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SUPPORTS POUR LA CLASSE... |
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Les vacances au bled.
par
Fatiha Kaoues
Ah les grandes
vacances ! L’été approchant, ce sont tous les souvenirs des vacances
familiales qui nous assaillent et avec eux les fous rires ou les moues
d’agacements qui accompagnent leur évocation. Pour ma part, mes dernières vacances en Algérie remontent à l’année 1998.
Il faut bien le dire, les souvenirs les plus cocasses et les anecdotes les
plus croustillantes se rattachent non pas aux vacances elles-mêmes, mais
peut-être davantage… au trajet nous menant jusqu’en Algérie !
Bref, à quelques jours du grand départ, l’excitation était à son comble.
Les cadeaux accumulés durant l’année et destinés aux cousins, cousines,
tantes, oncles sans oublier la grand-mère, le dernier petit cousin, etc.,
n’attendaient que d’être embarqués. Assurément, tous ces présents
promettaient de prendre beaucoup de place dans la voiture. Pourtant, comme
à l’accoutumée mon père avait été ferme et catégorique lorsque s’adressant
à ma mère qu’il soupçonnait du pire, il lui dit : « on n’emmène rien ! ».
Et comme d’habitude c’est chargés à bloc que nous avons pris la route des
vacances. Il faut dire qu’entre-temps et au terme d’âpres discussions, ma mère,
négociatrice hors pair (comme toutes les mamans arabes !) avait convaincu
mon père d’emporter quelques cadeaux (pas beaucoup, promis !) : le Jean de
marque destiné à son frère, le foulard brodé rapporté de la Mecque pour la
Grand-Mère, sans oublier une robe achetée « à un prix défiant toute
concurrence » pour la grande sœur. Au final, et pour n’avoir surtout pas à
léser qui que soit, elle se sentira bien malgré elle (ben voyons !)
obligée d’emporter la totalité des affaires mis de côté à cet effet. Une fois les bagages disposés bon gré mal gré à bord du véhicule, je
n’avais qu’une crainte : allait-on pouvoir entrer dans la voiture ? C’est
au prix de contorsions multiples et de fous rires étouffés que mes
parents, mes deux sœurs et moi-même avons pris place dans la Renault 25
familiale. Le plus drôle est que, jusqu’à la dernière minute, ma mère
parviendra à glisser un « dernier » paquet subrepticement, dès qu’elle
voyait que mon père lui tournait le dos. En chemin, nous croisions d’autres véhicules de familles immigrées
marocaines, tunisiennes, algériennes ou turques. Certains véhicules
étaient plus chargés encore que le nôtre. (Si si, c’est possible... avec
beaucoup d’imagination !) à tel point que nous n’apercevions que
difficilement les visages des personnes installées à l’arrière, les genoux
chargés de bagages !
Nous avions songé à tout. Le contrôle technique était « OK », les bagages
bien ficelés sur la galerie, les victuailles nombreuses dans le coffre. Et
pourtant quelle ne fut pas notre surprise de perdre en pleine autoroute…le
pot d’échappement ! Cet incident pour le moins fâcheux avait fait suggérer à ma soeur de faire
appel à Mac Gyver ! Personne ne sera surpris si j’ajoute que mon père n’a
guère goûté à la plaisanterie !
Après une halte dans un garage qui nous factura au prix fort sa prestation
au grand dam de mon cher père, nous sommes repartis sous un soleil de
plomb, nous arrêtant de temps en temps pour nous restaurer. Comme il était
à craindre, nous n’avons pas échappé aux embouteillages et à sa cohorte de
cris et de noms d’oiseaux (que la décence m’interdit de reproduire ici !)
d’automobilistes impatientés. La chaleur, qui transformait la voiture en
fournaise nous faisait regretter de ne pas avoir économisé toute l’année
pour faire l’achat d’une climatisation !
Arrivés à Marseille, le plus dur est sans doute l’attente. Nous restions à
attendre, sous un soleil accablant, et sans connaître l’heure exacte de
l’embarquement. Notre bateau s’appelait le « Corse », bien qu’il n’empreintait
jamais cette destination. J’ai toujours été fascinée par le spectacle des voyageurs courant à perdre
haleine vers les portes d’embarquement lorsque était annoncé le départ,
comme s’ils craignaient que le bateau parte sans eux ! D’ailleurs, ce spectacle nous mettait en joie mes sœurs et moi, et notre
mère mettait un terme à nos fous rires en nous disant : « Mais qu’est-ce
que vous avez à rire ? Courrez ! ».
Une fois embarqués, il faut encore supporter les humeurs changeantes des
douaniers, dont beaucoup manquent singulièrement d’humour et plus encore
de patience. C’est comme on dit « au p’tit bonheur la chance ». Certains douaniers
faisant excès de zèle, s’évertuaient à nous faire déballer la totalité des
bagages, nous réclamant tour à tour des tas de documents sans motiver
leurs demandes. Tandis que d’autres, plutôt conciliants se contentaient de
jeter un vague coup d’œil sur nos effets personnels. Arrivés en Algérie, les douaniers algériens ne sont pas davantage
accommodants vis à vis de leurs compatriotes. Comme l’aurait dit Fernand
Reynaud, l’ « intelligence » du douanier ne connaît pas de frontières !
Il faut bien reconnaître que la patience n’est pas la principale vertu des
Algériens. Spectacle cocasse que ces voyageurs rendus fous de colère par
l’attente (qui, il est vrai se prolongeait au-delà du raisonnable, surtout
pour des parents accompagnés d’enfants en bas âge), les uns s’injuriant,
d’autres se laissant même aller à quelques empoignades.
Lorsque vient l’heure de la libération et que s’ouvrent les portes du
bateau, on est ébloui par le soleil d’Alger La Blanche. Aussitôt, on est
accueilli par un concert de klaxons ininterrompus, trait caractéristique
s’il en est de la circulation algéroise. Pas de doute, nous étions bien au
bled !
Fatiha Kaoues
Paru sur le site eloueb.com |
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Chagrin d'école
Daniel Pennac
L'avenir,
cette étrange menace...
Soirée d'hiver.
Nathalie dégringole en sanglotant les escaliers du collège. Un
chagrin qui tient à se faire entendre. Qui utilise le béton comme
caisse de résonance. C'est encore une enfant, son corps pèse son
poids d'ancien bébé sur les marches sonnantes de l'escalier. Il est
dix-sept heures trente, presque tous les élèves sont partis. Je suis
un des derniers professeurs à passer par là. Le tam-tam des pas sur
les marches, l'explosion des sanglots : hou-là, chagrin d'école,
pense le professeur, disproportion, disproportion, chagrin
probablement disproportionné 1 Et Nathalie apparaît au bas de
l'escalier. Eh bien, Nathalie, eh bien, eh bien, qu'est-ce que c'est
que ce chagrin ? Je connais cette élève, je l'ai eue l'année
précédente, en sixième. Une enfant incertaine, à rassurer souvent.
Qu'est-ce qui se passe, Nathalie ? Résistance de principe : Rien,
m'sieur, rien. Alors, c'est beaucoup de bruit pour rien, ma grande
Redoublement des sanglots, et Nathalie, finalement, d'exposer son
malheur entre les hoquets :
- Meu... Meu...
Monsieur... je n'a... je n'arrive p... Je n'arrive pas à c... à comp...
Je n'arrive pas à comprendre...
- À comprendre quoi ?
Qu'est-ce que tu n'arrives pas à comprendre ?
- L'ap... l'ap...
Et brusquement le bouchon saute, ça sort d'un coup
- La...
proposition-subordonnée-conjonctive-de-concession-et-d'opposition !
Silence.
Ne pas rigoler.
Surtout ne pas rire.
- La proposition
subordonnée conjonctive de concession et d'opposition ? C'est elle
qui te met dans un état pareil ?
Soulagement. Le prof
se met à penser très vite et très sérieusement à la proposition en
question ; comment expliquer à cette élève qu'il n'y a pas de quoi
s'en faire une montagne, qu'elle l'utilise sans le savoir, cette
fichue proposition (une de mes préférées d'ailleurs, si tant est
qu'on puisse préférer une conjonctive à une autre...), la
proposition qui rend possibles tous les débats, condition première à
la subtilité, dans la sincérité comme dans la mauvaise foi, il faut
bien le reconnaître, mais tout de même, pas de tolérance sans
concession, ma petite, tout est là, il n'y a qu'à énumérer les
conjonctions qui l'introduisent, cette subordonnée : bien que,
quoique, encore que, quelque que, tu sens bien qu'on s'achemine
vers la subtilité après des mots pareils, qu'on va faire la part de
la chèvre et du chou, que cette proposition fera de toi une fille
mesurée et réfléchie, prête à écouter et à ne pas répondre n'importe
quoi, une femme d'arguments, une philosophe peut-être, voilà ce
qu'elle va faire de toi, la conjonctive de concession et
d'opposition !
Ça y est, le
professeur est enclenché : comment consoler une gamine avec une
leçon de grammaire ? Voyons voir... Tu as bien cinq minutes,
Nathalie, viens ici que je t'explique. Classe vide, assieds-toi,
écoute-moi bien, c'est tout simple... Elle s'assied, elle m'écoute,
c'est tout simple. Ça y est ? Tu as compris ? Donne-moi un exemple,
pour voir. Exemple juste, Elle a compris. Bon. Ça va mieux ? Eh
bien! pas du tout, ça ne va pas mieux du tout, nouvelle crise de
larmes, des sanglots gros comme ça, et tout à coup cette phrase, que
je n'ai jamais oubliée:
-
Vous ne vous rendez pas compte, monsieur, j'ai douze
ans et demi, et je n'ai rien fait.
-
…
Rentré chez moi je
ressasse la phrase. Qu'est-ce que cette gamine a bien pu vouloir
dire ? « Rien fait... » Rien fait de mal en tout cas, innocente
Nathalie.
Il me faudra attendre
le lendemain soir, renseignements pris, pour apprendre que le père
de Nathalie vient de se faire licencier après dix ans de bons et
loyaux services en qualité de cadre dans une boîte de je ne sais
plus quoi. C'est un des tout premiers cadres licenciés. Nous sommes
au milieu des années quatre-vingt; jusqu'à présent le chômage était
de culture ouvrière, si l'on peut dire. Et cet homme, jeune, qui n'a
jamais douté de son rôle dans la société, cadre modèle et père
attentif (je l'ai vu plusieurs fois l'année précédente, soucieux de
sa fille si timide, si peu confiante en elle-même), s'est effondré.
Il a dressé un bilan définitif. À la table familiale, il ne cesse de
répéter : « J'ai trente-cinq ans et je n'ai rien fait. »
Pages
63-66
Chagrin d'école
Daniel Pennac
Gallimard, 2007. ISBN
978-2-07-076917-9, 320 pages. |
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Moi, la parabole de Jésus que je préfère, c'est la fin du monde,
parce que je n'aurai pas peur parce que je serai mort depuis
longtemps.
Dieu
séparera les brebis galeuses des honnêtes gens. Un à droite et l'autre
à gauche. Au milieu on mettra ceux qui vont au Purgatoire.
On sera
plus de mille milliards, encore plus que les Chinois. Il y aura les
brebis galeuses, les bons et puis les vaches. Et Dieu aura trois
portes. Une très-très grande grande (c'est l'Enfer), une moyenne
(c'est le purgatoire) et une toute petite-petite (c'est le Paradis).
Et alors Dieu dira: "Vos gueules là-dedans!" et alors il partagera les
gens. Un par ici, l'autre par là. Il y en aura qui veulent faire les
malins et qui se mettront dans la bonne file. Mais Dieu les a vus. Les
brebis galeuses diront qu'elles n'ont rien fait, mais ce sont des
menteuses.
Le monde éclatera, Arzano1 volera en mille morceaux. Et alors le
maire et son adjoint iront avec les brebis galeuses. Il y aura une
pagaille terrible. Mars éclatera, les âmes voleront dans tous les sens
pour récupérer leur corps. Le maire et l'adjoint d'Arzano iront avec
les brebis galeuse. Les bons riront et les méchants pleureront. Ceux
du Purgatoire riront et pleureront à moitié. Les enfants du limbe
deviendront des papillons.
Moi, pourvu
que je m'en tire très bien.2
1. Localité de la banlieue
déshéritée de Naples.
2. D'après lo speriamo che me la cavo, soixante rédactions d'enfants
napolitains rassemblées par
Marcello D'Orta.
Ed. Mondadori. Milan 1990 |
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UNE
ARRIVEE INQUIETANTE
Dans les premiers jours du
mois d'octobre 1815, une heure environ avant le coucher du soleil, un
homme qui voyageait à pied entrait dans la petite ville de Digne*.
Les rares habitants qui se trouvaient en ce moment à leurs fenêtres ou sur
le seuil de leurs maisons regardaient ce voyageur avec une sorte
d'inquiétude. Il était difficile de rencontrer un passant d'un aspect plus
misérable. C'était un homme de taille moyenne, trapu et robuste, dans la
force de l'âge. Il pouvait avoir quarante-six ou quarante-huit ans. Une
casquette à visière de cuir rabattue cachait en partie son visage brûlé
par le soleil et le hâle, et ruisselant de sueur. Sa chemise de grosse
toile jaune, rattachée au col par une petite ancre d'argent, laissait voir
sa poitrine velue ; il avait une cravate tordue en corde, un pantalon de
coutil bleu, usé et râpé, blanc à un genou, troué à l'autre, une vieille
blouse grise en haillons, rapiécée à l'un des coudes d'un morceau de drap
vert cousu avec de la ficelle, sur le dos un sac de soldat fort plein,
bien bouclé et tout neuf, à la main un énorme bâton noueux, les pieds sans
bas dans des souliers ferrés, la tête tondue et la barbe longue.
Victor HUGO
(Les Misérables)
*Digne
: Petite ville des Alpes françaises. |
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Un enfant de 2 ans chez "Big
Brother":
polémique en Allemagne
BERLIN (AFP) - Une
polémique a éclaté en Allemagne après l'apparition d'un enfant de deux ans
dans l'émission de télé-réalité "Big Brother", où des candidats sont
enfermés dans un conteneur et filmés 24 heures sur 24, a rapporté mercredi
le quotidien Die Welt.
"Les producteurs
de Big Brother devraient avoir honte. Qui agit de la sorte agit de manière
irresponsable. Cela vaut pour la mère comme pour la chaîne de télévision"
RTL II, a condamné la ministre allemande de la Famille, Renate Schmidt,
citée par Die Welt.
"Je ne pense guère
de bien de mettre en scène des adultes dans un conteneur. Des enfants
encore moins", a affirmé Brigitte Hohlmeier, ministre bavaroise des
Cultes.
A l'origine de la
polémique, la visite d'une heure que le petit Léon-Lucas, deux ans, a
rendue à sa mère Sandra, 22 ans, qui fait partie des candidats enfermés
pour la cinquième édition de "Big Brother".
Sous l'oeil des
caméras, Sandra avait joué avec son fils pendant une
heure avant que celui-ci ne reparte chez ses grands-parents.
La chaîne s'est
justifiée en soulignant avoir "bien étudié l'entourage social des
candidats". Selon le producteur, Rainer Laux, cité par Die Welt, "la mère
se languissait de son fils. Tous deux étaient très heureux" de se
retrouver.
Quelque deux
millions de téléspectateurs suivent quotidiennement la cinquième édition
de "Big Brother". |
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L'HISTOIRE DE BABAR, LE PETIT ÉLÉPHANT
-
Jean de Brunhoff
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Dans la grande forêt un petit éléphant
est né. II s'appelle Babar. Sa maman l'aime beaucoup. Pour l'endormir,
elle le berce avec sa trompe. en chantant tout doucement.
-
Babar a grandi. II joue maintenant avec
les autres enfants éléphants. C'est un des plus gentils. II s'amuse à
creuser le sable avec un coquillage.
-
Babar se promène très heureux sur le dos
de sa maman.
-
Tout à coup un vilain chasseur, caché
derrière un ,' buisson, tire sur eux. Le chasseur a tué la maman.
Les singes se cachent, les oiseaux s'envolent. Le chasseur court pour
attraper le pauvre Babar. Babar se sauve parce qu'il a peur du chasseur.
-
Au bout de quelques jours, bien fatigué,
il arrive près d'une ville. II est très étonné, parce que c'est la
première fois qu'il voit tant de maisons ; que de choses nouvelles ! Ces
belles avenues, ces autos et ces autobus...! Pourtant, ce qui intéresse
le plus Babar, ce sont deux messieurs qu'il rencontre dans la rue. II
pense : «vraiment, ils sont très bien habillés, je voudrais bien avoir
aussi un beau costume, mais comment faire ? » Heureusement, une vieille
dame très riche, qui aimait beaucoup les petits éléphants, comprend en
le regardant qu'il a envie d'un bel habit. Comme elle aime faire
plaisir, elle lui donne son porte-monnaie. Babar lui dit: « Merci,
Madame ».
-
Maintenant Babar habite chez la vieille
dame. Le matin, avec elle, il fait de la gymnastique, puis il prend son
bain.
-
Tous les jours il se promène en auto.
C'est la vieille dame qui la lui a achetée. Elle lui donne tout ce qu'il
veut.
-
Pourtant Babar n'est pas tout à fait
heureux, car
-
il ne peut plus jouer dans la grande
forêt avec ses petits cousins et ses amis les singes. Souvent, à la
fenêtre, il rêve en pensant à son enfance et pleure en se rappelant sa
maman.
-
Deux années ont passé. Un jour pendant sa
promenade, il voit venir à sa rencontre deux petits éléphants tout nus
- « Mais c'est Arthur et Céleste, mon petit cousin et ma cousine. »
dit-il, stupéfait, à la vieille dame. Babar embrasse Arthur et Céleste.
puis il va leur acheter de beaux costumes.
-
Ensuite il les emmène chez le pâtissier
manger de bons gâteaux.
-
Pendant ce temps, dans la forêt, les
éléphants cherchent et appellent Arthur et Céleste, et leurs mamans sont
bien inquiètes.
-
Heureusement, en volant sur la ville, un
vieux marabout les a vus. Vite ii vient prévenir les éléphants.
-
Les mamans d'Arthur et de Céleste partent
les chercher à la ville. Elles sont bien contentes de les retrouver,
mais les grondent tout de même parce qu'ils se sont sauvés.
-
Babar se décide à partir avec Arthur,
Céleste et leurs mamans et à revoir la grande forêt. Tout est prêt pour
le départ. Babar embrasse sa vieille amie, il lui promet de revenir,
jamais il ne l'oubliera. -La vieille dame reste seule ; triste, elle
pense « Quand reverrai-je mon petit Babar ? »
-
Ils sont partis... Les mamans n'ont pas
de place dans l'auto - elles courent derrière et lèvent leurs trompes
pour ne pas respirer la poussière.
-
Le même jour, hélas, le roi des
éléphants, au cours d'une promenade, a mangé un mauvais champignon.
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Empoisonné, il a été bien malade. Si
malade qu'il en est mort. C'est un grand malheur. Après l'enterrement,
les plus vieux des éléphants se sont réunis pour choisir un nouveau roi.
Juste à ce moment, ils entendent du bruit. ils se retournent. Qu'est-ce
qu'il voient ? Babar, qui arrive dans son auto et tous les éléphants qui
courent en criant « Les voilà ! les voilà! ils sont revenus! Bonjour
Babar, bonjour Arthur! Ah! bonjour Céleste! Quel beau costume, quelle
belle auto! Alors Cornélius, le plus vieux des éléphants I dit de sa
voix tremblante : « Mes bons amis, nous cherchons un roi. Pourquoi ne
pas choisir Babar. II revient de la ville, il a beaucoup appris chez les
hommes. Donnons-lui la couronne.» Tous les éléphants trouvent que
Cornélius a très bien parlé. Impatients, ils attendent la réponse de
Babar. «Je vous remercie tous, dit alors ce dernier, mais avant
d'accepter, je dois vous dire que pendant notre voyage en auto, Céleste
et moi, nous nous sommes fiancés. Si je suis votre roi, elle sera votre
reine. » - « Ah ! vive la reine Céleste ! Vive le roi Babar ! » crient
tous les éléphants sans hésiter. Et c'est ainsi que Babar devint roi.
-
Babar dit alors à Cornélius : «Tu as de
bonnes idées. Aussi, je te nomme général et quand j'aurai la couronne,
je te donnerai mon chapeau melon. Dans huit jours j'épouserai Céleste,
nous aurons alors une grande fête pour notre mariage et notre
couronnement. Ensuite Babar demande aux oiseaux d'aller inviter tous
les animaux à ses noces.
-
Les invités commencent à arriver. Le
dromadaire, chargé d'acheter à la ville de beaux habits de noces, les
rapporte juste à temps pour le mariage.
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Mariage de Babar.
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Couronnement de Babar.
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Après le mariage et le couronnement, tout
le monde danse de bon cœur. Les oiseaux se mêlent à l'orchestre. La fête
est finie. Le nuit est venue. Les étoiles se sont levées. Le roi Babar,
et la reine ; Céleste, heureux, rêvent à leur bonheur. Maintenant { tout
dort. Les invités sont rentrés chez eux, très contents, mais fatigués
d'avoir trop dansé. Longtemps ils se rappelleront ce grand bal.
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Coucher de soleil à El-Oued
C'était l'heure élue, l'heure merveilleuse au pays d'Afrique, quand le grand soleil de feu va disparaître enfin, laissant reposer la terre dans l'ombre bleue de la nuit.
Du sommet de cette dune. on découvre toute la vallée d'El Oued sur laquelle semblent se resserrer les vagues somnolentes du grand océan de sable gris.
Etagée sur le versant méridional d'une dune, El Oued, l'étrange cité aux innombrables petites coupoles rondes, changeait lentement de teinte.
Au sommet de la colline, le minaret blanc de Sidi Salem s'élevait, déjà irisé, déjà tout rose dans le reflet occidental. Les ombres des choses s'allongeaient démesurément, se déformaient et pâlissaient sur le
sol, devenu vivant ; alentour, pas une voix.
Toutes les cités des pays de sable, bâties en plâtras léger, ont un aspect sauvage, délabré et croulant.
Les dunes allongées et basses de Sidi-Mestour qui dominent la ville vers le sud-est semblaient maintenant autant de coulées de métal incandescent, de foyers embrasés, d'un rouge violacé d'une invraisemblable
intensité de couleur.
Sur les petits dômes ronds, sur les pans de murs en ruine, sur les tombeaux blancs, sur les couronnes échevelées des grands dattiers, des lueurs d'incendie rampaient, magnifiant la ville grise en un flamboiement
d'apothéose.
Le dédale marin des dunes géantes de l'autre route déserte qui mène à Touggourt, .d'où nous venons par Taïbett-Guéblia, se dessinait; irisé, noyé en des reflets d'une teinte de chamois argenté, sur le pourpre
sombre du couchant.
Jamais, en aucune contrée de la terre, je n'avais vu le soir se parer d'aussi magiques splendeurs l
A El Oued, pas de forât de dattiers obscurs enserrant la ville, comme dans les oasis des régions pierreuses ou salées... La ville grise perdue dans le désert gris, participant tout entière de ses flamboiements et
de ses pâleurs, comme lui et en lui, rose et dorée aux matins enchantés, blanche et aveuglante aux midis enflammés, pourpre et violette aux soirs irradiés... et grise, grise, comme le sable dont elle est née, sous les ciels blafards de l'hiver !
Quelques vapeurs blanches qui flottaient, légères, dans l'embrasement du zénith profond, s'en allaient maintenant, pourpres et frangées d'or, vers d'autres horizons, tels les lambeaux d'un impérial manteau
disséminés au souffle capricieux de la brise...
Et toujours encore, pendant toutes ces métamorphoses, pendant toute cette grande féerie des choses, pas un être, pas un son.
Cependant, la teinte pourpre du ciel, qui semblait se refléter dans le chaos des dunes, devenait de plus en plus sombre, de plus en plus fantastique.
Le disque démesuré du soleil, rouge et sans rayons, achevait de sombrer derrière les dunes basses de l'horizon occidental, du côté d'Allenda et d'Araïr.
Isabelle Eberhardt, « Au Pays des Sables. » (Fernand Sorlot, Editeur.) |
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Schéhérazade
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Lui et Elle
vivaient dans une ville comme des milliers d'autre villes où le soleil
se lève à l'est et se couche à l'ouest, où le printemps succède à
l'hiver et l'automne à l'été.
-
Elle était
d'une beauté qui faisait pâlir le Soleil.
-
Lui aussi
était beau. Il s'éprit d'Elle. Et Elle s'éprit de lui. Et il vint chez
elle pour lui dire son grand amour et offrir pour toujours sa main et
son coeur.
-
- O lumière
de mes yeux!... dit-il.
-
Mais il ne put
continuer. Parce que le téléviseur était allumé et la jolie speakerine
annonça le premier film des "Mille et une nuits". Et Lui et Elle,
oubliant tout, se mirent à suivre avec un vif intérêt les aventures
étonnantes de la sagace Schéhérazade.
-
Lorsque le film
prit fin, il était déjà minuit. Il rentra chez lui bien décidé de
revenir le lendemain pour lui dire son grand amour et lui offrir pour
toujours sa main et son coeur.
-
Le
lendemain, il vint chez Elle et dit:
-
- O lumière
de mes yeux! ...
-
Mais, de
nouveau, il ne put continuer. Parce que la jolie speakerine annonça le
deuxième film des Mille et une nuits.
-
Et de
nouveau oubliant tout, Elle et Lui suivirent avec beaucoup d'intérêt
les aventures du perfides visir et du djinn tout puissant.
-
Lorsque le
film prit fin, il était minuit. Et de nouveau il rentra chez lui
fermement résolu à revenir le lendemain et lui dire, à tout prix son
grand amour et lui offrir pour toujours sa main et son coeur.
-
Mais le
lendemain, ce fut le troisième film. Puis le cinquième, le septième,
le vingtième... Le tout dura mille et un soirs, et lorsque le dernier
prit fin, il se leva et se mit à genoux devant Elle.
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- O lumière
de mes yeux! ... dit-il.
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Mais... la
jolie speakerine annonça le premier film de Cent ans de solitude.
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Et il ne
lui confia pas son amour à lui, et Elle ne lui confia pas son amour à
elle. Et il ne lui offrit pas sa main et son coeur.
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Chaque
soir, il prenaient place devant le petit écran et étaient heureux. Et
ils moururent le même jour. Lorsque le téléviseur tomba en panne.
In. La revue Spoutnik. Avril 1983. |
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Un jour quand j’étais enfant…
J’étais
enfant et je jouais près de la case de mon père .Je devais être très
jeune encore : cinq ans , six ans peut-être. Ma mère était dans
l’atelier, près de mon père, et leur voix me parvenait rassurante,
tranquille, mêlée à celles des clients de la forge et au bruit de
l’enclume.
Brusquement, j’interrompis de jouer, l’attention, toute mon attention,
fut captée par un serpent qui rampait autour de la case, je
m’approchai bientôt. Je ramassai un roseau qui traînait dans la cour
et, à présent, j’enfonçai ce roseau dans la gueule de la bête. Le
serpent ne se dérobait pas : il prenait goût au jeu : il avala le
roseau, il l’avala comme une proie. Il vint un moment où le roseau se
trouva à peu près englouti, et où la gueule du reptile se
trouva terriblement proche de mes doigts. Je riais, je n’avais pas
peur du tout, et je crois bien que le serpent n’eût plus beaucoup
tardé à m’enfoncer ses crochets dans les doigts si, à l’instant,
Damany, l’un des apprentis ne fût sorti de l’atelier. L’apprenti
fit signe à mon père, et presque aussitôt je me sentis
soulevé de terre : j’étais dans les bras d’un des amis de mon père.
Un peu plus tard, j’entendis ma mère m’avertir sévèrement de ne plus
jamais recommencer un tel jeu.
Camara LAYE.
In. L’enfant noir. Ed. Plon.Paris.1953
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Le requin.
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Notre navire avait jeté l’ancre sur la
côte d'Afrique. La journée était belle, une brise fraîche venait de la
mer. Mais vers le soir, le temps changea ; on étouffait, un air chaud
soufflait du Sahara. Avant le coucher du soleil, le capitaine monta sur
le pont et ordonna à l'équipage de se baigner.
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II y avait avec nous deux jeunes garçons
; ils sautèrent. dans l'eau les premiers, ils filèrent au large et se
mirent à la course. L'un d'eux prit d'abord de l'avance sur son
camarade, mais se laissa bientôt devancer, le père de l'enfant, un vieil
artilleur, était sur le pont et admirait son fils. Le gamin ayant
ralenti sa marche, le père lui cria: « Ne te laissa pas devancer. Fait
encore un effort. »
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Tout à coup, sur le pont, quelqu'un
s'écria : « Un requin ! » Et tous, nous aperçûmes sûr l'eau le dos du
monstre. Il nageait droit sur l'enfant.
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« - Arrière ! Arrière ! Un requin ! »
criait l'artilleur. Mais ils ne l'entendirent point ; ils riaient,
s'amusaient, nageaient plus loin et riaient encore plus fort.
L'artilleur, pâle, immobile, ne quittait pas les enfants des yeux. Les
matelots détachèrent vivement une barque dans laquelle ils se jetèrent
et, ramant à briser les avirons, ils volèrent au secours des enfant,
Mais ils étaient encore loin d'eux, tandis que le requin était près.
-
Les enfants n'avaient rien vu ni entendu,
mais soudain, l'un d'eux se retourna. Nous entendîmes un cri
d'épouvante, puis ils se séparèrent.
-
Ce cri tira l'artilleur de sa torpeur. Il
courut, ajusta, visa et prit la mèche. Noirs tous restions pétrifiés
d’horreur. Le coup retentit, et nous vîmes le père retomber auprès de
son canon, en se cachant le visage de ses mains.
-
Pendant un moment, la fumée nous empêcha
de voir ce qu'étaient devenus les enfants et le requin.
-
Mais lorsque la fumée se dissipa, nous
entendîmes un doux murmure, qui se changea bientôt en un cri de joie
générale. Le vieil artilleur découvrit son visage, se leva et regarda la
mer.
-
Le ventre jaune du requin flottait sur
les vagues et, un instant après, la barque ramenait les deux enfants à
bord du navire.
-
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Léon Tolstoi
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Une étonnante carrière artistique.
-
Enfant il avait un visage angélique, ses
parents l'avaient appelé Raphaël. Très tôt, il manifesta des dons qui
autorisèrent tous les espoirs. Il apprit le piano dès l'âge de trois
ans. Ses progrès furent remarquables. Il eut le premier prix du
conservatoire de musique.
-
Mais peut-on faire une carrière de grand
pianiste internationale quand on a pour nom de famille BIDOCHE* ? De
plus, vers sa seizième année, il perdit son visage d'ange, il dut porter
de grosses lunettes parce qu'il ne voyait rien de loin. Il avait
toujours une expression étonnée plus propre à provoquer le rire qu'à
inspirer le rêve. Pourtant, il se maria. Sa femme partageait son amour
pour la musique. Mais les fins de mois étaient difficiles : aucune
proposition de concert, seulement quelques leçons particulières.
-
Un jour qu'il rentrait tard, sa femme
toute excitée lui dit qu'un directeur de café-concert était venu pour
lui proposer de jouer seul au piano, quelques pièces musicales, entre
deux numéros comiques. Raphaël refusa tout net. Sa femme le supplia. Il
accepta malgré lui et signa un engagement de six mois.
-
Dès le premier soir, il comprit qu'un
piège venait de se refermer sur lui. Le public avait été mis en gaieté
par le numéro précédent. Quand Raphaël, serré dans son costume trop
court pour lui, se présenta, l'air embarrassé, tout paraissait calculé
pour un numéro comique. Il fut salué par des hurlements de rire. Pour
son malheur, le tabouret était trop bas. Afin de le remonter, dans son
trouble, il dévissa complètement le siège et se retrouva avec deux
morceaux de tabouret devant le public décharné. Dans une situation
normale, quelques secondes auraient suffit à remettre le siège en place,
mais la maladresse de Raphaël augmenta, et, malheur suprême, il fit
tomber ses lunettes sans lesquelles il ne voyait rien. La joie du public
était à son comble. Il réussit toutefois à jouer quelques mesures.
-
Quand il sortit de scène, le directeur le
serra dans ses bras, il lui dit qu'il avait des dons d'improvisation
comique incomparables ; c'était un triomphe i Raphaël fut désespéré.
-
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*BIDOCHE : nom
familier, il signifie morceau de viande.
-
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Michel TOURNIER
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In. Le coq de bruyère.
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Il était une fois un petit esquimau qui
s’appelait Pataqouïk, il avait coutume d’aller toujours pêcher sur un
îlot de glace pour ramener des poissons pour ses parents. Les poissons
se faisaient rares, mais le garçonnet montrait de la patience restait
immobile à son poste, prêt à lancer le harpon.
-
-
Un jour, dans le bleu intense de l’eau, apparurent deux magnifiques
animaux. C’étaient deux beaux phoques, qui, nageant jusqu’à
l’esquimau, lui demandèrent gentiment :
-
- Bonjour,
petit garçon, que fais-tu ici ?
Veux-tu jouer avec nous ?
-
Nous nous appelons Oranka et Pakéta et nous aimons la compagnie. Tu
viens ?
-
Pataquoïk fut heureux de bavarder avec eux. Mais pendant
qu’ils conversaient, un troisième phoque survint derrière son dos et
mangea le bon poisson fumé qu’il avait emporté pour goûter. Lorsqu’il
s’en aperçut, Pataqouïk fut bien triste, mais Oranka le consola
aussitôt.
-
-
Ne
pleure pas Pataquoïk. Si tu as faim, je te donnerai tout le
poisson que tu veux ;
et même pour en emporter à la maison.
-
- Mais
comment fais-tu?
S’exclama le garçonnet. Je n’arrive pas à en attraper. Et vous, vous
n’avez ni hameçon ni harpon. Comment faites-vous ?
-
- Aie
confiance, répliqua Oranka. Monte sur mon
dos.
-
Sans hésiter, Pataquouïk monta sur son dos et le phoque partit rapidement sur les
eaux du froid. Les trois amis parvinrent bientôt devant une grotte
immense. En frétillant, Oranka entra, ayant toujours le garçonnet sur
le dos. Comme c’était beau !
Pataquouïk croyait rêver !
-
- Voici
notre garde-manger, dit Oranka. Tu y trouveras tout le poisson que tu
voudras.
-
L’enfant resta stupéfait de découvrir de grands saumons, des espèces
étranges, petites et grandes qu’il n’avait jamais vues. C’était
incroyable !
-
- Comment
as tu fait pour pêcher tout ce poisson ?
murmura-t-il incrédule.
-
Tu es bien un enfant de l’homme, dit Oranka en
souriant, à croire que le poisson ne se
pêche seulement qu’avec
un filet ou un harpon. Nous, phoques, ne disposons que de notre bouche.
Tu ne sais donc pas que nous sommes les plus habiles pêcheurs des glaces ?
-
Alors, Pataquouïk,
chargé de poissons, retourna vers son village, toujours sur le dos d’Oranka.
-
Ses parents accorderaient-ils du crédit au récit de son
aventure chez les phoques ?
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-
Il était une
fois,un maître érudit et sage qui vivait dans la pauvreté et répandait
parmi les jeunes les connaissances que Dieu lui avait permis d'acquérir,
en lui donnant une intelligence lumineuse . Il était aimé et admiré de
tous . Le sultan en devint jaloux.
-
Un jour, il
le fit venir et lui dit : " Tu es un maître réputé, un pédagogue averti,
je vais te confier un élève . Je t'accorde trois ans pour lui enseigner
le coran ".
-
Il lui
présenta une belle bête, un chameau .«Voici ton futur élève, lui dit-il
. Réfléchis jusqu'à demain . Si l'entreprise te paraît difficile, tu
peux refuser: je t'ai préparé , dans ce cas, un cachot profond qui sera
ta prison , ton tombeau» .
-
Le maître
s'en alla tout triste, maudissant sa science et sa sagesse ... Il
rencontra un philosophe , homme simple et triste , vêtu de guenilles ,
vivant d'herbes et de racines en compagnie des bêtes sauvages qu'il
préférait aux hommes. Il lui demanda conseil.
-
"Homme
instruit , lui dit le philosophe, ta science te rend aveugle, borné et
craintif. Peux-tu connaître les desseins du très haut? Lui seul doit
inspirer la crainte, none sultan périssable ... Va ! accepte l'élève
qu'il te propose D'ici trois ans, tu peux mourir. Tu seras entre les
mains de Dieu . Le chameau peut mourir. Tu n'auras pas à prouver ton
Habilité Si l'heure du sultan suprême a enfin sonné , tu te trouveras
possesseur d'un chameau et plus riche que tu ne l'es à présent !"
-
C'est ce qui
arriva Le sultan ne tarda pas à mourir et nul ne songea à réclamer le
chameau .
-
Depuis ce jour, sagesse, science et vivacité faisaient bon ménage chez
le maître, redevenu heureux après cette pénible épreuve .
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LA
CARPE ET LE PECHEUR
-
Il était une fois un pêcheur qui
vivait à la compagne avec sa femme. Ils habitaient une pauvre
cabane.
-
Un jour, le pêcheur attrapa une
carpe. Celle-ci lui proposa un marché :
-
- Si tu me laisse repartir, tu auras tout ce que tu voudras.
-
- Oui , affaire conclue, répondit le pêcheur.
-
Aussitôt arrivé chez lui, il conta
l'aventure à sa femme. Celle-ci demanda une maison.
-
L'homme retourna au lac et présenta
le souhait de son épouse. La carpe exauça ce souhait sur le
champ.
-
Le pêcheur et sa femme poussèrent
des cris de joie en voyant la belle petite maison.
-
Hélas, la femme du pêcheur, qui
avait goûté à la richesse, voulut, quelques mois plus tard,
habiter dans une magnifique demeure. La carpe exauça encore ce
souhait.
-
Elle voulut ensuite habiter dans un
château et être la reine du pays.
-
La carpe accepta mais pour la
dernière fois.
-
La femme patienta de longs mois sans
rien demander, mais un jour, elle demanda à son mari d'aller
voir la carpe, car elle voulait habiter la lune. Le pauvre homme
y alla.
-
La carpe, très courroucée, fit un
geste et le pêcheur et sa femme se retrouvèrent dans leur petite
cabane, aussi pauvre qu'auparavant.
-
Quant à la carpe, elle disparut pour
toujours.
-
Conte d’Algérie. Texte recueillis par G. BAROUD.
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Le roi Face-de-Miroir
-
Un jour, le roi
Face-de-Miroir décida de réunir tous les savants de son royaume afin
qu'ils lui disent la vérité de la vie.
-
Les savants arrivèrent
un à un dans le palais, ils s'installèrent dans une grande salle avec
leurs livres, leurs papiers, leurs porteplume. À la question du roi: «
Quelle est la vérité de la vie? », chacun répondit :
-
- Moi, je connais la
vérité. Écoutez-moi, je vais vous l'expliquer.
-
Mais tout de suite, il y
eut un autre savant pour s'écrier:
-
- Un instant ! tout ceci
n'est que mensonges. Moi, je connais
la vérité. et je
vous affirme que...
-
Alors un autre savant
exigea: le silence, car lui, il pouvait répondre à la question du roi.
Mais personne ne le laissa parler. En fait, chacun criait :
-
- Je sais ce qui est le
vrai et tout le reste est mensonge !
-
Bientôt, ils en vinrent
à des insultes, puis chacun essaya de taper sur la tête de son voisin
avec ses livres de sagesse. Dans la grande salle du palais régnait un
beau tumulte. D'abord le roi s'en étonna puis il s'en amusa. Enfin, il
alla trouver son ministre et lui dit :
-
- Allez dans la ville,
rassemblez tous les aveugles de naissance que vous y rencontrerez.
Ensuite, conduisez-les à la porte du palais.
-
C'est ce que fit le
ministre et bientôt il amena un groupe d'aveugles. Le roi demanda alors
qu'on fit venir un éléphant. Quand la bête se tint devant les aveugles,
on guida leurs mains vers l'animal.
-
Un aveugle saisit une
jambe de l'éléphant, un autre la queue, un autre la racine de la queue,
un autre le ventre, un autre le flanc, un autre le dos, un autre
l'oreille, un autre la tête, un autre la défense, un autre la trompe.
Ensuite, le ministre conduisit les aveugles auprès du roi.
-
- Avez-vous vu un
éléphant ? demanda le roi.
-
- Oui, Majesté,
entièrement! Répondirentils.
-
Le roi
reprit :
-
- A quoi ressemble un
éléphant ? Celui qui avait touché la patte répondit :
-
- Ô, roi, un éléphant
est comme un gros tuyau verni.
-
- Pas du tout ! dit
celui qui avait tenu la queue, il est comme un balai.
-
- Il est comme un
ballon, dit celui. qui avait touché la racine de la queue.
-
- L'éléphant est comme
un tambour ! S'écria celui qui avait palpé le ventre.
-
- Non, il est comme un
mur, prétendit celui qui avait touché le flanc.
-
- C'est une grande et
haute table, assura celui qui avait tâté le dos.
-
- C'est un van*, affirma
celui qui avait pris l'oreille.
-
- Mais non, c'est un
gros boisseau, répliqua celui qui avait touché la tête.
-
- C'est une corne! clama
celui qui avait touché une défense.
-
Quant à celui qui avait
tenu la trompe, il éleva la voix :
-
- Sage roi, l'éléphant
est comme une corde.
-
Ensuite ils se
disputèrent, chacun accusant les autres de mensonge. Alors, le roi
convoqua les savants et leur dit en riant :
-
- Vous êtes comme ces
aveugles. Vous avez aperçu un point et vous croyez tout connaître, et
surtout vous affirmez que tout le reste est faux !
-
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*
Van : sorte de corbeille d’osier faite pour agiter le grain et le
nettoyer.
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Thalie De
Molènes
-
17 contes du
bouddhisme.
-
Edition,
Castor Poche Flammarion. Paris 2000.
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Tahar DJAOUT
L'Invention du désert,
Editions, Le Seuil, Paris1987, p.50-53
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Ibn Toumert là où l'Enfer a planté ses ténèbres.
-
Ibn Toumert, le fondateur puritain de la dynastie
des Almohades dans le Maghreb du XII siècle, est imaginé par le
narrateur se promenant sur les Champs-Elysées et à Barbes. Il est
scandalisé par le règne de Satan dans ce pays perverti, mais il succombera
lui-même à l'alcool, lui le donneur de leçons.
-
En plein Champs-Elysées, parmi
les touristes nordiques et japonais, Ibn Toumert promène sa hargne dévote
que le soleil de juillet rallume chaque fois qu'elle s'assoupie. Il est
ébloui et multiplié, il est des milliers à la fois. Il descend à foulées
nerveuses l'avenue large comme une hamada et se retrouve tout à coup face
à la maison du Danemark. Femmes blondes dénudées, offertes aux désirs
telles des proies. La morale du monde s'est liquéfiée. L'image, réprouvée
par Dieu, triomphe ici de tout les signes. L'enfer a planté ses ténèbres
en plein quotidien des hommes, dont les chatoiements polychromes qui
aveuglent au lieu d'éclairer. Quelle rutilance de couleur, d'horreur et de
tentation ! Que de femmes lâchées sur le monde comme des tigresses
altérées de sang et de scandale! Comment les peuples peuvent-ils vivre en
paix avec une telle dynamite dans la rue ? Le bâton noueux d'olivier
aura beau s'abattre et meurtrir, comme au temps de Bejaia la Hammadide
déliquescente, il n'arrivera jamais à redresser cette civilisation du
péché. C'est un autre Déluge qu'il faudrait, un Déluge qui commencerait
par fracasser le perfide esquif de Noé pour enrayer toute chance de salut.
Car nul être, bête où homme, ne mérite d'échapper à l'enlisement.
-
Dieu est sans doute
décédé - à moins qu'il n'ait été lui aussi gagné à la mollesse des
stupres. Mais n'a-t-il pas été plutôt détrôné par Satan qui cultive
désormais en mettre sur la planète des Sodome et des Gomorrhe ? Onan est
réhabilité, il narre devant l'humanité ses ignominieuses prouesses. tous
les travers de l'esprit, toutes les tares de la conduite, toutes les
pratiques inavouables sont ici affichés et célébrés. On leur élève des
idoles comme chez les antropomophistes d'avant le triomphe de la
Foi.
-
Grouillement des Champs-Elysées.
Agressivité des corps dénudés par la publicité, le commerce et le
spectacle. Les affiches assènent leurs coups traîtres et cuisants. Joy,
Emmanuelle et d'autres offres plus déshabillantes. Ibn Toumert sent le
doute 'entamer, il invoque la Foi préservatrice; mais il perçoit son
édifice intérieur vaciller comme une poutre pourrie sous la pression du
combat qui se livre en lui, inexorable. Ibn Toumert sent sa tête
s'engourdir, son corps lentement se réveiller, se hérisser d'épines
sacrilèges. Il passe comme une ombre controversée, écartelée entre désir
et rétention, parmi les fesses placardées et celles qui sillonnant le
boulevard.
-
Dieu a-t-il donc abdiqué
? L'imam intemporel ne voit pas clair, il n'arrive à rétablir l'ordre ni
dans sa tête ni dans ses sens. Où est passé cette force inébranlable qui
l'arma et le soutint jadis contre les monarques et les bandits, contre les
dévoyés de tout bord et les irréductibles impénitents ?
-
" Les blancs arrivent... tremble la république"
et autres graffiti de métro (car Ibn Toumert a pris le métro) n'arrivent
pas à l'intéresser parce que au-dessus de sa compréhension. "Pour votre
tranquillité, les spectacle et les quêtes sont interdits. Ne les
encouragez pas." "Les nègres sont la honte de la France." "Nègres,
Bougnouls, Viets = choléra." "M.Prin,éleveur utilise pal."
-
Bruit furieux de mille
activités et mouvement. Ibn Toumert ne porte pas de walkman.
-
Métro anonyme où s'insinue un
semblant de fraîcheur comme lorsque la nuit de janvier descend lentement
sur le désert. Entrailles sombres de la ville libertaire, face voilée où
interfèrent les différences. Turc. Arabe. Berbère. Laotien. Les langues se
délient dans la pénombre. Et Ibn Toumert, éperdu, se mit à psalmodier une
sourate qui l'amende.
-
Ibn Toumert pénètre
furtivement dans un petit jardin bien propre et clôturé, à proximité de
l'imposante mosquée des infidèles avec son minaret anguleux, affilé
avec art mais sans douceur. Le Quartier Latin n'est pas loin. Il y a des
couples enlacés sur les bancs verts du jardinet, mais Ibn Toumert est
devenu précautionneux, il sait que le monde est sens dessus dessous, que
la pudeur et l'opprobre ont interverti leur place; il se contient sagement
d'exhiber son gourdin d'olivier qui a traversé des siècles avec lui. Il
s'arrête, interloqué, devant une statut quelque peu fantaisiste qui
ressemble aux travaux mal dégrossis des anthropomorphistes malhabile une
statut qui porte sur son socle: Hommage à Guillaume Apollinaire.
-
Les parcs publics sont
accueillants même s'ils sont peuplés de couples indélicats qui mettent
votre pudeur à rude épreuve. Même s'ils ont des visages impassibles, des
arbres dénués de sève et de bruissement. (Mais n'est-ce déjà pas un
miracle de contempler tant de verdure ? Ibn Toumert parfois croit rêver,
il se demande s'il n'est pas tout simplement en présence de ces arbres du
Paradis dans une bonne monture lancée au galop mettrait des jours à
franchir l'ombre. Et cette eau - le don le plus parcimonieux de Dieu - qui
gicle ruineusement vers le ciel ! ) Tant de prodigalité l'exaspère; et
préfère visiter d'autres quartiers à la recherche de ses compatriotes dont
il sait qu'ils ont délaissé leur contrée, poussés brutalement pas
l'histoire vers cette antre nazaréen où Satan règne sans rival.
-
Il les retrouve sans peine.
Ils sont nombreux à s'affairer à Barbes, à la Goutte d'Or où le Maghreb et
l'Afrique imposent leurs rythmes ( Aït-Menguelat, Lemchaheb, Manu Dibango:
Ibn Toumert se recycle et parfait sa culture générale), leurs couleurs,
leurs tatouages. Mais ils savent que cette air du pays est trompeur, qu'il
suffit de marcher dix minutes ou un quart d'heure pour quitter la serre du
microcosme et retrouver le froid d'à côté pour que l'exil reprenne son nom
et sa dureté. Car être immigré, ce n'est pas vivre dans un pays qui n'est
pas le sien, c'est vivre dans un non-lieu, c'est vivre hors des
territoires. Cela, Ibn Toumert l'a bien compris, lui qui se retrouve
déboussolé, expulsé sans recours, assis entre deux passeports.
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"Elle était là, immobile
sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue: Je
t'aime.
Trois mots maigres et
pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la
blancheur des draps.
Il me sembla qu'elle
nous souriait, la petite phrase.
Il me sembla qu'elle
nous parlait:
-je suis un peu fatiguée. Il paraît que j'ai trop travaillé. Il
faut que je me repose.- Allons, allons, Je t'aime, lui répondit
Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes.
Tu es solide.
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La grammaire
est une chanson douce...
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Quelques jours de repos
et tu seras sur pied. Monsieur Henri était aussi bouleversé que
moi.
Tout le monde dit et
répète "je t'aime". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les
répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à
travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges.
Autrement, les mots s'usent. Et parfois, il est trop tard pour
les sauver." |
-
Ce matin-là de mars, veille des
vacances de Pâques, un agneau se désaltérait tranquillement dans le
courant d'une onde pure. La semaine précédente, j'avais appris que
tout renard flatteur vit aux dépens du corbeau qui l'écoute. Et la
semaine encore antérieure, une tortue avait battu un lièvre à la
course...
-
Vous avez deviné : chaque mardi et
chaque jeudi, entre neuf et onze heures, les animaux les plus divers
envahissaient notre classe, invités par notre professeur. La toute
jeune Mademoiselle Laurencin aimait d'amour La Fontaine. Elle nous
promenait de fable en fable, comme dans le plus clair et le plus
mystérieux des jardins.
-
-Écoutez ça, les enfants :
-
Une grenouille vit un boeuf
-
Qui lui sembla de belle taille.
-
Elle qui n'était pas grosse en tout
comme un oeuf,
-
Envieuse s'étend, et s'enfle, et se
travaille...
-
Ou ceci :
-
Va-t'en, chétif insecte, excrément
de la terre! C'est en ces mots que le lion
-
Parlait un jour au moucheron.
-
L'autre lui déclara la guerre.
-
Laurencin, en récitant, rougissait,
pâlissait : c'était une véritable amoureuse.
-Vous vous rendez compte? En si peu de
lignes, dessiner si bien l'histoire... Vous la voyez, la grenouille
envieuse, non? Et le moucheron chétif, vous ne l'entendez pas
vrombir?
- Pardon madame, que veut dire «
excrément » ?
- Mais c'est de la merde, ma Jeanne.
Car Laurencin, toute blonde et jeune
qu'elle était, n'avait pas peur des mots et serait plutôt morte que
de ne pas appeler un chat un chat.
- Bénissez la chance, mes enfants,
d'avoir vu le jour dans l'une des plus belles langues de la Terre.
Le français est votre pays. Apprenez-le, inventez-le. Ce sera, toute
votre vie, votre ami le plus intime.
Le personnage qui, ce matin-là de mars,
entra dans notre classe aux côtés de Monsieur Besançon, le
principal, n'avait que la peau sur les os. Homme ou femme?
Impossible à savoir, tant la sécheresse l'emportait sur tout autre
caractère.
-Bonjour, dit le principal. Madame
Jargonos se trouve aujourd'hui dans nos murs pour effectuer la
vérification pédagogique réglementaire.
- Ne perdons pas de temps!
D'un premier geste, la visiteuse
renvoya Monsieur Besançon (lui d'ordinaire si sévère, je ne l'avais
jamais vu ainsi : tout miel et courbettes). D'un second, elle fit
signe à notre chère Laurencin.
-Reprenez. Où vous en étiez. Et
surtout : faites comme si je n'étais pas là!
Pauvre mademoiselle! Comment parler
normalement devant un tel squelette? Laurencin se tordit les mains,
inspira fort et, vaillante, se lança :
- Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure;
Un loup survient à jeun, qui
cherchait aventure.
Un
agneau... L'agneau est
associé, vous le savez, à la douceur, à l'innocence. Ne dit-on pas
doux comme un agneau, innocent comme l'agneau qui vient de
naître? D'emblée, on imagine un paysage calme, tranquille... Et
l'imparfait confirme cette stabilité. Vous vous souvenez? Je vous
l'ai expliqué en grammaire : l'imparfait est le temps de la durée
qui s'étire, l'imparfait, c'est du temps qui prend son temps... Vous
et moi, nous aurions écrit : Un agneau buvait. La Fontaine a
préféré Un agneau se désaltérait... Cinq syllabes, toujours
l'effet de longueur, on a tout son temps, la nature est paisible...
Voilà un bel exemple de la « magie des mots ». Oui. Les mots sont de
vrais magiciens. Ils ont le pouvoir de faire surgir à nos yeux des
choses que nous ne voyons pas. Nous sommes en classe, et par cette
magie merveilleuse, nous nous retrouvons à la campagne, contemplant
un petit agneau blanc qui...
Jargonos s'énervait. Ses ongles vernissés de violet griffaient la
table de plus en plus fort.
- Je vous en prie, mademoiselle, nous
n'avons que faire de vos enthousiasmes!
Laurencin jeta un bref regard par la
fenêtre, comme pour appeler à l'aide, et reprit :
-La Fontaine joue comme personne avec
les verbes. Un loup « survient » : c'est un présent. On aurait
plutôt attendu le passé simple : un loup « survint». Qu'apporte ce
présent? Un sentiment accru de menace. C'est maintenant, c'est tout
de suite. Le calme de la première phrase est rompu net. Le danger
s'est installé. Il survient. On a peur.
-Je vois, je vois... De l'imprécis, de
l'à-peu-près... De la paraphrase alors qu'on vous demande de
sensibiliser les élèves à la construction narrative : qu'est-ce qui
assure la continuité textuelle? À quel type de progression
thématique a-t-on ici affaire? Quelles sont les composantes de la
situation d'énonciation? A-t-on affaire à du récit ou à du discours
? Voilà ce qu'il est fondamental d'enseigner!
Le squelette Jargonos se leva.
- ... Pas la peine d'en entendre plus.
Mademoiselle, vous ne savez pas
enseigner. Vous ne respectez aucune des consignes du ministère.
Aucune rigueur, aucune scientificité, aucune distinction entre le
narratif, le descriptif et l'argumentatif.
Inutile de dire que, pour nous, cette
Jargonos parlait chinois. Telle semblait d'ailleurs l'opinion de
Laurencin.
-Mais, madame, ces notions ne
sont-elles pas trop compliquées? Mes élèves n'ont pas douze ans et
ils sont en sixième!
- Et alors ? Les petits Français n'ont
pas droit à de la science exacte ?
La sonnerie interrompit leur dispute.
La femme-squelette s'était assise au
bureau et remplissait un papier qu'elle tendit à notre chère
mademoiselle en larmes.
- Ma chère, vous avez besoin au plus
vite d'une bonne remise à jour. Vous tombez bien: un stage commence
après-demain. Vous trouverez, sur ce formulaire, l'adresse de
l'institut qui va s'occuper de vous. Allez, ne pleurnichez pas, une
petite semaine de soins pédagogiques et vous saurez comment procéder
dorénavant.
Elle grimaça un « au revoir ». Nous ne
lui avons pas répondu.
Accompagnée de Besançon, qui
l'attendait dans le couloir, toujours aussi miel et courbettes,
Madame Jargonos s'en est allée torturer ailleurs.
Normalement, vu que les vacances
venaient de commencer, nous aurions dû crier, hurler, danser.
Surtout moi, qui allais traverser en bateau l'Atlantique. Mais rien,
le silence. Nous nous regardions, bouche ouverte, comme poissons
rouges en bocal. La détresse de notre chère Laurencin nous
bouleversait. Et quels étaient ces « soins pédagogiques » qu'allait
lui infliger le terrible institut? Je ne savais pas, jusqu'à ce
jour, que les profs, eux aussi, avaient des profs. Et que ces profs
de profs avaient des sévérités redoutables.
La nuit, je rêvai qu'avec des pinces
quelqu'un se préparait à m'ouvrir la tête pour y installer un tas de
mots qu'il avait près de lui, des mots aussi desséchés que des
squelettes. Heureusement, un lion, un moucheron et une tortue
prenaient ma défense, mettaient en fuite le méchant et ses pinces.
C'est le lendemain, dans l'après-midi,
qu'avec mon frère je pris la mer.
Erik ORSENNA de l'Académie française
In.
La grammaire est une chanson douce.
Ed. STOCK.2001 |
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-
La
sorcière faiseuse de morale
-
Il était une fois une
sorcière qui râlait tout le temps et qui voulait devenir institutrice
pour embêter les enfants. Elle se mit en route pour aller passer
l'examen. Dans son escalier, elle vit la concierge bavarder avec une
locataire au lieu de balayer. « Paresseuses! » pensa la sorcière. «
Vous mériteriez que je vous change en perruches! » Mais par chance,
elle était pressée. Elle cria d'un air menaçant
-
- A chaque jour... comme à
la guerre!
-
- Oui, oui, dirent les
bavardes.
-
La sorcière poursuivit son
chemin. Au pied de l'escalier, une fillette jouait à la poupée car
c'était mercredi. « Paresseuse! » pensa la sorcière. « Quand je serai
institutrice il faudra que ça change! » Et elle cria sans s'arrêter:
-
- Ne remets pas à demain...
le chat qui dort!
-
- Oui, oui, répondit la
fillette.
-
Sur le trottoir, deux
garçons jouaient à la planche à roulettes au lieu de faire une bonne
dictée. La sorcière était en colère. Mais comme elle était pressée,
elle ne les transforma pas en canards. Ils «verront quand je serai
institutrice! » se dit-elle. Elle passa en criant d'un air solennel
-
- Comme on fait son lit...
on devient forgeron !
-
- Oui, oui, répondirent les
garçons.
-
La sorcière courait dans la
rue. Elle vit le balayeur s'appuyer sur le balai au lieu de nettoyer
le caniveau. Elle eut bien envie de le punir, mais elle n'en fit rien
parce qu'elle n'était pas en avance. Elle se contenta de lui crier
rapidement
-
- Il n'est pire sourd que
celui qui... perd sa place!
-
- Oui, oui, grommela le
balayeur en se vissant l'index sur la tempe pour dire ce qu'il pensait
de la vieille folle.
-
Malotru! La sorcière
furieuse allait à longues enjambées. Elle vit une contractuelle qui
regardait les badauds au lieu de distribuer des procès-verbaux.
Paresseuse!
-
La sorcière cria
-
- Rira bien qui... n'a
point d'oreilles!
-
- Oui, oui, merci! dit la
contractuelle. Péronnelle! La sorcière trottinait. Une bande d'enfants
jouait au football sur la place au lieu d'apprendre des leçons de
grammaire. Fainéants! La sorcière avait envie de transformer leur
ballon en un gros pavé, pour qu'ils s'écrabouillent les orteils en
shootant. Mais elle était pressée. Elle cria sa leçon de morale à la
cantonade
-
- Pierre qui roule...
confirme la règle!
-
- Oui, oui, dirent les
footballeurs. Un à zéro.
-
« Galopins! Ils verront
quand je serai institutrice! Je les dresserai à coups de trique! »
-
La sorcière en courant
arrivait à l'École normale d'instituteurs. Elle vit le directeur
occupé à compter les mouches sur le seuil au lieu d'apprendre par
coeur le «Journal officiel ». Quel flemmard! La sorcière avait envie
de le changer en épouvantail, mais elle ne le fit pas, faute de temps,
et s'engouffra dans le bâtiment. Elle cria méchamment
-
- L'oisiveté est la mère
de... l'eau qui dort!
-
- Oui, oui, certainement,
dit le directeur en se demandant qui était cette furie. (Il ne se
vrilla pas l'index sur la tempe parce qu'il était bien élevé, mais il
n'en pensait pas moins.)
-
«Patience!» ricana la
sorcière. «Ils verront de quel bois je me chauffe quand je serai
institutrice! Mieux vaut tard que... ceinture dorée!»
-
Alors elle entra dans
l'école. Un groupe d'instituteurs discutaient dans le couloir au lieu
de corriger des copies! « Bande de paresseux! Je les changerais bien
en pots de confiture! » La sorcière leur lança, sur un ton de reproche
-
- Il ne faut pas mettre la
charrue... les mains pleines.
-
- Oui, oui, vous avez
raison, répondirent-ils. Patience! La sorcière entra dans la salle
d'examen. Les deux examinateurs l'attendaient assis à ne rien faire,
fainéants! La sorcière pointa vers eux un doigt accusateur et s'écria:
-
- Il faut battre le fer
pendant... qu'il se mouche!
-
- Oui, oui répondirent les
examinateurs. Pourquoi pas!
-
Ils donnèrent à la sorcière
une feuille de papier avec le sujet de l'examen: «Trouvez la fin de
dix proverbes français célèbres. » Sur la feuille, il y avait
-
le début des proverbes. La
sorcière éclata de rire
-
- Facile! Je les connais
bien! Je serai institutrice! Je leur en ferai voir de toutes les
couleurs à ces chenapans!
-
Elle se mit à écrire, et
rendit sa copie. Voici ce qu'elle avait écrit:
-
1) A chaque jour... ...
comme à la guerre!
-
2) Ne remets pas à
demain... ... le chat qui dort!
-
3) Comme on fait son lit...
... on devient forgeron!
-
4) Il n'est pire sourd que
celui qui... ... perd sa place!
-
5) Rira bien qui... ... n'a
point d'oreille!
-
6) Pierre qui roule... ...
confirme la règle!
-
7) L'oisiveté est la mère
de... ... 1 eau qui dort!
-
8) Mieux vaut tard que...
... ceinture dorée!
-
9) Il ne faut pas mettre la
charrue... ... les mains pleines
-
10) Il faut battre le fer
pendant... ... qu'il se mouche!
-
Les examinateurs se mirent
à corriger la copie de la sorcière en vérifiant dans un gros livre.
Ils barraient les réponses à l'encre rouge l'une après l'autre.
-
- C'est entièrement faux,
dit le premier examinateur.
-
- Quoi? s'écria la
sorcière.
-
- Voyez vous-même, dit le
second en lui présentant le livre. La réponse au premier proverbe
-
« A CHAQUE JOUR» est:
«SUFFIT SA PEINE». La réponse au second proverbe « NE REMETS PAS A
DEMAIN » est: « CE QUE TU PEUX FAIRE AUJOURD'HUI ». Toutes vos
réponses sont fausses!
-
- Mais! C'est impossible!
s'écria la sorcière en s'emparant du livre.
-
Elle se mit à le lire
avidement. Elle était tellement enragée qu'une grosse fumée verte
sortait de ses oreilles. Les examinateurs effrayés préférèrent s'en
aller. La sorcière se mit à trépigner, à trépigner, pour changer tous
les habitants de la ville, et même de la Terre, en grenouilles. Mais
elle réfléchit que si elle faisait cela, il n'y aurait plus un seul
enfant à emm..., et qu'elle ne serait jamais institutrice!
-
Alors elle serra les
poings. Puis elle emporta le gros livre chez elle pour l'apprendre
afin de mieux faire la morale aux gens et d'être reçue l'année
prochaine à son examen. Si elle est reçue, gare à vous!
-
La recette? Coupe les
proverbes en deux, recolle des morceaux dépareillés!
-
En 1931, le poète René
Daumal écrivit ce «proverbe»: L'argent ne fait pas le bonheur / mais
le silence est d'or.
-
Harry Mathews, de l'Oulipo
(l'Ouvroir de littérature potentielle), composa un petit livre en
assemblant des morceaux de poèmes:
-
Araignée du matin / jeux
de vilains.
-
On a souvent besoin / de
tous les vices.
-
Rien ne sert de courir /
les borgnes sont rois.
-
En assemblant deux parties
de proverbes, il a composé des quatrains.
-
A tout seigneur/
-
Qui vole un œuf/
-
Tout honneur/
-
Vole un boeuf.
-
On peut aussi détourner un
proverbe, ce que firent les deux poètes surréalistes Paul Eluard et
Benjamin Péret:
-
Il faut battre le fer tant
qu'il est chaud: Il faut battre sa mère tant qu'elle est jeune!
-
Plus près de nous, J. H.
Malineau.
-
L'habit ne fait pas le
moine: La pie ne fait pas le moineau !
-
Il y a des détournements
plus subtils, à partir de jeux de mots. Le grand écrivain Honoré de
Balzac fit au XIXe siècle quelques détournements savoureux :
-
Il ne faut pas courir deux
lèvres à la fois. Au lieu de: deux lièvres.
-
La pépie vient en mangeant.
Au lieu de: l'appétit.
-
Qui perd ses dettes
s'enrichit. Au lieu de: qui paie.
-
L'abbé ne fait pas le
moine. Au lieu de: l'habit.
-
Rions !
-
Car ce dernier détournement
sert à composer des fables-express, dont nous reparlerons. Voici tout
de même une fable-express dès maintenant, à titre d'exemple. Elle est
d'Alphonse Allais, et elle est célèbre: tous les écoliers en
connaissent la fin!
-
Lorsque tu vois un chat, de
sa patte légère
-
Laver son nez rosé, lisser
son poil si fin,
-
Bien fraternellement
embrasse ce félin.
-
Moralité: S'il se nettoie,
c'est donc ton frère!
-
Voici d'ailleurs une blague
aussi connue, qui la copie un peu: Six Russes, c'est six Slaves. Six
Slaves, c'est qu'ils se nettoient. S'ils se nettoient, c'est donc ton
frère.
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Activité:
-
- Si tu es très malin,
essaie de faire des jeux de mots sur certains proverbes!
-
- Si tu veux composer une
fable-express, appelle au secours! Car c'est vraiment très difficile!
-
On peut aussi purement et
simplement nier les proverbes. Ce que fit le romancier russe
Dostoïevski: «L'habit fait le moine. »
-
In Les
sorcières sont N.R.V. Rivais/Laclos. Ed. Neuf de l'école des
loisirs. Paris 1988.
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Consulter la liste des
proverbes français les plus connus... |
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Portrait de
l'Émir Abdelkader
... Son teint blanc a une pâleur
mate ; son front est large et élevé. Des sourcils noirs fins et bien
arqués surmontent les grands yeux bleus qui m'ont fasciné. Son nez est fin
et légèrement aquilin, ses lèvres minces sans être pincées ; sa barbe
noire et soyeuse encadre légèrement l'ovale de sa figure expressive. Un
petit «ouchem» (tatouage) entre les deux sourcils fait ressortir la pureté
de son front.
Sa main,
maigre et petite, est remarquablement blanche ; des veines bleues la
sillonnent ; ses doigts longs et effilés sont terminés par des ongles
roses parfaitement taillés ; son pied, sur lequel il appuie presque
toujours une de ses mains, ne leur cède ni en blancheur ni en distinction.
Sa taille
n'excède pas cinq pieds et quelques lignes, mais son système musculaire
indique une grande vigueur. Quelques tours d'une petite corde en poils de
chameau fixent autour de sa tête un haïk de laine fine et blanche ; une
chemise en coton, et par-dessus, une chemise en laine de même couleur, le
haïk, qui après avoir fait le tour de la tête, enveloppe le corps, et un
burnous blanc recouvert d'un burnous brun voilà tout son costume.
Il tient
toujours un petit chapelet noir dans sa main droite. Il l'égrène avec
rapidité, et, lorsqu'il écoute, sa bouche prononce encore les paroles
consacrées à ce genre de prière ...
Un mélange d'énergie guerrière et
d'ascétisme répand sur sa physionomie un charme indéfinissable.
... Sa physionomie est on ne peut plus
mobile, et malgré l'empire qu'il exerce sur lui-même, elle reflète les
sensations qui agitent son esprit ou son coeur. Quand il prie, c'est un
ascète. Quand il commande, c'est un souverain. Quand il parle de guerre,
ses traits s'illuminent : c'est un soldat ...Quand il cause avec ses
amis, en dehors des questions d'Etat ou de religion, sa gaieté est
franche et communicative. Il a même un penchant à la moquerie.
Léon Roches
Extraits de Trente-deux ans à travers l'Islam, Paris, 1884,
2 vol.
Cité dans
Abdelkader - Lettre aux Français. Ed. Phébus
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LA CHÈVRE DE MONSIEUR SEGUIN Alphonse Daudet, La chèvre de monsieur Seguin, in Les Lettres de mon
moulin A M. Pierre Gringoire, poète lyrique à Paris
Tu seras bien toujours le même, mon pauvre Gringoire ! Comment ! on t'offre une place de chroniqueur dans un bon journal de
Paris, et tu as l'aplomb de refuser... Mais regarde-toi, malheureux
garçon ! Regarde ce pourpoint troué, ces chausses en déroute, cette face
maigre qui crie la faim. Voilà pourtant où t'a conduit la passion des
belles rimes ! Voilà ce que t'ont valu dix ans de loyaux services dans
les pages du sire Apollo... Est-ce que tu n'as pas honte, à la fin ? Fais-toi donc chroniqueur, imbécile ! Fais-toi chroniqueur ! Tu gagneras
de beaux écus à la rose, tu auras ton couvert chez Brébant, et tu
pourras te montrer les jours de première avec une plume neuve à ta
barrette... Non ? Tu ne veux pas ?... Tu prétends rester libre à ta guise jusqu'au
bout... Eh bien, écoute un peu l'histoire de la chèvre de M. Séguin. Tu
verras ce que l'on gagne à vouloir vivre libre.
M. Séguin n'avait jamais eu de bonheur avec ses chèvres. Il les perdait toutes de la même façon : un beau matin, elles cassaient
leur corde, s'en allaient dans la montagne, et là-haut le loup les
mangeait. Ni les caresses de leur maître, ni la peur du loup, rien ne
les retenait. C'était, paraît-il, des chèvres indépendantes, voulant à
tout prix le grand air et la liberté.
Le brave M. Séguin, qui ne comprenait rien au caractère de ses bêtes,
était consterné. Il disait : - Ah c'est ; les chèvres s'ennuient chez moi, je n'en garderai pas une. Cependant, il ne se découragea pas, et, après avoir perdu six chèvres de
la même manière, il en acheta une septième ; seulement, cette fois, il
eut soin de la prendre toute jeune, pour qu'elle s'habituât à demeurer
chez lui. Ah ! qu'elle était jolie, la petite chèvre de M. Séguin ! qu'elle était
jolie, avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots
noirs et luisants, ses cornes zébrées et ses longs poils blancs qui lui
faisaient une houppelande ! C'était presque aussi charmant que le cabri
d'Esméralda, et puis, docile, caressante, se laissant traire sans
bouger, sans mettre son pied dans l'écuelle. Un amour de petite
chèvre... M. Séguin avait derrière sa maison un clos entouré d'aubépines. C'est là
qu'il mit la nouvelle pensionnaire. Il l'attacha à un pieu, au plus bel endroit du pré, en ayant soin de lui
laisser beaucoup de corde, et de temps en temps, il venait voir si elle
était bien. La chèvre se trouvait très heureuse et broutait l'herbe de
si bon coeur que M. Séguin était ravi. - Enfin, pensait le pauvre homme, en voilà une qui ne s'ennuiera pas
chez moi ! M. Séguin se trompait, sa chèvre s'ennuya.
Un jour, elle se dit en regardant la montagne : - Oh Comme on doit être bien là-haut ! Quel plaisir de gambader dans la
bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou !... C'est bon
pour l'âne ou pour le boeuf de brouter dans un clos !... Les chèvres, il
leur faut du large. . A partir de ce moment, l'herbe du clos lui parut fade. L'ennui lui vint. Elle maigrit, son lait se fit rare. C'était pitié de
la voir tirer tout le jour sur sa longe, la tête tournée du côté de la
montagne, la narine ouverte, en faisant Mê.!... tristement. M. Séguin s'apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il
ne savait pas ce que c'était...
Un matin, comme il achevait de la traire, la chèvre se retourna et lui
dit dans son patois : - Écoutez, monsieur Séguin, je me languis chez vous, laissez-moi aller
dans la montagne. - Ah ! mon Dieu !... Elle aussi ! cria M. Séguin stupéfait, et du coup
il laissa tomber son écuelle ; puis, s'asseyant dans l'herbe à côté de
sa chèvre : - Comment, Blanquette, tu veux me quitter ! Et Blanquette répondit : - Oui, monsieur Séguin. - Est-ce que l'herbe te manque ici ? - Oh ! non ! monsieur Séguin. - Tu es peut-être attachée de trop court, veux-tu que j'allonge la corde
? - Ce n'est pas la peine, monsieur Séguin. - Alors, qu'est-ce qu'il te faut ? qu'est-ce que tu veux ? - Je veux aller dans la montagne, monsieur Séguin. - Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la
montagne... Que feras-tu quand il viendra ?... - Je lui donnerai des coups de cornes, monsieur Séguin. - Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques autrement
encornées que toi... Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude qui était
ici l'an dernier ? une maîtresse chèvre, forte et méchante comme un
bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la nuit... puis, le matin, le
loup l'a mangée. - Pécaïre ! Pauvre Renaude !... Ça ne fait rien, monsieur Séguin,
laissez-moi aller dans la montagne. - Bonté divine !... dit M. Séguin ;
mais qu'est-ce qu'on leur fait donc à mes chèvres ? Encore une que le
loup va me manger... Eh bien, non... je te sauverai malgré toi, coquine
! et de peur que tu ne rompes ta corde, je vais t'enfermer dans l'étable
et tu y resteras toujours. Là-dessus, M. Séguin emporta la chèvre dans une étable toute noire, dont
il ferma la porte à double tour. Malheureusement, il avait oublié la fenêtre et à peine eut-il le dos
tourné, que la petite s'en alla...
Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement
général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la
reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu'à
terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or
s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient.
Toute la montagne lui fit fête. Vous pensez, si notre chèvre était heureuse ! Plus de corde, plus de pieu... rien qui l'empêchât de gambader, de
brouter à sa guise... C'est là qu'il y en avait de l'herbe ! jusque
par-dessus les cornes, mon cher !... Et quelle herbe ! Savoureuse, fine,
dentelée, faite de mille plantes... C'était bien autre chose que le
gazon du clos. Et les fleurs donc !... De grandes campanules bleues, des
digitales de pourpre à longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages
débordant de sucs capiteux !... La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en
l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées
et les châtaignes... Puis, tout à coup elle se redressait d'un bond sur
ses pattes. Hop ! la voilà partie, la tête en avant, à travers les
maquis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin,
là-haut, en bas, partout... On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de
M. Séguin dans la montagne. C'est qu'elle n'avait peur de rien la Blanquette. Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au
passage de poussière humide et d'écume. Alors, toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate
et se faisait sécher par le soleil... Une fois, s'avançant au bord d'un
plateau, une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas
dans la plaine, la maison de M. Séguin avec le clos derrière. Cela la
fit rire aux larmes. - Que c'est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là-dedans ? Pauvrette ! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi
grande que le monde... En somme, ce fut une bonne journée pour la chèvre de M. Séguin. Vers le
milieu du jour, en courant de droite et de gauche, elle tomba dans une
troupe de chamois en train de croquer une lambrusque à belles dents.
Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation. On lui donna la
meilleure place à la lambrusque, et tous ces messieurs furent très
galants... Il paraît même, qu'un jeune chamois à pelage noir, eut la
bonne fortune de plaire à Blanquette. Les deux amoureux s'égarèrent
parmi le bois une heure ou deux, et si tu veux savoir ce qu'ils se
dirent, va le demander aux sources bavardes qui courent invisibles dans
la mousse.
Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était le
soir. - Déjà ! dit la petite chèvre ; et elle s'arrêta fort étonnée. En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de M. Séguin
disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus
que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes d'un
troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un gerfaut,
qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit... Puis ce fut un hurlement dans la montagne : - Hou ! hou ! Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé... Au
même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M.
Séguin qui tentait un dernier effort. - Hou ! hou !... faisait le loup. - Reviens ! reviens !... criait la trompe. Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la
corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus
se faire à cette vie, et qu'il valait mieux rester. La trompe ne sonnait plus... La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes
droites, avec deux yeux qui reluisaient... C'était le loup. Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant
la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait
bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand
elle se retourna, il se mit à rire méchamment. - Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Séguin ! et il passa sa grosse langue
rouge sur ses babines d'amadou. Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l'histoire de
la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le
matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout
de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et
la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Séguin qu'elle était...
Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas
le loup, - mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi
longtemps que la Renaude... Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse. Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur ! Plus de dix
fois, je ne mens pas, elle força le loup à reculer pour reprendre
haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande cueillait en hâte
encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la
bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de
M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se
disait : - Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube... L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de
coups de cornes, le loup de coups de dents... Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta
d'une métairie. - Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour
mourir ; et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche
toute tachée de sang... Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
Adieu, Gringoire ! L'histoire que tu as entendue n'est pas un conte de mon invention. Si
jamais tu viens en Provence, nos ménagers te parleront souvent de la
cabro de moussu Seguin, que se battègue touto la neui emé lou loup, e
piei lou matin lou loup la mangé *.
Tu m'entends bien, Gringoire.
E piei lou matin lou loup la mangé. * Phrase en patois qui signifie : La chèvre de monsieur Seguin, qui se
battit toute la nuit, et puis le matin, le loup la mangea
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Supplique d'un enfant à ses
enseignants
Apprenez-nous l'enthousiasme,
Enseignez-nous l'étonnement de découvrir
N'apportez pas seulement vos réponses,
Réveillez nos questions,
Accueillez surtout nos interrogations,
Appelez-nous à respecter la vie.
Apprenez-nous à échanger, à partager, à dialoguer,
Enseignez-nous les possibles de la mise en commun,
N'apportez pas seulement votre savoir,
Réveillez notre faim d'être,
Accueillez nos contractions et nos tâtonnements,
Appelez-nous à agrandir la vie.
Apprenez-nous le meilleur de nous-mêmes,
Enseignez-nous à regarder, à explorer, à toucher l'indicible,
N'apportez pas seulement votre savoir-faire,
Réveillez en nous le goût de l'engagement,
Accueillez notre créativité pour baliser un devoir,
Appelez-nous à enrichir la vie.
Apprenez-nous la rencontre avec le monde,
Enseignez-nous la rencontre avec le monde,
Enseignez-nous à entendre au-delà des apparences,
N'apportez pas seulement de la cohérence et des bribes de vérité,
Eveillez en nous la quête de sens,
Accueillez nos errances et nos maladresse,
Appelez-nous à entrer dans une vie plus ardente,
Il y a urgence vitale.
Jacques SALOME
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Un jour un petit garçon
partit pour l’école |
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Un jour un petit garçon partit pour l’école
C’était encore un petit garçon
Et
l’école était fort grande
Mais
quand le petit garçon
Découvrit qu’il pouvait arriver à sa classe
En
entrant directement par la porte de la cour
Il
se sentit content
Et
l’école n’avait plus déjà l’air
Tout
à fait aussi grande
Un
matin
Alors que le petit garçon était à l’école depuis un certain temps
La
maîtresse dit : « Aujourd’hui, nous allons faire un dessin ».
Il
aimait faire des dessins
Il
savait en faire de toutes les sortes :
Des
lions et des tigres
Des
poules et des vaches
Des
trains et des bateaux.
Et
il prit sa boîte de crayons
Et
commença à dessiner.
Mais
la maîtresse dit : « Attendez !
Ce
n’est pas le moment de commencer ! »
Et
elle attendit jusqu’à ce que tout le monde ait l’air prêt.
« Maintenant » dit la maîtresse.
« Nous allons faire des fleurs ».
« Gai ! » pensa le petit garçon
Il
aimait les fleurs,
Et
il commença à en faire des magnifiques
Avec
ses crayons rose et orange et bleu.
Mais
la maîtresse dit : « Attendez !
Et
je vais vous montrer comment faire ».
Et
elle en fit une rouge avec une tige verte
« Voilà ». dit la maîtresse
« Maintenant, vous pouvez commencer ».
le
petit garçon regarda la fleur dessinée par la maîtresse
Puis
il regarda ses fleurs à lui.
Il
aimait mieux ses fleurs que celles de la maîtresse
Mais
il ne le dit pas.
Il
retourna simplement son papier
Et
fit une fleur comme celle de la maîtresse
Elle
était rouge avec une tige verte.
Un
autre jour,
Le
petit garçon avait ouvert
La
porte d’entrée tout seul.
La
maîtresse dit :
« Aujourd’hui, nous allons faire quelque chose en modelage »
« Chouette ! » pensa le petit garçon.
Il
aimait le modelage.
Il
savait faire toute sorte de choses avec la terre :
Des
serpents et des bonhommes de neige,
Des
éléphants et des souris,
Des
autos et des camions
Et
il commença à pétrir et malaxer sa boule de terre.
Mais
la maîtresse dit :
« Attendez, ce n’est pas le moment de commencer ! »
Et
elle attendit que tout le monde ait l’air prêt.
« Maintenant », dit la maîtresse.
« Nous allons faire un plat »
« Gai ! » pensa le petit garçon
Il
aimait faire des plats
Et
il commença à en faire
De
toutes les formes, de toutes les grandeurs.
Alors la maîtresse dit : « Attendez !
|
Je
vais vous montrer comment faire
Et
elle montra à tout le monde comment faire
Un
grand plat profond
« Voilà », fit la maîtresse
« Maintenant, vous pouvez commencer ».
Le
petit garçon regarda le plat de la maîtresse
Puis
il regarda les siens
Il
aimait mieux les siens que ceux de la maîtresse
Mais
il n’en dit rien
Il
reroula simplement toute sa terre
en une grosse boule
Et
fit un plat comme celui de la maîtresse
C’était un plat profond
Et
bientôt
Le
petit garçon apprit à attendre
Et à
regarder
Et à
faire des choses juste comme la maîtresse
Et
bientôt
Il
ne fit plus de chose de lui même du tout
Alors il arriva
Que
le petit garçon et sa famille
Déménagèrent dans une autre maison
Dans
une autre ville
Et
le petit garçon
Dut
aller dans une autre école
Cette école était encore plus grande
Que
l’autre
Et
il n’y avait pas de porte
Pour
aller directement de dehors dans sa classe
Il
devait monter, monter des grandes marches
Et
marcher le long d’un corridor
Pour
arriver dans sa classe
Et
le premier jour
Qu’il était là
La
maîtresse dit :
« Aujourd’hui, nous allons faire un dessin »
« Gai ! » pensa le petit garçon
Et
il attendit que la maîtresse
Dise
quoi faire
Mais
la maîtresse ne dit rien
Elle
se promena simplement autour de la classe.
Quand elle arriva prêt du petit garçon
Elle
dit : « Tu ne veux pas faire un dessin ? »
« Si » dit le petit garçon
« Qu’allons-nous faire ? »
« Je
ne sais pas avant que tu le fasses »
dit
la maîtresse.
« Comment vais-je faire ce dessin ? »
demanda le petit garçon.
« Oh, vraiment comme tu veux ! » dit la maîtresse
« Et
n’importe quelle couleur ? » dit le petit garçon
« Si
tout le monde faisait le même dessin,
Comment saurai-je qui a fait quoi,
Et
lequel est à qui ? » dit la maîtresse .
« Je
ne sais pas » dit le petit garçon.
………………………………...................…..
Et
il commença à faire une fleur rouge
Avec
une tige verte.
HELEN E.BUCKLEY
Traduit de
l’anglais.
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