UNE ARRIVEE INQUIETANTE

 

Dans les premiers jours du mois d'octobre 1815, une heure environ avant le coucher du soleil, un homme qui voyageait à pied entrait dans la petite ville de Digne*. Les rares habitants qui se trouvaient en ce moment à leurs fenêtres ou sur le seuil de leurs maisons regardaient ce voyageur avec une sorte d'inquiétude. Il était difficile de rencontrer un passant d'un aspect plus misérable. C'était un homme de taille moyenne, trapu et robuste, dans la force de l'âge. Il pouvait avoir quarante-six ou quarante-huit ans. Une casquette à visière de cuir rabattue cachait en partie son visage brûlé par le soleil et le hâle, et ruisselant de sueur. Sa chemise de grosse toile jaune, rattachée au col par une petite ancre d'argent, laissait voir sa poitrine velue ; il avait une cravate tordue en corde, un pantalon de coutil bleu, usé et râpé, blanc à un genou, troué à l'autre, une vieille blouse grise en haillons, rapiécée à l'un des coudes d'un morceau de drap vert cousu avec de la ficelle, sur le dos un sac de soldat fort plein, bien bouclé et tout neuf, à la main un énorme bâton noueux, les pieds sans bas dans des souliers ferrés, la tête tondue et la barbe longue.

 

                                                                                                 Victor HUGO (Les Misérables)

*Digne : Petite ville des Alpes françaises.

Un enfant de 2 ans chez "Big Brother":

polémique en Allemagne

 

BERLIN (AFP) - Une polémique a éclaté en Allemagne après l'apparition d'un enfant de deux ans dans l'émission de télé-réalité "Big Brother", où des candidats sont enfermés dans un conteneur et filmés 24 heures sur 24, a rapporté mercredi le quotidien Die Welt.

"Les producteurs de Big Brother devraient avoir honte. Qui agit de la sorte agit de manière irresponsable. Cela vaut pour la mère comme pour la chaîne de télévision" RTL II, a condamné la ministre allemande de la Famille, Renate Schmidt, citée par Die Welt.

"Je ne pense guère de bien de mettre en scène des adultes dans un conteneur. Des enfants encore moins", a affirmé Brigitte Hohlmeier, ministre bavaroise des Cultes.

A l'origine de la polémique, la visite d'une heure que le petit Léon-Lucas, deux ans, a rendue à sa mère Sandra, 22 ans, qui fait partie des candidats enfermés pour la cinquième édition de "Big Brother".

Sous l'oeil des caméras, Sandra avait joué avec son fils pendant une heure avant que celui-ci ne reparte chez ses grands-parents.

La chaîne s'est justifiée en soulignant avoir "bien étudié l'entourage social des candidats". Selon le producteur, Rainer Laux, cité par Die Welt, "la mère se languissait de son fils. Tous deux étaient très heureux" de se retrouver.

Quelque deux millions de téléspectateurs suivent quotidiennement la cinquième édition de "Big Brother".

L'HISTOIRE DE BABAR, LE PETIT ÉLÉPHANT
Jean de Brunhoff
Dans la grande forêt un petit éléphant est né. II s'appelle Babar. Sa maman l'aime beaucoup. Pour l'endormir, elle le berce avec sa trompe. en chantant tout doucement.
Babar a grandi. II joue maintenant avec les autres enfants éléphants. C'est un des plus gentils. II s'amuse à creuser le sable avec un coquillage.
Babar se promène très heureux sur le dos de sa maman.
Tout à coup un vilain chasseur, caché derrière un ,'      buisson, tire sur eux. Le chasseur a tué la maman. Les singes se cachent, les oiseaux s'envolent. Le chasseur court pour attraper le pauvre Babar. Babar se sauve parce qu'il a peur du chasseur.
Au bout de quelques jours, bien fatigué, il arrive près d'une ville. II est très étonné, parce que c'est la première fois qu'il voit tant de maisons ; que de choses nouvelles ! Ces belles avenues, ces autos et ces autobus...! Pourtant, ce qui intéresse le plus Babar, ce sont deux messieurs qu'il rencontre dans la rue. II pense : «vraiment, ils sont très bien habillés, je voudrais bien avoir aussi un beau costume, mais comment faire ? » Heureusement, une vieille dame très riche, qui aimait beaucoup les petits éléphants, comprend en le regardant qu'il a envie d'un bel habit. Comme elle aime faire plaisir, elle lui donne son porte-monnaie. Babar lui dit: « Merci, Madame ».
Maintenant Babar habite chez la vieille dame. Le matin, avec elle, il fait de la gymnastique, puis il prend son bain.
Tous les jours il se promène en auto. C'est la vieille dame qui la lui a achetée. Elle lui donne tout ce qu'il veut.
Pourtant Babar n'est pas tout à fait heureux, car
il ne peut plus jouer dans la grande forêt avec ses petits cousins et ses amis les singes. Souvent, à la fenêtre, il rêve en pensant à son enfance et pleure en se rappelant sa maman.
Deux années ont passé. Un jour pendant sa pro­menade, il voit venir à sa rencontre deux petits élé­phants tout nus - « Mais c'est Arthur et Céleste, mon petit cousin et ma cousine. » dit-il, stupéfait, à la vieille dame. Babar embrasse Arthur et Céleste. puis il va leur acheter de beaux costumes.
Ensuite il les emmène chez le pâtissier manger de bons gâteaux.
Pendant ce temps, dans la forêt, les éléphants cherchent et appellent Arthur et Céleste, et leurs mamans sont bien inquiètes.
Heureusement, en volant sur la ville, un vieux ma­rabout les a vus. Vite ii vient prévenir les éléphants.
Les mamans d'Arthur et de Céleste partent les chercher à la ville. Elles sont bien contentes de les retrouver, mais les grondent tout de même parce qu'ils se sont sauvés.
Babar se décide à partir avec Arthur, Céleste et leurs mamans et à revoir la grande forêt. Tout est prêt pour le départ. Babar embrasse sa vieille amie, il lui promet de revenir, jamais il ne l'oubliera. -La vieille dame reste seule ; triste, elle pense « Quand reverrai-je mon petit Babar ? »
Ils sont partis... Les mamans n'ont pas de place dans l'auto - elles courent derrière et lèvent leurs trompes pour ne pas respirer la poussière.
Le même jour, hélas, le roi des éléphants, au cours d'une promenade, a mangé un mauvais champi­gnon.
Empoisonné, il a été bien malade. Si malade qu'il en est mort. C'est un grand malheur. Après l'enter­rement, les plus vieux des éléphants se sont réunis pour choisir un nouveau roi. Juste à ce moment, ils entendent du bruit. ils se retournent. Qu'est-ce qu'il voient ? Babar, qui arrive dans son auto et tous les éléphants qui courent en criant « Les voilà ! les voilà! ils sont revenus! Bonjour Babar, bonjour Arthur! Ah! bonjour Céleste! Quel beau costume, quelle belle auto! Alors Cornélius, le plus vieux des éléphants I dit de sa voix tremblante : « Mes bons amis, nous cherchons un roi. Pourquoi ne pas choisir Babar. II revient de la ville, il a beaucoup appris chez les hommes. Donnons-lui la couronne.» Tous les élé­phants trouvent que Cornélius a très bien parlé. Impatients, ils attendent la réponse de Babar. «Je vous remercie tous, dit alors ce dernier, mais avant d'accepter, je dois vous dire que pendant notre voya­ge en auto, Céleste et moi, nous nous sommes fiancés. Si je suis votre roi, elle sera votre reine. » - « Ah ! vive la reine Céleste ! Vive le roi Babar ! » crient tous les éléphants sans hésiter. Et c'est ainsi que Babar devint roi.
Babar dit alors à Cornélius : «Tu as de bonnes idées. Aussi, je te nomme général et quand j'aurai la couronne, je te donnerai mon chapeau melon. Dans huit jours j'épouserai Céleste, nous aurons alors une grande fête pour notre mariage et notre cou­ronnement. Ensuite Babar demande aux oiseaux d'aller inviter tous les animaux à ses noces.
Les invités commencent à arriver. Le dromadai­re, chargé d'acheter à la ville de beaux habits de noces, les rapporte juste à temps pour le mariage.
Mariage de Babar.
Couronnement de Babar.
Après le mariage et le couronnement, tout le monde danse de bon cœur. Les oiseaux se mêlent à l'orchestre. La fête est finie. Le nuit est venue. Les étoiles se sont levées. Le roi Babar, et la reine ; Céleste, heureux, rêvent à leur bonheur. Maintenant { tout dort. Les invités sont rentrés chez eux, très contents, mais fatigués d'avoir trop dansé. Longtemps ils se rappelleront ce grand bal.

Coucher de soleil à El-Oued

 

C'était l'heure élue, l'heure merveilleuse au pays d'Afrique, quand le grand soleil de feu va disparaître enfin, laissant reposer la terre dans l'ombre bleue de la nuit.

Du sommet de cette dune. on découvre toute la vallée d'El Oued sur laquelle semblent se resserrer les vagues somnolentes du grand océan de sable gris.

Etagée sur le versant méridional d'une dune, El Oued, l'étrange cité aux innombrables petites coupoles rondes, changeait len­tement de teinte.

Au sommet de la colline, le minaret blanc de Sidi Salem s'éle­vait, déjà irisé, déjà tout rose dans le reflet occidental. Les ombres des choses s'allongeaient démesurément, se déformaient et pâlissaient sur le sol, devenu vivant ; alentour, pas une voix.

Toutes les cités des pays de sable, bâties en plâtras léger, ont un aspect sauvage, délabré et croulant.

Les dunes allongées et basses de Sidi-Mestour qui dominent la ville vers le sud-est semblaient maintenant autant de coulées de métal incandescent, de foyers embrasés, d'un rouge violacé d'une invraisemblable intensité de couleur.

Sur les petits dômes ronds, sur les pans de murs en ruine, sur les tombeaux blancs, sur les couronnes échevelées des grands dattiers, des lueurs d'incendie rampaient, magnifiant la ville grise en un flamboiement d'apothéose.

 Le dédale marin des dunes géantes de l'autre route déserte qui mène à Touggourt, .d'où nous venons par Taïbett-Guéblia, se dessinait; irisé, noyé en des reflets d'une teinte de chamois argenté, sur le pourpre sombre du couchant.

Jamais, en aucune contrée de la terre, je n'avais vu le soir se parer d'aussi magiques splendeurs l

A El Oued, pas de forât de dattiers obscurs enserrant la ville, comme dans les oasis des régions pierreuses ou salées... La ville grise perdue dans le désert gris, participant tout entière de ses flamboiements et de ses pâleurs, comme lui et en lui, rose et dorée aux matins enchantés, blanche et aveuglante aux midis enflammés, pourpre et violette aux soirs irradiés... et grise, grise, comme le sable dont elle est née, sous les ciels blafards de l'hiver !

Quelques vapeurs blanches qui flottaient, légères, dans l'embrasement du zénith profond, s'en allaient maintenant, pourpres et frangées d'or, vers d'autres horizons, tels les lambeaux d'un impérial manteau disséminés au souffle capricieux de la brise...

Et toujours encore, pendant toutes ces métamorphoses, pendant toute cette grande féerie des choses, pas un être, pas un son.

Cependant, la teinte pourpre du ciel, qui semblait se refléter dans le chaos des dunes, devenait de plus en plus sombre, de plus en plus fantastique.

Le disque démesuré du soleil, rouge et sans rayons, achevait de sombrer derrière les dunes basses de l'horizon occidental, du côté d'Allenda et d'Araïr.

 

Isabelle Eberhardt, « Au Pays des Sables. » (Fernand Sorlot, Editeur.)

Schéhérazade
          Lui et Elle vivaient dans une ville comme des milliers d'autre villes où le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest, où le printemps succède à l'hiver et l'automne à l'été.
          Elle était d'une beauté qui faisait pâlir le Soleil.
          Lui aussi était beau. Il s'éprit d'Elle. Et Elle s'éprit de lui. Et il vint chez elle pour lui dire son grand amour et offrir pour toujours sa main et son coeur.
          - O lumière de mes yeux!... dit-il.
         Mais il ne put continuer. Parce que le téléviseur était allumé et la jolie speakerine annonça le premier film des "Mille et une nuits". Et Lui et Elle, oubliant tout, se mirent à suivre avec un vif intérêt les aventures étonnantes de la sagace Schéhérazade.
         Lorsque le film prit fin, il était déjà minuit. Il rentra chez lui bien décidé de revenir le lendemain pour lui dire son grand amour et lui offrir pour toujours sa main et son coeur.
          Le lendemain, il vint chez Elle et dit:
          - O lumière de mes yeux! ...
          Mais, de nouveau, il ne put continuer. Parce que la jolie speakerine annonça le deuxième film des Mille et une nuits.
          Et de nouveau oubliant tout, Elle et Lui suivirent avec beaucoup d'intérêt les aventures du perfides visir et du djinn tout puissant.
          Lorsque le film prit fin, il était minuit. Et de nouveau il rentra chez lui fermement résolu à revenir le lendemain et lui dire, à tout prix son grand amour et lui offrir pour toujours sa main et son coeur.
          Mais le lendemain, ce fut le troisième film. Puis le cinquième, le septième, le vingtième... Le tout dura mille et un soirs, et lorsque le dernier prit fin, il se leva et se mit à genoux devant Elle.
          - O lumière de mes yeux! ... dit-il.
          Mais... la jolie speakerine annonça le premier film de Cent ans de solitude.
          Et il ne lui confia pas son amour à lui, et Elle ne lui confia pas son amour à elle. Et il ne lui offrit pas sa main et son coeur.
          Chaque soir, il prenaient place devant le petit écran et étaient heureux. Et ils moururent le même jour. Lorsque le téléviseur tomba en panne.

                                                                               In. La revue Spoutnik. Avril 1983.

Un jour quand j’étais enfant

 

          J’étais enfant et je jouais près de la case de mon père .Je devais être très jeune encore : cinq ans , six ans peut-être. Ma mère était dans l’atelier, près de mon père, et leur voix me parvenait rassurante, tranquille, mêlée à celles des clients de la forge et au bruit de l’enclume.

 

         Brusquement, j’interrompis de jouer, l’attention, toute mon attention, fut captée par un serpent qui rampait autour de la case, je m’approchai bientôt. Je ramassai un roseau qui traînait dans la cour et, à présent, j’enfonçai ce roseau dans la gueule de la bête. Le serpent ne se dérobait pas : il prenait goût au jeu : il avala le roseau, il l’avala comme une proie. Il vint un moment où le roseau se trouva  à peu  près englouti, et où la gueule du reptile se trouva terriblement proche de mes doigts. Je riais, je n’avais pas peur du tout, et je crois bien que le serpent n’eût plus beaucoup tardé à m’enfoncer ses crochets dans les doigts si, à l’instant, Damany, l’un des apprentis ne fût sorti de l’atelier. L’apprenti  fit signe à  mon  père, et presque aussitôt je me sentis soulevé de terre : j’étais dans les bras d’un des amis de mon père.

       Un peu plus tard, j’entendis ma mère m’avertir sévèrement de ne plus jamais recommencer un tel jeu.

 

        Camara  LAYE. In. L’enfant noir. Ed. Plon.Paris.1953

Le requin.
 
Notre navire avait jeté l’ancre sur la côte d'Afrique. La journée était belle, une brise fraîche venait de la mer. Mais vers le soir, le temps changea ; on étouffait, un air chaud soufflait du Sahara. Avant le coucher du soleil, le capitaine monta sur le pont et ordonna à l'équipage de se baigner.
II y avait avec nous deux jeunes garçons ; ils sautèrent. dans l'eau les premiers, ils filèrent au large et se mirent à la course. L'un d'eux prit d'abord de l'avance sur son camarade, mais se laissa bientôt devancer, le père de l'enfant, un vieil artilleur, était sur le pont et admirait son fils. Le gamin ayant ralenti sa marche, le père lui cria: « Ne te laissa pas devancer. Fait encore un effort. »
 
Tout à coup, sur le pont, quelqu'un s'écria : « Un requin ! » Et tous, nous aperçûmes sûr l'eau le dos du monstre. Il nageait droit sur l'enfant.
« - Arrière ! Arrière ! Un requin ! » criait l'artilleur. Mais ils ne l'entendirent point ; ils riaient, s'amusaient, nageaient plus loin et riaient encore plus fort. L'artilleur, pâle, immobile, ne quittait pas les enfants des yeux. Les matelots détachèrent vivement une barque dans laquelle ils se jetèrent et, ramant à briser les avirons, ils volèrent au secours des enfant, Mais ils étaient encore loin d'eux, tandis que le requin était près.
Les enfants n'avaient rien vu ni entendu, mais soudain, l'un d'eux se retourna. Nous entendîmes un cri d'épouvante, puis ils se séparèrent.
Ce cri tira l'artilleur de sa torpeur. Il courut, ajusta, visa et prit la mèche. Noirs tous restions pétrifiés   d’horreur. Le coup retentit, et nous vîmes le père retomber auprès de son canon, en se cachant le visage de ses mains.
Pendant un moment, la fumée nous empêcha de voir ce qu'étaient devenus les enfants et le requin.
Mais lorsque la fumée se dissipa, nous entendîmes un doux murmure, qui se changea bientôt en un cri de joie générale. Le vieil artilleur découvrit son visage, se leva et regarda la mer.
Le ventre jaune du requin flottait sur les vagues et, un instant après, la barque ramenait les deux enfants à bord du navire.
                                                                                                 
                                                                                                                 Léon Tolstoi
Retour au début

Une étonnante carrière artistique.
Enfant il avait un visage angélique, ses parents l'avaient appelé Raphaël. Très tôt, il manifesta des dons qui autorisèrent tous les espoirs. Il apprit le piano dès l'âge de trois ans. Ses progrès furent remarquables. Il eut le premier prix du conservatoire de musique.
Mais peut-on faire une carrière de grand pianiste internationale quand on a pour nom de famille BIDOCHE* ? De plus, vers sa seizième année, il perdit son visage d'ange, il dut porter de grosses lunettes parce qu'il ne voyait rien de loin. Il avait toujours une expression étonnée plus propre à provoquer le rire qu'à inspirer le rêve. Pourtant, il se maria. Sa femme partageait son amour pour la musique. Mais les fins de mois étaient difficiles : aucune proposition de concert, seulement quelques leçons particulières.
Un jour qu'il rentrait tard, sa femme toute excitée lui dit qu'un directeur de café-concert était venu pour lui proposer de jouer seul au piano, quelques pièces musicales, entre deux numéros comiques. Raphaël refusa tout net. Sa femme le supplia. Il accepta malgré lui et signa un engagement de six mois.
Dès le premier soir, il comprit qu'un piège venait de se refermer sur lui. Le public avait été mis en gaieté par le numéro précédent. Quand Raphaël, serré dans son costume trop court pour lui, se présenta, l'air embarrassé, tout paraissait calculé pour un numéro comique. Il fut salué par des hurlements de rire. Pour son malheur, le tabouret était trop bas. Afin de le remonter, dans son trouble, il dévissa complètement le siège et se retrouva avec deux morceaux de tabouret devant le public décharné. Dans une situation normale, quelques secondes auraient suffit à remettre le siège en place, mais la maladresse de Raphaël augmenta, et, malheur suprême, il fit tomber ses lunettes sans lesquelles il ne voyait rien. La joie du public était à son comble. Il réussit toutefois à jouer quelques mesures.
Quand il sortit de scène, le directeur le serra dans ses bras, il lui dit qu'il avait des dons d'improvisation comique incomparables ; c'était un triomphe i Raphaël fut désespéré.
 
*BIDOCHE : nom familier, il signifie morceau de viande.
 
                                                                                    Michel TOURNIER
                                                                                    In. Le coq de bruyère.

Au pays des phoques.
 
Il était une fois un petit esquimau qui s’appelait Pataqouïk, il avait coutume d’aller toujours pêcher sur un îlot de glace pour ramener des poissons pour ses parents. Les poissons se faisaient rares, mais le garçonnet montrait de la patience restait immobile à son poste, prêt à lancer le harpon.
 
Un jour, dans le bleu intense de l’eau, apparurent deux magnifiques animaux. C’étaient deux beaux phoques, qui, nageant jusqu’à l’esquimau, lui demandèrent gentiment :
-      Bonjour, petit garçon, que fais-tu ici ? Veux-tu jouer avec nous ?
 Nous nous appelons Oranka et Pakéta et nous aimons la compagnie. Tu viens ?
          Pataquoïk fut heureux de bavarder avec eux. Mais pendant qu’ils conversaient, un troisième phoque survint derrière son dos et mangea le bon poisson fumé qu’il avait emporté pour goûter. Lorsqu’il s’en aperçut, Pataqouïk fut bien triste, mais Oranka le consola aussitôt.
- Ne pleure pas Pataquoïk. Si tu as faim, je te donnerai tout le poisson que tu veux ; et  même pour en emporter à la maison.
-  Mais comment fais-tu? S’exclama le garçonnet. Je n’arrive pas à en attraper. Et vous, vous n’avez ni hameçon ni harpon. Comment faites-vous ?
-  Aie confiance, répliqua Oranka. Monte sur mon dos.                                                  
Sans hésiter, Pataquouïk monta sur son dos et le phoque partit rapidement sur les eaux du froid. Les trois amis parvinrent bientôt devant une grotte immense. En frétillant, Oranka entra, ayant toujours le garçonnet sur le dos. Comme c’était beau !  Pataquouïk croyait rêver !
-       Voici notre garde-manger, dit Oranka. Tu y trouveras tout le poisson que tu voudras.
L’enfant resta stupéfait de découvrir de grands saumons, des espèces étranges, petites et grandes qu’il n’avait jamais vues. C’était incroyable !
-      Comment as tu fait pour pêcher tout ce poisson ? murmura-t-il incrédule.

         - Tu es bien un enfant de l’homme, dit Oranka en souriant, à croire que le poisson ne se pêche seulement qu’avec un filet ou un harpon. Nous, phoques, ne disposons que de notre bouche. Tu ne sais donc pas que nous sommes les plus habiles pêcheurs des glaces ?

 Alors, Pataquouïk, chargé de poissons, retourna vers son village, toujours sur le dos d’Oranka.
          Ses parents accorderaient-ils du crédit au récit de son aventure chez les phoques ?
                                                                                                      Conte anonyme.

Il était une fois,un maître érudit et sage qui vivait dans la pauvreté et répandait parmi les jeunes les connaissances que Dieu lui avait permis d'acquérir, en lui donnant une intelligence lumineuse . Il était aimé et admiré de tous . Le sultan en devint jaloux.
Un jour, il le fit venir et lui dit : " Tu es un maître réputé, un pédagogue averti, je vais te confier un élève . Je t'accorde trois ans pour lui enseigner le coran ".
Il lui présenta une belle bête, un chameau .«Voici ton futur élève, lui dit-il . Réfléchis jusqu'à demain . Si l'entreprise te paraît difficile, tu peux refuser: je t'ai préparé , dans ce cas, un cachot profond qui sera ta prison , ton tombeau» .
Le maître s'en alla tout triste, maudissant sa science et sa sagesse ... Il rencontra un philosophe , homme simple et triste , vêtu de guenilles , vivant d'herbes et de racines en compagnie des bêtes sauvages qu'il préférait aux hommes. Il lui demanda conseil.
"Homme instruit , lui dit le philosophe, ta science te rend aveugle, borné et craintif. Peux-tu connaître les desseins du très haut? Lui seul doit inspirer la crainte, none sultan périssable ... Va ! accepte l'élève qu'il te propose D'ici trois ans, tu peux mourir. Tu seras entre les mains de Dieu . Le chameau peut mourir. Tu n'auras pas à prouver ton Habilité Si l'heure du sultan suprême a enfin sonné , tu te trouveras possesseur d'un chameau et plus riche que tu ne l'es à présent !"
C'est ce qui arriva Le sultan ne tarda pas à mourir et nul ne songea à réclamer le chameau .
Depuis ce jour, sagesse, science et vivacité faisaient bon ménage chez le maître, redevenu heureux après cette pénible épreuve .

                                                                                        D'après Mouloud Feraoun.

LA CARPE ET LE PECHEUR
Il était une fois un pêcheur qui vivait à la compagne avec sa femme. Ils habitaient une pauvre cabane.
Un jour, le pêcheur attrapa une carpe. Celle-ci lui proposa un marché :
           - Si tu me laisse repartir, tu auras tout ce que tu voudras.
           - Oui , affaire conclue, répondit le pêcheur.
Aussitôt arrivé chez lui, il conta l'aventure à sa femme. Celle-ci demanda une maison.
L'homme retourna au lac et présenta le souhait de son épouse. La carpe exauça ce souhait sur le champ.
Le pêcheur et sa femme poussèrent des cris de joie en voyant la belle petite maison.
Hélas, la femme du pêcheur, qui avait goûté à la richesse, voulut, quelques mois plus tard, habiter dans une magnifique demeure. La carpe exauça encore ce souhait. 
Elle voulut ensuite habiter dans un château et être la reine du pays.      
La carpe accepta mais pour la dernière fois.
La femme patienta de longs mois sans rien demander, mais un jour, elle demanda à son mari d'aller voir la carpe, car elle voulait habiter la lune. Le pauvre homme y alla.
La carpe, très courroucée, fit un geste et le pêcheur et sa femme se retrouvèrent dans leur petite cabane, aussi pauvre qu'auparavant.
Quant à la carpe, elle disparut pour toujours.
                                                   Conte d’Algérie. Texte recueillis par G. BAROUD.

Le roi Face-de-Miroir

Un jour, le roi Face-de-Miroir décida de réunir tous les savants de son royaume afin qu'ils lui disent la vérité de la vie.
Les savants arrivèrent un à un dans le palais, ils s'installèrent dans une grande salle avec leurs livres, leurs papiers, leurs porte­plume. À la question du roi: « Quelle est la vérité de la vie? », chacun répondit :
- Moi, je connais la vérité. Écoutez-moi, je vais vous l'expliquer.
Mais tout de suite, il y eut un autre savant pour s'écrier:
- Un instant ! tout ceci n'est que mensonges. Moi, je connais la vérité. et je vous affirme que...
Alors un autre savant exigea: le silence, car lui, il pouvait répondre à la question du roi. Mais personne ne le laissa parler. En fait, chacun criait :
- Je sais ce qui est le vrai et tout le reste est mensonge !
Bientôt, ils en vinrent à des insultes, puis chacun essaya de taper sur la tête de son voisin avec ses livres de sagesse. Dans la grande salle du palais régnait un beau tumulte. D'abord le roi s'en étonna puis il s'en amusa. Enfin, il alla trouver son ministre et lui dit :
- Allez dans la ville, rassemblez tous les aveugles de naissance que vous y rencontrerez. Ensuite, conduisez-les à la porte du palais.
C'est ce que fit le ministre et bientôt il amena un groupe d'aveugles. Le roi demanda alors qu'on fit venir un éléphant. Quand la bête se tint devant les aveugles, on guida leurs mains vers l'animal.
Un aveugle saisit une jambe de l'éléphant, un autre la queue, un autre la racine de la queue, un autre le ventre, un autre le flanc, un autre le dos, un autre l'oreille, un autre la tête, un autre la défense, un autre la trompe. Ensuite, le ministre conduisit les aveugles auprès du roi.
- Avez-vous vu un  éléphant ? demanda le roi.
- Oui, Majesté, entièrement! Répondirent­ils.
            Le roi reprit :
- A quoi ressemble un éléphant ? Celui qui avait touché la patte répondit :
- Ô, roi, un éléphant est comme un gros tuyau verni.
- Pas du tout ! dit celui qui avait tenu la queue, il est comme un balai.
- Il est comme un ballon, dit celui. qui avait touché la racine de la queue.
- L'éléphant est comme un tambour ! S'écria celui qui avait palpé le ventre.
- Non, il est comme un mur, prétendit celui qui avait touché le flanc.
- C'est une grande et haute table, assura celui qui avait tâté le dos.
- C'est un van*, affirma celui qui avait pris l'oreille.          
- Mais non, c'est un gros boisseau, répli­qua celui qui avait touché la tête.
- C'est une corne! clama celui qui avait touché une défense.
Quant à celui qui avait tenu la trompe, il éleva la voix :
- Sage roi, l'éléphant est comme une corde.
Ensuite ils se disputèrent, chacun accusant les autres de mensonge. Alors, le roi convoqua les savants et leur dit en riant :
- Vous êtes comme ces aveugles. Vous avez aperçu un point et vous croyez tout connaître, et surtout vous affirmez que tout le reste est faux !
 
* Van : sorte de corbeille d’osier faite pour agiter le grain et le nettoyer.
 
 
       Thalie De Molènes 
17 contes du bouddhisme.
Edition, Castor Poche Flammarion. Paris 2000.

Tahar DJAOUT
  L'Invention du désert,
  Editions, Le Seuil, Paris1987, p.50-53
Ibn Toumert là où l'Enfer a planté ses ténèbres.
Ibn Toumert, le fondateur puritain de la dynastie des Almohades dans le Maghreb du XII siècle,  est imaginé par le narrateur se promenant sur les Champs-Elysées et à Barbes. Il est scandalisé par le règne de Satan dans ce pays perverti, mais il succombera lui-même à l'alcool, lui le donneur de leçons.
     En plein Champs-Elysées, parmi les touristes nordiques et japonais, Ibn Toumert promène sa hargne dévote que le soleil de juillet rallume chaque fois qu'elle s'assoupie. Il est ébloui et multiplié, il est des milliers à la fois. Il descend à foulées nerveuses l'avenue large comme une hamada et se retrouve tout à coup face à la maison du Danemark. Femmes blondes dénudées, offertes aux désirs telles des proies. La morale du monde s'est liquéfiée. L'image, réprouvée par Dieu, triomphe ici de tout les signes. L'enfer a planté ses ténèbres en plein quotidien des hommes, dont les chatoiements polychromes qui aveuglent au lieu d'éclairer. Quelle rutilance de couleur, d'horreur et de tentation ! Que de femmes lâchées sur le monde comme des tigresses altérées de sang et de scandale! Comment les peuples peuvent-ils vivre en paix avec une telle dynamite dans la rue ? Le bâton noueux  d'olivier aura beau s'abattre et meurtrir, comme au temps de Bejaia la Hammadide déliquescente, il n'arrivera jamais à redresser cette civilisation du péché. C'est un autre Déluge qu'il faudrait, un Déluge qui commencerait par fracasser le perfide esquif de Noé pour enrayer toute chance de salut. Car nul être, bête où homme, ne mérite d'échapper à l'enlisement.
     Dieu  est sans doute décédé - à moins qu'il n'ait été lui aussi gagné à la mollesse des stupres. Mais n'a-t-il pas été plutôt détrôné par Satan qui cultive désormais en mettre sur la planète des Sodome et des Gomorrhe ? Onan est réhabilité, il narre devant l'humanité ses ignominieuses prouesses. tous les travers de l'esprit, toutes les tares de la conduite, toutes les pratiques inavouables sont ici affichés et célébrés. On leur élève des idoles comme chez les antropomophistes  d'avant le triomphe de la Foi. 
   Grouillement des Champs-Elysées. Agressivité des corps dénudés par la publicité, le commerce et le spectacle. Les affiches assènent leurs coups traîtres et cuisants. Joy, Emmanuelle et d'autres offres plus déshabillantes. Ibn Toumert sent le doute 'entamer, il invoque la Foi préservatrice; mais il perçoit son édifice intérieur vaciller comme une poutre pourrie sous la pression du combat qui se livre en lui, inexorable. Ibn Toumert sent sa tête s'engourdir, son corps lentement se réveiller, se hérisser d'épines sacrilèges. Il passe comme une ombre controversée, écartelée entre désir et rétention, parmi les fesses placardées et celles qui sillonnant le boulevard.
     Dieu a-t-il  donc abdiqué ? L'imam intemporel ne voit pas clair, il n'arrive à rétablir l'ordre ni dans sa tête ni dans ses sens. Où est passé cette force inébranlable qui l'arma et le soutint jadis contre les monarques et les bandits, contre les dévoyés de tout bord et les irréductibles impénitents ?
" Les blancs arrivent... tremble la république" et autres graffiti de métro (car Ibn Toumert a pris le métro) n'arrivent pas à l'intéresser parce que au-dessus de sa compréhension. "Pour votre tranquillité, les spectacle et les quêtes sont interdits. Ne les encouragez pas." "Les nègres sont la honte de la France." "Nègres, Bougnouls, Viets = choléra." "M.Prin,éleveur utilise pal."
      Bruit furieux de mille activités et mouvement. Ibn Toumert ne porte pas de walkman.
    Métro anonyme où s'insinue un semblant de fraîcheur comme lorsque la nuit de janvier descend lentement sur le désert. Entrailles sombres de la ville libertaire, face voilée où interfèrent les différences. Turc. Arabe. Berbère. Laotien. Les langues se délient dans la pénombre. Et Ibn Toumert, éperdu, se mit à psalmodier une sourate qui l'amende.
     Ibn Toumert pénètre furtivement dans un petit jardin bien propre et clôturé, à proximité de l'imposante mosquée des infidèles avec son minaret  anguleux, affilé avec art mais sans douceur. Le Quartier Latin n'est pas loin. Il y a des couples enlacés sur les bancs verts du jardinet, mais Ibn Toumert est devenu précautionneux, il sait que le monde est sens dessus dessous, que la pudeur et l'opprobre ont interverti leur place; il se contient sagement d'exhiber son gourdin d'olivier qui a traversé des siècles avec lui. Il s'arrête, interloqué, devant une statut quelque peu fantaisiste qui ressemble aux travaux mal dégrossis des anthropomorphistes malhabile une statut qui porte sur son socle: Hommage à Guillaume Apollinaire.
     Les parcs publics sont accueillants même s'ils sont peuplés de couples indélicats qui mettent votre pudeur à rude épreuve. Même s'ils ont des visages impassibles, des arbres dénués de sève et de bruissement. (Mais n'est-ce déjà pas un miracle de contempler tant de verdure ? Ibn Toumert parfois croit rêver, il se demande s'il n'est pas tout simplement en présence de ces arbres du Paradis dans une bonne monture lancée au galop mettrait des jours à franchir l'ombre. Et cette eau - le don le plus parcimonieux de Dieu - qui gicle ruineusement vers le ciel ! ) Tant de prodigalité l'exaspère; et préfère visiter d'autres quartiers à la recherche de ses compatriotes dont il sait qu'ils ont délaissé leur contrée, poussés brutalement pas l'histoire vers cette antre nazaréen où Satan règne sans rival.
     Il les retrouve sans peine. Ils sont nombreux à s'affairer à Barbes, à la Goutte d'Or où le Maghreb et l'Afrique imposent leurs rythmes ( Aït-Menguelat, Lemchaheb, Manu Dibango: Ibn Toumert se recycle et parfait sa culture générale), leurs couleurs, leurs tatouages. Mais ils savent que cette air du pays est trompeur, qu'il suffit de marcher dix minutes ou un quart d'heure pour quitter la serre du microcosme et retrouver le froid d'à côté pour que l'exil reprenne son nom et sa dureté. Car être immigré, ce n'est pas vivre dans un pays qui n'est pas le sien, c'est vivre dans un non-lieu, c'est vivre hors des territoires. Cela, Ibn Toumert l'a bien compris, lui qui se retrouve déboussolé, expulsé sans recours, assis entre deux passeports.

"Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue: Je t'aime.
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.
Il me sembla qu'elle nous souriait, la petite phrase.
Il me sembla qu'elle nous parlait:
      -je suis un peu fatiguée. Il paraît que j'ai trop travaillé. Il faut que je me repose.- Allons, allons, Je t'aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide.

 

La grammaire est une chanson douce...    

 

 

Quelques jours de repos et tu seras sur pied. Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.
Tout le monde dit et répète "je t'aime". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s'usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver."
Ce matin-là de mars, veille des vacances de Pâques, un agneau se désaltérait tranquillement dans le courant d'une onde pure. La semaine précédente, j'avais appris que tout renard flatteur vit aux dépens du corbeau qui l'écoute. Et la semaine encore antérieure, une tortue avait battu un lièvre à la course...
Vous avez deviné : chaque mardi et chaque jeudi, entre neuf et onze heures, les animaux les plus divers envahissaient notre classe, invités par notre professeur. La toute jeune Mademoiselle Laurencin aimait d'amour La Fontaine. Elle nous promenait de fable en fable, comme dans le plus clair et le plus mystérieux des jardins.
-Écoutez ça, les enfants :
Une grenouille vit un boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse s'étend, et s'enfle, et se travaille...
Ou ceci :
Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre! C'est en ces mots que le lion
Parlait un jour au moucheron.
L'autre lui déclara la guerre.
Laurencin, en récitant, rougissait, pâlissait : c'était une véritable amoureuse.
-Vous vous rendez compte? En si peu de lignes, dessiner si bien l'histoire... Vous la voyez, la grenouille envieuse, non? Et le moucheron chétif, vous ne l'entendez pas vrombir?
- Pardon madame, que veut dire « excrément » ?
- Mais c'est de la merde, ma Jeanne.
Car Laurencin, toute blonde et jeune qu'elle était, n'avait pas peur des mots et serait plutôt morte que de ne pas appeler un chat un chat.
- Bénissez la chance, mes enfants, d'avoir vu le jour dans l'une des plus belles langues de la Terre. Le français est votre pays. Apprenez-le, inventez-le. Ce sera, toute votre vie, votre ami le plus intime.
Le personnage qui, ce matin-là de mars, entra dans notre classe aux côtés de Monsieur Besançon, le principal, n'avait que la peau sur les os. Homme ou femme? Impossible à savoir, tant la sécheresse l'emportait sur tout autre caractère.
-Bonjour, dit le principal. Madame Jargonos se trouve aujourd'hui dans nos murs pour effec­tuer la vérification pédagogique réglementaire.
 
- Ne perdons pas de temps!
D'un premier geste, la visiteuse renvoya Monsieur Besançon (lui d'ordinaire si sévère, je ne l'avais jamais vu ainsi : tout miel et cour­bettes). D'un second, elle fit signe à notre chère Laurencin.
-Reprenez. Où vous en étiez. Et surtout : faites comme si je n'étais pas là!
Pauvre mademoiselle! Comment parler nor­malement devant un tel squelette? Laurencin se tordit les mains, inspira fort et, vaillante, se lança :
- Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure;
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure.
Un agneau... L'agneau est associé, vous le savez, à la douceur, à l'innocence. Ne dit-on pas doux comme un agneau, innocent comme l'agneau qui vient de naître? D'emblée, on ima­gine un paysage calme, tranquille... Et l'im­parfait confirme cette stabilité. Vous vous souvenez? Je vous l'ai expliqué en grammaire : l'imparfait est le temps de la durée qui s'étire, l'imparfait, c'est du temps qui prend son temps... Vous et moi, nous aurions écrit : Un agneau buvait. La Fontaine a préféré Un agneau se désaltérait... Cinq syllabes, toujours l'effet de longueur, on a tout son temps, la nature est pai­sible... Voilà un bel exemple de la « magie des mots ». Oui. Les mots sont de vrais magiciens. Ils ont le pouvoir de faire surgir à nos yeux des choses que nous ne voyons pas. Nous sommes en classe, et par cette magie merveilleuse, nous nous retrouvons à la campagne, contemplant un petit agneau blanc qui...
 
Jargonos s'énervait. Ses ongles vernissés de violet griffaient la table de plus en plus fort.
- Je vous en prie, mademoiselle, nous n'avons que faire de vos enthousiasmes!
Laurencin jeta un bref regard par la fenêtre, comme pour appeler à l'aide, et reprit :
-La Fontaine joue comme personne avec les verbes. Un loup « survient » : c'est un présent. On aurait plutôt attendu le passé simple : un loup « survint». Qu'apporte ce présent? Un sen­timent accru de menace. C'est maintenant, c'est tout de suite. Le calme de la première phrase est rompu net. Le danger s'est installé. Il survient. On a peur.
-Je vois, je vois... De l'imprécis, de l'à-peu-près... De la paraphrase alors qu'on vous demande de sensibiliser les élèves à la construction narrative : qu'est-ce qui assure la continuité textuelle? À quel type de progression théma­tique a-t-on ici affaire? Quelles sont les compo­santes de la situation d'énonciation? A-t-on affaire à du récit ou à du discours ? Voilà ce qu'il est fondamental d'enseigner!
Le squelette Jargonos se leva.
- ... Pas la peine d'en entendre plus.
Mademoiselle, vous ne savez pas enseigner. Vous ne respectez aucune des consignes du ministère. Aucune rigueur, aucune scientificité, aucune distinction entre le narratif, le descriptif et l'argumentatif.
Inutile de dire que, pour nous, cette Jargonos parlait chinois. Telle semblait d'ailleurs l'opinion de Laurencin.
-Mais, madame, ces notions ne sont-elles pas trop compliquées? Mes élèves n'ont pas douze ans et ils sont en sixième!
- Et alors ? Les petits Français n'ont pas droit à de la science exacte ?
La sonnerie interrompit leur dispute. 
La femme-squelette s'était assise au bureau et remplissait un papier qu'elle tendit à notre chère mademoiselle en larmes.
- Ma chère, vous avez besoin au plus vite d'une bonne remise à jour. Vous tombez bien: un stage commence après-demain. Vous trouverez, sur ce formulaire, l'adresse de l'institut qui va s'occuper de vous. Allez, ne pleurnichez pas, une petite semaine de soins pédagogiques et vous saurez comment procéder dorénavant.
Elle grimaça un « au revoir ». Nous ne lui avons pas répondu.
Accompagnée de Besançon, qui l'attendait dans le couloir, toujours aussi miel et courbettes, Madame Jargonos s'en est allée torturer ailleurs.
Normalement, vu que les vacances venaient de commencer, nous aurions dû crier, hurler, danser. Surtout moi, qui allais traverser en bateau l'Atlantique. Mais rien, le silence. Nous nous regardions, bouche ouverte, comme poissons rouges en bocal. La détresse de notre chère Laurencin nous bouleversait. Et quels étaient ces « soins pédagogiques » qu'allait lui infliger le terrible institut? Je ne savais pas, jusqu'à ce jour, que les profs, eux aussi, avaient des profs. Et que ces profs de profs avaient des sévérités redoutables.
La nuit, je rêvai qu'avec des pinces quelqu'un se préparait à m'ouvrir la tête pour y installer un tas de mots qu'il avait près de lui, des mots aussi desséchés que des squelettes. Heureusement, un lion, un moucheron et une tortue prenaient ma défense, mettaient en fuite le méchant et ses pinces.
C'est le lendemain, dans l'après-midi, qu'avec mon frère je pris la mer.

 

                                      Erik ORSENNA de l'Académie française
                                      In. La grammaire  est une chanson douce. Ed. STOCK.2001

La sorcière faiseuse de morale
Il était une fois une sorcière qui râlait tout le temps et qui voulait devenir institutrice pour embêter les enfants. Elle se mit en route pour aller passer l'examen. Dans son escalier, elle vit la concierge bavarder avec une locataire au lieu de balayer. « Paresseuses! » pensa la sorcière. « Vous mériteriez que je vous change en perruches! » Mais par chance, elle était pressée. Elle cria d'un air menaçant
- A chaque jour... comme à la guerre!
- Oui, oui, dirent les bavardes.
La sorcière poursuivit son